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Résumé : En Exode 4, Dieu équipe Moïse de signes miraculeux (le bâton changé en serpent, la main lépreuse) pour convaincre les Hébreux, et lui adjoint son frère Aaron comme porte-parole. Le frère Paul-Adrien invite à lire ce texte avec les yeux d’un Israélite qui connaît déjà la suite de l’histoire : derrière chaque détail se cachent des « grincements de dents » annonciateurs, et un sourire moqueur de Dieu qui rappelle que le vrai héros de la Bible, c’est Lui — un Dieu dangereux, une dynamite d’amour. Le Psaume 2 proclame la souveraineté de Dieu sur les nations et son roi consacré sur Sion.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Jour 28, quatrième semaine, ça fait bientôt un mois, pas mal. Normalement, parvenu déjà au bout d’un mois, vous devez commencer gentiment déjà à vivre dans la Bible. C’est peut-être déjà en train de changer votre quotidien cette affaire. Ha ha ! On continue hein !

Lecture : Exode 4

Moïse reprit la parole et dit : « Mais voilà, ils ne me croiront pas, ils n’écouteront pas ma voix. Ils diront : “Le Seigneur ne t’est pas apparu.” »

Le Seigneur dit : « Que tiens-tu en main ? » Moïse répondit : « Un bâton. » Le Seigneur dit : « Jette-le à terre. » Moïse le jeta à terre. Le bâton devint un serpent et Moïse s’enfuit devant lui.

Le Seigneur dit à Moïse : « Étends la main et prends-le par la queue. » Il étendit la main et le saisit. Dans sa main, le serpent redevint un bâton.

Dieu reprit : « Ainsi croiront-ils que le Seigneur t’est apparu, le Dieu de leur père, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. »

Le Seigneur dit encore à Moïse : « Mets donc ta main sur ta poitrine. » Il mit la main sur sa poitrine puis la retira, et sa main était lépreuse, blanche comme neige. Le Seigneur dit : « Remets la main sur ta poitrine. » Il remit la main sur sa poitrine puis la retira. Elle était redevenue comme le reste de son corps.

« Ainsi donc, s’ils ne te croient pas, s’ils restent sourds à la voix du premier signe, ils croiront à cause du second signe. Et s’ils ne croient pas encore à ces deux signes et restent sourds à ta voix, alors tu prendras de l’eau du Nil et tu la répandras sur la terre sèche. Et l’eau que tu auras puisée dans le Nil deviendra du sang sur la terre sèche. »

Moïse dit encore au Seigneur : « Pardon, mon Seigneur, mais moi, je n’ai jamais été doué pour la parole, ni d’hier, ni d’avant-hier, ni même depuis que tu parles à ton serviteur. J’ai la bouche lourde et la langue pesante, moi. »

Le Seigneur lui dit : « Qui donc a donné une bouche à l’homme ? Qui rend muet ou sourd, voyant ou aveugle ? N’est-ce pas moi, le Seigneur ? Et maintenant, va, je suis avec ta bouche, et je te ferai savoir ce que tu devras dire. »

Moïse répliqua : « Je t’en prie, mon Seigneur, envoie n’importe quel autre émissaire. »

Alors la colère du Seigneur s’enflamma contre Moïse et il lui dit : « Et ton frère Aaron, le Lévite, je sais qu’il a la parole facile, lui. Le voici justement qui sort à ta rencontre, et quand il te verra, son cœur se réjouira. Tu lui parleras et tu mettras mes paroles dans sa bouche. Et moi, je serai avec ta bouche et avec sa bouche, et je vous ferai savoir ce que vous aurez à faire. C’est lui qui parlera pour toi au peuple. Il sera ta bouche, et tu seras son Dieu. Quant à ce bâton, prends-le en main. C’est par lui que tu accompliras les signes. »

Moïse dit : « Je dois m’en aller et retourner chez mes frères en Égypte pour voir s’ils vivent encore. » Jéthro lui dit : « Va en paix. »

Au pays de Madian, le Seigneur dit à Moïse : « Va, retourne en Égypte, car ils sont morts, tous ceux qui en voulaient à ta vie. »

Moïse prit sa femme et ses fils, les installa sur l’âne et retourna au pays d’Égypte. Il avait pris en main le bâton de Dieu.

Le Seigneur dit à Moïse : « Sur le chemin du retour vers l’Égypte, songe aux prodiges que j’ai mis en ta main. Tu les accompliras devant Pharaon, mais moi je ferai en sorte qu’il s’obstine, et il ne laissera pas le peuple s’en aller. Tu diras à Pharaon : Ainsi parle le Seigneur. Mon fils premier-né, c’est Israël. Je te dis : laisse partir mon fils pour qu’il me serve. Et tu refuses de le laisser partir. Eh bien moi, je vais faire périr ton fils premier-né. »

Or, en cours de route, au campement pour la nuit, le Seigneur rencontra Moïse et chercha à le faire mourir. Cippora, sa femme, prit un silex, coupa le prépuce de son fils, en toucha le sexe de Moïse et dit : « Tu es pour moi un époux de sang. » Et alors Dieu s’éloigna de Moïse. Cippora avait parlé d’époux de sang à cause des circoncisions.

