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Jour 132 ☼ — Le Temple de Salomon : une maison pour Dieu ?

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Résumé : Cet épisode est consacré au chapitre 6 du premier livre des Rois, qui décrit en détail la construction du Temple de Salomon. Le frère Paul-Adrien situe d'abord ce premier Temple entre la tente de la rencontre du désert et le second Temple rénové par Hérode, pour éviter toute confusion. Son commentaire montre que le texte ne parle jamais de « temple » mais de « maison », et déploie quatre symboliques emboîtées : le jardin d'Éden, le mont Sinaï, la tente de la rencontre achevée, et enfin le corps humain. L'épisode se clôt sur le psaume 90.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Nous arrivons au sommet de la gloire de Salomon : l'édification du Temple. Alors, petit retour en arrière pour que tout le monde voie bien de quel Temple il s'agit. Vous aviez d'abord eu la tente de la rencontre, le tabernacle, avec Moïse dans le désert, qui permettait à l'Arche de l'Alliance d'être transportée jour après jour. Ensuite, vous avez le premier Temple, dit Temple de Salomon, dont il va être question dans ce chapitre. Demain, l'Arche de l'Alliance y entrera de manière solennelle. Et vous aurez plus tard, après l'exil, quand les Juifs reviendront à Jérusalem et qu'ils reconstruiront le Temple, un deuxième Temple qui culminera dans le Temple d'Hérode.

Vous ferez attention, parce que c'est ce dernier Temple avec lequel vous êtes le plus familier. Forcément, vous n'arrêtez pas de le voir dans les films qui parlent de Jésus. Mais vous, maintenant, vous ne me confondez pas : la tente de la rencontre, le premier Temple de Salomon, et le deuxième Temple rénové par Hérode. Notamment, le Temple de Salomon était plus modeste que le Temple d'Hérode. Mais vous allez entendre dans ce chapitre comment la modestie n'empêche pas la gloire.

Lecture : 1 Rois 6

480 ans après la sortie des fils d'Israël du pays d'Égypte, la quatrième année du règne de Salomon sur Israël, au mois de Ziv, qui est le deuxième mois, il construisit la maison pour le Seigneur.

Et la maison que le roi Salomon construisit pour le Seigneur avait soixante coudées de long, vingt coudées de large et trente coudées de haut. Devant la grande salle de la maison, le vestibule était long de vingt coudées dans le sens de la largeur de la maison et prolongeait la maison de dix coudées. Il fit à la maison des fenêtres à embrasure grillagée.

Il bâtit contre le mur de la maison un bas-côté tout autour. Ce bas-côté longeait les murs de la maison, c'est-à-dire de la grande salle et du Saint des Saints, et dans ce bas-côté, il fit des étages. Le bas-côté inférieur avait cinq coudées de large, celui du milieu six coudées, et le troisième étage sept coudées de large. Car Salomon avait ménagé des retraits progressifs tout autour de la maison, à l'extérieur, pour ne pas entamer les murs de la maison.

En effet, la maison, quand elle fut bâtie, l'avait été en pierre intacte, sortie de la carrière. Tout le temps que dura la construction, on n'entendit dans la maison ni marteau, ni pique, ni aucun outil de fer.

Dans le bas-côté, l'entrée, à l'étage du milieu, était sur le flanc droit de la maison. On y accédait par des escaliers en spirale, et de là au troisième étage.

Salomon construisit la maison et l'acheva. Il revêtit la maison d'un lambris en panneaux de cèdre, ornés de moulures. Contre toute la maison, il construisit le bas-côté, qui avait une hauteur de cinq coudées, et tenait à la maison par des poutres de cèdre.

La parole du Seigneur fut adressée à Salomon : « Cette maison que tu es en train de construire, j'y demeurerai si tu marches selon mes décrets, si tu respectes mes ordonnances, si tu gardes tous mes commandements en y conformant ta conduite. Alors je maintiendrai pour toi la parole que j'ai dite à David, ton père. Je demeurerai au milieu des fils d'Israël. Je n'abandonnerai pas mon peuple Israël. »

Salomon construisit la maison et l'acheva. Il doubla les murs de la maison à l'intérieur avec des planches de cèdre, depuis le sol de la maison jusqu'en haut des murs. Le plafond, il le couvrit de bois à l'intérieur, et il recouvrit le sol de la maison d'un plancher de cyprès.

Il aménagea, en partant du fond de la maison, un espace de vingt coudées en planches de cèdre, depuis le sol jusqu'en haut des murs. Il s'aménagea cet espace intérieur pour en faire la chambre sainte, le Saint des Saints. La grande salle devant le Saint des Saints était de quarante coudées.

Le cèdre destiné à l'intérieur de la maison était sculpté en forme de coloquintes et de fleurs épanouies. Tout était de cèdre. La pierre n'apparaissait nulle part.

Et le Saint des Saints, au milieu de la maison, à l'intérieur, Salomon l'établit pour qu'on y dépose l'Arche de l'Alliance du Seigneur. Devant le Saint des Saints, qui avait vingt coudées de long, vingt coudées de large et vingt coudées de haut, et qu'il recouvrit d'or fin, il fit un autel revêtu de cèdre.

