📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Isaïe 4, 2-6

DU LIVRE D’ISAÏE

Texte

2 Ce jour-là, le germe de Yahvé deviendra parure et gloire, le fruit de la terre deviendra fierté et ornement pour les survivants d’Israël.
3 Le reste laissé à Sion, ce qui survit à Jérusalem, sera appelé saint, tout ce qui est inscrit pour la vie à Jérusalem
4 Lorsque le Seigneur aura lavé la saleté des filles de Sion et purifié Jérusalem du sang répandu, au souffle du jugement et au souffle de l’incendie,
5 Yahvé créera partout sur la montagne de Sion et sur ceux qui s’y assemblent une nuée le jour, et une fumée avec l’éclat d’un feu flamboyant, la nuit. Car sur toute gloire il y aura un dais
6 et une hutte pour faire ombre le jour contre la chaleur, et servir de refuge et d’abri contre l’averse et la pluie.

Commentaire

1. Situation

Sous le nom du Prophète Isaïe sont réunis les écrits d’au moins 3 Livres bien différents de par leur datation, dans lesquels on a vu jusqu’à récemment (ce qui est plutôt contesté maintenant) l’oeuvre de 3 Prophètes : le 1er Isaïe (1 - 39) du 8ème siècle, le 2ème Isaïe (40 - 55), du 6ème siècle, le 3ème Isaïe (56 - 66) d’après l’exil.

C’est dire que la figure prestigieuse du 1er Isaïe est devenue une “référence”, une “école”, à laquelle se sont rattachés d’autres Prophètes, ou écrivains.

Appelé en 742 pour être Prophète de Yahvé-Dieu, le 1er Isaïe a exercé tout son ministère à Jérusalem. Homme très cultivé, grand écrivain, il fut marié à une “prophétesse” (8, 3) et eut 2 fils auxquels il dut donner des noms symboliques (7, 3 et 8, 3. 18). Il a terminé sa mission vers l’an 701.

Tout son enseignement tourne autour d’une conviction profonde de la sainteté et de la royauté de Dieu, deux aspects du Seigneur qu’il a expérimentés dans sa vision inaugurale, dont il nous rend compte en 6, 1 - 13.

Dieu, répète-t-il, est le “Saint d’Israël”, celui dont la gloire remplit la terre entière (6, 3). Tout ce qui peut nuire au respect de l’homme ou à la justice sociale est considéré par Isaïe comme une atteinte portée à la sainteté de Dieu.

Tout est soumis au contrôle de la puissance de Dieu, y compris les plus grandes nations de la terre. Il n’existe qu’une attitude profonde attendue des croyants, la foi qui se confie à la protection de Dieu.

Il n’est donc pas de pire péché que l’orgueil de celui qui se replie sur soi. L’on pense que les paroles vraiment authentiques d’Isaïe se trouvent dans les chapitres 1 - 11; 13 -23 et 28- 32. D’autres chapitres faisant aujourd’huj partie de son Livre sont nettement beaucoup plus tardifs : ”l’Apocalypse” des chapitres 24 - 27, ainsi que les chapitres 34 - 35.

Après toute une série de paroles d’introduction (1, 1 - 35), nous trouvons une 1ère série d’oracles concernant Juda et Israël (2, 1 - 5, 30), puis les “mémoires” ou “souvenirs personnels” d’Isaïe (6, 1 - 9,6), puis une 2ème série d’oracles concernant Juda et Israël (9, 7 - 12, 6 ), des oracles contre les nations (13, 1 - 23, 18), “l’Apocalypse d’Isaîe” (24, 1 - 27, 13), des oracles réinterprétés sur le règne d’Ezéchias, et diverses paroles (28, 1 - 39, 8).

Notre page se lit dans la 1ère série des Oracles concernant Juda et Israël, et nous parle de la purification et de la protection de Jérusalem.

2. Message

Quand le Seigneur aura purifié Sion-Jérusalem, la Ville Sainte, il la protègera et l’entourera de sa “GIoire”.

Même si le “reste” des “rescapés” est minuscule et n’est pas plus apparent qu’un “germe”, Dieu lui assurera un avenir selon sa sainteté et sa gloire.

Il semble, cependant, que ce message d’espérance est très postérieur au 1er Isaîe, car il suppose que le temps des souffrances de Jérusalem sera totalement terminé et qu’une vie vraiment nouvelle commencera pour elle, avec l’aide du Seigneur Dieu.

