📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Malachie 3, 1-24

DU LIVRE DE MALACHIE

Texte

1 Voici que je vais envoyer mon messager, pour qu’il fraye un chemin devant moi. Et soudain il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez; et l’Ange de l’alliance que vous désirez, le voici qui vient! dit Yahvé Sabaot.
2 Qui soutiendra le jour de son arrivée ? qui restera droit quand il apparaîtra ? Car il est comme le feu du fondeur et comme la lessive des blanchisseurs.
3 Il siégera comme fondeur et nettoyeur. Il purifiera les fils de Lévi et les affinera comme or et argent, et ils deviendront pour Yahvé ceux qui présentent l’offrande selon la justice.
4 Alors l’offrande de Juda et de Jérusalem sera agréée de Yahvé, comme aux jours anciens, comme aux premières années.

23 Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que n’arrive le Jour de Yahvé, grand et redoutable.
24 Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils et le cœur des fils vers leurs pères, de peur que je ne vienne frapper le pays d’anathème.

Commentaire

1. Situation

“Malachie”, en hébreu se traduit par “mon messager”. D’où beaucoup en ont conclu aue ce livre est d’un auteur anonyme, que l’on appellerait ainsi, en référence à 3, 1, dans son texte.

On situe souvent ce livre dans la 1ère moitié du 5ème siècle, parce qu’il signale des abus qui seront réprimés par Esdras et Néhémie, qu’à la façon du Deutéronome, il ne fait pas de différence entre “prêtre” et “lévite”, et que les analyses linguistiques qui en ont été faites le rapprochent fortement des textes d’autour des années 480.

Néanmoins, vu que peu de choses sont connues de la société à l’époque Perse, certains estiment qu’on peut en dater la parution jusqu’en 350 avant JC.

Deux tendances s’affrontent sur le genre de ce livre : les uns le voient écrit par un prêtre, les autres, par un prophète “eschatologique” (de la fin des temps), pour défendre les aspirations des opprimés.

Ce qui paraît certain, c’est que le Livre de Malachie contient une série unique de dialogues où sont exprimées les plaintes et les craintes du peuple, et dans lesquels Dieu réprimande le peuple, répond à ses plaintes et l’invite à la fidélité :

  • 1ère discussion (1, 2 - 5),
  • 2ème discussion (1, 6 - 2, 10),
  • 3ème discussion (2, 11 - 16),
  • 4ème discussion (2, 17 - 3, 5),
  • 5ème discussion (3, 6 - 12),
  • 6ème discussion (3, 13 - 22).

Notre passage reprend la fin de la 4ème discussion et les deux derniers versets du Livre concernant le retour d’Elie pour le Jour du Seigneur.

2. Message

Malachie nous présente ici ce qu’on pourrait appeler “le Jour de Yahvé”.

C’est une Jour d’achèvement, qui commence par l’envoi d’un messager chargé de préparer le chemin de Dieu. Il s’agit, semble-t-il, d’un messager unique, d’un messager par excellence, que les versets 23 - 24, à la fin du chapitre et de tout le Livre, identifient au Prophète Elie, qui serait de retour pour une telle mission.

Cette mission d’Elie, située avant qu’arrive le Jour du Seigneur, nous est présentée, au verset 24, comme un ministère de réconciliation entre les générations, de façon à ce que le peuple, dont les membres s’acceptent et se tolèrent dans leurs différences, soit disposé à accueillir, comme il convient, le Jour de Dieu.

Cette venue en son Jour du Seigneur en personne se manifestera de la façon suivante : - sa venue est soudaine, - il arrive dans son Temple, - il est le grand interlocuteur de l’Alliance, - son apparition est empreinte de majesté, de feu, de rigueur, - il vient s’installer pour fondre et purifier, et, en particulier, tous ceux qui, dans le peuple, sont chargés du culte.

3. Decouvertes

Le messager que Dieu envoie n’a pour mission que de préparer cette venue que Dieu lui-même va effectuer, pour y réaliser le jugement, et rendre possible, en le réformant, un authentique culte du Temple.