Le Seigneur dit à Aaron : « Va sur la route du désert au-devant de Moïse. » Il y alla, le rencontra à la montagne de Dieu et l’embrassa. Moïse transmit à son frère toutes les paroles que le Seigneur l’avait envoyé dire et tous les signes qu’il lui avait ordonné d’accomplir.

Moïse et Aaron se mirent en route et réunirent tous les anciens des fils d’Israël. Aaron redit toutes les paroles que le Seigneur avait adressées à Moïse et il accomplit les signes sous les yeux du peuple. Et le peuple crut. Il comprit que le Seigneur avait visité les fils d’Israël et qu’il avait vu leur misère. Alors ils s’inclinèrent et se prosternèrent.

Commentaire

Ce qu’il faut imaginer quand vous lisez le livre de l’Exode et que vous êtes un juif, c’est que vous connaissez déjà toute l’histoire. Et qu’en plus, cette histoire a été écrite peut-être bien longtemps après les faits, donc c’est probablement une relecture. Je dis ça parce que quand on connaît l’histoire, il y a des petits détails dans lesquels on croit comme reconnaître un petit grincement de dents à venir.

Regardez cette histoire de bâton et de main lépreuse par exemple. Si jamais vous connaissez l’histoire de l’Exode, le bâton à travers lequel Moïse va faire des miracles et Aaron, c’est un bâton qui va devenir un objet d’idolâtrie et qui va amener la chute de Moïse et d’Aaron dans le désert, quand Moïse frappera un rocher avec ce bâton alors que Dieu lui avait demandé de parler. Bon, ça n’a l’air de rien, mais c’est quand même pour ça que Moïse va mourir dans le désert. Je suis désolé de spoiler, mais là je vous mets dans la peau d’un Israélite qui, en lisant l’Exode, connaît déjà toute l’histoire et qui à la fois se sent très proche de Dieu et qui pleure aussi sur ce qui est devenu son peuple.

Donc ça c’est pour le bâton. Alors en attendant, vous, vous allez voir comment il va faire des merveilles devant Pharaon. Tout le monde va ouvrir grand les yeux, mais il ne faut pas oublier ce qui va venir plus tard. De la même manière, pour cette main lépreuse, pas pour celui qui connaît l’histoire, vous êtes déjà en train d’anticiper ce qui va arriver à Myriam, la sœur de Moïse. Comment un jour elle va se retrouver lépreuse parce qu’elle aura dit du mal de Moïse et que ça aussi ça va amener sa perte.

Donc toujours cette histoire de petits grincements, vous voyez : la dureté du cœur de Pharaon qui répond à la dureté du cœur des Israélites qui sont en train de se tuer ensemble. Cette espèce de méprise initiale, sortir d’Égypte ou rendre service à Dieu. Et puis là, ce bâton par lequel Dieu va faire des miracles, mais qui va devenir objet d’idolâtrie. Je ne sais pas comment vous dire, mais c’est un peuple à la nuque raide que Dieu s’apprête à sauver. Ne vous faites pas trop d’illusions sur qui vous êtes et pourquoi Dieu vous a sauvés. Quand Dieu vous a sauvés et quand Dieu vous aime, c’est au nom de sa transcendance et de qui il est, de sa main puissante qui fait des merveilles, et pas vraiment en fonction de ce que nous, nous sommes. Bon, un peu d’humilité.

Justement, en parlant d’humilité, on nous dit que Moïse était le plus humble des hommes. D’ailleurs, vous voyez comment à chaque fois il dit : « Mais ils ne vont pas me croire quand c’est toi qui va m’envoyer. Mais moi, je ne parle pas bien. Je suis un homme à la parole pesante. » Alors là encore, grincement de dents, parce que la parole pesante de Moïse, est-ce que c’est parce qu’il est bègue et qu’il parle mal, ou est-ce que c’est parce que c’est le peuple juif qui ne va pas l’écouter ? Et puis encore, deuxième grincement de dents, parce que cette protestation d’humilité de la part de Moïse, est-ce qu’il n’est pas tout simplement en train de botter en touche et de dire à Dieu : « Ton programme, tout ça, c’est bien gentil, mais je n’ai certainement pas envie d’y aller » ? Et d’ailleurs, Dieu se met en colère.

