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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit Exode 13, qui traite de la consécration des premiers-nés et du départ d’Égypte guidé par la colonne de nuée et de feu. Le commentaire explore en détail le Séder, le repas pascal juif, ses éléments symboliques et ses liens profonds avec la messe chrétienne. L’épisode se conclut par la récitation du Kiddouch, la prière de bénédiction juive de la Pâque.
Introduction
Nous continuons sur notre lancée, Exode 13, dixième plaie et sortie d’Égypte du peuple israélite.
Lecture : Exode 13
Le Seigneur parla à Moïse, il dit : « Consacre-moi tous les premiers-nés parmi les fils d’Israël, car les premiers-nés des hommes et les premiers-nés du bétail m’appartiennent. »
Moïse dit au peuple : « Souvenez-vous de ce jour, le jour de votre sortie du pays d’Égypte, la maison d’esclavage, car c’est par la force de sa main que le Seigneur vous en a fait sortir. On ne mangera pas de pain levé ce jour-là. C’est aujourd’hui, au mois des épis, que vous sortez.
Le Seigneur te fera entrer dans le pays du Cananéen, du Hittite, de l’Amorite, du Hivvite et du Jébuséen, le pays qu’il a juré à tes pères de te donner, le pays ruisselant de lait et de miel. Alors, en ce mois des épis, tu pratiqueras ce rite-ci. Pendant sept jours, tu mangeras des pains sans levain, et le septième jour, tu célébreras la fête en l’honneur du Seigneur. On mangera du pain sans levain pendant les sept jours, sur ton territoire tout entier. On ne trouvera pas de pain levé, on ne trouvera même pas de levain.
Ce jour-là, tu donneras à ton fils cette explication : “C’est en raison de ce que le Seigneur a fait pour moi lors de ma sortie d’Égypte.” Le rite sera pour toi comme un signe sur ta main, comme un mémorial entre tes yeux, afin que la loi du Seigneur soit dans ta bouche, car par la force de sa main, le Seigneur t’a fait sortir d’Égypte. Tu observeras ce décret au moment prescrit, d’année en année.
Alors, quand le Seigneur t’aura fait entrer dans le pays de Canaan, cette terre qu’il a juré à toi et à tes pères de te donner, alors tu remettras au Seigneur tout premier-né. Tout premier-né de sexe masculin, tout premier mâle du bétail appartient au Seigneur. Le premier-né des ânes, tu le rachèteras par un mouton. Si tu ne le rachètes pas, tu lui briseras la nuque. Mais chez les hommes, tout fils premier-né, tu le rachèteras.
Alors, demain, quand ton fils te demandera : “Que fais-tu là ?” tu lui répondras : “C’est par la force de sa main que le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte, la maison d’esclavage. En effet, comme Pharaon multipliait les obstacles pour nous laisser partir, le Seigneur fit mourir tous les premiers-nés au pays d’Égypte, du premier-né des hommes au premier-né du bétail. C’est pourquoi j’offre en sacrifice au Seigneur tous les premiers-nés de sexe mâle. Mais le premier-né de mes fils, je le rachète.” »
Ce rite sera pour toi comme un signe à ton poignet. C’est comme un bandeau sur ton front. C’est par la force de sa main que le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte.
Quand Pharaon laissa partir le peuple, Dieu ne lui fit pas prendre la route du pays des Philistins, bien qu’elle fût la plus directe. Dieu s’était dit : « Il ne faudrait pas qu’à la perspective des combats, le peuple revienne sur sa décision et retourne en Égypte. » Dieu fit faire au peuple un détour par le désert de la mer des Roseaux. C’est rangés comme une armée que les fils d’Israël étaient montés du pays d’Égypte.
Moïse prit avec lui les ossements de Joseph, car celui-ci avait exigé des fils d’Israël un serment solennel en leur disant : « Dieu ne manquera pas de vous visiter. Alors quand vous remonterez d’Égypte, emportez mes ossements avec vous. »
Ils partirent de Soukkoth et campèrent à Étam, en bordure du désert. Le Seigneur lui-même marchait à leur tête : le jour dans une colonne de nuée pour leur ouvrir la route, la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer. Ainsi pouvaient-ils marcher jour et nuit. Le jour, la colonne de nuée ne quittait pas la tête du peuple, ni la nuit la colonne de feu.