Les versets 23 et 24 reprennent le verset 1 de ce chapitre 3, et l’amplifient dans la mesure où Elie y est nommé comme le messager qu précède le Seigneur. Elie est ici choisi en raison de la tradition, demeurée vive en Israël, qu’il n’était pas mort, mais avait été enlevé au ciel (2 Rois, 2, 11).

4. Prolongement

Comme nous l’avons lu les jours précédents, le Nouveau Testament est unanime pour voir en Jean-Baptiste ce messager, chargé de préparer les chemins de Jésus, en qui Dieu vient comme Seigneur et sauveur de tous les hommes, Jean Baptiste, que Jésus lui-même identifie à Elie qui doit revenir, en Matthieu et Marc, et que Luc nous présente comme rempli de l’esprit d’Elie, comme l’avait été son successeur Elisée. Revoyons quelques textes :

13 Mais l’ange lui dit : ” Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée ; ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jean.

14 Tu auras joie et allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance.

15 Car il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira ni vin ni boisson forte ; il sera rempli d’Esprit Saint dès le sein de sa mère

16 et il ramènera de nombreux fils d’Israël au Seigneur, leur Dieu.

17 Il marchera devant lui avec l’esprit et la puissance d’Élie, pour ramener le cœur des pères vers les enfants et les rebelles à la prudence des justes, préparant au Seigneur un peuple bien disposé. ”

1:76- Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; car tu marcheras devant le Seigneur, pour lui préparer les voies,

77 pour donner à son peuple la connaissance du salut par la rémission de ses péchés.

9 Alors qu’êtes-vous allés faire ? Voir un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète.

10 C’est celui dont il est écrit : Voici que moi j’envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route devant toi.

11 ” En vérité je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n’en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui.

10 Et les disciples lui posèrent cette question : ” Que disent donc les scribes, qu’Élie doit venir d’abord ? ”

11 Il répondit : ” Oui, Élie doit venir et tout remettre en ordre ;

12 or, je vous le dis, Élie est déjà venu, et ils ne l’ont pas reconnu, mais l’ont traité à leur guise. De même le Fils de l’homme aura lui aussi à souffrir d’eux. ”

13 Alors les disciples comprirent que ses paroles visaient Jean le Baptiste.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es l’envoyé suprême et insurpassable du Père, parce qu’après avoir, pendant des siècles, parlé par des prophètes au peuple qu’il avait choisi, Dieu nous a parlé par toi, le fils unique, la parole même de Dieu devenue l’un de nous, ayant totalement part à notre humanité pour que nous ayons part à ta divinité : comment se fait-il que je ne sois pas davantage passionne de toi, de ta rencontre, de ta présence, de ton Evangile, que je ne manifeste pas cet enthousiasme à te suivre, et à t’imiter en toutes choses, comme celui qui est ma seule référence, mon seul salut, ma seule raison d’être, et mon seul bonheur ? Ouvre donc, une fois de plus, mon être tout entier à ta richesse unique, au don que tu me proposes de ta vie, de ta lumière, de ta vérité, et par ton Esprit Saint, donne-moi la force de marcher sans cesse avec toi. AMEN.

23.12.2002.*

Évangile : Luc 1, 57-80

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

57 Le temps où Élisabeth devait accoucher arriva, et elle enfanta un fils.
58 Ses voisins et ses parents apprirent que le Seigneur avait fait éclater envers elle sa miséricorde, et ils se réjouirent avec elle.
59 Le huitième jour, ils vinrent pour circoncire l’enfant, et ils l’appelaient Zacharie, du nom de son père.
60 Mais sa mère prit la parole, et dit: Non, il sera appelé Jean.
61 Ils lui dirent: Il n’y a dans ta parenté personne qui soit appelé de ce nom.
62 Et ils firent des signes à son père pour savoir comment il voulait qu’on l’appelle.
63 Zacharie demanda des tablettes, et il écrivit: Jean est son nom. Et tous furent dans l’étonnement.
64 Au même instant, sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia, et il parlait, bénissant Dieu.
65 La crainte s’empara de tous les habitants d’alentour, et, dans toutes les montagnes de la Judée, on s’entretenait de toutes ces choses.
66 Tous ceux qui les apprirent les gardèrent dans leur coeur, en disant: Que sera donc cet enfant? Et la main du Seigneur était avec lui.

