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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit Exode 7, qui raconte le début de la confrontation entre Moïse et Pharaon : le bâton d’Aaron changé en serpent, puis la première plaie d’Égypte — la transformation du Nil en sang — suivie de l’annonce de la plaie des grenouilles. Le commentaire explore la question de l’historicité des dix plaies, en s’appuyant notamment sur le papyrus d’Ipouwer et l’éruption volcanique de Santorin. L’épisode se conclut par le psaume 3.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Eh bien, ça y est, les dix plaies d’Égypte sont arrivées, donc que les amateurs de récits extraordinaires et de légendes se régalent.
Lecture : Exode 7
Le Seigneur dit à Moïse : « Vois, j’ai fait de toi un Dieu pour Pharaon, et ton frère Aaron sera ton prophète. Toi, tu lui diras tout ce que je t’ordonnerai, et ton frère Aaron le répétera à Pharaon pour qu’il laisse partir de son pays les fils d’Israël. Mais moi, je rendrai le cœur de Pharaon inflexible. Je multiplierai mes signes et mes prodiges dans tout le pays d’Égypte, mais Pharaon ne vous écoutera pas. Alors je poserai la main sur l’Égypte, et je ferai sortir du pays d’Égypte mes armées, mon peuple, les fils d’Israël, en exerçant de terribles jugements. Et les Égyptiens reconnaîtront que je suis le Seigneur, quand j’étendrai la main contre l’Égypte et que j’en ferai sortir les fils d’Israël. »
Moïse et Aaron s’exécutèrent. Ce que le Seigneur leur avait ordonné, ils le firent. Moïse était âgé de 80 ans et Aaron de 83 ans lorsqu’ils parlèrent à Pharaon.
Le Seigneur dit à Moïse et à Aaron : « Si Pharaon vous demande d’accomplir un signe, tu diras alors à Aaron : “Prends ton bâton, jette-le devant Pharaon, et qu’il devienne un serpent.” »
Moïse et Aaron allèrent trouver Pharaon et firent comme l’avait ordonné le Seigneur. Aaron jeta son bâton devant Pharaon et ses serviteurs, et le bâton devint un serpent. Pharaon à son tour convoqua les sages et les enchanteurs, et les magiciens d’Égypte en firent autant avec leurs sortilèges. Chacun jeta son bâton qui devint un serpent, mais le bâton d’Aaron engloutit leurs bâtons. Cependant Pharaon s’obstina. Il n’écouta pas Moïse et Aaron, ainsi que l’avait annoncé le Seigneur.
Le Seigneur dit à Moïse : « Le cœur de Pharaon s’est appesanti, il a refusé de laisser partir le peuple. Va trouver Pharaon demain matin. Il sortira pour se rendre près de l’eau. Tu te posteras au bord du Nil pour le rencontrer. Le bâton qui s’est changé en serpent, tu le prendras en main. Tu diras à Pharaon : “Le Seigneur, le Dieu des Hébreux, m’a envoyé vers toi pour te dire : laisse partir mon peuple, afin qu’il me serve dans le désert. Jusqu’à présent tu n’as pas écouté.” Ainsi parle le Seigneur : “À ceci tu reconnaîtras que je suis le Seigneur. Voici que moi, je vais frapper les eaux du Nil avec le bâton que j’ai dans la main, et elles se changeront en sang. Les poissons du Nil crèveront. Le Nil s’empuantira et les Égyptiens ne pourront plus boire l’eau du fleuve.” »
Le Seigneur dit à Moïse : « Va dire à Aaron : prends ton bâton, étends la main sur les eaux d’Égypte, sur ces rivières, ces canaux, ces étangs, sur toutes ces réserves d’eau, et qu’elles soient du sang ; qu’il y ait du sang dans tout le pays d’Égypte, jusque dans les récipients de bois et de pierre. »
Moïse et Aaron firent comme le Seigneur l’avait ordonné. Aaron leva son bâton et frappa les eaux du Nil sous les yeux de Pharaon et de ses serviteurs. Et toutes les eaux du Nil se changèrent en sang. Les poissons du Nil crevèrent et le Nil s’empuantit. Les Égyptiens ne pouvaient plus boire l’eau du fleuve. Il y avait du sang dans tout le pays d’Égypte. Mais les magiciens d’Égypte en firent autant avec leurs sortilèges.
