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Résumé : Premier épisode du livre de l’Exode (chapitres 1 et 2), qui raconte l’esclavage des Hébreux en Égypte, la naissance de Moïse sauvé des eaux, et sa fuite au pays de Madiân. Le frère Paul-Adrien souligne les parallèles entre l’oppression du Pharaon et certaines réalités contemporaines, et montre comment la rupture totale au sein du peuple d’Israël prépare l’intervention de Dieu. L’épisode se conclut avec le Psaume 1, qui oppose le chemin des justes à celui des méchants.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. 27ᵉ jour.

Et aujourd’hui, c’est un grand jour parce que nous étions dans la Genèse et nous changeons de livre. On va entamer maintenant, en fait, toute une partie qui va nous emmener de l’Exode, que l’on va commencer aujourd’hui, jusqu’au Deutéronome. Donc on va faire Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome.

Petite pause pour remettre les choses d’équerre. Là où nous en sommes dans la Bible, je pense que c’est important. Avec la Genèse, ça vous fait cinq livres. Ces cinq premiers livres sont ce qu’on appelle la Torah. La Torah, pour les Juifs, c’est la partie la plus importante de l’Ancien Testament. Pour nous, chrétiens, la clé de lecture, c’est les Évangiles, à travers le personnage de Jésus. Pour les Juifs, qui attendent encore la venue du Messie, le passage clé de la Bible, ce n’est pas les Évangiles. Pour eux, c’est la Torah, ces cinq premiers livres. Et le personnage qui ouvre les Écritures, ce n’est pas Jésus pour eux, c’est Moïse.

Et c’est pour ça que j’en parle maintenant, c’est parce qu’avec l’Exode, nous allons commencer cette vie de Moïse, qui va nous emmener de l’Exode, la naissance de Moïse, jusqu’au Deutéronome, la mort de Moïse. Et c’est pour ça que ces quatre livres, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, en fait, c’est toute la vie de Moïse. On va les lire les uns après les autres. Ces quatre livres, on va les enchaîner, parce qu’ils forment un tout.

Aujourd’hui, Exode 1 et 2.

Lecture : Exode 1-2

Voici les noms des fils d’Israël venus en Égypte avec Jacob, leur père. Chacun y vint avec sa famille. C’étaient Ruben, Siméon, Lévi et Juda, Issacar, Zabulon et Benjamin, Dan et Nephtali, Gad et Aser. Toutes les personnes issues de Jacob étaient au nombre de soixante-dix. Joseph, lui, était déjà en Égypte.

Puis Joseph mourut, ainsi que tous ses frères et toute cette génération-là. Les fils d’Israël furent féconds, ils devinrent très nombreux. Ils se multiplièrent et devinrent de plus en plus forts. Tout le pays en était rempli.

Un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte. Il n’avait pas connu Joseph. Il dit à son peuple : « Voici que le peuple des fils d’Israël est maintenant plus nombreux et plus puissant que nous. Prenons donc les dispositions voulues pour l’empêcher de se multiplier, car s’il y avait une guerre, il se joindrait à nos ennemis, il combattrait contre nous et ensuite il sortirait du pays. »

On imposa donc aux fils d’Israël des chefs de corvée pour les accabler de travaux pénibles. Ils durent bâtir pour Pharaon les villes d’entrepôt de Pitom et de Ramsès. Mais plus on les accablait, plus ils se multipliaient et proliféraient, ce qui les fit détester. Les Égyptiens soumirent les fils d’Israël à un dur esclavage et leur rendirent la vie intenable à force de corvées : préparation de l’argile et des briques, et toutes sortes de travaux à la campagne. Tous ces travaux étaient pour eux un dur esclavage.

Alors le roi d’Égypte parla aux sages-femmes des Hébreux, dont l’une s’appelait Shifra et l’autre Poua. Il leur dit : « Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux, regardez bien le sexe de l’enfant. Si c’est un garçon, faites-le mourir. Si c’est une fille, laissez-la vivre. » Mais les sages-femmes craignirent Dieu et n’obéirent pas à l’ordre du roi d’Égypte.

Alors le roi d’Égypte les appela et leur dit : « Pourquoi avez-vous agi de la sorte ? Pourquoi avez-vous laissé vivre les garçons ? » Les sages-femmes répondirent à Pharaon : « Les femmes des Hébreux ne sont pas comme les Égyptiennes. Elles sont pleines de vitalité et avant l’arrivée de la sage-femme, elles ont déjà accouché. »

Dieu accorda ses bienfaits aux sages-femmes. Le peuple devint très nombreux et très puissant. Comme les sages-femmes avaient craint Dieu, il leur accorda une descendance.

