📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Isaïe 48, 17-19
DU LIVRE D’ISAÏE
Texte
17 Ainsi parle Yahvé ton rédempteur, le Saint d’Israël : Je suis Yahvé ton Dieu, je t’instruis pour ton bien, je te conduis par le chemin où tu marches.
18 Si seulement tu avais été attentif à mes commandements! Ton bonheur serait comme un fleuve et ta justice comme les flots de la mer.
19 Ta race serait comme le sable, et comme le grain, ceux qui sont issus de toi! Son nom ne serait pas retranché ni effacé devant moi.
Commentaire
1. Situation
Selon une hypothèse généralement admise depuis quelques décennies, mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, les chapitres 40 - 55 du Livre d’Isaïe nous retraceraient la prédication, vers la fin de l’exil Babylonien, d’un prophète anonyme, connu sous le nom du “2ème Prophète Isaïe”, du fait qu’il semble appartenir à une école de pensée qui relit, médite et adpate à des temps nouveaux l’oeuvre du grand Prophète Isaïe, qui, lui, avait vécu au 8ème siècle.
Avec quelques chapitres attribués - toujours selon la même hypothèse - à celui qu’on appelle le “3ème Prophète Isaïe” (Isaîe, 56 - 66), qui aurait vécu sa mission quelques décennies plus tard, juste après le retour d’exil, en Palestine, l’oeuvre du “2ème Isaïe” aurait été, par la suite, jointe à celle du “1er Isaïe” (Isaïe, 1 - 39) pour constituer notre Livre Biblique d’Isaïe (Isaïe, 1 - 66).
Ce Livre , qu’on attribue ainsi au “2ème Prophète Isaïe” est aussi connu sous le nom de “Livre de la consolation d’ Israël”. Il s’ouvre par l’appel du prophète et son dialogue avec Israël (40, 1 - 31), puis nous propose une série de chapitres annonçant l’accomplissemnt des prophéties concernant un nouvel Exode (41, 1 - 48, 22). Une 3ème partie a pour objet de consoler Sion-Jérusalem (49, 1 - 54, 17), et le livre se termine par une conclusion.
Les plus grosses objections à cette théorie séduisante de trois prophètes dont les oeuvres formeraient notre Livre d’Isaïe, tiennent, d’abord, à ce que le Livre de notre Bible, en son entier, est attesté comme tel dès au moins 2 siècles avant notre ère chrétienne, et a toujours été considéré comme oeuvre unique jusque pratiquement le début du 20ème siècle, et, ensuite, à ce qu’un certain nombre de passages des 39 premiers chapitres, attribués, selon l’hypothèse, au 1er Isaïe, paraissent être également d’une époque bien postérieure au 8ème siècle, où il a vécu.
Avec ces lignes du 2ème Prophète Isaïe, nous nous trouvons dans la conclusion de la 1ère grande partie de son message, qui, après l’appel du prophète, traite de “l’accomplissement prophétique du Nouvel Exode”, qui est la libération du peuple d’Israël de son exil babylonien, que Dieu réalise.
Sous ce titre, il a été question du salut d’Israël, le serviteur de Dieu, que Yahvé rachète et re-crée (41, 1 - 44, 23), puis de l’inclusion du roi Perse Cyrus dans le plan de salut de Dieu : le prophète le considère comme le Iibérateur du peuple, le “oint” de Dieu, chargé d’accomplir cette libération, que Dieu a décidée, en concomitance avec sa condamnation de Babylone (44, 24 - 47, 15).
Quant à la conclusion dans laquelle se trouve notre page de ce jour, elle se divise en 3 parties : d’abord, une insistance sur la grandeur de celui qui envoie Cyrus, c’est-à-dire Dieu lui-même, qui se définit à nouveau comme “le Premier et le Dernier”, le Créateur, et celui qui accomplit sa Parole (48, 1 - 6), ensuite, un message de promesse à travers un retour sur le passé (48, 17 - 19 : notre texte), et, enfin, une hymne de conclusion (48, 20 - 22).
2. Message
Le message de ces 3 versets tient d’abord dans la tonalité selon laquelle s’exprime le prophète : le style en est solennel, sous l’apparence d’un chant de louange, avec une ouverture en forme d’oracle : “ainsi parle le Seigneur”, qui se présente, et qui rappelle toutes ses offres de services, son alliance et sa promesse.
