📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Deuxième lecture : 2 Corinthiens 5, 20 – 6, 2

DE LA 2ème LETTRE AUX CORINTHIENS

Texte

20 Nous sommes donc en ambassade pour le Christ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ: laissez-vous réconcilier avec Dieu.
21 Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu.
1 Et puisque nous sommes ses coopérateurs, nous vous exhortons encore à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu.
2 Il dit en effet: Au moment favorable, je t’ai exaucé; au jour du salut, je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut.

Commentaire

1. Situation

La 2ème Lettre de Paul aux Corinthiens comprend, à vrai dire, 2 lettres, la 1ère, appelée Lettre A, regroupant les chapitres 1 - 9, la 2nde, appelée Lettre B, les chapitres 10 - 13. Cette division est admise par la plupart des spécialistes, même si certains sont allés jusqu’à y découvrir un ensemble de 5 lettres de Paul.

Personne, en revanche, ne met en doute que cette lettre, en son état actuel, soit un texte authentique de Paul, sauf peut-être pour les versets 6, 14 - 7, 1, qu’un certain nombre considèrent comme postérieurs à Paul.

La Lettre A a dû être écrite au printemps de l’année 55, soit environ un année après la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens, tandis que la Lettre B aurait été écrite quelques mois seulement plus tard que la Lettre A, au cours de l’été 55.

Dans ces 2 Lettres, A et B, Paul se trouve sur la défensive face aux chrétiens de Corinthe.

Relisant cette Lettre dans son unité d’ensemble actuelle, nous y distinguons, entre l’adresse et la prière de bénédiction de l’introduction (1, 1 - 11) et les salutations et la bénédiction finale de la conclusion (13, 11 - 13), deux grandes parties qu’on pourrait intituler : - Paul le conciliateur (1, 12 - 9, 15), - Paul se met en situation d’attaquant pour mieux se défendre (10, 1 - 13, 10).

Dans la Lettre A, après une introduction (1, 1 - 11), Paul commence par expliquer pour quelles raisons il a dû annuler un voyage qu’il avait prévu à Corinthe (1, 12 - 2, 13), puis il définit les critères d’un apostolat authentique au service de la cause de Jésus ( 2, 14 - 6, 10). Il reparle ensuite de ses relations avec l’Eglise de Corinthe dans une 3ème partie (6, 11 - 7, 16) avant de conclure sur un appel à participer généreusement à la collecte qu’il a organisée pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem (8, 1 - 9, 15).

Dans la Lettre B (ou 2ème partie de notre actuelle 2ème Lettre aux Corinthiens), Paul se livre d’abord à une défense préliminaire (10, 1 - 18), avant de se lancer, selon une attitude qu’il qualifiera de “folie”, dans un discours plein d’emportement (11, 1 - 12, 13), et de conclure sa défense (12, 14 - 13, 10).


Notre passage se situe dans le 2ème section du corps principal (2, 14 - 6, 10), qui fait suite à l’introduction, de la 1ère grande partie de cette Lettre (ou de la Lettre A)

2. Message

Paul, apôtre du Seigneur et fondateur de cette Eglise qui est à Corinthe, donc, à ce titre, véritable “ambassadeur” de Dieu, supplie les membres facilement rebelles ou divisés de cette Eglise, et qui critiquent actuellement son ministère, de se laisser réconcilier avec Dieu (en se réconciliant de fait avec lui).

Cette réconciliation proposée est, et doit être, tout-à-fait totale, puisque le Christ Jésus en a payé le prix en étant identifié au péché des hommes pour que nous soyons identifiés à la justice et donc à la sainteté de Dieu.

La grâce de Dieu nous est ainsi accordée en abondance : laissons la donc travailler et fructifier en nous, qui avons la chance de vivre au “jour” du salut de Dieu.

3. Decouvertes

Cette page peut être considérée également comme faisant partie d’un ensemble de versets 5, 20 - 7, 16, dans lesquels Paul demande aux Corinthiens qui le critiquent, et lui reprochent, entre autres choses, de ne pas être venu chez eux comme il l’avait annoncé d’abord, de se réconcilier avec lui.

