📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Isaïe 26, 1-6

DU LIVRE D’ ISAÏE

Texte

1 En ce jour-là, on chantera ce chant au pays de Juda : Nous avons une ville forte; pour nous protéger, il a mis mur et avant-mur.
2 Ouvrez les portes! Qu’elle entre, la nation juste qui observe la fidélité.
3 C’est un dessein arrêté : tu assureras la paix, la paix qui t’est confiée.
4 Confiez-vous en Yahvé à jamais! Car Yahvé est un rocher, éternellement.
5 C’est lui qui a précipité les habitants des hauteurs, la cité élevée; il l’abaisse, il l’abaisse jusqu’à terre, il lui fait mordre la poussière.
6 Elle sera foulée aux pieds, par les pieds du malheureux, par les pas du faible.

Commentaire

1. Situation

Le 1er Prophète Isaïe, grand prophète du 8ème siècle, a exercé son ministère autour de Jérusalem, à l’époque de la très grande expansion de l’empire Assyrien, qui a entraîné la chute du Royaume de Nord et imposé une situation de vassal du Roi d’Assyrie aux Rois de Juda.

Son Livre, qui, selon une hypothèse admise par tous depuis quelques décennies mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, se limite aux 39 premiers chapitres du Livre d’Isaïe de nos Bibles, dans lequel lui sont joints des recueils du 2ème Prophète Isaïe, du 6ème siècle (Isaïe, 40 - 55), et du 3ème Prophète Isaïe, de la première moitié du 5ème siècle (Isaïe, 56 - 66), nous propose toute une suite d’oracles. Après une collection d’oracles divers qu servent d’introduction (1, 1 - 31), nous pouvons lire une première série d’oracles sur Juda et Israël (2, 1 - 5, 30), puis toute une section concacrée aux “mémoires ” du Prophète (6, 1 - 9, 6). Une deuxième série d’oracles sur Juda et Israël (9, 7 - 12, 6) précède ensuite un ensemble d’oracles contre les nations (13, 10 - 23, 18), suivis d’une Apocaypse (24, 1 - 27, 13), d’une réinterprétation d’oracles prononcés au temps du roi Ezéchias (28, 1 - 33, 24), avant que nous parvenions à la fin du recueil avec un Jugement sur Edom et quelques récits divers (34, 1 - 39, 8).

Cette répartition du Livre d’Isaïe, attribuant les 39 premiers chapitres au grand prophète du 8ème siècle, dont on estime que le génie et le rayonnement furent tels que des prophètes plus tardifs se soient inscrits dans sa succession et son école, n’empêche pas pour autant que des passages, plus ou moins importants, de ces 39 premiers chapitres soient eux-mêmes d’origine beaucoup plus tardive, et considérés ainsi par la plupart des commentateurs et exégètes.

Ainsi en va-t-il, entre autres, des chapitres 24 - 27 d’Isaïe, appelés “l’Apocalypse d’Isaïe”.

2. Message

Ce poème, qui ressemble très fort à un psaume, est un chant d’espérance offert à tous ceux qui se confient au Seigneur Dieu, qui chante la solidité de la Ville que le Seigneur a construite, et qui est le symbole du peuple qu’il s’est donné, avec tous ceux qu’il a appelés, selon sa Promesse à Abraham et son Alliance.

Cette solidité est celle du Seigneur lui-même, et tous les membres de la nation sainte, ceux qui sont justes et demeurent fidèles, y trouvent refuge et paix. En effet, le Seigneur en est le garant, lui qui, non seulement en est l’architecte et le constructeur, mais le rocher de fondation immuable.

En revanche, la cité que les hommes bâtissent dans les hauteurs inaccessibles, à partir d’eux-mêmes, de leurs seuls projets, et pour leur propre gloire, est vouée à la destruction, car, dans la puissance du Seigneur, entre les mains duquel ils se sont remis, les pauvres et les humbles ont désormais la force de la piétiner et de la fouler aux pieds.

3. Decouvertes

Cette cité forte, orgueil d’un peuple que le Seigneur s’est acquis, ne peut être que la ville de Jérusalem purifiée, dans laquelle seuls les justes sont admis : voir les psaumes 15 et 24, pour une approche semblable.

Notons la proximité de ce poème d’avec de nombreux psaumes : par exemple, le psaume 137, ou encore les psaumes 48 et 76. Remarquons de même que les thèmes de ce passage d’Isaïe sont des thèmes très fréquemment développés dans les psaumes en général, ceux de la foi, de la confiance, de la paix, et de l’assurance de la victoire.

