📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Isaïe 40, 1-11

DU LIVRE D’ISAÏE

Texte

1 ” Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu,
2 parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui que son service est accompli, que sa faute est expiée, qu’elle a reçu de la main de Yahvé double punition pour tous ses péchés. “
3 Une voix crie : ” Dans le désert, frayez le chemin de Yahvé; dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu.
4 Que toute vallée soit comblée, toute montagne et toute colline abaissées, que les lieux accidentés se changent en plaine et les escarpements en large vallée;
5 alors la gloire de Yahvé se révélera et toute chair, d’un coup, la verra, car la bouche de Yahvé a parlé. “
6 Une voix dit : ” Crie ”, et je dis : ” Que crierai-je ? ” - ” Toute chair est de l’herbe et toute sa grâce est comme la fleur des champs.
7 L’herbe se dessèche, la fleur se fane, quand le souffle de Yahvé passe sur elles; oui, le peuple, c’est de l’herbe
8 l’herbe se dessèche, la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu subsiste à jamais. “
9 Monte sur une haute montagne, messagère de Sion : élève et force la voix, messagère de Jérusalem; élève la voix, ne crains pas, dis aux villes de Juda : ” Voici votre Dieu! “
10 Voici le Seigneur Yahvé qui vient avec puissance, son bras assure son autorité; voici qu’il porte avec lui sa récompense, et son salaire devant lui.
11 Tel un berger il fait paître son troupeau, de son bras il rassemble les agneaux, il les porte sur son sein, il conduit doucement les brebis mères.

Commentaire

1. Situation

Selon une hypothèse généralement admise depuis quelques décennies, mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, les chapitres 40 - 55 du Livre d’Isaïe nous retraceraient la prédication, vers la fin de l’exil Babylonien, d’un prophète anonyme, connu sous le nom du “2ème Prophète Isaïe”, du fait qu’il semble appartenir à une école de pensée qui relit, médite et adpate à des temps nouveaux l’oeuvre du grand Prophète Isaïe, qui, lui, avait vécu au 8ème siècle.

Avec quelques chapitres attribués - toujours selon la même hypothèse - à celui qu’on appelle le “3ème Prophète Isaïe” (Isaîe, 56 - 66), qui aurait vécu sa mission quelques décennies plus tard, juste après le retour d’exil, en Palestine, l’oeuvre du “2ème Isaïe” aurait été, par la suite, jointe à celle du “1er Isaïe” (Isaïe, 1 - 39) pour constituer notre Livre Biblique d’Isaïe (Isaïe, 1 - 66).

Ce Livre , qu’on attribue ainsi au “2ème Prophète Isaïe” est aussi connu sous le nom de “Livre de la consolation d’ Israël”. Il s’ouvre par l’appel du prophète et son dialogue avec Israël (40, 1 - 31), puis nous propose une série de chapitres annonçant l’accomplissemnt des prophéties concernant un nouvel Exode (41, 1 - 48, 22). Une 3ème partie a pour objet de consoler Sion-Jérusalem (49, 1 - 54, 17), et le livre se termine par une conclusion.

Les plus grosses objections à cette théorie séduisante de trois prophètes dont les oeuvres formeraient notre Livre d’Isaïe, tiennent, d’abord, à ce que le Livre de notre Bible, en son entier, est attesté comme tel dès au moins 2 siècles avant notre ère chrétienne, et a toujours été considéré comme oeuvre unique jusque pratiquement le début du 20ème siècle, et, ensuite, à ce qu’un certain nombre de passages des 39 premiers chapitres, attribués, selon l’hypothèse, au 1er Isaïe, paraissent être également d’une époque bien postérieure au 8ème siècle, où il a vécu.

2. Message

Avec ce passage, extrait donc de ce que l’on considère comme l’oeuvre du “2nd prophète Isaïe”, nous entendons le message qu’aurait reçu ce prophète au jour de sa vocation.

Il faut consoler le peuple de Dieu, parce que le Seigneur lui a pardonné, et qu’il va tout faire pour mettre fin à l’exil Babylonien, en traçant lui-même un chemin de retour depuis l’Orient mésopotamien jusque Jérusalem, en aplanissant les montagnes et en comblant les vallées, c’est-à-dire en aidant son peuple à traverser le désert oriental et ses obstacles, comme il avait aidé son peuple à traverser la Mer des Roseaux et le désert du Sinaï, au temps de Moïse et de la sortie d’Egypte.

