📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Isaïe 41, 13-20

DU LIVRE D’ISAÏE

Texte

13 Car moi, Yahvé, ton
Dieu, je te saisis la main droite, je te dis : ” Ne crains pas, c’est moi
qui te viens en aide. “
14 Ne crains pas, vermisseau de Jacob,
et vous, pauvres gens d’Israël. C’est moi qui te viens en aide, oracle de
Yahvé, celui qui te rachète, c’est le Saint d’Israël.
15 Voici
que j’ai fait de toi un traîneau à battre, tout neuf, à doubles dents. Tu
écraseras les montagnes, tu les pulvériseras, les collines, tu en feras de
la paille.
16 Tu les vanneras, le vent les emportera et
l’ouragan les dispersera; pour toi, tu te réjouiras en Yahvé, tu te
glorifieras dans le Saint d’Israël.
17 Les miséreux et les
pauvres cherchent de l’eau, et rien! Leur langue est desséchée par la
soif. Moi, Yahvé, je les exaucerai, Dieu d’Israël, je ne les abandonnerai
pas.
18 Sur les monts chauves je ferai jaillir des fleuves, et
des sources au milieu des vallées. Je ferai du désert un marécage et de la
terre aride des eaux jaillissantes.
19 Je mettrai dans le
désert le cèdre, l’acacia, le myrte et l’olivier, je placerai dans la
steppe pêle-mêle le cyprès, le platane et le buis,
20 afin que
l’on voie et que l’on sache, que l’on fasse attention et que l’on
comprenne que la main de Yahvé a fait cela, que le Saint d’Israël l’a
créé.

Commentaire

1. Situation

Selon une hypothèse généralement admise depuis quelques décennies, mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, les chapitres 40 - 55 du Livre d’Isaïe nous retraceraient la prédication, vers la fin de l’exil Babylonien, d’un prophète anonyme, connu sous le nom du “2ème Prophète Isaïe”, du fait qu’il semble appartenir à une école de pensée qui relit, médite et adpate à des temps nouveaux l’oeuvre du grand Prophète Isaïe, qui, lui, avait vécu au 8ème siècle.

Avec quelques chapitres attribués - toujours selon la même hypothèse - à celui qu’on appelle le “3ème Prophète Isaïe” (Isaîe, 56 - 66), qui aurait vécu sa mission quelques décennies plus tard, juste après le retour d’exil, en Palestine, l’oeuvre du “2ème Isaïe” aurait été, par la suite, jointe à celle du “1er Isaïe” (Isaïe, 1 - 39) pour constituer notre Livre Biblique d’Isaïe (Isaïe, 1 - 66).

Ce Livre , qu’on attribue ainsi au “2ème Prophète Isaïe” est aussi connu sous le nom de “Livre de la consolation d’ Israël”. Il s’ouvre par l’appel du prophète et son dialogue avec Israël (40, 1 - 31), puis nous propose une série de chapitres annonçant l’accomplissemnt des prophéties concernant un nouvel Exode (41, 1 - 48, 22). Une 3ème partie a pour objet de consoler Sion-Jérusalem (49, 1 - 54, 17), et le livre se termine par une conclusion.

Les plus grosses objections à cette théorie séduisante de trois prophètes dont les oeuvres formeraient notre Livre d’Isaïe, tiennent, d’abord, à ce que le Livre de notre Bible, en son entier, est attesté comme tel dès au moins 2 siècles avant notre ère chrétienne, et a toujours été considéré comme oeuvre unique jusque pratiquement le début du 20ème siècle, et, ensuite, à ce qu’un certain nombre de passages des 39 premiers chapitres, attribués, selon l’hypothèse, au 1er Isaïe, paraissent être également d’une époque bien postérieure au 8ème siècle, où il a vécu.

2. Message

Le contraste est frappant entre la faiblesse, la misère, l’incapacité des hommes laissés à eux-mêmes et ce que la force, que Dieu leur donne, leur permet de réaliser.

Les images de cette impuissance humaine sont ici très frappantes : le peuple, représenté par Jacob, n’est qu’un faible “vermisseau”, un “misérable mortel”, et la langue des petits et des pauvres est desséchée par la soif.

Mais, dans tous les cas, la réponse du Seigneur est extraordinaire : Jacob, saisi par Dieu, et comparé à une herse à broyer, va écraser les montagnes et les collines comme de la menue paille, et le désert va devenir une zone toute de fertilité, verdoyante et comblée d’eau.