4. Prolongement

Jésus nous a rassemblés en un nouveau peuple, nos communautés d’Eglise en communion les unes avec les autres, et constituant ensemble son Corps ou sa Vigne (1 Corinthiens, 12 et Jean, 15). Nous sommes ainsi, tous ensemble, porteurs de la réalité offerte du salut de notre Dieu, dans la présence au milieu de nous du Christ resuscité, qui est la pierre angulaire de la construction que nous formons avec lui, ainsi que dans la force de son Esprit Saint.

Cette Eglise est appelée à devenir la Jérusalem céleste de la fin ultime des temps, que nous décrit le livre de l’Apocalypse (21, 10 - 22, 5).

Relisons également Paul à ce sujet :

19 Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des hôtes ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu.

20 Car la construction que vous êtes a pour fondation les apôtres et prophètes, et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même.

21 En lui toute construction s’ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ;

22 en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l’Esprit.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es le rocher qui nous sauve, celui sur lequel nous sommes, ensemble, édifiés en une communauté nouvelle, témoin et lieu de la victoire définitive du salut de Dieu, que tu as accomplie en ta mort-résurrection, et tu nous appelles à être vraiment, nous-mêmes, les pierres vivantes de cet édifice spirituel, qui est l’image du rassemblement de tous les hommes et de toutes les femmes, en communion, par toi, et dans ton Esprit Saint, avec Dieu, le Père de tous et de toutes : donne-moi de me situer uniquement dans la perspective de ta force qui nous sauve, de ne compter que sur ta puissance libératrice de tout mal, pour me construire, dans la vérité de mon existence saisie par toi, et appelée à devenir toute entière la manifestation de ta lumière, de ta vérité, et de la gloire de Dieu. AMEN.

05.12.2002.*

Évangile : Matthieu 7, 21-27

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

21 ” Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur”, qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux.

24 ” Ainsi, quiconque écoute ces pare-les que je viens de dire et les met en pratique, peut se comparer à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc.
25 La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, et elle n’a pas croulé : c’est qu’elle avait été fondée sur le roc.
26 Et quiconque entend ces paroles que je viens de dire et ne les met pas en pratique, peut se comparer à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable.
27 La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont rués sur cette maison, et elle s’est écroulée. Et grande a été sa ruine ! “

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Cet Evangile, en plus de ses 2 premiers chapitres consacrés à une contemplation de tout le mystère du Christ, à travers une relecture d’événements de son Enfance (1, 1 - 2, 23), et, après le lancement du ministère de Jésus (mission de Jean-Baptiste, baptême de Jésus, ses tentations au désert, et l’appel des premiers disciples: 3, 1 - 4, 22), se développe donc ensuite au rythme de 5 grands discours, entrecoupés de récits, remplis des “gestes” de Jésus.

Notre page d’aujourd’hui se situe tout à la fin du 1er de ces 5 grands discours, le “Sermon sur la Montagne”, dans lequel Jésus nous propose la “Charte des enfants du Royaume qu’il annonce” (4, 23 - 7, 29).

Ce discours, bien connu, a commencé par les Béatitudes, qui font, de ceux qui essayent de les vivre, le “sel” ou la “saveur” de la terre et la “lumière” du monde (5, 3 - 16). Ensuite, Jésus a énoncé les bases d’un accomplissement de la Loi, selon un dépassement radical toujours ouvert au progrès (5, 17 - 48), avant de nous demander de vivre “autrement” les oeuvres de piété que sont l’aumône, la prière et le jeûne (6, 1 - 18), et d’ajouter une série d’instructions variées (6, 19 - 7, 12), préalablement à la conclusion de tout ce discours (7, 13 - 29), dont nous relisons ici l’un des extraits.

Au terme de ce grand discours, Jésus insiste sur la nécessité de suivre son enseignement, qui nous ouvre “la porte étroite” du Royaume des cieux (7, 13 - 14). C’est ainsi que nous porterons des fruits, à partir desquels nous serons reconnus comme des disciples (7, 15 - 20), parce que nous serons jugés sur notre obéissance concrète à la volonté de Dieu (7, 21 - 23), jugement auquel échapperont ceux qui, ayant mis en pratique les paroles de Jésus, auront ainsi construit leur vie sur la solidité de Dieu, le “rocher qui nous sauve” (7, 24 - 29).

2. Message

Dieu nous offre un avenir de solidité, fondé sur les paroles de Jésus, qu’il s’agit de mettre en pratique.