Et Pharaon s’obstina. Il n’écouta pas Moïse et Aaron, ainsi que l’avait annoncé le Seigneur. Pharaon s’en retourna. Il rentra chez lui sans prendre la chose à cœur. En quête d’eau, tous les Égyptiens se mirent à creuser aux alentours du Nil, car ils ne pouvaient plus boire les eaux du fleuve. Sept jours s’écoulèrent après que le Seigneur eût frappé le Nil.
Le Seigneur dit à Moïse : « Va trouver Pharaon et dis-lui : Ainsi parle le Seigneur : “Laisse partir mon peuple afin qu’il me serve. Si toi tu refuses de le laisser partir, moi, je vais infester de grenouilles tout ton territoire. Le Nil grouillera de grenouilles. Elles monteront, elles entreront dans ta maison, dans ta chambre à coucher, sur ton lit, dans les maisons de tes serviteurs et de ton peuple, dans tes fours et dans tes pétrins. Sur toi, sur les gens de ton peuple et sur tous tes serviteurs grimperont les grenouilles.” »
Commentaire
On aura le temps de revenir sur ces dix plaies d’Égypte, comment elles sont agencées, quelle est l’intention du narrateur derrière, et en quoi cela est-il inspiré de Dieu. Mais pour l’heure, alors que nous commençons ce récit, je voudrais qu’on se penche sur l’historicité de ce récit. Est-ce que Moïse a existé ? Est-ce que ces dix plaies d’Égypte ont eu lieu ?
Vous sentez bien que, comme pour Abraham, on est plus dans le cadre de l’épopée que dans du récit journalistique. L’épopée, ça veut dire qu’on en a rajouté au fur et à mesure des générations. Oui, mais combien ? Et est-ce qu’il y a, à la base, un noyau dur historique ?
Ben, c’est pas impossible. C’est pas impossible — encore une fois je dis « c’est pas impossible » parce que je suis toujours très prudent sur ces questions-là — mais c’est plus historique que ça n’en a l’air. Par exemple, Moïse, c’est un nom qui a des consonances égyptiennes. Par exemple aussi, les bas-reliefs égyptiens nous parlent d’une invasion des Hyksos, ou alors de marchands sémites. Et même pour les dix plaies d’Égypte, la vraisemblance historique est là où on s’y attend le moins.
Par exemple, le Nil transformé en sang, ça existe. Si jamais vous tapez « Nil sang » sur Google, vous allez voir des images du Nil rouge écarlate, et c’est pas photoshopé. On s’est aperçu en fait qu’il y avait une sorte de micro-champignon ou de micro-algue — je sais pas comment il faut dire — enfin bref, un petit organisme qui vivait dans le Nil et qui parfois proliférait au point de donner au Nil une couleur sang écarlate. Donc vous pourrez regarder sur Internet — je ne peux pas vous les montrer chez un podcast audio — mais vous tapez « Nil sang » et vous allez voir des images du Nil transformé en sang et sans trucage. Donc ça existe.
Mais sur les dix plaies d’Égypte en tant que telles, arrêtons-nous un instant dessus. Il y a, dans le musée national des Antiquités de Leyde aux Pays-Bas, un texte ancien qu’on appelle le papyrus d’Ipouwer (I-P-O-U-W-E-R), parfois encore connu sous le nom d’Admonition d’un sage égyptien. Ce document, qui date d’environ 1250 avant J.-C., est en fait la copie d’un original qui, lui, d’après les spécialistes, remonte de manière authentique à 1900–1600 avant J.-C., l’époque supposée de Moïse.
Et voilà ce que ce papyrus raconte. Ce papyrus, c’est un poème, un discours attribué justement à notre Ipouwer, et qui décrit un ensemble de calamités et de troubles sociaux d’Égypte, qui vous peint un tableau saisissant de chaos, d’inversion des normes, d’effondrement de l’ordre établi, qui se serait passé à cette époque-là. Donc par exemple, je vous cite : « Le fleuve est du sang. On en boit et on s’éloigne de l’homme. On a soif d’eau. » Donc un passage, évidemment, qui vous fait penser à la première plaie d’Égypte. Ou encore, citation toujours de ce papyrus : « Oui, la misère est partout. Il n’y a rien à manger. Les greniers sont vides. Tout est détruit. » Ce qui, à nouveau, vous fait penser à la famine et à la désolation dont parlent nos dix plaies d’Égypte.