Dans cette réponse contrastée, Dieu se révèle comme le Saint d’Israël, le “Rédempteur”, le créateur de cette prospérité nouvelle, et il ne reste plus au peuple qu’à reconnaître le Seigneur comme un sauveur magnifique, dont la sainteté rayonne et nous transforme de façon on ne peut plus radicale.

3. Decouvertes

Un certain nombre d’oracles du 2ème Prophète Isaïe (ou de cette partie du Livre d’Isaïe) commencent par cette invitation à bannir toute crainte, et à mettre toute sa confiance dans le Seigneur.

Dieu se présente ici comme le “rédempteur”, le “gô’êl”, selon ce mot qui désignait le parent proche qui devait prendre en charge les membres de sa famille éprouvés par un deuil, ou ayant besoin d’aide. Que le prophète donne à Dieu ce titre, chargé d’une telle obligation, va très loin pour décrire la proximité de Dieu, qui se déclare ainsi dans ce passage.

Comme jadis,au temps de l’Exode avec Moïse, c’est Yahvé-Dieu qui fournit l’eau et rend la terre prospère. C’est ainsi que le Seigneur continue de conduire son peuple, comme cela nous est dit depuis le début du chapitre 40 (40, 3 - 5), avec lequel commence cette 2ème partie du Livre d’Isaïe.

4. Prolongement

Les images de Paul et de Jean sont aussi puissantes pour décrire l’achèvement de notre salut, par l’action unique de Dieu, à qui rien n’est impossible, ce qui nous explique ce contraste constaté dans notre texte de ce jour :

17 Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là.

18 Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation. 2Co 5:19- Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation.

20 Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu.

21 Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu.

20 A Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir,

21 à Lui la gloire, dans l’Église et le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles ! Amen.

10 En ceci consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés.

Prière

Seigneur Jésus, nous sommes souvent tentés de banaliser ta présence, ton action, la puissance de salut qui nous rejoint maintenant par ton Esprit Saint, lorsque nous essayons de te rencontrer dans la prière, ou de t’imiter dans nos engagements d’hommes et de femmes devant vivre au cœur de ce monde, alors que ce que tu nous apprends de Dieu, qui, par toi, vient à nous jusqu’à partager notre vie et notre mort, parler notre langue, se mettre à notre niveau, cela est vraiment une révélation inouïe, dont nous devons sans cesse approfondir la richesse inépuisable : ouvre mes yeux, ouvre mon cœur, ouvre tout mon être à cette présence active de celui qui nous sauve, et qui, par toi, s’est attaché à nous pour que nous ne manquions pas de recevoir sa vie qu’il nous partage, et qu’il nous demande d’exprimer en nos attitudes de vérité, de service et d’amour. AMEN. 12.12.2002

Évangile : Matthieu 11, 11-15

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

11 ” En vérité je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n’en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui.
12 Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s’en emparent.
13 Tous les prophètes en effet, ainsi que la Loi, ont mené leurs prophéties jusqu’à Jean.
14 Et lui, si vous voulez m’en croire, il est cet Élie qui doit revenir -
15 Que celui qui a des oreilles entende !

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Ce passage se situe dans l’intervalle entre le 2ème grand discours de Jésus, sur la mission apostolique ( 10, 1 - 42) et le 3ème grand discours, constitué de paraboles (13, 1 - 52), dans un ensemble de récits qu’on a pu intituler: “Jésus est rejeté par cette génération à laquelle il s’adresse” (11, 1 - 12, 50).

Dans la partie de l’Evangile où nous nous trouvons avec la lecture de ce jour (11, 1 - 12, 50), notre page est un élément d’un premier ensemble de textes concernant les relations entre Jésus et Jean-Baptiste. Jean Baptiste, de sa prison, a envoyé une délégation de ses disciples demander à Jésus s’il est bien “celui qui doit venir”.

Ce à quoi Jésus a répondu en faisant état de tous les signes qu’il opère, en accomplissement des Ecritures (11, 2 - 6). Ainsi définit-il son rôle, non pas en termes de souveraineté et de jugement, mais comme une bénédiction pour les pauvres et les petits.

Cette démarche de Jean Baptiste fournit à Jésus l’occasion de dire tout le bien qu’il pense de Jean, qu’il déclare être plus qu’un prophète, car il est le messager qui prépare l’arrivée du Messie (Malachie, 3, 1).