C’est la reprise de la Promesse faite à Abraham lors de sa vocation au Livre de la Genèse (12, 2 - 3). Yahvé-Dieu, qui est le Saint et le Rédempteur d’Israël, fait remarquer à ce dernier que sa réponse d’obéissance, qui seule aurait permis aux bienfaits de la promesse de se réaliser, n’a pas été tenue.
Et le Seigneur d’énumérer tous ces bienfaits, cette propérité qui serait arrivée pour le peuple dans le cas contraire.
3. Decouvertes
II faut ici prendre le temps d’aller relire le chapitre 28 du Deutéronome, qui énumère les bénédictions promises à Israël, s’il obéit dans la fidélité à la Loi de l’Alliance (Deutéronome, 28, 1 -14), ainsi que les malédictions, qui ne manqueront pas d’arriver dans le cas contaire (Deutéronome, 28, 15 - 68).
Notons ici encore la puissance des images : Dieu, qui fait cheminer le peuple sur le chemin où il marche, l’abondance de la paix, symbolisée par l’image du “fleuve”, la justice comme les flots de la mer, et la reprise de l’image du sable (voir Exode, 2, 12 et Deutéronome, 33, 19), comme symbole d’une descendance innombrable.
4. Prolongement
La lecture d’Evangile, couplée avec notre texte pour la liturgie de ce jour, nous montre Jésus dans une situation semblable à celle de Yahvé dans notre passage d’lsaïe, en nous racontant sa parabole des gamins assis sur les places, et qui font toujours le contraire de ce qu’on attend d’eux (Matthieu, 11, 16 - 19).
Nous voyons également Jésus se lamenter sur les villes du Lac, parce qu’elles n’ont pas accueilli sa Parole et ses gestes de salut (Matthieu, 11, 20 - 24). II pleurera de même sur .Jérusalem qui tue les prophètes (Matthieu, 23, 37 - 38), et il fera remarquer à certains de ses adversaires “qu’ils ne veulent pas venir à lui pour avoir la vie” (Jean 5, 39 - 40).
Jésus pose également les conditions d’entrée dans le Royaume des Cieux : il faut écouter sa Parole et la mettre en pratique pour devenir un disciple aussi solide et sérieux qu’une maison construite sur le roc (Matthieu, 7, 24 - 34).
Quant au chemin, où Dieu guide Israël, il est devenu Jésus lui-même se définissant comme “le chemin, la vérité, et la vie” (Jean, 14, 6 - 7).
Prière
*Seigneur Jésus, toi qui n’as cherché qu’à mettre en pratique la volonté du Père qui t’avait envoyé en mission, tu nous as confirmé par ta Parole, et réalisé dans ton engagement, une fois pour toutes, afin d’accomplir notre salut, toute la révélation que Dieu avait faite de son projet et de sa proximité à Israël tout au long de l’Ancien Testament, et tu fais désormais appel à notre fidélité, tout en nous donnant la force de ton Esprit Saint, qui seul nous rend capables de te suivre dans une existence de qualité : aide-moi à repondre OUI à ton appel, découvert dans la méditation de ta Parole, de ton message, ainsi que dans les sollicitations qui me viennent chaque jour de mes frères et soeurs. AMEN.
12.12.2003.*
Évangile : Matthieu 11, 16-19
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
16 ” Mais à qui vais-je comparer cette génération ? Elle ressemble à des gamins qui, assis sur les places, en interpellent d’autres,
17 en disant : “Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ! Nous avons entonné un chant funèbre, et vous ne vous êtes pas frappé la poitrine ! “
18 Jean vient en effet, ne mangeant ni ne buvant, et l’on dit : “Il est possédé ! “
19 Vient le Fils de l’homme, mangeant et buvant, et l’on dit : “Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs ! ” Et justice a été rendue à la Sagesse par ses œuvres. “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous rejoignons Jésus dans la partie de l’Evangile de Matthieu, concernant sa 2ème mission en Galilée, où il rencontre de plus en plus de refus et d’hostilité de la part de “cette génération” de ses contemporains.