Alors, ce papyrus ne parle pas explicitement ni de Moïse ni des Israélites, on est d’accord. N’empêche qu’il vous décrit comment, en un court laps de temps, s’est enchaînée une série de catastrophes dont certaines font directement penser aux dix plaies d’Égypte, provoquant famine, chaos, bouleversements sociaux, etc., au point qu’il y ait un exode d’esclaves qui se mettent à fuir leurs maîtres égyptiens. Étonnant, non ?
Mais c’est pas tout ! Le mont Santorin, ça vous dit quelque chose ? Le mont Santorin, en fait, plus exactement, c’est une île — une île avec un volcan qui est devenu une île — qui est située dans la mer Égée, qui fait partie de l’archipel des Cyclades en Grèce. Je vous parle du mont Santorin parce que ça a été une des plus grandes éruptions volcaniques de l’humanité tout entière. Et quand est-ce que cette éruption, située au nord des côtes égyptiennes, a eu lieu ? En 1600 avant J.-C. ! Bon, même s’il y a quelques avis divergents sur cette date-là, c’est quand même plus ou moins par là.
Donc ce qui s’est passé, c’est une éruption classée parmi les plus puissantes de l’Histoire, qui a éjecté d’énormes quantités de cendres et de roches volcaniques. Et là, pour le coup, non seulement ça a entraîné la fin d’une civilisation entière — ce qu’on appelle la civilisation minoenne, mais qui n’est pas l’objet de notre propos — mais ça a eu forcément, forcément, des conséquences sur l’Égypte.
Alors après, le reste est peut-être du scénario de science-fiction, mais… une éruption volcanique sur une île, ça a eu comme conséquence un tsunami. Ce tsunami, certains historiens le mettent en parallèle avec la mer des Roseaux quand Moïse a traversé à pieds secs, parce que le tsunami aurait d’abord provoqué un reflux des eaux, avant que juste après — PAF — elles reviennent engloutir tout le monde. Forcément aussi, on sait qu’il y a eu énormément de cendres qui ont été projetées dans l’atmosphère. Et de là vient peut-être, par exemple, les ténèbres dont vous parlent les dix plaies d’Égypte. Par exemple, de là vient aussi l’hypothèse des eaux contaminées, ce que je vous disais sur le Nil transformé en sang. Si jamais il y a eu des contaminations, peut-être aussi que ça s’est transporté sur la nourriture, et que si à cette époque-là les premières personnes que l’on nourrissait bien, c’étaient les premiers-nés, peut-être que les premiers-nés ont été aussi les premiers contaminés.
Donc en fait, si vous voulez, vous pouvez peut-être arriver à recréer comme ça une certaine forme d’enchaînement logique dans les dix plaies d’Égypte. Alors bon, il ne faut pas le dire trop vite, on n’en sait rien, et on n’en saura jamais rien, et probablement qu’il y a une reconstruction qui est derrière, mais le point est le suivant : c’est peut-être plus historique qu’il n’y paraît.
Donc, si quelqu’un vous parle des dix plaies d’Égypte avec un petit sourire en coin, ça veut simplement dire que, un, il n’a pas bien étudié ce texte biblique qui est d’une puissance narrative extraordinaire et qui est plein de subtilités au deuxième degré ; et deux, que l’archéologie, ça existe, et ce n’est pas fait pour les petits cochons.
Psaume 3
Nous passons maintenant à notre transition poétique.
De sa montagne sainte, il me répond. Et moi, je me couche et je dors ; je m’éveille : le Seigneur est mon soutien. Je ne crains pas ce peuple nombreux qui me cerne et s’avance contre moi. Lève-toi, Seigneur ! Sauve-moi, mon Dieu ! Tous mes ennemis, tu les frappes à la mâchoire ; les méchants, tu leur brises les dents. Du Seigneur vient le salut. Vienne ta bénédiction sur ton peuple.
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