Ăclairage exĂ©gĂ©tique gĂ©nĂ©rĂ© par IA â sources patristiques, contexte historique et liturgique.
Is 65, 17-21
Le passage dâIsaĂŻe 65, 17-21 appartient au « Trito-IsaĂŻe » (chapitres 56-66), une section que la majoritĂ© des exĂ©gĂštes attribue Ă un prophĂšte anonyme de lâĂ©poque post-exilique, probablement actif dans la communautĂ© judĂ©enne revenue de Babylone au cours du Ve siĂšcle avant notre Ăšre. Le contexte est celui dâune communautĂ© déçue : le retour dâexil nâa pas apportĂ© la restauration glorieuse annoncĂ©e par le DeutĂ©ro-IsaĂŻe (chapitres 40-55). Le temple est modeste, la terre reste pauvre, les tensions sociales sont vives. Câest dans ce fossĂ© entre promesse et rĂ©alitĂ© que surgit cette oracle de crĂ©ation nouvelle, qui repousse lâhorizon de lâespĂ©rance bien au-delĂ dâune simple reconstruction politique. Le genre littĂ©raire est celui de lâoracle de salut eschatologique, un discours divin Ă la premiĂšre personne qui annonce une intervention radicale de Dieu dans lâhistoire.
Lâexpression inaugurale bĂŽrÄâ ĆĄÄmayim áž„ÄdÄĆĄĂźm wÄâÄreáčŁ áž„ÄdÄĆĄÄh (« crĂ©ant un ciel nouveau et une terre nouvelle ») est thĂ©ologiquement capitale. Le verbe bÄrÄâ (« crĂ©er ») est rĂ©servĂ© dans lâAncien Testament Ă lâaction exclusive de Dieu â câest le verbe de GenĂšse 1,1. Son emploi ici signale que la restauration promise nâest pas un amĂ©nagement du monde ancien mais une re-crĂ©ation aussi radicale que la premiĂšre. Lâoubli du passĂ© (« on ne se souviendra plus ») nâest pas une amnĂ©sie, mais lâexpression hyperbolique dâun renouvellement si complet que les souffrances antĂ©rieures perdent toute emprise sur la conscience. Ce motif sera repris dans Apocalypse 21, 1-4, oĂč Jean voit « un ciel nouveau et une terre nouvelle » et oĂč « Dieu essuiera toute larme ». La filiation littĂ©raire est directe : le Trito-IsaĂŻe fournit Ă lâapocalyptique chrĂ©tienne son vocabulaire fondamental de lâespĂ©rance.
La joie constitue le fil conducteur du passage, avec une densitĂ© lexicale remarquable. En trois versets, on trouve ĆĂźĆĂ» (« soyez dans la joie »), gĂźlĂ» (« exultez »), mÄĆĂŽĆ (« exultation »), ÄgĂźl (« jâexulterai »), ÄĆĂźĆ (« je trouverai ma joie »). Cette accumulation nâest pas ornementale : elle dit que la crĂ©ation nouvelle est essentiellement une entrĂ©e dans la joie divine elle-mĂȘme. Point remarquable : Dieu ne se contente pas dâaccorder la joie Ă son peuple, il « exulte » lui-mĂȘme en JĂ©rusalem. La joie est partagĂ©e, rĂ©ciproque. On rejoint ici la thĂ©ologie de Sophonie 3, 17 (« le Seigneur exultera pour toi de joie ») et, dans le Nouveau Testament, la parabole de la brebis retrouvĂ©e oĂč câest la joie de Dieu qui est au centre (Lc 15, 5-7).
