📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Isaïe 40, 25-31
DU LIVRE D’ISAÏE
Texte
25 A qui me comparerez-vous, dont je sois l’égal ? dit le Saint.
26 Levez les yeux là-haut et voyez : Qui a créé ces astres ? Il déploie leur armée en bon ordre, il les appelle tous par leur nom. Sa vigueur est si grande et telle est sa force que pas un ne manque.
27 Pourquoi dis-tu, Jacob, et répètes-tu, Israël : ” Ma voie est cachée à Yahvé, et mon droit échappe à mon Dieu ? “
28 Ne le sais-tu pas ? Ne l’as-tu pas entendu dire ? Yahvé est un Dieu éternel, créateur des extrémités de la terre. Il ne se fatigue ni ne se lasse, insondable est son intelligence.
29 Il donne la force à celui qui est fatigué, à celui qui est sans vigueur il prodigue le réconfort.
30 Les adolescents se fatiguent et s’épuisent, les jeunes ne font que chanceler,
31 mais ceux qui espèrent en Yahvé renouvellent leur force, ils déploient leurs ailes comme des aigles, ils courent sans s’épuiser, ils marchent sans se fatiguer.
Commentaire
1. Situation
Avec le chapitre 40 de notre Livre d’Isaïe, commence donc, selon une hypothèse généralement admise depuis quelques décennies, mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, l’oeuvre d’un 2ème prophète, qu’on appelle le “2ème” Isaïe, qui a prêché aux éxilés de Babylone vers 550, c’est-à-dire vers la fin de l’exil, puisqu’un premier retour des exilés à Jérusalem a eu lieu en 537.
Ce 2ème Prophète Isaïe, dont le recueil occupe les chapitres 40 à 55 du Livre d’Isaïe de nos Bibles, serait un disciple lointain du 1er Isaïe, puisqu’il a vécu quelque 150 ans plus tard. Il ne s’adresse plus aux habitants de Jérusalem pour les appeler à la foi et à la vigilance, mais aux exilés, pour leur apporter consolation dans leurs difficultés.
On ne connaît pas le nom de ce prophète, pas plus que celui du prophète auquel on doit les chapitres 56 à 66 du Livre Biblique d’Isaïe, recueil d’oracles écrits après le retour de l’exil, et que, selon toujours la même hypothèse évoquée plus haut, l’on appelle le 3ème Isaïe.
Le 2ème Isaïe, dont nous lisons une page aujourd’hui, à travers son style et sa poésie bien typés, nous laisse une impression d’homme sérieux, réfléchi, respirant l’optimisme et la sympathie. Surtout, il se manifeste comme un croyant à la foi très solide, qui est capable de discerner en quoi tout épisode de l’histoire peut jouer son rôle dans la rédemption d’Israël.
Les thèmes principaux de son recueil sont les suivants :
- le thème majeur du Nouvel Exode, sa manière de présenter la fin de l’exil et le retour des exilés;
- le thème de l’accomplissement des prophéties;
- le thème de Dieu présenté comme le créateur du monde, qui lui permet d’expliquer la souveraine puissance de Yahvé;
- le thème de la justice de Dieu, qui veille à l’accomplissement des promesses;
- le thème de la puissance efficace de la Parole de Dieu, qui se traduit immédiatement en oeuvres du Seigneur;
- le thème de Jérusalem, point focal du retour des exilés;
- le thème du Serviteur, dont les 4 chants aux chapitres 42, 49, 50, 53, présentent à la fois le portrait collectif d’Israël et celui, individuel, d’un serviteur, homme d’une haute sainteté.
Le recueil du 2ème Isaïe, qu’on nomme souvent le “Livre de la Consolation d’Israël”, traite successivement : de l’appel et de la mission du prophète, suivi d’un débat entre Dieu et son peuple (40, 1 -31), puis, de l’accomplissement prophétique de la libération du peuple exilé, dans le Nouvel Exode (41,1 - 48, 22), ensuite, d’un ensemble de paroles de réconfort adressées à Sion (49, 1 - 54, 17), et se termine par une conclusion (55, 1 - 13).
Notre passage de ce jour se situe dans le 2ème volet de la 1ère partie : débat entre Dieu et Israël.
2. Message
Le peuple en exil est fatigué, las. Il devient hésitant, souvent trébuchant dans sa foi au Seigneur, et il est tenté par l’apostasie. D’où cette discussion entre Dieu et Israël, dans laquelle Dieu commence par se présenter, à partir d’une question qu’il pose à son interlocuteur, et à laquelle il répond de façon précise et poétique (versets 25 - 27).
Ensuite, Dieu interroge Israël sur lui-même et son attitude, lui fait prendre conscience de sa faiblesse, et l’invite à se fier à lui pour retrouver des forces (versets 28- 31).
Dieu fait ainsi d’abord remarquer au peuple qu’il ne peut se permettre de douter de Dieu, de penser que Dieu ne l’accompagne plus, car Dieu est le créateur du ciel et de la terre, et, par couséquent, le maître des astres.