Commentaire
Voyageons un petit peu du côté de la culture juive et de la manière de fêter Pâques. Comment les Juifs fêtent-ils Pâques ? Comment Jésus fêtait-il Pâques quand il avait 12 ans, quand il avait 30 ans ?
Vous avez plusieurs éléments qui ont été mentionnés ici, d’autres qui n’ont pas encore été mentionnés. Par exemple, le fait que Pâques soit un pèlerinage annuel. D’ailleurs, les Évangiles nous montrent Jésus se rendant à Jérusalem pour fêter Pâques, pas seulement quand il avait 30 ans, mais probablement aussi quand il en avait 12, 13, 14 et 15. C’était un pèlerinage annuel, sauf que là on ne parle pas encore du fait que ce soit à Jérusalem, ça reviendra plus tard. Dans le livre du Deutéronome, vous avez encore le fait qu’il y ait le sacrifice de l’agneau pascal, le grand sacrifice dans le temple avec une manière de le sacrifier. Mais ça non plus, on n’en parle pas encore ici, ce sera plus tard dans le livre du Lévitique.
Ici, il est principalement question du rite du Séder. Le Séder, c’est le grand repas juif qui célèbre la fête de Pâques. Alors, je vous propose dans ce commentaire de parler un petit peu du Séder. D’abord parce que ça va nous faire voyager du côté d’une autre culture. Et que voyager, c’est toujours sympa. Et puis aussi parce que comprendre le Séder, c’est ce qui nous permet aussi de faire le lien entre la Pâque hébraïque, celle de Moïse, et pour nous chrétiens, la Sainte Cène, le dernier repas de Jésus qui donnera naissance à la messe. Donc il y a tout ça qui est en jeu.
Séder signifie « ordre » en hébreu, ce qui veut dire que c’est un repas ordonné, structuré, on pourrait dire liturgique. Et qui sert de mémorial — ce qu’on retrouvera aussi dans la messe — qui sert de mémorial pour la mort de Jésus.
Vous avez un plateau, le plateau du Séder, qui est un élément clé du rituel et qui comprend des éléments symboliques représentant les différentes étapes de l’Exode et de la souffrance. On en retrouvera quelques-uns dans la manière dont les chrétiens célèbrent la messe. Donc au cours du Séder, il va y avoir sur ce plateau :
- Le maror, des herbes amères comme le raifort, qui symbolise l’amertume de l’esclavage.
- Le harosset, un mélange sucré de pommes, de noix, de cannelle et de vin, qui évoque le mortier que les Hébreux utilisaient pour construire les villes-entrepôts d’Égypte.
- Le karpas, un légume, souvent du persil ou du céleri, qui est trempé dans de l’eau salée. Ça rappelle les larmes versées par les esclaves.
- Le zeroa, un os d’agneau rôti en souvenir du sacrifice pascal — ce qui pour nous deviendra Jésus, l’Agneau sacrifié.
- Le beitza, un œuf dur, symbole de deuil mais aussi de renaissance. Souvenez-vous des œufs de Pâques.
- Et les matsot, les pains sans levain, en mémoire de la précipitation des Israélites quittant l’Égypte — ce qui vous donnera les hosties.
Bon, ça c’est pour les ingrédients. Passons maintenant aux boissons : les quatre coupes de vin, qui elles aussi auront leur importance. En plus de ce plateau, vous avez une première coupe qui marque le Kiddouch, la bénédiction. Une deuxième qui est consommée après la Haggadah, quand on parle de l’Exode, de ce qui s’est passé. Vous avez une troisième qui accompagne la bénédiction avant le repas. Et une quatrième qui est bue à la fin du Hallel. Et derrière le mot — petite parenthèse — Hallel, Alléluia, c’est le même mot, ça vient des psaumes. C’est le grand cri de joie juif qui, pour nous, deviendra le cri de la résurrection.