C’est à ce point que nous rejoignons notre page.

2. Message

Même si certains pensent que la seconde partie du verset 11 a été rajoutée par la suite, le message nous est clair : si Jean Baptiste est le plus grand parmi les enfants des hommes, le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui.

Cela signifie, d’une part, que c’est seulement avec Jésus que le Royaume de Dieu est inauguré : entre l’Ancien Testament, avec son dernier représentant qu’est Jean Baptiste, et Jésus (avec ceux qui le suivent), il y a un un seuil à franchir, qui est une “rupture” réelle, celle de l’achèvement du projet de Dieu, de façon définitive, en Jésus seul.

Deuxième thème de ce message : des violents cherchent à s’emparer du Royaume des Cieux. S’agit-il de la violence des “justes”, comme cela est suggéré en Luc, 16, 16, qui invite à “l’effort spirituel” ? Il semble plutôt que Jésus parle ici des adversaires qui cherchent à empêcher les hommes d’entrer dans le Royaume, dont la seule apparition suscite la violence du refus.

Il n’en demeure pas moins que, depuis le ministère des premiers prophètes, dès le 9ème siècle avant Jésus, jusqu’à Jean Baptiste, que l’on considère comme le dernier prophète de l’AncienTestament, dont la prédication annonce que le temps de l’accomplissement est désormais tout proche, les promesses de Dieu ont été bel et bien proclamées.

C’est ce que signifie la reprise par Jésus de la prophétie de Malachie, 3, 23, qui annonçait l’envoi d’Elie le prophète avant que vienne le Jour de Yahvé.

Lorsque Jésus déclare que le ministère de Jean Baptiste a réalisé cette prophétie du retour d’Elie, il suggère, du même coup, qu’avec Iui- même, Jésus, c’est bien le jour définitif de Dieu achevant son oeuvre, qui est arrivé.

3. Decouvertes

Une fois de plus, nous avons à constater qu’on ne peut vraiment comprendre Jésus sans le situer au terme de tout un cheminement du dessein de Dieu dans l’Ancien Testament : la succession des prophètes, leur enseignement, leur interprétation, évolutive et adaptée à leur temps respectif, de l’Alliance et de la Promesse de Dieu.

D’autre part, il existe une différence fondamentale qu’apporte Jésus dans la nouveauté de sa Parole et de sa Mission : l’accomplissement qu’il annonce et réalise est tel qu’il ne correspond plus à l’attente immédiate concrète d’Israël, qui le rejettera.

Différence que l’on perçoit déjà chez Jean Baptiste, qui présentait la mission du Messie comme la réalisation de la rigueur du jugement et de la puissance visible de Dieu, et qui s’étonne de la façon dont Jésus se met à la recherche de ceux qui sont perdus et ne cesse de révéler la miséricorde de Dieu, en priorité aux pauvres et aux petits.

4. Prolongement

Plus on se présente “petit” dans le Royaume de Dieu, et plus on vit la qualité d’existence de ce Royaume, au point que, pour Jésus, l’enfant (par définition sans valeur, et incapable de vivre sans dépendre) est le “type” de celui ou de celle qui est au niveau du Royaume de Dieu (Matthieu, 18, 1 - 5 et 19, 13 - 15).

Jésus lui-même vit ce mystère: il prend la dernière place, n’est pas venu pour être servi mais pour servir (Luc, 22, 27), et s’est fait pauvre pous nous enrichir de sa pauvreté (pour nous rendre riches du mystère de la “pauvreté” de Dieu, de sa capacité de se donner absolument totalement : 2 Corinthiens, 8, 9).

Prière

*Seigneur Jésus, en proclamant que le plus petit dans le Royaume de Dieu, que tu annonces par ta Parole et dont tu nous ouvres l’accès en ta mort-résurrection, est plus grand que celui que tu as reconnu comme “le plus grand des enfants des hommes”, tu nous montres à quel point, en nous faisant participer à ta capacité d’abandon et de dépossession de toi-même, à la façon de Dieu, tu nous configures à toi et nous communiques ta dignité de “Fils” du Père : apprends-moi à ne chercher qu’en toi ce qui constitue ma réelle valeur devant Dieu et mes frères et soeurs, rends-moi capable de t’imiter en toutes mes démarches, de façon à vraiment reproduire ton image, dans la force de ton Esprit Saint. AMEN.

11.12.2003.*


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