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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit et commente le chapitre 32 de l’Exode, le célèbre épisode du veau d’or. Il met en lumière les parallèles entre la chute d’Aaron et celle d’Adam, soulignant l’ironie monumentale d’un premier grand prêtre idolâtre, et médite sur l’absurdité des réactions de Moïse face au péché du peuple.
Introduction
Nous avons terminé de décrire l’attente de la rencontre, le projet qu’il y avait dans l’Esprit divin et que maintenant il demande aux fils d’Israël de construire. C’était le chapitre 31, on arrive maintenant au chapitre 32, mais mon Dieu, de quoi va-t-il être question après tant de magnificence ? Eh bien, je ne spoile pas, je vous laisse le plaisir de le découvrir par vous-même.
Lecture : Exode 32
Le peuple vit que Moïse tardait à descendre de la montagne. Il se rassembla contre Aaron et lui dit : « Debout, fais-nous des dieux qui marchent devant nous, car ce Moïse, l’homme qui nous a fait monter du pays d’Égypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé. »
Aaron leur répondit : « Enlevez les boucles d’or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils, de vos filles, et apportez-les-moi. »
Tout le peuple se dépouilla des boucles d’or qu’il avait aux oreilles et ils les apportèrent à Aaron. Il reçut l’or de leurs mains, le façonna au burin et en fit un veau en métal fondu. Ils dirent alors : « Israël, voici tes dieux qui t’ont fait monter du pays d’Égypte. »
Ce que voyant, Aaron bâtit un autel en face du veau en métal fondu et il proclama : « Demain, fête pour le Seigneur. »
Le lendemain, levés de bon matin, ils offrirent des holocaustes et présentèrent des sacrifices de paix. Le peuple s’assit pour manger et boire, puis il se leva pour se divertir.
Le Seigneur parla à Moïse : « Va, descends, car ton peuple s’est corrompu, lui que tu as fait monter du pays d’Égypte. Ah, ils n’auront pas mis longtemps à s’écarter du chemin que je leur avais ordonné de suivre. Ils se sont fait un veau en métal fondu. Ils se sont prosternés devant lui. Ils lui ont offert des sacrifices en proclamant : “Israël, voici tes dieux qui t’ont fait monter du pays d’Égypte.” »
Le Seigneur dit encore à Moïse : « Je vois que ce peuple est un peuple à la nuque raide. Maintenant, laisse-moi faire. Ma colère va s’enflammer contre eux et je vais les exterminer. Mais de toi, je ferai une grande nation. »
Moïse apaisa le visage du Seigneur son Dieu en disant : « Pourquoi, Seigneur, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte par ta grande force et ta main puissante ? Pourquoi donner aux Égyptiens l’occasion de dire : “C’est par méchanceté qu’il les a fait sortir, il voulait les tuer dans les montagnes et les exterminer à la surface de la terre” ? Reviens de l’ardeur de ta colère. Renonce au mal que tu veux faire à ton peuple. Souviens-toi de tes serviteurs, Abraham, Isaac et Israël, à qui tu as juré par toi-même : “Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel. Je donnerai, comme je l’ai dit, tout ce pays à vos descendants et il sera pour toujours leur héritage.” »
Le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.
Moïse redescendit de la montagne. Il portait les deux tables du témoignage. Ces tables étaient écrites sur les deux faces. Elles étaient l’œuvre de Dieu et l’écriture, c’était l’écriture de Dieu gravée sur ces tables.
Josué entendit le bruit et le tumulte du peuple et dit à Moïse : « Bruit de bataille dans le camp. » Moïse répliqua : « Ces bruits, ce ne sont pas des chants de victoire ni de défaite. Ce que j’entends, ce sont des cantiques qui se répondent. »
Comme il approchait du camp, il aperçut le veau et les danses. Il s’enflamma de colère. Il jeta les tables qu’il portait et les brisa au bas de la montagne. Il se saisit du veau qu’ils avaient fait, le brûla, le réduisit en poussière qu’il répandit à la surface de l’eau, et cette eau, il la fit boire aux fils d’Israël.