Alors, je reviens maintenant à cette coupe de bénédiction que l’on boit. Parce que vous la retrouverez pendant la messe. Évidemment, ça vous donnera la coupe qui va devenir le sang de Jésus : « Ceci est mon sang versé pour vous, pour la multitude. » Mais alors ça, vous ne l’entendez pas, parce que c’est le prêtre qui le dit : « Béni sois-tu, Seigneur. Toi qui nous as donné ce vin, fruit de la vigne et du travail des hommes, nous te le présentons. Il deviendra pour nous le vin du royaume éternel. » Et si, d’ailleurs, vous l’entendez, ce que vous répondez à la messe : « Béni soit Dieu, maintenant et toujours. » Eh bien, cette formule de bénédiction, ça vous vient du Séder. Alors là, directement. Donc, en fait, en parlant du Séder, en parlant de Pâques, je suis en train de vous parler de l’archéologie de la messe.
Ça vous donne aussi cette parole à la messe : « Prenant le vin, il dit la bénédiction. » Voilà, c’est encore le Séder.
Autre élément du Séder, vous avez la Haggadah. La Haggadah, c’est le texte utilisé qui raconte l’histoire de l’Exode et que raconte le père de famille. Et en fait, ce texte, c’est ce qui va guider le déroulement et la liturgie du repas. Donc, il est entrecoupé de bénédictions, de chants, de questions. La plus célèbre des questions, c’est la fameuse question posée par l’enfant le plus jeune : « Pourquoi cette nuit-là est-elle différente de toutes les autres nuits ? » Ce récit de la Haggadah, de l’Exode, ça vous donnera la vigile pascale où les chrétiens se réunissent à minuit pour célébrer la messe et où on retrace toute l’histoire sainte à l’intérieur de l’Église.
Bon, si on voulait être complet, il faudrait parler des quinze étapes du Séder. Comment ça commence ? Par une première bénédiction. Puis ensuite, on se lave les mains sans bénédiction — ce qui, d’ailleurs, vous fait penser à Jésus qui lavera les pieds de ses disciples. Il y a peut-être ici un écho. Puis ensuite, on trempe le légume. Puis on brise la matsah du milieu, etc. Je ne vais pas tous vous les faire.
Ce qu’il faut retenir, c’est que le Séder, ce n’est pas seulement un repas, mais une fête. Un moment de célébration, de partage et de réflexion. Vous avez des chansons traditionnelles qui expriment la gratitude. Vous avez un repas qui est extrêmement codifié. Donc, c’est une soirée qui est riche en symboles et en souvenirs, et qui vous fait plonger dans tout un univers. Et c’est dans cet univers-là que Jésus va naître, grandir, penser. Et dans cet univers-là qu’il va exprimer le don de sa vie qui nous sauvera. Eh oui, quand même !
Prière finale : le Kiddouch
Je vous propose de réciter en guise de prière finale le Kiddouch, cette prière de bénédiction juive qui est récitée lors de la Pâque et qui trouve des échos dans la messe. Et vous vous souviendrez que les commandements pour nous sont la charité, que la libération d’Égypte représente la libération du péché, et qu’Israël a donné naissance à l’Église.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, Roi de l’univers, qui nous a choisis parmi tous les peuples et nous a élevés au-dessus de toutes les nations, et qui nous a sanctifiés par tes commandements.
Et tu nous as donné, Seigneur notre Dieu, avec amour, des fêtes pour la joie, des fêtes et des temps de bonheur. Ce jour de la fête des Matsot, le temps de notre liberté, une convocation sainte, un souvenir de la sortie d’Égypte.
Car tu nous as choisis et sanctifiés parmi tous les peuples, et tu nous as donné en héritage tes fêtes saintes avec joie et allégresse. Béni sois-tu, Seigneur, qui sanctifie Israël et les temps de fête.
Que le Seigneur vous bénisse. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
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