67 Zacharie, son père, fut rempli du Saint Esprit, et il prophétisa, en ces mots:
68 Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, De ce qu’il a visité et racheté son peuple,
69 Et nous a suscité un puissant Sauveur Dans la maison de David, son serviteur,
70 Comme il l’avait annoncé par la bouche de ses saints prophètes des temps anciens, -
71 Un Sauveur qui nous délivre de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent!
72 C’est ainsi qu’il manifeste sa miséricorde envers nos pères, Et se souvient de sa sainte alliance,
73 Selon le serment par lequel il avait juré à Abraham, notre père,
74 De nous permettre, après que nous serions délivrés de la main de nos ennemis, De le servir sans crainte,
75 En marchant devant lui dans la sainteté et dans la justice tous les jours de notre vie.
76 Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très Haut; Car tu marcheras devant la face du Seigneur, pour préparer ses voies,
77 Afin de donner à son peuple la connaissance du salut Par le pardon de ses péchés,
78 Grâce aux entrailles de la miséricorde de notre Dieu, En vertu de laquelle le soleil levant nous a visités d’en haut,
79 Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, Pour diriger nos pas dans le chemin de la paix.
80 Or, l’enfant croissait, et se fortifiait en esprit. Et il demeura dans les déserts, jusqu’au jour où il se présenta devant Israël.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Avec notre passage, nous nous situons dans la 2ème partie de cet ensemble, appelée couramment l’Evangile de l’enfance, mais qu’on devrait plutôt intituler : “l’aurore de l’accomplissement des promesses de Dieu”, et qui se divise en 7 temps :

  • l’Annonce de la naissance de Jean Baptiste par Gabriel à Zacharie dans le Temple (1, 5 - 25).
  • l’Annonce de la naissance de Jésus par Gabriel à Marie dans l’humble bourgade de Nazareth (1, 26 - 38).
  • Proclamations d’Elizabeth et de Marie sur le rôle de Jésus dans le plan du salut de Dieu (1, 39 - 56).
  • Proclamation de Zacharie sur le rôle de Jean dans le plan du salut de Dieu : notre texte (1, 57 - 80).
  • Proclamation des Anges sur le sens de l’Enfant Jésus couché dans une mangeoire (2, 1 - 20).
  • Proclamation du vieillard Siméon sur le sens de l’entrée de l’Enfant Jésus dans le Temple (2, 21 - 40).
  • Episode-charnière entre l’Evangile de l’Enfance et le reste de l’Evangile, avec la proclamation de Jésus, agé de 12 ans, sur lui-même, et anticipation du futur voyage de Jésus vers Jérusalem où il vivra sa mort-résurrection (2, 41 - 52).

La manière même selon laquelle tous les événements sont présentés ci-dessus nous invite à une réflexion globale sur cet “Evangile de l’Enfance”, selon Luc : nous nous trouvons devant une Bonne Nouvelle globale concernant Jésus dans le plan de Dieu, présentée comme une variation, de genre poétiqueet méditatif, de thèmes reliés à des épisodes de son apparition en ce monde lors de sa naissance.

D’où l’importance des proclamations, ou des paroles révélatrices de sens, qui jalonnent tout cet ensemble : paroles de Gabriel, de Marie, d’ Elizabeth, de Zacharie, de l’Ange de la nuit de Noël, de la multitude des Anges qui chantent la gloire de Dieu, du vieillard Siméon, et de Jésus lui-même quand il a 12 ans.

Pour créer et bâtir cette ouverture, Luc a utilisé des traditions, remontant plus ou moins à l’histoire de Jésus, qu’il a interprétées tout spécialement dans toutes les paroles qu’il place sur les lèvres des différentes personnes dont il nous rapporte les proclamations. Ce faisant, il se comporte de la même façon que lorsqu’il rédigera les discours importants prononcés par Pierre et Paul dans les Actes des Apôtres.

