📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Deutéronome 30, 15-20

DU LIVRE DU DEUTERONOME

Texte

15 Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur.
16 Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu que je te prescris aujourd’hui, et que tu aimes Yahvé ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses commandements, ses lois et ses coutumes, tu vivras et tu multiplieras, Yahvé ton Dieu te bénira dans le pays où tu entres pour en prendre possession.
17 Mais si ton cœur se détourne, si tu n’écoutes point et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir,
18 je vous déclare aujourd’hui que vous périrez certainement et que vous ne vivrez pas de longs jours sur la terre où vous pénétrez pour en prendre possession en passant le Jourdain.
19 Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez,
20 aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix, t’attachant à lui ; car là est ta vie, ainsi que la longue durée de ton séjour sur la terre que Yahvé a juré à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob, de leur donner.

Commentaire

1. Situation

Le Deutéronome est le 5ème et le dernier des 5 premiers livres de l’Ancien Testament, série connue sous le nom de Pentateuque ou encore appelée la Torah (Loi). Ce Livre, comme ceux qui le précèdent, est attribué à Moïse, c’est-à-dire qu’il reprend des traditions qui remonteraient jusqu’à lui.

En sa forme actuelle, ce Livre a été composé au terme de toute une évolution. Au-delà des différentes théories qui s’opposent sur la genèse et la composition de ce Livre, on s’accorde toutefois à penser qu’il est une relecture du Livre de la Loi trouvé dans le Temple à l’époque de Jérémie et sous le règne de Josias en Juda. (2 Rois, 22, 3 - 10). A cette époque se mettait en route un mouvement de réforme religieuse, qui se manifeste à travers le courant, ou l’école dite “Deutéronomiste”, à laquelle on doit, outre l’essentiel de ce Livre, une part importante de la composition des Livres de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois, ensemble qu’on appelle “les premiers prophètes”. Ce mouvement réformiste, qui commence au 7ème siècle, marquera l’histoire d’Israël au moins pendant 2 siècles.

Ce Livre du Deutéronome consiste surtout en 3 discours de Moïse, dont les 2 premiers se suivent (1,1 - 4, 49 et 5, 1 - 11, 32). Une relecture de la Loi (12, 1 - 26, 15), suivie d’une conclusion où les 2 parties concernées s’engagent à en faire la base de leur relation (26, 16 - 28, 69), sépare ces 2 premiers discours du 3ème discours de Moïse (29, 1 - 30, 20). Une dernière partie nous donne les dernières volontés de Moïse, son testament, et nous raconte sa mort (31, 1 - 34, 12).

2. Message

L’un des grands textes de l’Ancien Testament dans lequel Dieu présente à son peuple le choix décisif à faire entre deux voies : celle de la vie et du bonheur, celle de la mort et du malheur.

La première de ces voies est liée à l’amour que l’on a pour Dieu, amour qui se manifeste dans l’obéissance.

La seconde se situe dans le détournement du Seigneur, la désobéissance, qui coïncide avec le culte des idoles.

Notons la solennité du ton attribué au Seigneur dans cette page, pour bien resouligner l’importance de ce choix fondamental entre deux situations présentées en termes de bénédiction et de malédiction.

Remarquons tout autant la volonté de salut de Dieu, qui invite fortement son peuple à bien choisir la 1ère de ces deux voies, celle de la vie, car c’est Dieu qui a pris l’initiative de la proposer par serment au peuple qu’il a appelé.

Ainsi, tout en étant parfaitement juste, Dieu n’est pas “neutre” dans sa proposition : son désir est bien que nous acceptions son plan gratuit de salut.

3. Decouvertes

Telle est la conclusion du dernier grand discours de Moïse dans le Livre du Deutéronome, discours centré sur le sens de la Loi que Dieu offre à son peuple (29, 1 - 30, 20).

Cette conclusion on ne peut plus solennelle, est proche des discours de sagesse que nous pouvons trouver, par exemple, en Proverbes, 11, 19,, ou chez Amos, 5, 14 - 15.

L’invitation, faite par Dieu, ou en son Nom, à un choix décisif, avec tout ce que cela entraîne de valeurs de vie (ou de risques de mort et de malédiction, dans le cas contraire), se retrouve dans les paroles de Josué, lors de la grande assemblée des tribus d’Israël, qu’il a convoquées pour justement effectuer un tel choix pour Dieu ou non (Josué, 24, 14 - 15).

Dans ce passage que nous lisons, la Loi de Dieu est présentée comme source de vie, l’obéissance aux commandements étant l’expression nécessaire de l’authenticité de l’amour que l’on a pour Dieu.

4. Prolongement

Le choix de ces deux voies est reproposé par Jésus à différents moments des sa mission, et donc de son message, comme, par exemple, dans la conclusuion de son premier discours, “sur la charte du Royaume de Dieu”, en Matthieu, 7 :

24 ” Ainsi, quiconque écoute ces pare-les que je viens de dire et les met en pratique, peut se comparer à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc.