Moïse dit à Aaron : « Qu’est-ce que ce peuple t’avait donc fait pour que tu l’aies entraîné dans un si grand péché ? »
Aaron répondit : « Que mon Seigneur ne s’enflamme pas de colère. Tu sais bien que ce peuple est porté au mal. Ce sont eux qui m’ont dit : “Fais-nous des dieux qui marchent devant nous, car ce Moïse, l’homme qui nous a fait monter du pays d’Égypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé.” Et moi je leur ai dit : “Ceux d’entre vous qui ont de l’or, qu’ils s’en dépouillent.” Ils me l’ont donné. Je l’ai jeté au feu et il en est sorti ce veau. »
Car Aaron leur avait laissé la bride sur le cou, les exposant aux moqueries de leur adversaire.
Alors Moïse vint à la porte du camp et dit : « À moi les partisans du Seigneur ! » Et tous les fils de Lévi se groupèrent autour de lui. Il leur dit : « Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël : Mettez l’épée au côté. Parcourez le camp de porte en porte et tuez qui son frère, qui son ami, qui son proche. »
Les fils de Lévi exécutèrent la parole de Moïse et parmi le peuple, il tomba ce jour-là environ trois mille hommes.
Puis Moïse dit : « Recevez aujourd’hui l’investiture pour le Seigneur. Vous l’avez mérité, l’un au prix de son fils, l’autre au prix de son frère, et que le Seigneur vous accorde aujourd’hui sa bénédiction. »
« Maintenant, je vais monter vers le Seigneur. Peut-être obtiendrai-je la rémission de votre péché. »
Moïse retourna vers le Seigneur et lui dit : « Hélas ! Ce peuple a commis un grand péché. Ils se sont fait des dieux en or. Ah, si tu voulais enlever leur péché ! Ou alors efface-moi de ton livre, celui que tu as écrit. »
Le Seigneur répondit à Moïse : « Celui que j’effacerai de mon livre, c’est celui qui a péché contre moi. Va donc, conduis le peuple vers le lieu que je t’ai indiqué, et mon ange ira devant toi. Le jour où j’interviendrai, je les punirai de leur péché. »
Le Seigneur frappa le peuple, car il avait fait le veau, celui qu’avait fait Aaron.
Commentaire
Le veau d’or ! Eh oui, que tout le monde connaît — ou en tout cas, si vous ne le connaissez pas, j’espère que vous avez apprécié la beauté du passage. Le culte du veau, le culte du taureau était extrêmement courant. En Égypte, vous avez le dieu Apis qui marquait la force vitale, la fertilité. C’est ça que symbolise le taureau : c’est la puissance à l’état brut, le jaillissement de la vie. Il faut voir un taureau qui vous fonce dessus pour comprendre pourquoi on peut y voir l’image de la puissance.
Vous avez eu la Mésopotamie, par exemple, avec le taureau céleste, un être surnaturel envoyé par la déesse Ishtar pour punir Gilgamesh. Et là, vous avez un veau d’or. Un veau d’or que l’on retrouvera dans l’histoire d’Israël, et c’est pour ça qu’il y a un petit grincement dedans ici. Le roi Jéroboam, dans le royaume du Nord, mettra des taureaux à adorer, et c’est ce que la Bible vous racontera plus tard, quand nous irons dans le premier livre des Rois.
À partir de quoi a-t-il été fabriqué ? À partir de l’or que les Hébreux avaient pris aux Égyptiens. Cet or qui devait symboliser la gloire d’Israël, parce que ce sont les nations qui s’inclinent devant le peuple qui adore Dieu, et qui maintenant sert à l’idolâtrie. Et derrière, vous avez l’avidité, l’avarice.
Dans ça, par magie, origine surnaturelle de ce veau d’or qui apparaît, à contraster avec toute cette tenture, toute cette demeure, tout ce tabernacle dont Dieu, chapitre après chapitre, a pris le soin de détailler les détails et dont on avait conscience qu’il faudrait du temps pour le réaliser. À la difficulté de l’un répond la facilité de l’autre.
Le sacerdoce d’Aaron, de l’idolâtrie. Et en plus, il dit que c’est pas de sa faute. Nous qui sommes maintenant un peu plus sensibilisés aux questions d’abus de pouvoir et de manipulation, vous reconnaissez quand même derrière, j’espère, qu’on n’est pas loin d’avoir un gourou qui profite de l’absence de Moïse pour manipuler le peuple et ensuite se défausser. Si jamais on n’est pas dans l’ordre de la manipulation morale, je ne sais pas où on est. Le peuple, si jamais il se laisse manipuler, il se laisse manipuler bien vite.