3. Decouvertes

Le “Germe” de Yahvé (au verset 2), y est mis en parallèle avec le “fruit de la terre”, ou du “pays”. Cela interdit, pour certains, d’y voir un symbole désignant le Messie.

D’autres, cependant, acceptent ici une lecture symbolique ou métaphorique et lisent donc (comme en Isaïe, 11, 1; 6, 13; ou en Jérémie, 23, 5; 33, 15 et en Zacharie, 3, 8) l’annonce d’un roi et prince futur en qui Dieu accomplira toutes les Promesses qu’il a faites à son peuple. Les “rescapés”, dont il est question aux versets 2 et 3, sont ceux qui ont été favorisés par Dieu et sont appelés “saints”.

L’image du “livre” où sont “inscrits” les rescapés que Dieu va sauver du désastre imminent, est une image qui traverse toute la Bible : voir Exode, 32, 32 - 33; Malachie, 3, 16; Daniel, 12, 1; Psaume 69, 29; Luc, 10, 20; Philippiens, 4, 3; Apocalypse, 3, 5 et 13, 8.

Au verset 5, la “Gloire ” de Dieu, “nuée “dans le jour et “feu” dans la nuit, et qui ressemble à un “dais protecteur”, manifeste la “présence” efficace de Dieu, comme un renouvellement permanent du miracle de l’Exode du temps de Moïse (Exode, 13, 21 - 22 et 40, 36 - 38).

4. Prolongement

Jésus est pour nous Celui qui purifie et sauve tous ceux qui croient en lui (Romains, 10, 9 - 10).

Ce salut est une entrée dans la Gloire de sa résurrection, et donc une transfiguration déjà commencée de notre vie (Colossiens, 3, 1 - 11), ce que Paul appelle encore une “création nouvelle”, réalisée par le Christ qui nous a réconciliés avec Dieu, allant, pour cela, jusqu’à être “fait péché pour nous” (2 Corinthiens, 5, 17 - 21).

Selon Jean, en Jésus, le Verbe de Dieu s’est fait “chair”, et ceux qui l’ont accueilli ont reçu le pouvoir de devenir “enfants de Dieu” par une nouvelle naissance (Jean, 1, 9 - 14), dans laquelle s’inaugure une qualité de vie nouvelle dont la dimension totale n’est pas encore manifestée (1 Jean, 3, 1 - 2).

La liturgie nous invite souvent à lire ensemble, en “parallèle”, les 2 lectures des jours du temps de l’Avent. Le passage d’Evangile de Matthieu, 8, 5 - 11, choisi pour ce lundi, nous fait découvrir l’annonce par Jésus d’un festin messianique qui sera ouvert à tous les hommes et toutes les femmes de l’humanité sans aucune distinction : ce qui nous suggère de relire notre passage d’Isaïe, en élargissant son message en direction de toutes les nations, donc bien au delà de Jérusalem et du seul peuple d’lsraêl.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es venu pour que nous ayons la vie et la vie en abondance, et tu t’es proclamé successivement comme la “Résurrection et la Vie”, et le “chemin de Vérité et de Vie” : donne-moi de croire que tu me partages dès maintenant, dans le don de ton Esprit Saint, qui est Esprit de Vie, cette Vie divine que tu possèdes en plénitude, donne-moi de toujours bien accueillir cette capacité de Vie nouvelle, et de me laisser saisir et transformer par elle en fils de Lumière, porteur de ta Gloire de Ressuscité devant tous mes frères et soeurs. AMEN.

01.12.2003.*

Évangile : Matthieu 8, 5-13

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

5 Comme il
était entré dans Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui en le
suppliant :
6 ” Seigneur, dit-il, mon enfant gît dans ma maison,
atteint de paralysie et souffrant atrocement. “
7 Il lui dit : “
Je vais aller le guérir. ” -
8 ” Seigneur, reprit le centurion,
je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; mais dis seulement un mot
et mon enfant sera guéri.
9 Car moi, qui ne suis qu’un
subalterne, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : Va ! et il va,
et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon serviteur : Fais ceci ! et
il le fait. “
10 Entendant cela, Jésus fut dans l’admiration et
dit à ceux qui le suivaient : ” En vérité, je vous le dis, chez personne
je n’ai trouvé une telle foi en Israël.
11 Eh bien ! je vous dis
que beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin
avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux,
12 tandis
que les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : là
seront les pleurs et les grincements de dents. “
13 Puis il dit
au centurion : ” Va ! Qu’il t’advienne selon ta foi ! ” Et l’enfant fut
guéri sur l’heure.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Jésus vient de terminer son discours sur la Charte du Royaume, prononcé “sur la montagne”, d’où il vient de descendre pour guérir immédiatement un lépreux qui s’est présenté à lui, au début de la 3ème partie de l’Evangile. Et maintenant qu’il est entré dans Capharnaüm, un autre homme, très différent cette fois, s’approche de lui.