Pharaon donna cet ordre à tout son peuple : « Tous les fils qui naîtront aux Hébreux, jetez-les dans le Nil. Ne laissez vivre que les filles. »

Un homme de la tribu de Lévi avait épousé une femme de la même tribu. Elle devint enceinte et elle enfanta un fils. Voyant qu’il était beau, elle le cacha durant trois mois, et lorsqu’il lui fut impossible de le tenir caché plus longtemps, elle prit une corbeille de jonc qu’elle enduisit de bitume et de goudron. Elle y plaça l’enfant et déposa la corbeille au bord du Nil, au milieu des roseaux. La sœur de l’enfant se tenait à distance pour voir ce qui allait arriver.

La fille de Pharaon descendit au fleuve pour s’y baigner, tandis que ses suivantes se promenaient sur la rive. Elle aperçut la corbeille parmi les roseaux. Elle envoya sa servante pour la prendre. Elle l’ouvrit et elle vit l’enfant. C’était un petit garçon. Il pleurait. Elle en eut pitié et dit : « C’est un enfant des Hébreux. »

La sœur de l’enfant dit alors à la fille de Pharaon : « Veux-tu que j’aille te chercher parmi les femmes des Hébreux une nourrice qui, pour toi, nourrira l’enfant ? » La fille de Pharaon lui répondit : « Va ! » La jeune fille alla donc chercher la mère. La fille de Pharaon dit à celle-ci : « Emmène cet enfant et nourris-le pour moi, et c’est moi qui te donnerai ton salaire. » Alors la femme emporta l’enfant et le nourrit.

Lorsque l’enfant eut grandi, elle le ramena à la fille de Pharaon qui le traita comme son propre fils. Elle lui donna le nom de Moïse en disant : « Je l’ai tiré des eaux. »

Or, vint le jour où Moïse, qui avait grandi, se rendit auprès de ses frères et les vit accablés de corvée. Il vit un Égyptien qui frappait un Hébreu, l’un de ses frères. Regardant autour de lui et ne voyant personne, il frappa à mort l’Égyptien et l’enfouit dans le sable.

Le lendemain, il sortit de nouveau et voici que deux Hébreux se battaient. Il dit à l’agresseur : « Pourquoi frappes-tu ton compagnon ? » L’homme lui répliqua : « Qui t’a institué chef et juge sur nous ? Veux-tu me tuer comme tu as tué l’Égyptien ? » Moïse eut peur et se dit : « Pas de doute, la chose est connue. »

Pharaon en fut informé et chercha à faire tuer Moïse. Celui-ci s’enfuit loin de Pharaon et habita au pays de Madiân. Il vint s’asseoir près du puits.

Le prêtre de Madiân avait sept filles. Elles allèrent puiser de l’eau et remplir les auges pour abreuver le troupeau de leur père. Les bergers survinrent et voulurent les chasser. Alors Moïse se leva pour leur porter secours et il abreuva leur troupeau.

Elles retournèrent chez Réuel, leur père, qui leur dit : « Pourquoi êtes-vous revenues si tôt aujourd’hui ? » Elles répondirent : « Un Égyptien nous a délivrées de la main des bergers. Il a même puisé l’eau pour nous et a abreuvé le troupeau. » « Mais où est-il ? » demanda Réuel. « Pourquoi l’avez-vous laissé là-bas ? Appelez-le ! Invitez-le à manger ! »

Et Moïse accepta de s’établir chez cet homme, qui lui donna comme épouse sa fille Cippora. Elle enfanta un fils à Moïse, qui lui donna le nom de Gershom, ce qui signifie « immigré en ce lieu », car, dit-il, « je suis devenu un immigré en terre étrangère ».

Au cours de cette longue période, le roi d’Égypte mourut. Du fond de leur esclavage, les fils d’Israël gémirent et crièrent. Du fond de leur esclavage, leur appel monta vers Dieu. Dieu entendit leur plainte. Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Dieu regarda les fils d’Israël et Dieu les reconnut.

Commentaire

Regardez la manière dont le Pharaon exploite son peuple. D’abord, en l’écrasant de travail. Et je ne suis pas là pour faire beaucoup de discours politiques. Mais vous sentez bien que décrocher de son travail en ce moment en France au XXIᵉ siècle, c’est compliqué. Et que si les deux parents ne travaillent pas beaucoup, élever des enfants, c’est compliqué aussi.

Ensuite, le Pharaon demande à ce qu’on avorte les enfants des Hébreux. Là aussi, il y a un parallèle. On ne va pas s’étendre dessus.

Et enfin, le Pharaon demande à ce que ses immigrés, on les jette dans l’eau. « Tout fils qui naîtra, vous le jetterez dans le fleuve. » Et là, quand même, c’est la question des immigrés, des boat people et de tous ceux qui sont en naufrage dans la Méditerranée.