C’est là où il y a une sorte de grincement de dents puissance dix. Le premier prêtre de la Bible, Caïn, c’était celui qui avait tué son frère. Le premier grand prêtre de la Bible, son premier acte, c’est le veau d’or. Mais est-ce que vous réalisez ce que ça veut dire ? Cette sorte d’ironie monumentale de la Bible, livre religieux par excellence, qui n’est pas du tout naïve sur ce que c’est que la religion : un système profondément perverti, dans lequel il faudra bien pourtant que Dieu parvienne à habiter.
Et là, vous voyez, cette question de séparation entre Dieu et le peuple, de voile, etc., ça prend peut-être aussi une autre tournure. Il ne s’agit pas simplement de préserver le peuple de sa sainteté, mais peut-être aussi qu’il s’agit de préserver Dieu tout court, de ne pas mettre Dieu du côté des manipulateurs.
Dans le grincement de dents. Je vous ai dit, quand on a décrit la demeure, qu’il y avait cette sorte de reprise de la création qui culminait dans le sabbat. Et précisément, le sabbat, c’est le moment où vous adorez Dieu. Donc là, vous êtes dans le sabbat. Sauf que c’est un sabbat ensorcelé. Mais si jamais je reprends : vous ne trouvez pas qu’il y a des airs de famille entre la tentation d’Adam et la tentation d’Aaron ?
Un fruit défendu : dans un cas l’arbre de la connaissance du bien et du mal, de l’autre faire des images de Dieu, ce qui avait été formellement défendu par le Décalogue. Dans les deux cas aussi, vous avez Adam qui se défausse de sa faute pour accuser sa femme Ève, et là Aaron qui se défausse de sa faute pour accuser le peuple. Dans les deux cas, il s’agit d’avoir un rapport facile à la divinité : « Vous serez comme des dieux » dans un cas, et dans l’autre « Voici le dieu qui marchera devant nous ».
Et en fait, c’est là où vous apercevez que l’on vient de construire une création nouvelle, une demeure, un sabbat, avec un saint et avec un saint des saints. Et à l’intérieur de ça, qu’est-ce qu’on est en train de rejouer ? Le drame du péché originel. Au cœur de la religion, au cœur du temple, il y a la chute de l’homme.
Que ce soit Adam, que ce soit Caïn et Abel, que ce soit même Abraham qui prostitue sa femme, ou là maintenant le veau d’or, c’est toujours cette même pièce que l’on rejoue ad nauseam. C’est la pièce du sanctuaire qu’on a pris soin de décrire avant. Une pierre précieuse, sertie par la magnificence du saint des saints, mais une pierre précieuse noire. C’est horrible. L’ironie biblique dans toute sa splendeur.
Et en face de cela, vous avez Moïse qui réagit, ou plutôt d’ailleurs Moïse qui pète les plombs. Au sens littéral, parce que toutes ses réactions confinent à l’absurdité. Il commence par faire boire l’or réduit en poussière, ce qui est une absurdité biologique. Il demande ensuite aux fils de Lévi de tuer leurs frères, ce qui est une absurdité sociologique. Et ensuite, il brise les tables de la Loi, ce qui est une absurdité spirituelle.
Et cette absurdité est en plus rehaussée par les dialogues. Moïse vient de demander à Dieu de rétablir le lien entre lui et son peuple, et l’instant d’après il brise les tables de la Loi. Josué se trompe sur ce qu’il entend. Et tout de suite après, Moïse réduit cette fête en poussière. Et puis après, Moïse parle avec Aaron, qui sort une espèce d’absurdité monstrueuse : le veau qui est sorti tout seul du feu, comme par magie, l’enfantement céleste. Et tout de suite après, Moïse qui demande aux Lévites de tuer tout le monde. Et ici, l’absurdité vient souligner le drame originel qui vient de se jouer. Et attendez un petit peu, parce que c’est pas fini.
Prière
Nous terminons par une prière. Souvenons-nous que derrière Aaron, c’est nous-mêmes qui péchons et qui idolâtrons. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, pardonne nos idolâtries, nos mauvaises représentations de toi, toutes les fois où nous ployons le genou devant d’autres dieux : l’argent, la facilité, l’orgueil, le démon. Rends notre cœur sobre. Rappelle-nous à la raison, Seigneur, et fais-nous revenir à toi.
Et vous, que Dieu Tout-Puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
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