25 La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, et elle n’a pas croulé : c’est qu’elle avait été fondée sur le roc.

26 Et quiconque entend ces paroles que je viens de dire et ne les met pas en pratique, peut se comparer à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable.

27 La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont rués sur cette maison, et elle s’est écroulée. Et grande a été sa ruine ! ”

Jésus interprète les commandements de la Loi, en les ramenant à deux grands commandements principaux qu’il déclare d’ailleurs inséparables l’un de l’autre, et qui se ramènent à une double expression de l’amour :

28 Un scribe qui les avait entendus discuter, voyant qu’il leur avait bien répondu, s’avança et lui demanda : ” Quel est le premier de tous les commandements ? ”

29 Jésus répondit : ” Le premier c’est : Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur,

30 et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force.

31 Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. ”

La foi est , selon Paul, cette décision fondamentale pour Dieu, que nous prenons dans la confiance totale en son action et sa Parole :

5 Moïse écrit en effet de la justice née de la Loi qu’en l’accomplissant l’homme vivra par elle,

6 tandis que la justice née de la foi, elle, parle ainsi : Ne dis pas dans ton cœur : Qui montera au ciel ? entends : pour en faire descendre le Christ ;

7 ou bien : Qui descendra dans l’abîme ? entends : pour faire remonter le Christ de chez les morts.

8 Que dit-elle donc ? La parole est tout près de toi, sur tes lèvres et dans ton cœur, entends : la parole de la foi que nous prêchons.

9 En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé.

10 Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut.

11 L’Écriture ne dit-elle pas : Quiconque croit en lui ne sera pas confondu ?

12 Aussi bien n’y a-t-il pas de distinction entre Juif et Grec : tous ont le même Seigneur riche envers tous ceux qui l’invoquent.

13 En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as indiqué la voie royale et unique pour rejoindre Dieu, que tu nous as révélé être “ton Père” et “notre Père”, à savoir que nous avons à te suivre comme des disciples qui accueillent ta Parole, et donc à reconnaître qu’il n’est pas d’autre Nom que le tien par lequel on puisse être sauvé, et que toi seul est le chemin de la Vérité et de la vie, et donc l’unique accès au Père : permets que, dans la force de ton Esprit Saint, je te suive toujours davantage en toutes circonstances, conscient que ta venue parmi nous, avec ta Parole, tes gestes et ton engagement total pour notre salut, est bien la manifestation de l’amour infini, et gratuit, de Dieu pour nous tous, qu’il appelle à partager sa vie et sa gloire. Amen.

06.03.2003.*

Deuxième lecture : Luc 9, 22-25

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

22 ” Le Fils de l’homme, dit-il, doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter. “
23 Et il disait à tous : ” Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix chaque jour, et qu’il me suive.
24 Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera.
25 Que sert donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ?

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).

  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).

  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).

  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).

  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).

  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).

  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).

  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).


Avec cette page, nous sommes à la fois dans la 4ème partie de cet Evangile de Luc (qui, de fait, constitue la 1ère grande section de son ministère public), à savoir, sa mission en Galilée (4, 14 - 9, 50).

Dans cet ensemble très important, nous assistons aux succès des débuts de la mission de Jésus, aussi bien qu’à son dépassement des limites qu’il franchit en Israël, pour se rapprocher de ceux qui sont rejetés par la société, et pour refuser les classifications classiques entre ce qui est pur et ce qui est impur. Ce qui lui vaut, de la part des chefs religieux d’Israël, une opposition à son message sur le Royaume de Dieu. Mais cela ne l’empêche pas de poser les fondements d’un Israêl nouveau, avec son choix des 12 apôtres, et son grand discours dans la plaine, ni d’inviter hommes et femmes à venir le rejoindre (4, 14 - 9, 6).

Un dernier paragraphe sur son ministère, qui touche à sa fin en Galilée, nous présente différentes manières de se situer face à Jésus et tout ce qu’il propose, en paroles et en gestes de salut. Les quelques événements qui précèdent notre page nous montrent successivement : - l’envoi en mission des Douze, - les questions qu’Hérode se pose sur Jésus, - la multiplication des pains, - le tout suivi de la question directe que Jésus pose à ses disciples sur son identité (9, 7 - 21).

Au moment où s’ouvre notre page, Pierre vient tout juste de répondre à Jésus qu’il est le “Christ (Messie) de Dieu”, ce sur quoi Jésus leur impose à ses disciples de ne rien dire à ce sujet, avant de commenter cette réponse de Pierre par les paroles de notre texte de ce jour.