Salomon recouvrit d'or fin l'intérieur de la maison. Il fit passer des chaînes d'or devant le Saint des Saints, qu'il recouvrit d'or. Et c'est toute la maison qu'il recouvrit d'or, la maison tout entière. Et tout l'autel du Saint des Saints, il le recouvrit d'or.

Dans le Saint des Saints, il fit deux kéroubim en bois d'olivier. Leur hauteur était de dix coudées. Une aile de kéroub avait cinq coudées, et l'autre aile cinq coudées aussi : dix coudées, de l'extrémité d'une aile à l'extrémité de l'autre. Le second kéroub avait lui aussi dix coudées. Même mesure et même forme pour les deux kéroubim. La hauteur du premier kéroub était de dix coudées, de même pour le second kéroub.

Il plaça les kéroubim au milieu de la maison, à l'intérieur. Les kéroubim déployaient leurs ailes. L'aile du premier kéroub touchait l'un des murs, et l'aile de l'autre kéroub touchait l'autre mur. Et au milieu de la maison, leurs ailes se touchaient, aile contre aile. Il recouvrit d'or les kéroubim.

Sur les murs de la maison tout autour, il sculpta des figures : sculptures de kéroubim, de palmiers et de fleurs épanouies, sur le devant et à l'extérieur. Le sol de la maison, il le recouvrit d'or, à l'intérieur et à l'extérieur.

Pour l'entrée du Saint des Saints, il fit des portes en bois d'olivier. Le pilier des montants avait cinq côtés. Deux portes en bois d'olivier, sur lesquelles il sculpta des kéroubim, des palmiers et des fleurs épanouies, qu'il recouvrit d'or. De haut en bas, sur les kéroubim et les palmiers, il étendit l'or. Il recouvrit d'or les portes en bois d'olivier.

Il fit de même pour l'entrée de la grande salle : des montants en bois d'olivier occupant le quart de l'ensemble. Leurs deux portes étaient en bois de cyprès. Une porte avait deux panneaux pivotants et l'autre deux courtines pivotantes. Il sculpta des kéroubim, des palmiers et des fleurs épanouies, qu'il recouvrit d'or ajusté sur ce qui était modelé.

Il construisit aussi la cour intérieure : trois rangs de pierres de taille et un rang de madriers de cèdre.

En la quatrième année, au mois de Ziv, furent posées les fondations de la maison. En la onzième année, au mois de Boul, qui est le huitième mois, Salomon acheva la maison, conformément à tous les plans et à toutes les ordonnances. Il la construisit donc en sept ans.

Commentaire

En introduction, je vous ai parlé du Temple, le Temple de Salomon, parce que c'est la terminologie habituelle. Mais certainement, vous avez remarqué comment le texte, lui, ne parle jamais de temple, mais de maison : la maison du Seigneur. Parce que le but premier de ce Temple, c'est de permettre à Dieu une plus grande proximité, et qu'il habite au milieu de son peuple.

Évidemment, ceci n'est pas sans vous rappeler les temples païens, où les païens pensaient que Dieu habitait vraiment le temple, au sens physique. C'est pour ça qu'il y avait des statues : parce que la divinité était dans la statue. Du coup, c'était la précaution oratoire qu'on avait entendue le chapitre précédent, dans lequel Dieu disait qu'il n'allait pas habiter avec son corps dans le Temple — ça, il faudra attendre Jésus — mais qu'il allait mettre dans le Temple de Salomon son nom. Le nom, ça représente le mystère et la transcendance de Dieu. Mais le nom, c'est aussi le pouvoir d'invoquer Dieu dans la prière.

Alors, nous retrouvons dans ce Temple une symbolique que l'on avait déjà évoquée : le jardin d'Éden. L'intérieur de la maison est couvert de bois. Sur les murs, on a représenté des fleurs, des plantes. Et vous avez ces deux chérubins qui gardent le Saint des Saints, comme jadis, dans le jardin d'Éden, les deux chérubins gardaient l'entrée. Salomon vous est présenté ici comme un nouvel Adam qui co-crée avec Dieu la maison de Dieu sur terre. On vous dit même que Salomon a créé le Temple en sept ans. Je m'excuse, mais si jamais il n'y a pas là une allusion aux sept jours de la création, je ne sais pas où on la verra. Et d'ailleurs, cette identification entre le Temple de Salomon et le jardin d'Éden ira très loin puisque, d'après la littérature rabbinique, c'était le lieu où Adam avait vécu. Ce qui vous explique que plus tard, on dira que le crâne d'Adam avait été enterré juste à côté, au Golgotha, là où sera crucifié Jésus.