2. Message

Un centurion Romain, donc un païen, fait appel à Jésus, avec beaucoup de respect, et en veillant, semble-t-il, à ce que Jésus n’enfreigne pas la Loi en entrant dans sa maison (voir Actes, 11, 2

  • 4 et ss., où Pierre doit s’expliquer devant la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem pour être entré chez le centurion Corneille, où l’Esprit du Seigneur l’avait envoyé). Le centurion de notre passage estime que Jésus est capable d’opérer une guérison à distance, en donnant des ordres à la maladie de son serviteur, de la même façon qu’un officier ou un sous-officier donne des ordres à ses soldats.

Il fait ainsi la démonstration d’une foi qui fait confiance à Jésus, par delà tout obstacle. D’où l’admiration de Jésus qui constate la grandeur de cette démarche, et annonce que beaucoup de païens, en manifestant une telle foi, participeront à la bénédiction promise à Abraham et à sa descendance, en ayant part au Royaume des cieux.

3. Decouvertes

Qu’un centurion anonyme, responsable Romain d’un contingent de soldats d’occupation, supplie ainsi Jésus pour la guérison de son serviteur, est déjà une démarche d’humilité, qui témoigne de sa foi.

Beaucoup pensent que la première réponse de Jésus à la demande de ce centurion est une question, marquant une certaine hésitation : “Vais-je aller le guérir ?” (voir Matthieu, 15, 24).

Suite à la déclaration de foi de ce centurion, Jésus commence par exprimer son admiration, annonce prophétiquement l’arrivée d’un grand nombre de païens dans le Royaume de Dieu pour y rejoindre Abraham, alors que les Juifs, héritiers du Royaume, seront jetés dehors, et, enfin il guérit le serviteur du centurion.

4. Prolongement

16 Car je ne rougis pas de l’Évangile : il est une force de Dieu pour le salut de tout homme qui croit, du Juif d’abord, puis du Grec.

17 Car en lui la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi, comme il est écrit : Le juste vivra de la foi.

21 Mais maintenant, sans la Loi, la justice de Dieu s’est manifestée, attestée par la Loi et les Prophètes,

22 justice de Dieu par la foi en Jésus Christ, à l’adresse de tous ceux qui croient - car il n’y a pas de différence :

23 tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu -

24 et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus :

5 Ce Mystère n’avait pas été communiqué aux hommes des temps passés comme il vient d’être révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes, dans l’Esprit :

6 les païens sont admis au même héritage, membres du même Corps, bénéficiaires de la même Promesse, dans le Christ Jésus, par le moyen de l’Évangile.

7 Et de cet Évangile je suis devenu ministre par le don de la grâce que Dieu m’a confiée en y déployant sa puissance :

10 et vous avez revêtu le nouveau, celui qui s’achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l’image de son Créateur.

11 Là, il n’est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d’incirconcision, de Barbare, de Scythe, d’esclave, homme libre ; il n’y a que le Christ, qui est tout et en tout.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous offres le Royaume de Dieu, qui est conversion et acceptation de ta Bonne Nouvelle, dans une attitude et une réponse de foi qui s’ouvrent à ta Parole et à ton action, en se remettant à toi dans la pauvreté d’un coeur qui constate qu’il est incapable de se sauver tout seul, sans l’intervention gratuite de ta mission de grâce : donne-moi la foi de ce centurion qui, humblement, devant toi, déclare avec force que rien n’est impossible à Dieu ou à son envoyé, et que rien ne peut prévaloir sur son dessein de salut, approfondis en moi la conviction que rien ne peut me séparer de l’amour de Dieu manifesté en toi, puisque le Père est allé jusqu’au bout de sa générosité en t’envoyant partager notre existence, prendre sur toi notre péché, et nous communiquer, en échange, ton “OUI” à sa volonté dans toutes les situations humaines. AMEN.

02.12.2002.*


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