2. Message
Par cette parabole, Jésus reproche à ses contemporains de se comporter comme des gamins mauvais joueurs, qui refusent de participer à tout ce qui leur est proposé. Quand les uns jouent de la flûte, les autres ne dansent pas, quand ils entonnent des chants de deuil, les autres ne prennent pas l’attitude qui convient.
A partir de là, Jésus montre que Jean-Baptiste et lui-même sont rejetés de la même façon avec des arguments contradictoires : on reproche à l’un de ne pas faire ce que l’on reproche à l’autre, et réciproquement. Jean-Baptiste est ainsi traité de possédé pour son ascétisme, et Jésus de glouton et d’ivrogne parce qu’il mange et boit normalement comme tout le monde.
Cela n’empêche pas pour autant l’oeuvre de Dieu de se dévoiler et de se poursuivre.
3. Decouvertes
Ce chapitre 11 de Matthieu est consacré, pour un grande part, au témoignage de Jésus sur Jean-Baptiste, qui, de sa prison, s’interroge sur Jésus, dont l’attitude miséricordieuse d’accueil des publicains et des prostituées ne semble pas correspondre à ce qu’attendait Jean-Baptiste, lui qui avait annoncé que le “jugement” sévère de Dieu allait se réaliser avec le Messie.
Après avoir répondu aux envoyés de Jean-Baptiste en leur citant, comme accomplies par lui en sa mission, un certain nombre d’annonces prophètiques mises bout à bout, Jésus se prononce sur la mission de Jean-Baptiste, dont il souligne la grandeur unique, tout en spécifiant la distance qui la sépare encore du Royaume de Dieu, et en précisant que la prophétie de Malachie, 3, 23, concernant le retour d’Elie, a été bel et bien accomplie par la prédication de Jean-Baptiste.
Cela dit, Jésus prononce les paroles de notre passage de ce jour.
Dans le dernier verset (11, 19), la Sagesse a été interprétée différemment, soit comme désignant la Sagesse de Dieu, à laquelle Jésus est identifiée (1 Corinthiens, 1, 24), soit encore comme renvoyant à tout le plan de salut de Dieu, qui, avec Jésus atteint sa phase d’achèvement, soit, enfin, comme la prétendue “sagesse” de cette génération, à propàs de laquelle Jésus ironiserait.
4. Prolongement
Paul nous montre bien que l’Eglise de Jésus Christ subit la même contradiction que Jésus, comme d’ailleurs Jésus lui-même l’avait nettement annoncé, entre autres paroles, lors de sa dernière grande prière avant sa passion :
21 Puisqu’en en effet le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie du message qu’il a plu à Dieu de sauver les croyants.
22 Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse,
23 nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens,
24 mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
26 Aussi bien, frères, considérez votre appel : il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de gens bien nés.
27 Mais ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort ;
28 ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi ; ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est,
29 afin qu’aucune chair n’aille se glorifier devant Dieu.
30 Car c’est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et rédemption,
31 afin que, comme il est écrit, celui qui se glorifie, qu’il se glorifie dans le Seigneur.
14 Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.
15 Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais.
Prière
*SEIGNEUR JESUS, SI, COMME TU NOUS L’AS DIT, DIEU A TANT AIME LE MONDE QU’IL T’A ENVOYE, TOI, SON FILS UNIQUE, POUR QUE CE MONDE SOIT SAUVE, TU ATTENDS DE NOUS QUE NOUS TE PRENIONS AU SERIEUX, ET QUE NOUS JOUIONS LE JEU DE LA VERITE ET DE L’AMOUR, QUE TU NOUS PROPOSES, EN CONSIDERANT NOTRE EXISTENCE QUOTIDIENNE, COMME LE LIEU DE TA PRESENCE AU COEUR DE NOS VIES, ET DU CHEMINEMENT AVEC TOI VERS L’AU-DELA DEFINITIF DU ROYAUME DE DIEU : EST-CE QUE JE T’AI PRIS VRAIMENT AU SERIEUX ? AIDE-MOI A ENTRER REELLEMENT DANS TA DEMARCHE D’OBEISSANCE, DE DON ET D’ABANDON. AMEN.
13.12.2002.*