📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Isaïe 11, 1-10

DU LIVRE D’ISAÏE

Texte

1 Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines.
2 Sur lui reposera l’Esprit de Yahvé, esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte de Yahvé :
3 son inspiration est dans la crainte de Yahvé. Il jugera mais non sur l’apparence. Il se prononcera mais non sur le ouï-dire.
4 Il jugera les faibles avec justice, il rendra une sentence équitable pour les humbles du pays. Il frappera le pays de la férule de sa bouche, et du souffle de ses lèvres fera mourir le méchant.
5 La justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité la ceinture de ses hanches.
6 Le loup habitera avec l’agneau, la panthère se couchera avec le chevreau. Le veau, le lionceau et la bête grasse iront ensemble, conduits par un petit garçon.
7 La vache et l’ourse paîtront, ensemble se coucheront leurs petits. Le lion comme le bœuf mangera de la paille.
8 Le nourrisson jouera sur le repaire de l’aspic, sur le trou de la vipère le jeune enfant mettra la main.
9 On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance de Yahvé, comme les eaux couvrent le fond de la mer.
10 Ce jour-là, la racine de Jessé, qui se dresse comme un signal pour les peuples, sera recherchée par les nations, et sa demeure sera glorieuse.

Commentaire

1. Situation

Le 1er Prophète Isaïe, grand prophète du 8ème siècle, a exercé son ministère autour de Jérusalem, à l’époque de la très grande expansion de l’empire Assyrien, qui a entraîné la chute du Royaume de Nord et imposé une situation de vassal du Roi d’Assyrie aux Rois de Juda.

Son Livre, qui, selon une hypothèse admise par tous depuis quelques décennies mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, se limite aux 39 premiers chapitres du Livre d’Isaïe de nos Bibles, dans lequel lui sont joints des recueils du 2ème Prophète Isaïe, du 6ème siècle (Isaïe, 40 - 55), et du 3ème Prophète Isaïe, de la première moitié du 5ème siècle (Isaïe, 56 - 66), nous propose toute une suite d’oracles. Après une collection d’oracles divers qu servent d’introduction (1, 1 - 31), nous pouvons lire une première série d’oracles sur Juda et Israël (2, 1 - 5, 30), puis toute une section concacrée aux “mémoires ” du Prophète (6, 1 - 9, 6). Une deuxième série d’oracles sur Juda et Israël (9, 7 - 12, 6) précède ensuite un ensemble d’oracles contre les nations (13, 10 - 23, 18), suivis d’une Apocaypse (24, 1 - 27, 13), d’une réinterprétation d’oracles prononcés au temps du roi Ezéchias (28, 1 - 33, 24), avant que nous parvenions à la fin du recueil avec un Jugement sur Edom et quelques récits divers (34, 1 - 39, 8).

Cette répartition du Livre d’Isaïe, attribuant les 39 premiers chapitres au grand prophète du 8ème siècle, dont on estime que le génie et le rayonnement furent tels que des prophètes plus tardifs se soient inscrits dans sa succession et son école, n’empêche pas pour autant que des passages, plus ou moins importants, de ces 39 premiers chapitres soient eux-mêmes d’origine beaucoup plus tardive, et considérés ainsi par la plupart des commentateurs et exégètes.

2. Message

A partir de Jessé, le père de David, Isaïe reconstitue une dynastie nouvelle, un redépart, et il nous dresse ici le portrait d’un roi idéal, rempli de l’Esprit et de la Sagesse de Dieu, Esprit et Sagesse qu’il reçoit directement du Seigneur.

Il sera ainsi en mesure de rendre aux petits et aux pauvres leur droit en toute justice, et il marchera lui-même dans la fidélité.

En conséquence, le prophète peut associer à l’avènement d’un tel roi cre qu’il imagine être une paix paradisiaque, où la création les animaux les plus dangereux et les hommes seront pleinement réconciliés.

Cependant, la plus grande transformation qu’il annonce sera l’extension quasi sans limites de la connaissance de Dieu par tous, et, pour cette raison, le roi futur sera une référence qui attire tous les peuples de la terre.

3. Decouvertes

Si l’on date ce passage, qui appartient à cette première partie du Livre d’Isaïe, de l’époque qui suit le retour de l’exil Babylonien, et donc de la construction du second Temple, la “souche” de Jessé signifierait que la dynastie de David est désormais réduite à rien depuis le départ en exil à Babylone. L’espérance d’une restauration de la royauté à partir d’un nouveau rameau issu de cette souche, sur qui le Seigneur met une grande part de son Esprit et sa Sagesse, l’emporte cependant, et ouvre les perspectives d’un renouveau plein de connaissace de Dieu, de lumière, et de paix universelle.

