📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Siracide 48, 1-11
DU LIVRE DE BEN SIRACH
Texte
1 Alors le prophète Elie se leva comme un feu, sa parole brûlait comme une torche.
2 C’est lui qui fit venir sur eux la famine et qui, dans son zèle, les décima.
3 Par la parole du Seigneur il ferma le ciel, il fit aussi trois fois descendre le feu.
4 Comme tu étais glorieux, Elie, dans tes prodiges! qui peut dans son orgueil se faire ton égal?
…
9 (Toi) qui fus emporté dans un tourbillon de feu, par un char aux chevaux de feu,
10 toi qui fus désigné dans des menaces futures pour apaiser la colère avant qu’elle n’éclate, pour ramener le cœur des pères vers les fils et rétablir les tribus de Jacob.
11 Bienheureux ceux qui te verront et ceux qui se sont endormis dans l’amour, car nous aussi nous posséderons la vie.
Commentaire
1. Situation
Le Livre de Ben Sirac le Sage est unique dans la mesure où il nous indique le nom de son auteur. En effet, ce livre, écrit en hébreu, a été traduit en grec par le petit fils de son auteur, vers 115 avant JC, depuis l’Egypte, où il nous dit être arrivé vers 132. On peut dès lors dater le livre original, écrit pas son grand père, dans le 1er quart du 2ème siècle, soit entre 200 et 170 avant notre ère.
L’auteur de ce Livre de Sagesse se présente et se comporte comme un scribe et un enseignant (voir 39, 1 - 11 et 51, 13 - 30). Ce Livre peut donc être considéré comme un bel exemple du genre d’instruction qui était offert aux jeunes de Jérusalem, dans la période qui a précédé la révolte des frères Maccabées (vers 170).
Ce traité de Sagesse se situe pour une grande part dans la tradition du Livre des Proverbes, en nous présentant des conclusions pour agir, en fonction de ce que le Sage a pu observer dans l’existence des hommes (voir, par exemple, 3, 1 - 16). On y trouve des comparaisons, des béatitudes, mais également des hymnes de louange à Dieu et des prières.
Le thème directeur de tout le Livre de Sirac est la recherche de la Sagesse, identifée comme “crainte du Seigneur” (19, 20). Dieu y est révéré comme le Tout-Puissant. Ben Sirac traite souvent, et d’autant plus, de la “justice” de Dieu, qu’il rejette toute perspective de récompense ou de châtiment après la mort. Il s’intéresse beaucoup aux différents aspects de la vie sociale et familale, ainsi qu’à l’histoire d’Israël.
Il raconte et relit cependant cette histoire, en faisant l’éloge des grands hommes qui en ont jalonné le déroulement, dans la dernière partie de son Livre, soit des chapitres 44 à 50.
Notre page de ce jour est un bel exemple de portrait, qui nous est ainsi dressé, de l’un de ces grands hommes, le Prophète Elie.
2. Message
Cet éloge du Prophète Elie rappelle les grands moments de ses interventions prophétiques à l’égard d’un roi et d’une reine de l’Israël du Nord (Achab et Jézabel), qui cherchaient à promouvoir le culte des divinités païennes de Canaan, à la place, ou en plus, de celui de Yahvé, le Dieu Vivant d’Israël.
Pour montrer que Yahvé est le seul Dieu qui soit maître en terre d’Israël, terre qu’il avait promise à Abraham et à sa descendance, Elie, par sa parole, avait arrêté et fait revenir la pluie après une longue période de sécheresse, et avait également, entre autres signes, dont l’un de résurrection, fait descendre le feu du ciel, à trois reprises, sur ses adversaires, manifestant ainsi la puissance inégalable du Dieu vivant.
Sa mort mystérieuse, perçue en vision par Elisée, son disciple et successeur, comme un enlèvement sur un char de feu, fut ensuite interprétée comme l’annonce par Dieu d’une mise à part d’Elie, pour revenir à la fin des temps préparer l’apparition du Messie, selon Malachie, 3, 23 - 24.
Ce retour d’Elie, confirmé ici par Ben Sirach, sera donc source de bonheur, puisqu’il sera le signe avant-coureur de la venue prochaine du Messie de Dieu.
3. Decouvertes
Cet éloge d’Elie, dans la dernière partie du Livre de Ben Sirach, fait suite aux éloges plus ou moins développés d’Abraham, de Moïse, d’Aaron, de Phinéas, de Josué, des Juges en général, de Samuel, de David et de Salomon (dont les fautes ne sont pour autant point cachées).