Tout cet ensemble est placé également sous le signe d’un accomplissement définitif, pour ne pas dire eschatologique :

  • de par la présence de Gabriel, connu uniquement dans la Bible par le livre de Daniel, dans lequel il prononce la prophétie des 70 années (Dan., 9, 20 - 27).

  • de par l’arithmétique de Luc, qui montre la prophétie du livre de Daniel accomplie lorsqu’il fait présenter Jésus dans le Temple exactement 490 jours (soit 70 semaines) après l’apparition de Gabiel à Zacharie dans le Temple : l’annonce à Marie ayant lieu “au sixième mois” de la grossesse d’Elizabeth, Jésus naissant encore 9 mois plus tard, soit 15 mois ou 450 jours depuis l’annonce à Zacharie, et Jésus étant présenté au Temple 40 jours après sa naissance, le chiffre total de 490 jours est bien atteint.

  • de par cette insistance sur le Temple, tout au début et, à 2 reprises, à la fin de cet ensemble qui est ouverture de l’Evangile de Luc : avec Jésus, Dieu revient définitivement dans son Temple et l’élargit au monde entier quand Siméon proclame Jésus “Lumière des Nations et Gloire d’Israël”. Quand Jésus est retrouvé dans le Temple à l’âge de 12 ans, son unique Parole dans tout cette ouverture consiste à affirmer qu’il est “chez” son “Père”. De plus, il est retrouvé après un voyage à Jérusalem avec ses parents et une disparition de 3 jours avant de réapparaître, tous traits qui anticipent bien le mystère à venir de sa mort-résurrection.

  • de par le contraste entre les 2 lignes d’événements qui se croisent : celle de Jean Baptiste (de 1, 1 à 1, 80) et celle de Jésus (de 1, 26 à 2, 52) : la ligne de Jean Baptiste culmine en la fête juive de sa circoncision, en laquelle il est reconnu comme prophète à la façon de l’Ancien Testament, tandis que la ligne de Jésus culmine lors de la nuit de sa naissance (sa circoncision étant mentionnée ensuite comme un fait banal), avant le terme de sa présentation et de son accueil dans le Temple par Siméon qui y représente l’Ancien Testament. A noter que ces 2 lignes se croisent dans la scène de la Visitation, dans laquelle Elizabeth, et, par elle, l’enfant qui tressaille en elle, reconnaît Jésus d’une façon qui annonce la reconnaissance de Jésus par Siméon au Temple quelques mois plus tard.

2. Message

Dans cet Evangile de l’Enfance du Christ, Luc fait se rebondir les situations : ainsi, de même que l’annonce de la naissance de Jésus faite par l’ange Gabriel à Marie, rebondit dans l’épisode de la nuit de Noël où les anges viennent proclamer l’événement désormais réalisé de la naissance de Jésus à Bethléem (1, 26 - 38 accompli et proclmaé en 2, 1 - 20), de même également que l’entrée solennelle de Jésus au Temple, porté par ses parents 40 jours après sa naissance, rebondit dans la proclamation qu’en fait le vieillard Syméon (2, 22 - 28 proclamé dans tout son sens en 2, 29 - 32), ainsi la page de ce jour sur la naissance et la circoncision de Jean Baptiste est l’accomplissement de l’annonce de sa naissance qui en avait été faite à son Père Zacharie au Temple en 1, 5 - 25.

Dans tous ces cas, cette proclamation du sens de l’événement pour l’histoire de notre salut se fait par une hymne ou un cantique : le “Gloire à Dieu au plus haut des cieux”, le “Cantique de Syméon devenu le “Nunc Dimittis” de la prière avant le coucher proposée officiellement par l’Eglise, le “Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, ou “Benedictus”, Cantique de Zacharie que nous ne pouvons donc logiquement séparer du récit de la Fête de la circoncision de Jean Baptiste.

Notre page comprend ainsi deux parties : après nous avoir montré comment les promessses de Dieu concernant la venue et la mission de cet enfant sont accomplies dès sa naissance (1, 57 - 66), Luc arrête son récit et interprète cette action du Seigneur dans le Cantique de 1, 67 - 80 qu’il place sur les lèvres de Zacharie.