Le prophète doit annoncer, qu’en dépit de sa fragilité d’herbe qui se flétrit rapidement, le peuple doit compter sur la solidité de la Parole de Dieu, qui, non seulement déclare, mais qui agit avec puissance pour la libération d’Israël, et son retour de captivité.

Dieu va alors se comporter en “Bon Pasteur” de son peuple.

3. Decouvertes

On pense que ces poèmes concernant le retour d’exil furent mis ensemble à une époque où il était devenu évident que l’exil à Babylone ne pouvait être la fin du Royaume de Juda.

On peut se demander qui, exactement, parle dans les versets 1 et 2 de ce passage : en effet, ce qui se présente comme parole divine, au verset 1, parle de Yahvé-Dieu à la 3ème personne, au verset 2. Quant à la voix du verset 3, elle n’est pas identifiée.

Une comparaison peut être établie entre les versets 3 - 5 de ce chapitre 40 et le début du chapitre 6 du Livre d’Isaïe, celui de la vocation du prophète (c’est-à-dire du “1er Isaïe”, si l’on maintient une diversité de prophètes s’exprimant successivement dans ce livre).

A noter également que la transformation du désert était déjà affirmée au chapitre 35, et que le retour d’exil est souvent présenté comme un nouvel “Exode”.

La voix des versets 6 - 8 de notre passage semble être également un écho du chapitre 6, 8 du Livre d’Isaïe, qui situait Dieu siégeant en son conseil divin.

L’appel lancé à Jérusalem, aux versets 9 - 11, rappelle les promesses faites à Sion en Isaïe, 2, 2 - 4, et le retour des dispersés mentionné en Isaïe, 11, 11 - 12. Dieu est présenté à la fois comme roi conquérant et berger de son peuple : voir également à ce sujet le psaume 23 et le psaume 78, 70 - 72.

4. Prolongement

Jésus accomplit l’oeuvre de libération, non seulement du peuple d’Israël, mais de tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps, car il est venu pour rassembler dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés (Jean, 11, 49 - 52), et pour que nous ayons la vie en abondance (Jean, 10, 10).

Il se présente aussi à nous comme le “Bon Berger” qui prend soin de son troupeau, et donne sa vie pour ses brebis (Jean, 10, 11 - 18).

Le résultat en est notre “création nouvelle” en lui, dont nous parle Paul en 2 Corinthiens, 5, 17 - 21.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es l’accomplissement de tout le plan de Dieu, que tu as achève en ta mission, ta mort sur la croix, précédée de ta déclaration finale que “tout était accompli”, ainsi qu’en ta résurrection, et maintenant, par le don de ton Esprit, tu nous fais passer de la mort à la vie, de l’esclavage à la liberté totale des cœurs libérés, et tu nous fais partager ta condition de fils et d’héritiers du Père : aplanis en moi tous les obstacles qui demeurent et empêchent la réalisation plénière de cette dignité lumineuse, à laquelle tu m’appelles, et que tu me proposes dans ta parole qui m’éclaire, et ta vie que tu me transmets, apprends-moi à me fixer toujours davantage sur toi, mon unique sauveur et révélateur de Dieu, qui est vérité, lumière et amour. AMEN.

10.12.2002.*

Évangile : Matthieu 18, 12-14

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

12 ” A votre avis, si un homme possède cent brebis et qu’une d’elles vienne à s’égarer, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes pour s’en aller à la recherche de l’égarée ?
13 Et s’il parvient à la retrouver, en vérité je vous le dis, il tire plus de joie d’elle que des quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées.
14 Ainsi on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu’un seul de ces petits se perde.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”


Cette parabole de Jésus dans l’Evangile de Matthieu fait partie du Discours communautaire (18, 1 - 35), quatrième grand discours que Matthieu fait prononcer à Jésus. Par ces discours (Sermon sur la montagne : 4, 23 - 7, 27, Discours sur la mission : 10, 1 - 42, Discours en paraboles : 13, 1 - 52, et Discours sur la fin de temps : 23, 1 - 25, 46, en plus du nôtre), l’Evangéliste regroupe et organise un grand nombre des paroles de Jésus, et rythme son Evangile qui se déroule en une série de récits encadrant ces discours, et encadrés par eux.

Ce 4ème discours traite des relations communautaires entre les disciples de Jésus, durant le temps, principalement, qui sépare la mission de Jésus de la fin ultime de l’histoire de l’humanité.