D’autres spécialistes continuent de penser que le prophète Isaîe du 8ème siècle a écrit cet oracle pour annoncer un renouveau, un redémarrage en qualité de la fonction royale, refondée à partir de charismes semblables à ceux de Moïse, de Josué, des Juges, et de David lui-même, charismes et dons de sagesse qui viennent de Dieu, et ne dépendent plus d’un fonctionnement politique du genre de celui pratiqué par les rois des nations, avec leurs conseillers humains.

Ce roi à venir gouvernera le psuple en fonction du projet de Dieu, et favorisera une meilleure connaissance de Dieu, dont découlera la paix la plus authentique.

4. Prolongement

Relu selon le Nouveau Testament, ce portrait du’un roi idéal se réalise en Jésus, le Messie, qui est lui-même rempli de l’Esprit du Père, dont les 7 “dons” sont énumérés dans notre passage, et qu’il nous communique dès sa résurrection (Jean, 20,20). Relire le portrait du Christ, que nous propose la Lettre aux Colossiens en 1, 15 et ss., ainsi que celui du chapitre 1 de l’Apocalypse.

Le Christ, qui nous donne sa paix (Jean, 14, 27), qui réalise cette paix, en tuant et brisant toute haine par sa mort sur la croix (Ephésiens, 2, 14 - 18), est le seul capable de nous ouvrir à une véritable connaissance de Dieu (Jean, 1, 18).

Il nous transforme en fils et héritiers avec lui, en enfants de Dieu, par le don de son Esprit (Romains, 8, 15 - 17 et 1 Jean, 3, 1 - 2), et nous donne d’avoir part à la divinité de Dieu, en participant à notre humanité (2 Pierre, 1, 4). Tel est le Royaume de Dieu qu’il réalise avec et pour nous.

Nous vivons désormais “l’aujourd’hui” définitif de Dieu comme nouveauté de création nouvelle (2 Corinthiens, 5, 17), dans l’attente du retour du Fils de l’homme qui achèvera toutes choses, lui qui déjà nous fait vivre dans les “derniers temps” de l’oeuvre de Dieu, qu’il a accomplie une fois pour toutes en sa mort-résurrection (Colossiens, 3, 1 - 4; 1 Jean, 3, 1 - 2; Apocalypse, 21 - 22).

Prière

*Seigneur Jésus, dans la force de ta présence, liée au don et à la vigueur de ton Esprit Saint, chaque jour nous fait revivre l’expérience de la Nouvelle Naissance aux valeurs de ton Royaume et de ta rencontre, appelés que nous sommes à nous redécouvrir fils et enfants du Père, frères et soeurs des uns des autres, dans la mesure où nous laissons se reproduire en nous ton image, qui est source pour nous d’une identité nouvelle en toi et par toi : que ce renouvellement, qui constitue pour nous le “déjà-là” de ton Royaume, s’empare de toute mon existence, que tu as saisie en toi, pour qu’elle te devienne conforme en tous points, dans l’expression de ma parole et de mes engagements concrets, fondée sur la connaissance de Dieu comme Lumière, Vérité et Amour, que tu me communiques dans ton Esprit Saint. AMEN.

03.12.2002.*

Évangile : Luc 10, 21-24

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

21 A cette heure même, il tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit Saint et il dit : ” Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir.
22 Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne sait qui est le Fils si ce n’est le Père, ni qui est le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. “
23 Puis, se tournant vers ses disciples, il leur dit en particulier : ” Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !
24 Car je vous dis que beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu ! “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

C’est tout au début de sa montée vers Jérusalem avec ses disciples (9, 51 -,19, 27), que Jésus leur donne un enseignement spécifique concernant la mission. Et il associe cet enseignement à une expérience de courte mission sur le terrain, dont il charge 72 disciples, “autres” que les Douze apôtres (10, 1 - 24).

Après avoir reçu les directives de Jésus sur le témoignage qu’ils ont à porter, les 72 disciples sont partis en mission, et, à leur retour, ils ont rendu compte à Jésus de la grande efficacité apparente de cette mission accomplie, et qui s’est traduite en particulier par leur action victorieuse contre les esprits mauvais.

Après leur avoir dit que la raison profonde de leur joie ne doit pas venir de la constatation de leurs succès apostoliques, mais du fait que “leurs noms sont inscrits dans les cieux”, Jésus prononce ces paroles qui constituent notre lecture d’Evangile de ce jour (10, 2 - 24).

2. Message

Ces paroles de Jésus, du moins dans cet Evangile de Luc, forment la conclusion qu’il donne à son enseignement sur la mission. On s’est demandé si la perspective de ces propos ne semble pas mieux convenir à la situation des disciples après la résurrection de Jésus, dans la mesure où ils ont été, alors, dans l’Esprit Saint, davantage capables de recevoir et de comprendre cette révélation du Père que leur apporte Jésus, et donc de “voir” et “d’entendre” vraiment ce que Jésus leur annonce (10, 23 - 24).