C’est une relecture des récits concernant Elie, qui se trouvent entre le chapitre 17 du 1er Livre des Rois, et le chapitre 2 du 2ème Livre des Rois, et nous le présentent comme un prophète puissant en paroles et en actes.
A noter le fait que Ben Sirach le Sage cite une prophétie, qui est une prévision de la fin des temps (Malachie, 3, 23 - 24; voir aussi Isaïe, 49, 10). Ce qui veut dire qu’à l’époque de Sirach le retour attendu d’Elie faisait partie de la Tradition d’Israël.
4. Prolongement
Ce texte nous est donné à relire dans le temps de l’Avent du fait que Jésus identifie le retour d’Elie au ministère de Jean-Baptiste, qui est donc à considérer comme l’annonce des temps nouveaux.
Matthieu (4, 12 - 17), Marc (1, 14 - 15), et Luc (4, 14 - 15, après 3, 19 - 20), font commencer le ministère de Jésus après l’arrestation de Jean-Baptiste. Voir également les discours de Pierre au centurion Corneille en Actes, 10, 37 - 38, ainsi que de Paul à la synagogue d’Antioche de Pisidie en Actes, 13, 23 - 25 :
11 ” En vérité je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n’en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui
12 Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s’en emparent.
13 Tous les prophètes en effet, ainsi que la Loi, ont mené leurs prophéties jusqu’à Jean.
14 Et lui, si vous voulez m’en croire, il est cet Élie qui doit revenir.
15 Que celui qui a des oreilles entende !
10 Et les disciples lui posèrent cette question : ” Que disent donc les scribes, qu’Élie doit venir d’abord ? ”
11 Il répondit : ” Oui, Élie doit venir et tout remettre en ordre ;
12 or, je vous le dis, Élie est déjà venu, et ils ne l’ont pas reconnu, mais l’ont traité à leur guise. De même le Fils de l’homme aura lui aussi à souffrir d’eux. ”
13 Alors les disciples comprirent que ses paroles visaient Jean le Baptiste.
Prière
*Seigneur Jésus, en ta personne et ton ministère, s’achève tout ce dont ont témoigné de bon et de beau les grands hommes d’Israël qui t’ont précédé, et, depuis ton retour au Père en ta résurrection des morts, de nombreux croyants, qui furent ensuite tes disciples, ont été reconnus comme autant de reflets significatifs de tel ou tel aspect de ta personne, de ton visage et de ton témoignage, et ont été proclames “saints” par nos eglises : donne-moi de vivre vraiment selon cet appel que Dieu, par toi, me renouvelle sans cesse, et selon cette force que ton Esprit Saint m’accorde, de reproduire en vérité ton image, pour que mon existence devienne de plus en plus un relais visible de ta présence, qui invite mes frères et sœurs à te suivre dans l’accueil de ta parole, et l’imitation de tes gestes de bonté, de service, et de miséricorde. AMEN.
14.12.2002.*
Évangile : Matthieu 17, 10-13
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
10 Et les disciples lui posèrent cette question : ” Que disent donc les scribes, qu’Élie doit venir d’abord ? “
11 Il répondit : ” Oui, Élie doit venir et tout remettre en ordre ;
12 or, je vous le dis, Élie est déjà venu, et ils ne l’ont pas reconnu, mais l’ont traité à leur guise. De même le Fils de l’homme aura lui aussi à souffrir d’eux. “
13 Alors les disciples comprirent que ses paroles visaient Jean le Baptiste.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec cette page, nous rejoignons Jésus dans cet Evangile de Matthieu, dans la série de récits qui se situent entre les 3ème et 4ème grands discours qu’il a prononcés (le discours en paraboles : 13, 1 - 52 et le discours communautaire : 18, 1 - 35).
Cette série de récits nous rapporte beaucoup d’événements importants pour le parcours de Jésus et son ministère. En effet, dès le chapitre 14, nous apprenons le “martyre” de Jean Baptiste, puis nous voyons Jésus accomplir une multiplication des pains et marcher sur la mer, avant de le voir multiplier les pains une seconde fois, mais en terre païenne, semble-t-il.
Puis, au chapitre 16, nous assistons à la confession par Pierre que Jésus est le Messie, et à la sévère réprimande que Jésus lui adresse pour refuser la première annonce que Jésus fait à ses disciples de sa mort et de sa résurrection. Suite à cela, Jésus s’est révélé transfiguré à Pierre, Jacques et Jean, en haut d’une montagne (17, 1 - 9).
