Ăclairage exĂ©gĂ©tique gĂ©nĂ©rĂ© par IA â sources patristiques, contexte historique et liturgique.
Rm 4, 13.16-18.22
Le chapitre 4 de lâĂ©pĂźtre aux Romains est le grand dĂ©veloppement paulinien sur la foi dâAbraham. Paul Ă©crit depuis Corinthe, vers 57-58, Ă une communautĂ© quâil ne connaĂźt pas encore personnellement, composĂ©e de judĂ©o-chrĂ©tiens et de pagano-chrĂ©tiens dont les tensions sont perceptibles dans toute la lettre. Lâenjeu du passage est dĂ©cisif : montrer que la justification par la foi nâest pas une innovation chrĂ©tienne mais le principe mĂȘme de lâalliance originelle avec Abraham, antĂ©rieure Ă la Loi mosaĂŻque de plusieurs siĂšcles. En choisissant Abraham comme figure de preuve, Paul se place sur le terrain de ses interlocuteurs juifs : Abraham est le pĂšre incontestĂ©, et câest en lui que Paul va dĂ©montrer la primautĂ© de la foi sur la Loi.
Le verset 13 pose la thĂšse avec une nettetĂ© juridique : « ce nâest pas par la Loi (dia nomou) que la promesse a Ă©tĂ© faite, mais par la justice de la foi (dia dikaiosynÄs pisteĆs) ». Le terme epangelia (promesse) est central dans lâargumentation paulinienne â il apparaĂźt plus de cinquante fois dans le corpus paulinien. La promesse prĂ©cĂšde la Loi chronologiquement (Abraham a vĂ©cu avant MoĂŻse) et thĂ©ologiquement (elle est inconditionnelle, lĂ oĂč la Loi implique des conditions). Paul ne dĂ©valorise pas la Loi, mais il la remet Ă sa place dans lâhistoire du salut : elle est un moment second, pĂ©dagogique (cf. Ga 3, 24), tandis que la promesse est le fondement. Lâexpression « recevoir le monde en hĂ©ritage » (klÄronomon einai kosmou) amplifie considĂ©rablement la promesse originale de Gn 12, qui parlait dâun pays (âeretz) : Paul universalise la promesse abrahamique.
Le verset 17 contient une formule thĂ©ologique dâune densitĂ© exceptionnelle : Dieu est celui « qui donne la vie aux morts (zĆopoiountos tous nekrous) et qui appelle Ă lâexistence ce qui nâexiste pas (kalountos ta mÄ onta hĆs onta) ». Ces deux attributs divins â la rĂ©surrection et la crĂ©ation ex nihilo â sont les deux pĂŽles de la puissance de Dieu Ă laquelle Abraham fait confiance. La premiĂšre expression renvoie au corps « dĂ©jĂ mort » dâAbraham centenaire et au sein « mort » de Sara (v. 19) ; la seconde renvoie Ă lâenfant qui nâexiste pas encore mais que Dieu appelle Ă ĂȘtre. Paul superpose ainsi la foi dâAbraham et la foi pascale : croire en la promesse dâun fils et croire en la rĂ©surrection du Christ relĂšvent de la mĂȘme structure fondamentale de confiance en un Dieu qui fait surgir la vie de la mort.
Lâexpression « espĂ©rant contre toute espĂ©rance » (parâ elpida epâ elpidi) est lâune des plus cĂ©lĂšbres de Paul. La construction paradoxale â contre lâespĂ©rance, sur lâespĂ©rance â traduit lâessence mĂȘme de la foi biblique : non pas un optimisme naĂŻf, mais une confiance qui se maintient prĂ©cisĂ©ment lĂ oĂč toute raison humaine dâespĂ©rer a disparu. Abraham avait cent ans, Sara Ă©tait stĂ©rile. La foi nâest pas ici une adhĂ©sion intellectuelle Ă des vĂ©ritĂ©s, mais un acte existentiel de confiance en la parole de Dieu malgrĂ© lâĂ©vidence contraire. Câest cette foi-lĂ , et non lâobservance de la Loi, qui « lui fut accordĂ©e comme justice » (elogisthÄ autĆ eis dikaiosynÄn, v. 22, citant Gn 15, 6).
OrigĂšne, dans son Commentaire sur lâĂ©pĂźtre aux Romains (IV, 6-8), dĂ©veloppe longuement le parallĂšle entre la foi dâAbraham et celle du chrĂ©tien : de mĂȘme quâAbraham a cru que Dieu pouvait donner la vie Ă partir de corps morts, le chrĂ©tien croit que Dieu a ressuscitĂ© JĂ©sus dâentre les morts. Pour OrigĂšne, Abraham est donc le premier croyant au sens plĂ©nier du terme, celui qui inaugure la logique de la grĂące. Ambroise de Milan, dans son De Abraham (I, 3), insiste sur la dimension de lâobĂ©issance : Abraham nâa pas seulement « cru » intellectuellement, il a agi selon sa foi â quittant son pays, acceptant lâattente, consentant au sacrifice dâIsaac. Cette lecture ambrosienne est particuliĂšrement pertinente pour la solennitĂ© de saint Joseph : comme Abraham, Joseph est le juste qui obĂ©it dans lâobscuritĂ©, sans comprendre pleinement, et dont lâobĂ©issance devient le canal de la promesse.
Le lien avec la premiĂšre lecture est thĂ©ologiquement puissant. La promesse faite Ă David (2 S 7) et la promesse faite Ă Abraham (Gn 12 ; 15 ; 17) convergent vers un mĂȘme point : une descendance par laquelle Dieu bĂ©nira lâhumanitĂ©. Paul montre que lâaccĂšs Ă cette promesse nâest pas ethnique ou lĂ©gal, mais fiducial â il passe par la foi. Le verset 16 prĂ©cise que la promesse est « pour tous les descendants, non seulement ceux de la Loi, mais aussi ceux de la foi dâAbraham ». Ce « aussi » (alla kai) est crucial : Paul nâexclut pas IsraĂ«l, il inclut les nations. Abraham est « pĂšre de tous » (patÄr pantĆn hÄmĆn), et cette paternitĂ© universelle, fondĂ©e sur la foi et non sur la chair, Ă©claire singuliĂšrement la figure de Joseph : pĂšre non selon la chair mais selon la foi et lâobĂ©issance, Joseph incarne Ă sa maniĂšre lâĂ©largissement de la paternitĂ© au-delĂ du biologique.
Un dĂ©bat exĂ©gĂ©tique important concerne lâexpression logizesthai eis dikaiosynÄn (« compter comme justice »). La tradition luthĂ©rienne y lit une justice imputĂ©e, extĂ©rieure au croyant ; la tradition catholique, Ă la suite du Concile de Trente, y voit une justice rĂ©ellement communiquĂ©e, qui transforme le croyant. Les exĂ©gĂštes contemporains, comme Joseph Fitzmyer dans son commentaire de Romains (Anchor Bible, 1993), tendent Ă montrer que Paul dĂ©passe cette alternative : pour lui, la foi est lâacte par lequel lâhomme sâouvre Ă lâaction transformante de Dieu, de sorte que la justice est Ă la fois don gratuit et rĂ©alitĂ© intĂ©rieure. La DĂ©claration conjointe sur la justification (1999) entre catholiques et luthĂ©riens reflĂšte ce rapprochement exĂ©gĂ©tique.
Généré le 2026-03-19 · Voir dans la liturgie · Retour à la Bible commentée