Jour 141 ☼ — Le royaume blessé… et Dieu qui parle fort
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Résumé : Une nouvelle saison s'ouvre dans la série sur les rois d'Israël : l'âge d'or de Salomon est derrière nous et les fissures se creusent. Le frère Paul-Adrien lit 1 Rois 14, où la femme de Jéroboam, déguisée, vient consulter le vieux prophète Ahiya au sujet de son fils malade et reçoit un terrible oracle contre sa maison, avant le récit du règne infidèle de Roboam en Juda. Le commentaire s'arrête longuement sur un choix de traduction qui adoucit la crudité du texte hébreu, et y voit un symptôme du politiquement correct et de la langue de bois ecclésiale, alors que la violence du langage divin exprime la gravité de ce qui se joue. Une dernière remarque porte sur le silence résigné de la femme de Jéroboam : la foi n'est pas la résignation.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. L'âge d'or de Salomon est maintenant derrière nous, les premières fissures sont apparues. C'est une nouvelle saison qui commence dans notre série sur les rois d'Israël. Et celle-ci commence par une page qui mériterait des larmes et qui n'en recueille aucune.
Lecture : 1 Rois 14
En ce temps-là, Abia, fils de Jéroboam, tomba malade. Jéroboam dit à sa femme : « Lève-toi, je te prie, déguise-toi, pour que l'on ne sache pas que tu es la femme de Jéroboam. Va à Silo, là se trouve le prophète Ahiya, qui a dit de moi que je serai roi sur ce peuple. Emporte dix pains, des gâteaux secs, un pot de miel et va le trouver chez lui. Il te révélera ce qui adviendra de l'enfant. »
La femme de Jéroboam fit ainsi. Elle se leva, partit pour Silo et se présenta à la maison d'Ahiya. Or, Ahiya ne pouvait plus voir, il avait le regard fixe à cause de son grand âge.
Mais le Seigneur avait dit au prophète Ahiya : « Voici, la femme de Jéroboam est en route pour te consulter au sujet de son fils qui est malade. Tu lui parleras de telle et telle manière, et lorsqu'elle se présentera, elle se fera passer pour une étrangère. »
Dès que le prophète Ahiya entendit le bruit de ses pas dans l'entrée, il dit : « Entre, femme de Jéroboam ! Pourquoi te fais-tu passer pour une étrangère ? J'ai pour toi un dur message. Va dire à Jéroboam : Ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël : Je t'ai élevé du milieu du peuple et je t'ai placé comme chef sur mon peuple Israël. J'ai arraché la royauté à la maison de David et je te l'ai donnée. Mais tu n'as pas été comme mon serviteur David, qui gardait mes commandements et me suivait de tout son cœur, pour ne plus faire que ce qui est juste à mes yeux. Tu agis plus mal encore que tous ceux qui t'ont précédé. Tu es allé te fabriquer d'autres dieux, des idoles de métal fondu, pour provoquer mon indignation, et moi, tu m'as rejeté derrière ton dos.
C'est pourquoi, voici que je fais venir le malheur sur la maison de Jéroboam. J'exterminerai tous les mâles de la famille de Jéroboam, esclaves ou hommes libres en Israël. Je balaierai les derniers restes de la maison de Jéroboam comme on balaie à fond les ordures. Celui de la famille de Jéroboam qui mourra dans la ville, les chiens le mangeront. Celui qui mourra dans les champs, l'oiseau du ciel le mangera. Car le Seigneur a parlé.
Quant à toi, debout, retourne dans ta maison. Au moment où tu entreras dans la ville, l'enfant mourra. Tout Israël pleurera, puis on l'ensevelira. Lui seul, en effet, de la famille de Jéroboam sera mis dans un tombeau, car en lui seul a été trouvé quelque chose de bon pour le Seigneur, le Dieu d'Israël.
Le Seigneur suscitera pour lui-même un roi sur Israël qui supprimera la maison de Jéroboam. C'est pour aujourd'hui, et même pour maintenant. Le Seigneur frappera Israël, qui deviendra comme le roseau. Il extirpera Israël du sol fertile qu'il avait donné à leurs pères. Il les dispersera jusqu'au-delà de l'Euphrate, puisqu'en fabriquant leurs poteaux sacrés, ils ont provoqué l'indignation du Seigneur. Il livrera Israël à cause des péchés que Jéroboam a commis et des péchés qu'il a fait commettre à Israël. »
La femme de Jéroboam se leva. Elle partit et revint à Tirsa. Et comme elle arrivait au seuil de la maison, l'enfant mourut. On l'ensevelit et tout Israël le pleura, conformément à la parole que le Seigneur avait dite par l'intermédiaire de son serviteur Ahiya le prophète.
Les restes des actions de Jéroboam, ses combats et son règne, tout cela n'est-il pas écrit dans le livre des annales des rois d'Israël ? Le temps que régna Jéroboam fut de vingt-deux ans, puis il reposa avec ses pères. Son fils Nadab régna à sa place.