Dans ce contexte, cette page souligne on ne peut plus nettement que c’est Dieu qui parle à travers la prédication et les exhortations de Paul (5, 20 - 6, 2).

De fait, le verset 2 ouvre une série d’appels, qui vont continuer jusqu’en 9, 15 (appels à la réconciliation et à la générosité dans la collecte pour les frères pauvres de Jérusalem).

Paul exprime ici son autorité apostolique dans les termes les plus forts : il ne met pas en avant ses qualités humaines d’enseignant ou d’expérience de croyant confirmé dans sa vie “avec le Christ”, mais le fait qu’il a reçu son autorité de Dieu qui leur parle par lui.

L’acte unique de la réconciliation qui, en Christ, a rapproché définitivement toute l’humanité de Dieu, doit se manifester dans la réconciliation des Corinthiens avec Paul.

Paul n’hésite pas, semble-t-il, à considérer que la rupture des Corinthiens avec lui est rupture de cette communauté avec Dieu.

La citation d’Isaïe, 49, 8 renforce l’actualité présente du salut.

Quant au verset 21, où il nous est déclaré que le Christ “a été fait péché pour nous”, il peut signifier que le Christ sans péché s’est chargé de notre péché comme d’un fardeau, ou qu’il a été traité comme un pécheur pour le salut de l’humanité (Galates, 3, 13).

4. Prolongement

L’abaissement du Christ en sa passion nous révèle jusqu’où va la capacité infinie d’amour de Dieu qui, en Jésus, se jette à nos pieds pour nous mettre debout en sa présence, car c’est ainsi que nous sommes gratuitement réconciliés :

2 Corinthiens 8

8 9 Vous connaissez, en effet, la libéralité de notre Seigneur Jésus Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté.

Philippiens 2

2 5 Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus:

2 6 Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.

2 7 Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme,

2 8 il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix!

2 9 Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,

2 10 pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers,

2 11 et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père.

Jean 13

13 4 il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s’en ceignit.

13 5 Puis il met de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.

13 6 Il vient donc à Simon-Pierre, qui lui dit: “Seigneur, toi, me laver les pieds?”

13 7 Jésus lui répondit: “Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent; par la suite tu comprendras.”

13 8 Pierre lui dit: “Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais!” Jésus lui répondit: “Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi.”

13 9 Simon-Pierre lui dit: “Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête!”

13 10 Jésus lui dit: “Qui s’est baigné n’a pas besoin de se laver; il est pur tout entier. Vous aussi, vous êtes purs; mais pas tous.”

13 11 Il connaissait en effet celui qui le livrait; voilà pourquoi il dit: “Vous n’êtes pas tous purs.”

13 12 Quand il leur eut lavé les pieds, qu’il eut repris ses vêtements et se fut remis à table, il leur dit: “Comprenez-vous ce que je vous ai fait?

13 13 Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis.

13 14 Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.

13 15 Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as tous réconciliés avec Dieu, tu nous as pardonné tous nos péchés, tu nous as remis ton Esprit Saint qui a inscrit ton attitude d’amour, reçue du Père, au plus profond de nos coeurs : donne-moi de savoir toujours plus te rendre grâce pour cette munificence du don de Dieu, et cette introduction, par toi, dans l’Esprit Saint, dans l’intimité de Celui que tu as proclamé être ton Père et notre Père. AMEN.

25.02.2004.*

Évangile : Matthieu 6, 1-18

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

1 ” Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d’eux ; sinon, vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux.
2 Quand donc tu fais l’aumône, ne va pas le claironner devant toi ; ainsi font les hypocrites, dans les synagogues et les rues, afin d’être glorifiés par les hommes ; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense.
3 Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite,
4 afin que ton aumône soit secrète ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
5 ” Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu’on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense.
6 Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
7 ” Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter.
8 N’allez pas faire comme eux ; car votre Père sait bien ce qu’il vous faut, avant que vous le lui demandiez.

16 ” Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu’ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense.
17 Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage,
18 pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.

En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).