D’autre part, toujours selon Dieu, le peuple, même s’il tombe de lassitude, ne peut pas se permettre de mettre en question la force et le soutien que Dieu peut lui apporter, car Dieu est le Dieu éternel qui a créé la terre, et qui, lui, ne faiblit jamais.
Lorsqu’on éprouve fatigue ou faiblesse, espérer en Dieu fait trouver des forces nouvelles, durables et insoupçonnées. La découverte de Dieu, créateur du cosmos, doit renforcer la conviction de Jacob-Israël, que Yahvé, qui, depuis Abraham, le guide et l’accompagne dans son histoire, est le seul sur lequel il puisse vraiment s’appuyer en toutes circonstances.
3. Decouvertes
Au verset 26 : Les étoiles, considérées comme des dieux dans la mythologie Babylonienne, ont, de fait, été créés sans effort par Yahvé, du seul fait qu’il les a nommées (voir aussi le Psaume 147, 4 - 5). Avec le 2ème Isaïe, un seuil est franchi vers le monothéisme absolu : il n’y a qu’un seul Dieu, qui est le Créateur, pour toute l’humanité.
Auparavant (par exemple en Deutéronome, 4, 19 ; 29, 25; 32, 8 - 9), on laissait volontiers les corps ou puissances célestes à la disposition des nations qui voulaient leur rendre un culte : d’une certaine façon, ce n’était pas le problème d’Israël, car il suffisait alors, semble-t-il, que Yahvé soit le seul Dieu pour Israël, le peuple qu’il avait choisi, et dans le pays qu’il lui avait fait conquérir.
Dans le recueil du 2ème Isaïe, le terme technique, que nous traduisons par le verbe “créer”, est utilisé 16 fois pour indiquer l’action puissante de Dieu qui transforme le chaos en un univers bien ordonné.
Au verset 28, Dieu est dit être le “Dieu Eternel” : c’est là le rappel de la façon dont Abraham appelait Dieu à Beersheba (Genèse, 21, 33). l..e 2ème Isaïe englobe dans son regard toute l’histoire, passée, présente, et à venir, d’Israël.
Au verset 31, l’attitude “d’attente de Dieu” (traduite aussi par “espérer”), dans la certitude que sans lui on est totalement dépourvu, que lui seul peut nous donner force et vie, et qu’on peut toujours compter sur lui, quoi qu’il arrive, voilà une belle présentation de la “foi” dans l’Ancien Testament (voir également Habbacuc, 2, 3 - 4, et Isaïe, 8, 16 - 18).
4. Prolongement
Paul, dans sa Lettre aux Romains, reproche aux païens de n’avoir pas su reconnaître Dieu, à partir de l’observation du cosmos, qui est l’oeuvre de sa création (Romains, 1, 19 - 32).
Il reprend également ce thème de la création pour situer l’accomplissement du salut, dans la mort-résurrection de Jésus et le don de l’Esprit, comme une “création nouvelle”, selon une remarquable perception de l’unité entre l’action de Dieu comme Créateur et son engagement pour sauver les hommes, au coeur de leur histoire, d’Abraham à Jésus (2 Corinthiens, 5, 17 - 21).
Si la 1ère création est ainsi considérée comme le 1er acte du salut, la fin des temps accomplie en Jésus mort et ressuscité est bien le passage de cette création à l’univers “nouveau” de cette “création nouvelle” (Apocalypse, 21, 1) Ce passage de la 1ère à la 2ème création est bien exprimé, toujours par Paul, dans le dernier verset du chapitre 3 de sa Lettre aux Philippiens :
Philippiens 3
20 Mais notre cité à nous est dans les cieux, d’où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus Christ,
21 qui transformera le corps de notre humiliation, en le rendant semblable au corps de sa gloire, par le pouvoir qu’il a de s’assujettir toutes choses.
La lecture d’Evangile associée à cette page d’Isaïe, nous révèle le Christ, en qui agit la force de Dieu qui recrée et qui sauve, nous invitant à prendre son joug, qui est facile à porter, et nous procurant du repos quand nous peinons sous le poids du fardeau (Matthieu, 11, 28 - 30).
Prière
*Seigneur Jésus, l’accomplissement de toute l’oeuvre de Dieu en ta mort-résurrection, et le don de l’Esprit qui te rend désormais présent au coeur de nos vies, est bien une création nouvelle, signifiant la fin d’une réalité transitoire et l’entrée dans le Royaume de Dieu que tu as inauguré en nous : donne-moi d’accueillir sans cesse cette nouveauté toujours renouvelée, et d’en vivre comme un engagement permanent à plus de vérité, plus de lumière et d’amour, dans ma relation simultanée à Dieu qui m’appelle et me sauve, à mes frères et soeurs, auprès desquels je dois témoigner de la puissance de ta résurrection et de ton salut, ainsi qu’à moi-même, que tu attends ouvert à la transfiguration que tu m’offres en me saisissant ainsi dans ton mystère de pénitude de vie. AMEN.
10.12.2003.*
Évangile : Matthieu 11, 28-30
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
28 ” Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai.