Roboam, fils de Salomon, régna en Juda. Roboam avait quarante et un ans lorsqu'il devint roi. Il régna dix-sept ans à Jérusalem, la ville que le Seigneur avait choisie parmi toutes les tribus d'Israël pour y mettre son nom. Sa mère s'appelait Naama l'Ammonite.
Mais les gens de Juda firent ce qui est mal aux yeux du Seigneur. Ils provoquèrent son ardeur jalouse, plus que n'avaient fait leurs pères par les péchés qu'ils avaient commis. Eux aussi, ils se construisirent des temples dans les lieux sacrés, des stèles, des poteaux sacrés sur toute colline élevée et sous tout arbre vert. On pratiqua même la prostitution sacrée dans le pays. Ils imitèrent toutes les abominations des nations que le Seigneur avait dépossédées devant les fils d'Israël.
La cinquième année du règne de Roboam, Shishak, roi d'Égypte, monta contre Jérusalem. Il s'empara des trésors de la maison du Seigneur et des trésors de la maison du roi. Il s'empara de tout. Il s'empara aussi de tous les boucliers d'or qu'avait faits Salomon. Le roi Roboam fit pour les remplacer des boucliers de bronze et les confia aux chefs des gardes à la porte de la maison du roi. À chaque fois que le roi se rendait à la maison du Seigneur, les gardes prenaient ces boucliers. Puis ils les rapportaient dans la salle des gardes.
Le reste des actions de Roboam, tout ce qu'il a fait, cela n'est-il pas écrit dans le livre des annales des rois de Juda ? Il y eut continuellement la guerre entre Roboam et Jéroboam. Roboam reposa avec ses pères. Il fut enseveli avec eux dans la cité de David. Sa mère s'appelait Naama l'Ammonite et son fils Abiam régna à sa place.
Commentaire
Ahiya, on l'avait déjà vu. 1 Rois, chapitre 11 : c'est lui qui a fait Jéroboam. Alors que Jéroboam n'était qu'un rebelle, Ahiya, prophète, était allé le voir. Il avait déchiré un manteau pour lui dire que Dieu lui donnait une partie de la royauté de Salomon. Donc Ahiya, c'est l'équivalent de Samuel pour Jéroboam. Et Ahiya, on le sent un peu vexé, parce qu'il aurait bien aimé être un nouveau Samuel qui fait un nouveau David. D'où la réponse qu'il donne au verset 8, en disant à Jéroboam qu'il avait tout ce qu'il fallait pour bien commencer à suivre la lignée de David.
Je note dans la réponse d'Ahiya un problème de traduction. D'habitude, je n'aime pas noter les problèmes de traduction, mais celui-là, je pense qu'il est important de le voir, et je vais rester un peu dessus pour parler de quelque chose qui me tient à cœur et qu'on appelle le politiquement correct. Et je m'excuse, je vais être vulgaire. Je vais même être scatologique, non pas pour le plaisir de l'être, mais par fidélité au texte.
Je vous dis d'abord la traduction que vous avez entendue :
J'exterminerai tous les mâles de la famille de Jéroboam, esclaves ou hommes libres en Israël. Je balaierai les derniers restes de la maison de Jéroboam comme on balaie à fond les ordures.
Je vous donne maintenant la traduction littérale :
J'exterminerai de la famille de Jéroboam tous ceux qui pissent contre un mur, esclaves ou hommes libres en Israël. Je balaierai les derniers restes de la maison de Jéroboam comme on balaie un tas de merde.
Fin de la citation. Ah, ça, c'est sûr, ça a plus de vigueur comme ça ! La question, c'est : pourquoi ne pas l'avoir laissée telle quelle ? Et c'est là où j'en viens à mon problème de politiquement correct.
Au Moyen Âge, on n'hésitait pas à parler comme ça. Ce qui est sûr, c'est que depuis quelque temps, ce n'est pas vraiment la manière de parler du clergé. C'est comme si on n'avait pas envie que Dieu parle comme ça. C'est ce qu'on appelle dans l'Église la langue de bois. Et la traduction que je suis en train de vous lire est LA traduction officielle qu'on utilise pour la liturgie, approuvée par la Conférence des évêques de France.
Alors, ce n'est pas pour le plaisir de choquer inutilement ou de dire du mal — on s'en passerait bien — mais c'est parce que derrière, il y a un problème. Si vous voulez avoir une théologie qui soit vraiment biblique, une prédication qui soit proche de la parole de Dieu, il ne faut pas simplement reprendre les idées de la Bible. Il faut aussi reprendre la manière de parler de Dieu. Là, on est en train de manipuler sa réponse. En fait, on est en train de la maquiller, comme si elle n'était pas assez jolie pour nous. Ça veut dire quoi, la parole de Dieu qui n'est pas assez jolie ? La vérité, c'est que maintenant, on a un discours dans l'Église et des traductions de la Bible qui finissent par ennuyer tout le monde. Enfin, voilà, il y a un principe de vérité : on n'est pas là pour dire à Dieu comment il devrait dire les choses.