En effet, ce que Gabriel a annoncé en 1, 14, est maintenant arrivé. L’action miséricordieuse de Dieu qui dépasse toutes les impossibilités humaines est accueillie avec une grande joie. L’enfant est né, et par sa circoncision, il est incorporé dans le Peuple d’Israël.

Ce qui surprend tous les témoins et révèle l’action de Dieu, c’est justement qu’Elizabeth et Zacharie disent tous les deux que le Nom de l’enfant sera “Jean”, alors que Zacharie est sourd et muet depuis l’apparition de l’ange Gabriel, parce qu’il a hésité à croire au message qui lui avait été transmis, et qu’il n’a donc pu entendre ce que sa femme Elizabeth vient de dire. D’autre part, le récit ne nous dit pas que Zacharie ait communiqué ce nom de “Jean” indiqué par l’ange à son épouse. Tout au plus nous est-il dit qu’Elizabeth vécut les 5 premiers mois de sa conception dans une totale discrétion, et sans se montrer (1, 24 - 25). Le nom de “Jean” signifie “qui a la faveur de Dieu”.

Dès qu’il a enfin témoigné du nom de l’enfant en accord avec ce que l’ange lui avait déclaré dans la scène d’annonciation au Temple, l’épreuve du mutisme (et de la surdité) de Zacharie est terminée et ses premiers mots sont pour bénir le Seigneur dans son Cantique, et prophétiser à son tour sur ce que signifie l’apparition de Jésus, cont Jean est le précurseur.

3. Decouvertes

Il semble donc impossible d’aller jusqu’au bout de la signification de cet événement de l’apparition de Jean Baptiste sans relire ce cantique d’explication et de proclamation prononcé par son père Zacharie.

Ce qui est remarquable dans ce Cantique, c’est qu’il chante les louanges de Dieu pour ce qu’il accomplit par la venue de Jésus en Israël, et que c’est seulement aux versets 76 et 77 qu’il définit le rôle de Jean Baptiste avant de préciser de nouveau celui de Jésus aux versets 78 et 79. On pense que Luc aurait joint ici deux hymnes judéo-chrétiennes, l’une, qui va du verset 68 au verset 75, et la seconde, des versets 76 à 79.

Comme cela avait été le cas pour Elizabeth lors de sa rencontre avec Marie rapportée dans la scène dite de la “Visitation” (1, 41 - 44), Zacharie est rempli de l’Esprit Saint et chante la grandeur de Jésus, unique thème de tous les cantiques qui ponctuent tous les événements rapportés dans cet Evangile de l’Enfance du Christ.

Tout ce cantique se situe dans le cadre de l’histoire d’Irael et des relations de Dieu avec le peuple qu’il s’est choisi. D’un bout à l’autre de ce cantique, il est question des promesses de Dieu qui sont accomplies, depuis Abraham jusqu’aux prophètes, en passant par David, l’ancêtre du Messie, et dont Jésus est le descendant.

Plus particulièrement, la question posée au verset 66 : “Que va devenir cet enfant ?” trouve sa réponse au verset 76, qui reprend les propos de l’ange Gabriel, tenus en 1, 16 - 17, et nous trouvons ici un écho des paroles du Prophète Malachie, 3, 1. De même, le veret 77 annonce ce que Luc, 3, 1 - 20 nous fera part du ministère de Jean Baptiste, juste avant que commence le ministère public de Jésus.

Dans le second petit cantique, joint au premier, aux versets 78 - 79, Jean Baptiste est maintenant situé comme “précurseur” de Jésus, lui-même déclaré “l’Astre d’en haut” qui vient nous visiter et nous diriger vers le chemin de la “paix”. La “paix” est un thème très important qui traverse tout l’Evangile de Luc, et les premiers mots du Ressuscité en 24, 36 seront pour donner cette “paix”, cette harmonie, toute d’amour et de pardon sans mesure, qu’il apporte comme un “fleuron” du salut de Dieu définitivement accompli.