2. Message

Etrange manière de définir ce que c’est qu’être “Christ” pour Jésus, et qu’il nous précise dans cette première annonce que le “Fils de l’homme” doit souffrir, être rejeté, mis à mort, avant de ressusciter le 3ème jour. Nous sommes loin de l’image d’un Messie royal et triomphant qu’attendaient, sans aucun doute, les disciples, et l’on comprend que Jésus ne tient guère à ce que l’on proclame qu’il est “Messie”, afin d’éviter tout malentendu. Car si Jésus est “Christ”, c’est justement en tant que “Serviteur de Dieu”, selon une toute autre image, celle du Serviteur souffrant du 4ème poème du Serviteur que nous a laissé le 2ème Prophète Isaïe (Isaïe, 52, 13 - 53, 12).

Etrange façon qu’a également Jésus de proposer un salut, un “bonheur de vivre” à ceux qui le suivent comme disciples : ils doivent marcher sur son propre chemin, être prêts à perdre leur vie pour lui ou à cause de lui. Et cela, non pas une fois pour toutes, en une seule et rare occasion, mais dans une attitude constante de chaque jour.

La totale nouveauté de cette présentation de son rôle de Christ-Messie par Jésus ne peut nous échapper : la perspective toute autre qu’il nous propose, c’est la croix. Jusqu’alors, Jésus avait su résister aux oppositions qui commençaient de se manifester contre lui (4, 14 - 9, 6). Désormais, cette opposition va triompher, et le conduire à la mort sur la croix, du fait qu’il maintiendra jusqu’au bout, envers et contre tout, son message et sa ligne de mission, en obéissance à Dieu son Père.

3. Decouvertes

Jésus se donne ici , une nouvelle fois, le titre de “Fils de l’homme”. Titre qu’il a assumé en Luc, 5, 24, pour dire qu’il a autorité de remettre les péchés, et en 6, 5, pour interpréter l’obligation du sabbat de façon radicalement nouvelle. Désormais, ce titre traduira également l’humiliation de Jésus en sa mort, alors que la tradition de Daniel, 7, 14 définissait sous ce ce nom le triomphateur de la fin des temps, à qui est remis tout pouvoir et autorité.

Au verset 22, l’expression “il faut” nous apprend que, derrière cette opposition qui va apparemment vaincre Jésus, se situe le plan de Dieu, qui, par delà la mort, va rendre “justice” à Jésus en sa résurrection victorieuse.

Au verset 23, Jésus annonce à ses disciples, qu’ils vont, comme lui, se trouver sans défense devant les oppositions qu’ils vont rencontrer à leur tour. Parole qui s’adresse à tous, sans aucune exception. L’expression “porter sa croix” n’a pas ici une connotation morale nous invitant à supporter les difficultés de l’existence. Elle nous demande d’assumer l’engagement de Jésus, comme lui envers et contre tout, en paroles et en actes, pour la cause du Règne de Dieu, que révèle Jésus.

Jésus compte ainsi sur notre engagement et notre loyauté permanente de chaque jour, avec tous les risques que cela implique.

4. Prolongement

“Là où je suis, là aussi sera mon serviteur”, déclare également Jésus au chapitre 12 de l’Evangile de Jean (Jean, 12, 26). Reproduire l’image de Jésus dans la puissance de l’Esprit de Dieu (Romains, 8, 29 - 30) suppose donc que, comme lui, nous marchions selon la volonté du Père, avec tous les enjeux d’opposition à rencontrer, que suppose cet engagement.

C’est bien ce qu’a vécu Paul, l’apôtre appelé personnellement par Jésus dans l’épisode de son terrassement sur la route de Damas, et dont le Seigneur Jésus déclare à Ananie “qu’il lui montrera tout ce qu’il lui faudra souffrir pour son nom” (Actes, 9, 16 ) :

8 Nous sommes pressés de toute part, mais non pas écrasés ; ne sachant qu’espérer, mais non désespérés ;

9 persécutés, mais non abandonnés ; terrassés, mais non annihilés.

10 Nous portons partout et toujours en notre corps les souffrances de mort de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps.

11 Quoique vivants en effet, nous sommes continuellement livrés à la mort à cause de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre chair mortelle.

12 Ainsi donc, la mort fait son œuvre en nous, et la vie en vous.

4 Au contraire, nous nous recommandons en tout comme des ministres de Dieu : par une grande constance dans les tribulations, dans les détresses, dans les angoisses,

5 sous les coups, dans les prisons, dans les désordres, dans les fatigues, dans les veilles, dans les jeûnes…

Prière

*Seigneur Jésus, ton appel à te suivre n’a de sens pour nous que dans la mesure où nous avons découvert, et accepté, quel a été vraiment ton chemin, selon le paradoxe de ta “pauvreté”, qui est la suprême richesse de Dieu : apprends-moi à marcher derrière toi avec confiance et persévérance, dans la conviction qu’en me perdant moi-même, je te trouverai, avec le Père, totalement en moi, comme une présence qui me transfigure. AMEN.

06.03.2003.*


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