Alors, vous allez peut-être me dire : bon, je ne vois pas très bien l'intérêt ici de garder ces nuances vulgaires. Sauf qu'elles ne sont pas gratuites, parce que ce langage scatologique de la part de Dieu, il est voulu. Ce n'est pas le langage vulgaire d'un adolescent qui ne sait pas parler. C'est ce qui permet à Dieu d'exprimer l'intensité de sa colère et de sa révolte. Jéroboam est en train d'amener un pays à sa ruine. Et si ça ne vous révolte pas… si ça ne vous révolte pas, qu'est-ce qui vous révoltera ?
Fondamentalement, ce qu'on reproche à l'Église, ce n'est pas qu'il y ait eu des scandales — enfin, je suppose qu'avec le nombre de catholiques qu'il y a, c'est inévitable. Ce qu'on reproche à l'Église, c'est que ça ne lui ait pas fait péter un câble. Il y a des choses dans la vie qui sont graves. Et un roi qui fait n'importe quoi, c'est grave. Et l'écart de vocabulaire ici ne montre pas une vulgarité en vous : il montre que vous avez pris conscience de la gravité de ce qui se passait, au point que ça vous a fait sortir de vos gonds.
Enfin, autre danger du politiquement correct : un climat de peur et d'autocensure. Comme s'il y avait des choses qu'on avait le droit de dire, d'autres qu'on n'avait pas le droit de dire, et qu'il y avait l'art et la manière de le dire. Comme si l'Église n'était faite que pour des gens bien, intelligents et toujours modérés — et finalement, on n'ose plus rien dire, à la fin. Bon, typiquement, ça, c'est ce qui empêche l'émergence d'idées nouvelles et de certaines formes de génie.
Bon, je reviens à mon texte. J'ai été un peu long, mais je pense que ça méritait d'être dit. Vous remarquerez une dernière chose dans la réaction de cette femme. C'est une femme qui apprend la mort de son fils. Elle ne dit rien. Elle ne réagit pas. Elle n'est même pas en train de demander à intercéder. Elle est résignée. Là aussi, il y a une leçon : la foi, ce n'est pas la résignation. Elle aurait peut-être pu sauver son fils.
Psaume 101
Seigneur, entends ma prière. Que mon cri parvienne jusqu'à toi. Ne me cache pas ton visage le jour où je suis en détresse. Le jour où j'appelle, écoute-moi. Viens vite, réponds-moi.
Mes jours s'en vont en fumée, mes os sont comme un brasier en feu. Mon cœur se dessèche comme l'herbe fauchée, j'oublie de manger mon pain. À force de crier ma plainte, ma peau colle à mes os.
Je ressemble au corbeau du désert, je suis pareil à la hulotte des ruines. Je veille la nuit comme un oiseau solitaire sur un toit. Le jour, mes ennemis m'outragent. Dans leur rage contre moi, ils me maudissent. La cendre est le pain que je mange. Je mêle à ma boisson mes larmes.
Dans ton indignation, Seigneur, dans ta colère, tu m'as saisi et rejeté. L'ombre gagne sur mes jours, et moi, je me dessèche comme l'herbe.
Mais toi, Seigneur, tu es là pour toujours. D'âge en âge, on fera mémoire de toi. Toi, tu montreras ta tendresse pour Sion. Il est temps de la prendre en pitié : l'heure est venue. Tes serviteurs ont pitié de ses ruines, ils aiment jusqu'à sa poussière.
Les nations craindront le nom du Seigneur, et tous les rois de la terre, sa gloire. Quand le Seigneur rebâtira Sion, quand il apparaîtra dans sa gloire, il se tournera vers la prière du spolié : il n'aura pas méprisé sa prière.
Que cela soit écrit pour l'âge à venir, et le peuple à nouveau créé chantera son Dieu.
Des hauteurs, son sanctuaire, le Seigneur s'est penché. Du ciel, il regarde la terre pour entendre la plainte des captifs et libérer ceux qui devaient mourir.
On publiera dans Sion le nom du Seigneur et sa louange dans tout Jérusalem, au rassemblement des royaumes et des peuples qui viendront servir le Seigneur.
Il a brisé ma force en chemin, réduit le nombre de mes jours. Et j'ai dit : « Mon Dieu, ne me prends pas au milieu de mes jours. Tes années recouvrent tous les temps. Autrefois, tu as fondé la terre, et le ciel est l'ouvrage de tes mains. Ils passent, mais toi, tu demeures. Ils s'usent comme un habit, l'un et l'autre, tu les remplaces comme un vêtement. Toi, tu es le même, tes années ne finissent pas. Les fils de tes serviteurs trouveront un séjour, et devant toi se maintiendra leur descendance. »
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