4. Prolongement

A noter le grand contraste dans cet Evangile de l’Enfance du Christ selon Luc, entre cette grande fête de la circoncision de Jean et l’unique verset consacré plus loin, sans plus et comme une simple mention, à la circoncision de Jésus, qu’il était, certes, nécessaire de rapporter, mais uniquement pour bien montrer que Jésus était, lui aussi, du peuple d’Israël (2, 21). En revanche, le grand moment de l’accomplissement de l’apparition de Jésus, c’est bien la grande fête de la nuit de Noël, où les anges du ciel annoncent la naissance de Jésus aux pauvres exclus que sont les bergers de Bethléem, et inondent le ciel de la lumière de Dieu et de leur solennelle louange (2, 1 - 20).

Si Jean Baptiste appartient encore à l’Ancien Testament, dont il est le dernier prophète et le trait d’union avec le Nouveau Testament, dans la mesure où il annonce et situe Jésus comme bien plus grand que lui, avec Jésus c’est toute la nouveauté de l’achèvement définitif qui est proclamé et célébré dès son entrée en ce monde par sa naussance, dans les circonstances de pauvreté d’un voyage effectué par ses parents à l’occasion d’un recensement.

La manière dont tous les Evangiles et les Actes des Apôtres parlent de Jean Baptiste nous conduit donc à découvrir, dans sa personne et sa mission, à la fois la continuité du Nouveau Testament avec l’Ancien, mais tout autant et encore plus, le dépassement et la rupture entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle. Jean Baptise est ainsi au centre de la tension qui traverse et unifie toute notre Bible chrétienne, faite d’une synthèse entre la Bible Juive et tous les textes qui sont le coeur et la source de la tradition chrétienne concernant Jésus.

Jean a dû être surpris, autant que tous les Juifs de son temps, par les comportements de Jésus, différents, semble-t-il, de ce que lui-même avait annoncé du Messie qui allait le suivre :

15 Comme le peuple était dans l’attente et que tous se demandaient en leur cœur, au sujet de Jean, s’il n’était pas le Christ,

16 Jean prit la parole et leur dit à tous : ” Pour moi, je vous baptise avec de l’eau, mais vient le plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.

17 Il tient en sa main la pelle à vanner pour nettoyer son aire et recueillir le blé dans son grenier ; quant aux bales, il les consumera au feu qui ne s’éteint pas. ”

19 Cependant Hérode le tétrarque, qu’il reprenait au sujet d’Hérodiade, la femme de son frère, et pour tous les méfaits qu’il avait commis,

20 ajouta encore celui-ci à tous les autres : il fit enfermer Jean en prison.

18 Les disciples de Jean l’informèrent de tout cela (c’est-à-dire de tous les comportements et propos de Jésus). Appelant à lui deux de ses disciples, Jean

19 les envoya dire au Seigneur : ” Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? ”

20 Arrivés auprès de lui, ces hommes dirent : ” Jean le Baptiste nous envoie te dire : Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? ”

21 A cette heure-là, il guérit beaucoup de gens affligés de maladies, d’infirmités, d’esprits mauvais, et rendit la vue à beaucoup d’aveugles.

22 Puis il répondit aux envoyés : ” Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ;

23 et heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! ”

24 Quand les envoyés de Jean furent partis, il se mit à dire aux foules au sujet de Jean : ” Qu’êtes-vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent ?

25 Alors qu’êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu d’habits délicats ? Mais ceux qui ont des habits magnifiques et vivent dans les délices sont dans les palais royaux.

26 Alors qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète.

27 C’est celui dont il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route devant toi.

28 ” Je vous le dis : de plus grand que Jean parmi les enfants des femmes, il n’y en a pas ; et cependant le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui.

Dès sa conversion, Paul a bien saisi la dimension entièrement nouvelle et totalement unique de Jésus Christ, et sa différence radicale d’avec tout ce qui l’avait précédé dans l’histoire du salut de Dieu en Israël : l’accomplissement réalisé par Jésus va bien au-delà de tout ce qu’on pouvait attendre et espérer, car il révèle la miséricorde infinie et l’engagement insurpassable de Dieu qui nous sauve gratuitement par pure grâce, et en se révélant être “Amour” :

4 Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi,

5 afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale.

6 Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père !

7 Aussi n’es-tu plus esclave mais fils ; fils, et donc héritier de par Dieu.


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