Après avoir montré que le plus grand dans la communauté est, en fait, celui qui se fait “petit” comme un enfant (18, 1 - 5), que ceux qui scandalisent les “petits” qui croient en lui méritent les pires châtiments (18, 6 - 9), Jésus prononce notre parabole de la brebis égarée, qui commence au verset 10, par une invitation à ne mépriser aucun de ces petits dans les communautés, car ils sont dignes des plus grand égards. A noter que le verset 11 manque dans de nombreux manuscrits.

2. Message

Nous pouvons lire la même parabole dans l’Evangile de Luc (Luc, 15, 1 - 7), associée à la parabole de la drachme perdue et à la parabole du Père et de ses deux fils, dont l’un est “l’enfant prodigue”. Chez Luc, cette parabole répond à la question : comment Jésus peut-il fréquenter les pécheurs publics ? Jésus y fait valoir qu’il est venu chercher et sauver les hommes “perdus”.

Pour Matthieu, il s’agit de se soucier des membres de la communauté qui pourraient s’égarer ou qui s’égarent vraiment. A la différence du texte de Luc, ici, la brebis s’est “égarée”, elle n’est pas “perdue”. Il est donc prioritaire pour la communauté que tous les risques soient pris pour la retrouver, même si cette brebis, ce membre de la communauté, était plus ou moins porté(e) à l’aventure.

Ce qu’il faut à tout prix éviter, c’est que cette brebis, qui s’est ainsi égarée, en arrive finalement à être perdue, faute d’avoir tout mis en oeuvre pour la rechercher efficacement. Cette attitude de prise en charge risquée et prioritaire de l’égaré(e) correspond à la volonté du Père. D’autre part, retrouver la brebis égarée est si important que c’est source d’une grande joie.

3. Decouvertes

Dans cette parabole, il y a un rappel du texte d’Ezéchiel 34, 12 - 16, qui prophétise que Dieu, tel un berger, rassemble tout son troupeau, en allant jusqu’à rechercher dans la montagne les brebis qui sont égarées.

Laisser 99 brebis pour aller à la recherche de la seule qui manque, ressemble fort à un manque de “prudence pastorale”. Certains commentateurs ont tenté de diminuer la portée du risque pris, en faisant appel à la pratique réelle des troupeaux : les 99 brebis laissées là doivent avoir des chiens autour d’elles pour les surveiller, et souvent il y a, dans le voisinage, d’autres troupeaux, et d’autres bergers, sans compter sur le “sens grégaire” de la plupart des troupeaux, qui les pousse à rester ensemble.

Ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici dans cette parabole, qui n’est pas une analyse de situation, mais une histoire dont le but est de faire ressortir un point important, qui ici se situe justement dans ce “risque” pris pour retrouver le moindre membre du troupeau qui s’égare.

4. Prolongement

En nous envoyant Jésus comme Sauveur, Dieu prend tous les risques d’une certaine façon, autant pour sauver les “perdus” que les “égarés”. Quelques textes peuvent alimenter notre méditation :

Jean 11

49 L’un d’eux, Caïphe, qui était souverain sacrificateur cette année-Ià, leur dit : Vous n’y entendez rien;

50 vous ne réfléchissez pas qu’il est dans votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple, et que la nation entière ne périsse pas.

51 Or, il ne dit pas cela de lui-même; mais étant souverain sacrificateur cette année-Ià, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation.

52 Et ce n’était pas pour la nation seulement; c’était aussi afin de réunir en un seul corps les enfants de Dieu dispersés.

Jean 10

16 J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là, il faut que je les amène; elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger.

Jean 12

32 Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi.

1 Jean 4

10 Et cet amour consiste, non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu’il nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés.

Romains 5

6 Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies.

7 A peine mourrait-on pour un juste; quelqu’un peut-être mourrait-il pour un homme de bien.

8 Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous.

9 A plus forte raison donc, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère.

10 Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie.

Romains 8

31 Que dirons-nous donc à l’égard de ces choses? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?

32 Lui, qui n’a point épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui?

Prière

*Seigneur Jésus, en t’envoyant nous rejoindre pour effectuer notre “sauvetage”, le Père a pris, avec toi, tous les risques, et, toi-même les as assumés dans une démarche constante de vérité et de miséricorde, qui t’a conduit à dire OUI jusqu’à en être condamné à mourir sur une croix : ouvre mon coeur à ce don magnanime et sans limites de la miséricorde de Dieu, qui vraiment a tout fait pour nous, ainsi que de ta présence à nos côtés, dans la force de ton Esprit Saint, qu’il m’appartient de laisser gouverner et conduire toute mon existence pour ta gloire et celle du Père. AMEN.

09.12.2003.*


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