Bref, quand vous lisez ce texte, essayez d’y voir comme caché une certaine forme d’ironie et peut-être un peu de lassitude, un petit sourire moqueur que Dieu a glissé dans les lignes de la Bible. Et quand vous avez réussi à le trouver, ce petit sourire, ce petit sourire moqueur de Dieu, vous apercevez que le héros de cette histoire, ce n’est pas Moïse. Et ce n’est pas vous, je suis désolé, c’est Dieu. Et on l’oublie vite. On oublie vite d’ailleurs que non seulement Dieu est le héros de la Bible, mais en plus, qui est Dieu ? Et que Dieu, c’est un Dieu dangereux. Et ça rend son sourire encore plus attachant.

Pourquoi est-ce que je vous dis que Dieu est un Dieu dangereux ? Eh bien parce qu’on l’oublie très facilement. Et vous allez voir d’ailleurs que c’est un des principaux bienfaits de lire la Bible en continu, c’est que pour le coup, à la fin de la Torah, vous verrez ce que c’est que le mystère de Dieu, cette flamme dévorante. Le buisson ardent, c’est ça ce que ça veut dire. Regardez d’ailleurs par exemple, c’est étonnant : quand Moïse sort de là, il se dit « J’ai vu Dieu, donc je vais mourir. »

Je vous cite ce verset que tout le monde trouve très bizarre, verset 24 : « Or, en cours de route, au campement pour la nuit, le Seigneur rencontra Moïse et chercha à le faire mourir. » Ben oui, mais quand on rencontre Dieu, on meurt. Souvenez-vous : nul ne peut voir ma face et vivre, parce que, encore une fois, le mystère de Dieu est un mystère tellement puissant qui fait exploser tous les cadres. Souvenez-vous de Job qui est rentré dans le mystère de Dieu à travers le mystère du mal. Ben, ce n’est pas rien, quoi. Dieu, Dieu, Dieu. C’est sur une croix qu’il s’est révélé. Il y a toujours cet aspect dangereux en Dieu qu’il ne faut jamais oublier. Dieu, c’est de la dynamite. Et c’est cette dynamite que Moïse vient de retrouver dans sa vie.

Maintenant, la question, c’est : comment est-ce qu’il va pouvoir ramener cette dynamite dans le camp hébreu sans tout faire péter ? Comment vivre avec Dieu sans exploser de l’intérieur ? Ça encore, pour le coup, ça nous amènera dans le Lévitique. Bon, vous voyez, on est en train de poser toutes les grandes questions de la Torah.

En attendant, revenons à notre bon Moïse. Comment est-ce qu’il se protège de cette vision effrayante de Dieu ? Eh ben, c’est une femme, une étrangère. Encore une fois, vous voyez le petit sourire moqueur de Dieu qui lui rappelle que les alliances, l’alliance de Dieu, ça sert à quelque chose. C’est pas uniquement pour le plaisir. Le fait de circoncire, c’est ça ce qui protège le peuple hébreu. Une alliance qui avait été faite avec Noé, une alliance qui avait été faite avec Abraham, que le peuple juif a complètement oublié. Et là encore, nouveau grincement de dents : c’est une étrangère, une Madianite, qui rappelle à travers la circoncision l’alliance qui peut permettre de sauver les hommes quand ils rencontrent Dieu.

Et alors, entre tous ces petits clins d’œil moqueurs de la part de Dieu, il y a quand même des belles éclaircies. Regardez ce happy end formidable : Moïse qui retrouve son frère Aaron, deux frères heureux de se retrouver. Ben, c’est beau ça ! Pour une fois que ça se passe bien entre deux frères dans la Bible, ça mérite d’être noté. Bon, ce qu’on peut prendre comme joie, on le prend : deux frères qui sont heureux de se retrouver, un prophète qui est accueilli par son peuple, heureux de retrouver celui qu’il avait quitté. Tout cela, tout cela fait oublier beaucoup de choses.

Psaume 2

Pourquoi ce tumulte des nations, ce vain murmure des peuples ? Les rois de la terre se dressent, les grands se liguent entre eux contre le Seigneur et son Messie : « Faisons sauter nos chaînes, rejetons ses entraves ! »

Celui qui règne dans les cieux s’en amuse, le Seigneur les tourne en dérision. Puis il leur parle avec fureur, et sa colère les épouvante : « Moi, j’ai sacré mon roi sur Sion, ma sainte montagne. »

Je proclame le décret du Seigneur. Il m’a dit : « Tu es mon fils. Moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. Demande et je te donne en héritage les nations, pour domaine la terre tout entière. Tu les détruiras de ton sceptre de fer, tu les briseras comme un vase de potier. »

Maintenant, rois, comprenez, reprenez-vous, juges de la terre. Servez le Seigneur avec crainte, rendez-lui votre hommage en tremblant. Qu’il s’irrite et vous êtes perdus : soudain, sa colère éclatera. Heureux qui trouve en lui son refuge.


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