Alors, évidemment, vous avez quand même une énorme différence entre le Temple et le jardin d'Éden : c'est le système sacrificiel. Dans le jardin d'Éden, il n'y avait pas d'autel. Adam vivait dans la familiarité avec Dieu, il n'avait pas besoin d'offrir des sacrifices. Le fait qu'il y ait un système sacrificiel, ça vous vient du péché originel. Et c'est là où on arrive à une deuxième symbolique du Temple, qui est de reprendre le mont Sinaï. Parce que c'est sur le mont Sinaï que sont offerts les premiers, entre guillemets, grands sacrifices de la liturgie juive. Première grande symbolique : le jardin d'Éden. Deuxième symbolique évidente : le Sinaï. Il n'y a même pas besoin de le dire, mais à partir du moment où vous allez mettre l'Arche de l'Alliance en haut du Temple de Salomon, c'est l'Alliance mosaïque qui est mise au cœur de la capitale. D'ailleurs, la forme architecturale du Temple, en pyramide, reprend le mont Sinaï.

Et puis, du Sinaï, on passe à la tente de la rencontre, quand Moïse a quitté le désert. Et cette tente de la rencontre, on la retrouve encore dans le Temple de Salomon, mais il va dépasser cette tente de la rencontre par quelques petites subtilités. De la même manière que Jérusalem, ce n'est pas le jardin d'Éden retrouvé, mais c'est le jardin d'Éden achevé, de la même manière, le Temple, ce n'est pas la tente de la rencontre, mais la tente de la rencontre achevée. Le Temple est plus grand. Par exemple, là où il y avait des rideaux de pourpre, ça devient des parements d'or. Et on pourrait refaire toute la liste comme ça. Bref, c'est la même chose, mais en mieux.

Dernière symbolique. Alors, celle-ci, elle est plus discrète, je vous l'accorde : une symbolique humaine. Alors, on ne va pas faire tout le détail du texte, d'autant plus que la traduction ne fait pas toujours justice au vocabulaire hébreu qu'il y a derrière. Mais normalement, quand on retourne à l'hébreu, vous vous apercevez que ce Temple de Salomon vous est présenté comme ayant une face, comme ayant des épaules, comme ayant un côté, une côte, des flancs. Le Temple est une reproduction de l'homme, dans lequel vous allez des sensibilités extérieures jusqu'au plus profond, là où Dieu habite : le sanctuaire inviolable de la conscience, l'âme humaine.

Et alors, si vous mettez ensemble la première symbolique du Temple de Salomon, qui est le jardin d'Éden, avec cette dernière symbolique, qui est le corps humain, ça vous donne, dans la grande pensée symbolique et analogique, la correspondance entre l'univers, le cosmos, le jardin d'Éden, ce que l'on appelle le macrocosme, et puis le corps humain, qui récapitule en lui toutes les merveilles de la création, que l'on appelle le microcosme. Ce Temple de Salomon, c'est vous : la merveille, le chef-d'œuvre de la création.

Mais ce n'est pas tout ! Si, cette fois-ci, vous mettez cette dernière symbolique, le corps humain, en correspondance avec la symbolique de la tente de la rencontre, ça vous donne encore autre chose. J'ai une note de bas de page qui, à ce propos, a un commentaire sympathique et qui vous explique que la différence entre la tente de la rencontre dans le désert d'un côté, et le Temple de Salomon à Jérusalem de l'autre, c'est la différence entre notre vie terrestre et notre vie céleste. Notre vie terrestre, c'est comme la tente de la rencontre : c'est une résidence temporaire. Et nous ne sommes pas appelés à habiter tous les jours de notre vie dans une tente. La tente devient l'image de notre corps mortel qui un jour périra. Et c'est vrai que nous pérégrinons sur terre avec Dieu qui est enfoui dans notre corps mortel. Mais un jour, nous mourrons, nous ressusciterons, avec un corps en gloire. Cette fois-ci, nous verrons Dieu face à face, et cette demeure sera permanente. Et c'est cela qu'anticipe le Temple de Salomon : résidence fixe, stable, avec ses parements d'or, symbole de la gloire et de l'éternité.

Psaume 90

Quand je me tiens sous l'abri du Très-Haut et repose à l'ombre du Puissant, je dis au Seigneur : « Mon refuge, mon rempart, mon Dieu dont je suis sûr ! »

C'est lui qui te sauve des filets du chasseur et de la peste maléfique. Il te couvre et te protège. Tu trouves sous son aile un refuge. Sa fidélité est une armure, un bouclier.

Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole au grand jour, ni la peste qui rôde dans le noir, ni le fléau qui frappe à midi.

Qu'il en tombe mille à tes côtés, qu'il en tombe dix mille à ta droite, toi, tu restes hors d'atteinte. Il suffit que tu ouvres les yeux, tu verras le salaire du méchant.

Oui, le Seigneur est ton refuge, tu as fait du Très-Haut ta forteresse. Le malheur ne pourra te toucher, ni le danger approcher de ta demeure.

Il donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins. Ils te porteront sur leurs mains pour que ton pied ne heurte les pierres. Tu marcheras sur la vipère et le scorpion, tu écraseras le lion et le dragon.

« Puisqu'il s'attache à moi, je le délivre, je le défends, car il connaît mon nom. Il m'appelle, et moi je lui réponds. Je suis avec lui dans son épreuve. Je veux le libérer, le glorifier. De longs jours, je veux le rassasier, et je ferai qu'il voie mon salut. »


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