Il n’en reste pas moins que, dans la mesure où eux-mêmes, et ceux qu’ils ont rencontrés au cours de leur toute récente mission, sont des “petits” et des “humbles”, ils peuvent déjà accueillir la Parole de Dieu en Jésus, en s’y ouvrant de tout leur coeur.

Sinon, le ministère de Jésus avant sa résurrection n’aurait plus de raison d’être, même si le don de l’Esprit après sa résurrection a permis à ses disciples de réinterpréter toutes ses paroles dans un éclairage plus lumineux.

L’accueil des paroles de Jésus par ses disciples et la façon dont les 72 disciples ont été eux- mêmes accueillis sont “signes” de la bienveillance de Dieu, qui offre son salut, gratuitement, par pure grâce.

Beaucoup d’hommes importants qui ont vécu en Israël, qu’ils aient été rois ou prophètes, n’ont pas connu ce temps définitif de la grâce révélée et partagée par Jésus.

D’autre part, Jésus souligne ici le contraste frappant entre ceux qu’il appelle les “pauvres et les petits”, et qui sont prêts à recevoir la Bonne Nouvelle du salut de Dieu, en ne comptant pas sur eux-mêmes et leurs propres valeurs, et ceux qui semblent ne pas avoir besoin de ce salut, car ils sont sûrs de leur sagesse humaine, et rien ne paraît leur manquer.

Au verset 22, Jésus annonce la vérité la plus centrale de son Evangile, qui n’est autre que la révélation suprême qu’il apporte, que Dieu est le Père qui se révèle dans le Fils et par le Fils, que Jésus est lui-même : la connaissance mutuelle et réciproque du Père et du Fils, telle est la vérité dernière, que Jésus seul partage avec le Père, et qu’il peut nous communiquer.

3. Decouvertes

A la différence du passage parallèle de Matthieu, 13, 16, Jésus étend ici à tous ceux qui croient comme les disciples la béatitude de la foi (verset 23).

C’est sous l’action de l’Esprit qui l’habite, qu’au verset 22, Jésus exulte et se met à prononcer ces paroles si importantes et si centrales.

Quelles sont les “choses”, dont parle Jésus, qui sont cachées aux “sages et aux intelligents” ? D’après le contexte de l’Evangile de Luc, et les versets qui suivent, il s’agit de tout ce qui concerne la qualité et la nouveauté du Royaume de Dieu annoncé par Jésus, l’unité entre la mission présente de Jésus et celle de ses disciples qui la continuent et la prolongent, ainsi, bien entendu, que cette relation unique et mystérieuse de Jésus au Père et du Père à Jésus.

Tout a été remis à Jésus par le Père (verset 22) : par cette phrase, qui demeure pour nous mystérieuse, Jésus nous révèle en fait à quel point il a, de façon unique, une connaissance intime et profonde du Père, qu’il peut partager à ceux qui le suivent.

Les disciples, et nous-mêmes, avons le privilège d’être du temps de Jésus, temps de l’achèvement, privilège que n’ont pas connu les croyants qui nous ont précédés dans l’ Ancien Testament.

4. Prolongement

Ce que le 1er Prophète Isaïe, dans l’autre lecture de ce jour (Isaïe, 11, 1 - 10), nous annonce de la paix lièe à l’ avènement du Messie et de la connaissance du Seigneur qui sera rendue possible partout dans le pays, tout cela se trouve bien réalisé en Jésus, qui nous transmet les secrets de Dieu et du salut qu’il nous propose, à travers l’engagement et la Parole de Jésus.

Nous pouvons relire quelques textes de l’Evangile de Jean, en ce sens :

18 Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l’a fait connaître.

10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses oeuvres.

11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des oeuvres mêmes.

27 Je vous laisse la paix; c’est ma paix que je vous donne; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre creur ne se trouble ni ne s’effraie !

15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.

16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous révèles que Dieu nous as choisis de toute éternité dans le but que nous partagions sa gloire, et que nous soyons introduits, nous aussi, dans cette relation mystérieuse et unifiante qui existe entre le Père et toi : apprends-moi à redécouvrir sans cesse cette Lumière de ta Parole et de tes engagements risqués pour la cause de la Vérité de Dieu, Dieu qui nous demande de te suivre, dans le témoignage que nous te rendons chaque fois que nous annonçons les valeurs, qui vont dans la ligne de ton Evangile, à ceux qui ne se sentent pas engagés à écouter et à mettre en pratique ta Parole de salut. AMEN.

02.12.2003.*


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