Et, c’est après sa révélation en gloire, que Jésus discute avec ses trois disciples en descendant de la montagne, et qu’il répond à leurs questions.
2. Message
Révélation vient d’être faite aux trois disciples de la gloire de Jésus transfiguré, et de la Parole du Père les invitant à écouter Jésus en tout ce qui leur annonce, même si cela les choque (comme la prédiction de sa passion). La raison en est qu’il est le “Fils bien aimé”, celui qu’il a plu au Père de choisir.
Immédiatement après cette vision-révélation, Jésus invite les trois visionnaires à garder le secret total sur l’expérience qu’ils viennent d’avoir, “jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité des morts” (17, 9).
Ce que les disciples interprètent en se référant à la tradition fondée sur la prophétie du Prophète Malachie: “Voici que je vous envoie Elie le prophète, avant que vienne le jour de Yahvé, le grand et terrible jour” (Malachie, 3, 23).
Jésus, comme il l’avait déjà déclaré, suite à une délégation que Jean Baptiste lui avait envoyée (11, 2 - 14), confirme son interprétation de cette prophétie de de Malachie. Pour Jésus, le “retour” d’Elie s’est accompli dans le ministère de Jean Baptiste, que Jésus ne nomme pas ici directement, comme il l’avait fait précédemment, mais qu’il désigne par l’allusion qu’il fait à son martyre.
A cette occasion, Jésus insiste sur le fait que Jean Baptiste, en qui a eu lieu le retour d’Elie, n’a pas été reconnu, qu’il a été persécuté par les scribes et les chefs du peuple, et précise à ce propos qu’un sort identique lui est destiné par les mêmes adversaires.
3. Decouvertes
Entre Malachie, le dernier des prophètes de la Bible de l’Ancien Testament, et Jean Baptiste, 3 siècles se sont écoulés. Cependant, l’interprétation de Jésus, voyant en jean Baptiste celui en qui Elie revient préparer le jour définitif de Dieu, établit un lien réel entre la prophétie et son accomplissement, entre Malachie et Jean Baptiste.
La perception de cette continuité entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament est vitale pour comprendre Jésus et sa mission, même si Jésus apporte une telle nouveauté que nous sommes conduits à dire qu’il existe une grande différence entre l’Ancien Testament, et l’achèvement, dans un grand dépassement, que nous en découvrons dans le témoignage de la Parole et de l’engagement de Jésus.
Le grand “jour” de Dieu est bien arrivé avec l’apparition et la mission de Jésus.
4. Prolongement
La première lecture de ce samedi nous présente le portrait d’Elie, brossé par Ben Sirach le Sage, au chapitre 48, 1 - 11 de son Livre de Sagesse. Portrait qui met bien en valeur l’envergure prophétique d’Elie.
L’identification de Jean Baptiste à Elie qui revient, ne peut que souligner l’importance et l’ampleur de la personnalité de Jean Baptiste, et de l’impact qu’il a eu en Palestine, juste avant les débuts de Jésus.
A travers tout son Evangile, Matthieu nous suggère que Jésus ressemble plutôt à Moïse, enseignant, sauveur, législateur, guide du peuple, prophète.
De même que tous les prophètes de l’Ancien Testament renvoient à .Jésus, qui en est l’achèvement bien au-delà de l’imaginable, ainsi en va-t-il de Jean Baptiste-Elie.
Jésus, “image du Dieu invisible, premier-né de toute la création” (Colossiens, 1, 15), est le seul et l’unique dont nous devons, dans l’Esprit Saint, reproduire l’image (Romains, 8, 28 - 29).
Prière
*Seigneur Jésus, toi que le Père nous as envoyé comme Sauveur à la plénitude des temps, tu as accompli tout le dessein de salut de Dieu, après toute une histoire d’appels et de réponses qui a commencé avec Abraham, et c’est pourquoi il n’y a plus rien à ajouter à cette oeuvre de Dieu, que tu as menée à son terme, une fois pour toutes, avec ton engagement d’obéissance vécu jusqu’à ton passage de la mort à la vie de Ressuscité dans la gloire de Dieu : donne-moi de croître sans cesse dans l’accueil de cet “achèvement”, dans lequel je dois me laisser saisir et transformer, comme tous les hommes et toutes les femmes qui se sont succédé dans l’histoire après ta résurrection, achèvement dont tu attends que je sois constamment un témoin engagé par ma parole et tous mes comportements de croyant. AMEN.
13.12.2003.*