Alors, je sais bien qu’en faisant ces parallèles, je fais plein de courts-circuits, plein d’anachronismes et je donne une connotation un peu politique. Mais simplement, derrière, je ne voudrais pas que vous imaginiez que le Pharaon, c’était il y a 4000 ans. Les sociétés abusives, ça existe, et probablement que nous vivons dans l’une d’entre elles. Et ce sera toute la question du livre de l’Exode : qu’est-ce que Dieu a à dire de ça ?

Et pour enfoncer le clou, vous sentez qu’il y a comme un relent de la tour de Babel dans cette Égypte, et probablement dans notre société contemporaine, qui met tout son espoir et son salut dans la technique. Que ce soit les briques de Babel, le mortier de l’Égypte ou les ordinateurs du XXIᵉ siècle. Ben, quand même !

Et quitte à faire des comparaisons, regardez par rapport à un autre épisode : Noé. Entre l’arche de Noé et Moïse que l’on met dans un petit couffin sur le Nil, c’est le même mot en hébreu. Et vous aurez les eaux du déluge qui ici vont devenir les eaux de la mer Rouge qui vont se refermer sur le Pharaon. C’est la même histoire. À chaque fois, c’est : comment est-ce que Dieu regarde le mal sur la terre, voit qu’il y a une génération totalement dévoyée — « Vous qui brillez comme des astres au sein d’une génération dévoyée », dira le Nouveau Testament — et comment, à partir d’un homme, Dieu va tenter de recréer des choses nouvelles. Et ici, ce sera Moïse, et à partir de là, de recréer un peuple.

Et c’est pas gagné. C’est pas gagné parce que de ce peuple, il ne reste pas grand-chose. Tout est marqué sous le signe de la rupture. Et là encore, ça nous fait penser à notre situation contemporaine, ce que nous, nous appellerions une rupture dans la tradition.

Regardez. Ça commence par une généalogie. On vous rappelle les fils de Jacob. On vous a dit qu’ils étaient 70. Et, fait très curieux dans la Bible, on ne rattache pas cette généalogie à Moïse. On ne sait pas d’où il vient. Moïse, c’est vaguement qu’il vient des Hébreux. Mais quelle est son origine ? C’est étrange pour la Bible, qui est toujours très précautionneuse et très rigoureuse sur la généalogie. Il y a un truc. Rupture dans la tradition.

De la même manière, on vous dit que le Pharaon a oublié qui était Joseph. De la même manière, dans ce premier chapitre, il n’est pas fait mention explicite de Dieu. C’est comme si le peuple avait oublié l’Alliance.

Enfin, il faudra quand même que Moïse aille dans le désert chez des Madianites. Et les Madianites, normalement, sont les ennemis héréditaires des Israélites. C’est les Madianites qui vont faire son éducation religieuse. Étonnant, quand même !

Et puis, la première fois que Moïse sort, c’est pour voir quoi ? C’est pour voir deux frères qui se battent. Il n’y a plus aucune solidarité. Parce qu’à travers ces deux frères, c’est plus que deux frères. C’est de vous montrer l’état du peuple qui, en fait, se hait les uns les autres du fait qu’il est sous la corvée. Et le Juif, qui pourrait sourire en lisant ce premier chapitre de l’Exode, en voyant comment Dieu dupe le Pharaon, se met tout de suite à grincer des dents, à rire jaune, quand la première fois qu’il rencontre son peuple à travers les yeux de Moïse, c’est pour assister à un fratricide et à rejouer le meurtre de Caïn et Abel.

Il ne reste plus rien de ce peuple. Et il faudra garder ça en tête quand on parlera de la dureté de cœur du Pharaon. C’est tout le thème de l’Exode. La dureté de cœur du Pharaon vaut bien la dureté de cœur des Israélites.

Et Moïse s’en rend compte, lui qui part à l’étranger, doublement étranger, et par sa famille adoptive qui le rejette, et par sa famille charnelle, les Hébreux, qui le rejettent aussi. Il se marie avec une Madianite pour apprendre sa propre culture et appelle son fils Gershom, qui veut dire « étranger ».

Voilà pour notre premier épisode. Étonnant quand même.

Je vous propose comme transition poétique de nous tourner vers un autre livre de la Bible, mettons de côté les Proverbes, et commençons les Psaumes.

Psaume 1

Heureux est l’homme qui n’entre pas au conseil des méchants, qui ne suit pas le chemin des pécheurs, ne siège pas avec ceux qui ricanent, mais se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit.

Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt. Tout ce qu’il entreprend réussira.

Tel n’est pas le sort des méchants, mais ils sont comme la paille balayée par le vent. Au jugement, les méchants ne se lèveront pas, ni les pécheurs au rassemblement des justes.

Le Seigneur connaît le chemin des justes, mais le chemin des méchants se perdra.


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