Les versets 20-21 dĂ©clinent la crĂ©ation nouvelle en termes trĂšs concrets : longĂ©vitĂ©, construction de maisons, plantation de vignes. Lâabsence de mortalitĂ© infantile et la promesse dâune vieillesse pleine renversent les malĂ©dictions du DeutĂ©ronome (Dt 28, 30 : « tu bĂątiras une maison et tu nây habiteras pas ; tu planteras une vigne et tu nâen jouiras pas »). IsaĂŻe 65 est ainsi un anti-DeutĂ©ronome 28 : chaque malĂ©diction est retournĂ©e en bĂ©nĂ©diction. Ce nâest pas encore lâimmortalitĂ© â « le plus jeune mourra centenaire » â mais un monde oĂč la mort nâest plus prĂ©maturĂ©e ni injuste. Les exĂ©gĂštes dĂ©battent sur le caractĂšre de cette promesse : sâagit-il dâun langage utopique dĂ©crivant un idĂ©al terrestre, ou dâune mĂ©taphore de la vie eschatologique ? Raymond de Vaux et Claus Westermann y voient une vision « proto-eschatologique », un point intermĂ©diaire entre le prophĂ©tisme classique (tournĂ© vers lâhistoire) et lâapocalyptique (tournĂ©e vers la fin des temps). Paul Beauchamp souligne que le langage reste charnel et social, refusant toute spiritualisation : câest bien la vie humaine dans sa matĂ©rialitĂ© â naĂźtre, habiter, manger â qui est promise Ă la transfiguration.
IrĂ©nĂ©e de Lyon, dans lâAdversus Haereses (V, 33-36), cite abondamment IsaĂŻe 65 pour dĂ©fendre le millĂ©narisme, câest-Ă -dire lâattente dâun rĂšgne terrestre du Christ de mille ans oĂč la terre serait renouvelĂ©e matĂ©riellement. Pour IrĂ©nĂ©e, les vignes plantĂ©es et les maisons habitĂ©es ne sont pas des mĂ©taphores mais des anticipations rĂ©alistes de la condition ressuscitĂ©e dans un monde transformĂ©. Sa lecture sâoppose directement aux gnostiques qui mĂ©prisaient la matiĂšre. Ă lâinverse, Augustin, dans le De Civitate Dei (XX, 17), interprĂšte le « ciel nouveau et la terre nouvelle » comme une figure de la transformation eschatologique finale, non pas un renouvellement physique intermĂ©diaire, mais lâĂ©tat dĂ©finitif oĂč les Ă©lus jouiront de la vision de Dieu. Augustin lit la longĂ©vitĂ© promise comme un symbole de la vie Ă©ternelle. Ces deux lectures â rĂ©aliste-charnelle et spirituelle-eschatologique â coexistent dans la tradition catholique, la seconde ayant dominĂ© Ă partir du Ve siĂšcle, mais la premiĂšre connaissant un renouveau dans la thĂ©ologie contemporaine de lâespĂ©rance (Moltmann, et cĂŽtĂ© catholique, la constitution Gaudium et Spes § 39 qui affirme que « les biens de la dignitĂ© humaine, de la communion fraternelle et de la libertĂ©, nous les retrouverons, purifiĂ©s de toute souillure, illuminĂ©s et transfigurĂ©s »).
En contexte de CarĂȘme, ce texte dâIsaĂŻe joue un rĂŽle prĂ©cis : il ouvre lâhorizon de la pĂ©nitence vers la promesse. Le CarĂȘme nâest pas un repli sur le pĂ©chĂ© mais une marche vers la crĂ©ation nouvelle inaugurĂ©e par la rĂ©surrection du Christ. LâintertextualitĂ© avec lâĂvangile du jour (Jn 4, 43-54) est discrĂšte mais rĂ©elle : dans les deux textes, une parole divine crĂ©e ce quâelle annonce. IsaĂŻe dit « je crĂ©e » et la chose est ; JĂ©sus dit « ton fils est vivant » et lâenfant guĂ©rit. La parole performative de Dieu â qui fait advenir ce quâelle prononce â est le lien thĂ©ologique profond entre les deux lectures. De plus, lâabolition des pleurs et de la mort infantile en IsaĂŻe trouve un Ă©cho narratif dans la guĂ©rison dâun enfant mourant dans lâĂvangile : la crĂ©ation nouvelle commence dĂ©jĂ dans les signes que JĂ©sus accomplit.
Généré le 2026-03-16 · Voir dans la liturgie · Retour à la Bible commentée