29 Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes.
30 Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous continuons d’accompagner Jésus dans la partie de l’Evangile de Matthieu, concernant sa 2ème mission en Galilée, où il rencontre de plus en plus de refus et d’hostilité de la part de “cette génération” de ses contemporains.
2. Message
Ces paroles de Jésus constituent la seconde partie d’une ensemble (Matthieu, 11, 25 - 30) dans lequel Jésus commence par prier le Père à haute voix, lui offrant sa louange et son action de grâce pour avoir révélé le mystère du Royaume aux tout-petits que sont ses disciples, tout en les tenant cachés pour les sages et les puissants de ce monde.
Ensuite, après avoir souligné que le contenu central de ce mystère est le secret de sa relation au Père, que lui seul est à même de partager à qui il veut, Jésus se lance dans la proclamation du message que nous rapportent les versets du texte de ce jour :
C’est ainsi qu’il nous déclare qu’ il est “là” pour nous, en nous précisant qu’il nous prend en charge, avec toutes les difficultés et les pesanteurs qui sont notre lot, et en échange desquelles il nous propose de prendre sur nous son joug.
Quel est le contenu de ce joug qu’il nous affirme être doux et léger ? Il s’agit de son interprétation de l’exigence du salut de Dieu, qui met la Loi au service de la libération des personnes, et place ainsi l’accent sur l’ouverture que représente pour nous notre appel au Royaume de Dieu, qui est source de joie.
3. Decouvertes
De grandes ressemblances ont été remarquées, à propos de ce texte, entre Jésus et Moïse. La connaissance réciproque du Père et du Fils nous rappelle la relation entre Dieu et Moïse, au livre de l’Exode, 33, 12 - 13. De même, la promesse de repos (que commente, par ailleurs, à sa façon, la Lettre aux Hébreux, 4, 1 - 13), fait écho à Exode, 33, 14.
De plus, Moïse nous est présenté comme un homme doux (Nombres, 12, 3), qui nous propose le joug de sa Loi, centré sur les Dix Paroles-Commandements du Décalogue. Dans cette perspective, Jésus est bien le Nouveau Moïse de la Nouvelle Alliance.
On s’est interrogé sur le genre de langage que Jésus utilise ici. Même si nous en trouvons des échos dans les Livres de Sagesse de l’Ancien Testament, et particulièrement en Proverbes, 8, le Siracide, 24 et Sagesse, 6 - 8, c’est plutôt dans le genre de langage “apocalyptique” , ou de révélation concernant la fin des temps, que nous trouvons des parallèles dans le Livre de Daniel : nous y lisons, en effet, que le mystère de Dieu est révélé à Daniel (2, 18 - 19. 28 - 29), et que ce dernier loue le Seigneur pour lui avoir donné la Sagesse (2, 23), selon la perspective du Royaume mis en place par Dieu lui-même (2, 44).
4. Prolongement
Du Christ ressuscité, qui met en nous son Esprit, nous recevons maintenant, en ces derniers temps qui suivent sa résurrection, tout ce que Jésus nous a promis dans l’Evangile, ce que nous pouvons relire, par exemple, chez Paul :
17 Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire, vous donner un esprit de sagesse et de révélation, qui vous le fasse vraiment connaître !
18 Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints,
19 et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force,
20 qu’il a déployée en la personne du Christ, le ressuscitant d’entre les morts et le faisant siéger à sa droite, dans les cieux,
21 bien au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie, et de tout autre nom qui se pourra nommer, non seulement dans ce siècle-ci, mais encore dans le siècle à venir.
22 Il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église,
23 laquelle est son Corps, la Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout.
Prière
*SEIGNEUR JESUS, EN TOI, ET PAR TOI, DIEU S’EST REVELE A NOUS COMME NOTRE PERE MISERICORDIEUX QUI NOUS PREND EN CHARGE, SI NOUS T’ACCUEILLONS ET TE SUIVONS AVEC UNE FOI CONFIANTE, ET QUI NOUS PROPOSE PAR TA PAROLE, TON ATTITUDE, ET TA MANIERE DE RELIRE L’EXPERIENCE DES CROYANTS DE L’ANCIENNE ALLIANCE, SA FORCE DE SALUT, DE LIBERATION ET D’ACCUEIL, DANS CE QUE TU APPELLES TON “JOUG”, QUI EST LE JOUG DE TA PRESENCE, DE TON MESSAGE DE VERITE, CENTRé SUR L’AMOUR DE DIEU ET LE SERVICE DES AUTRES, ET VIVIFIé PAR LA FAçON SELON LAQUELLE TU AS MENE TON EXISTENCE CONCRETE AU MILIEU DE NOUS : DONNE-MOI DE RECEVOIR PLEINEMENT CETTE LIBERATION UNIQUE QUE TOI SEUL PEUX M’OFFRIR, DONNE-MOI AINSI DE TE SUIVRE EN TOUTE VERITE, DANS LA LUMIERE ET L’AMOUR QUE TU PARTAGES A TOUS TES DISCIPLES. AMEN.
11.12.2002.*