Etre disciple, c’est s’engager à la suite de Jésus, non seulement en paroles ou en formules de prière, qui reconnaissent Jésus ou Dieu comme “Seigneur”, mais au niveau d’un engagement du coeur et de tout notre être, engagement qui se manifeste par des fruits d’obéissance à la volonté de Dieu et des fruits de justice et d’amour, à l’égard de nos frères et de nos soeurs en humanité.

La parabole de la construction solide, bâtie sur le roc par l’homme “avisé”, et de l’édifice élevé sans fondations sur le sable par l’homme “insensé”, nous indique bien la direction à suivre quand nous atteignent les paroles de Jésus. La sagesse et la solidité appartiennent à ceux qui entendent vraiment ces paroles et se décident à les mettre en pratique dans leur existence de chaque jour, transformée à l’écoute de Jésus.

3. Decouvertes

S’il est important pour nous de reconnaître que Jésus est Seigneur, et de le proclamer (Romains, 10, 9 -10), cette démarche nécessaire n’est cependant pas suffisante, car, à la proclamation des lèvres doit répondre l’engagement concret d’une vie modelée par la Parole.

La volonté de Dieu, ou la volonté du Père, c’est à la fois son dessein de salut universel de l’humanité, manifesté dans l’histoire d’Israël, puis définitivement accompli en Jésus, et, d’autre part, l’ensemble de toutes ces consignes pour une vie quotidienne de qualité, que Jésus a reprises et renouvelées dans ce discours qu’il conclut.

4. Prolongement

Durant toute son existence, Jésus a vécu cette primauté absolue de la volonté de Dieu, qu’il déclare être le seul but de sa mission, aussi bien dans ses paroles que dans ses actions (Jean, 5, 30; 6, 38; 12, 49 - 50), qu’il identifie également comme sa nourriture (Jean, 4, 34), et dont il considère qu’elle est son unique chemin de vérité, même dans les pires moments : relire sa prière lors de son agonie à Gethsémani en Marc, 14, 36 ; Matthieu, 26, 39 et Luc, 22, 42.

Telle est la voie que Jésus nous trace, mais il nous donne, pour la suivre, la force de son Esprit de Vérité, car “hors de lui, nous ne pouvons rien faire” (.Jean 15, 5).

A ce point, nous retrouvons le lien entre ce passage d’Evangile et la 1ère lecture de ce jour, tirée de ce que l’on appelle “l’ Apocalypse” du 1er Prophète Isaïe, qui nous annonce que Dieu bâtit la ville forte où habite son peuple, fondée sur la paix que lui seul construit pour ceux qui ont confiance en lui.

Le Seigneur est en effet,“le rocher pour toujours”, qui, seul, est ainsi à même d’édifier le salut pour chacune et chacun d’entre nous, ainsi que pour l’ensemble de son peuple (Isaïe, 26, 1 - 6).

Paul nous précise, dans sa Lettre aux Ephésiens, que nous, les croyants, nous sommes intégrés ” dans la construction qui a pour fondation les apôtres et les prophètes, et Jésus Christ lui-même comme pierre angulaire. C’est en lui que toute construction s’ajuste…” (Ephésiens, 2, 20 - 21). La 1ère Lettre de Pierre (2, 5 - 8) nous répète ce même message : nous sommes les “pierres vivantes” d’un édifice spirituel.

Tel est bien pour nous le don de Dieu, et notre page d’Evangile nous indique, on ne peut plus clairement, comment nous devons l’accueillir et le laisser vivre en nous, de façon visible et concrète.

Prière

*Seigneur Jésus, il n’est pas d’autre rocher que toi sur lequel nous pouvons nous appuyer pour rencontrer le Père, ainsi que pour aimer nos frères et soeurs, il n’est pas d’autre pierre angulaire sur laquelle bâtir cet édifice spirituel qu’est ce peuple nouveau que tu t’es constitué dans l’Esprit Saint, et dont tu nous as fait devenir les pierres vivantes, et tu nous redis sans cesse que c’est en t’accueillant comme Parole et comme Vie même de Dieu, manifestées et transmises, que nous recevons le Règne de Dieu qui transfigure notre existence de croyants : donne-moi de ne jamais m’écarter, si peu que ce soit, de ce Roc, qui est la seule solidité qui apporte à mes paroles et mes gestes de chaque jour la force de cette vie totalement renouvelée que Dieu notre Père m’offre ainsi par toi dans l’Esprit Saint. AMEN.

04.12.2003.*


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