2. Message

Après nous avoir indiqué comment l’exigence nouvelle du Royaume dépasse toutes les injonctions de la Loi en les accomplissant, et en les ouvrant aux dimensions infinies de l’amour et de la vérité, Jésus re-situe maintenant trois pratiques religieuses importantes du Judaïsme, l’aumône, la prière et le jeûne, pour les mettre en harmonie avec le but qu’il nous propose dans ce discours sur la Charte du Royaume de Dieu.

Comment celui ou celle qui cherche à vivre selon l’esprit des béatitudes, qui se sait envoyé comme “sel de la terre”, saveur et “luimière du monde” selon l’exigence d’une vie pour Dieu, qui dépasse et accomplit les exigences de la Loi et des commandements, est-il , ou est-elle, appelé(e) à vivre ces trois pratiques Juives fondamentales ?

Jésus nous pose d’abord un principe général : on n’exprime pas de telles attitudes religieuses selon la “justice” dans le but d’être vu, considéré ou remarqué par les autres. Nos bonnes oeuvres doivent être l’expression d’une bonne et juste intention, ce qui suppose nécessairement humilité et oubli de soi.

Il n’appartient donc pas à ceux qui nous regardent, ni davantage à nous-mêmes, d’apprécier la qualité de nos démarches de prière, d’aumône et de jeûne : cela revient à Dieu seul, qui voit dans le secret et sonde notre coeur. Ce qui veut dire que ces attitudes qui concernent notre relation aux autres (l’aumône), la relation directe à Dieu (la prière), et notre relation à nous-mêmes, quand nous essayons de nous situer en vérité (le jeûne), doivent toujours d’abord être en même temps l’expression d’une ouverture profonde à Dieu notre Père, dans un accueil de sa présence intime au centre de notre existence.

C’est ainsi qu’à cause de notre relation à Dieu, nous nous tournons vers nos frères dans un authentique partage (l’aumône) qui ne concerne pas seulement notre superflu (Luc, 21, 1 - 4), que nous engageons tout notre être dans une parole que nous adressons à Dieu dans une rencontre voulue face à face (la prière), que nous signifions, inscrivons dans notre existence et nos comportements que tout nous vient de Dieu et que nous attendons tout de lui (le jeûne).

Sinon, ces démarches demeurent insuffisantes, n’atteignent qu’une petite partie de leur sens, et ne nous valent qu’une reconnaissance extérieure, qui n’est qu’une récompense trompeuse et auto-satisfaisante, que Jésus réserve à ceux qu’il nomme “hypocrites”, parce que leurs démonstrations extérieures, qui attirent l’attention sur eux, ne traduisent pas en vérité ce qu’ils cherchent en leur coeur, comme Jésus le reprochera ouvertement aux Pharisiens, en les déclarant “malheureux” (Matthieu, 23, 5).

3. Decouvertes

Dans toute la partie précédente du discours, qui nous parlait des dépassements de la Loi, il était question de la manière dont Jésus situait son enseignement face à la Loi, en nous proposant de nouvelles manières d’agir. Maintenant, cet ensemble de versets (6, 1 - 18) concerne le “culte”, ou notre relation à Dieu, en nous indiquant comment, de quelle façon, nous devons agir, en soulignant l’importance de nos intentions et attitudes intérieures auxquelles doivent s’accorder nos comportements extérieurs visibles.

Le plan de cette section est parfaitement établi : après une déclaration générale de principe, Jésus aborde dans le détail, et selon un même schéma de déroulement, chacune des trois oeuvres de miséricorde ou de religion, l’aumône, la prière et le jeûne, d’abord en l’identifiant clairement, puis en dénonçant les mauvaises manières de la pratiquer, avant de nous spécifier l’attitude qu’il attend de nous concrètement.

Nous apprenons ainsi comment il faut pratiquer l’aumône, avec discrétion et sans calcul, prier sobrement, dans la confiance et l’humilité, sans prétendre faire pression sur Dieu en utilisant de longues séquences ou formules, jeûner sans montrer ni arborer un comportement d’ascète. De cette façon, nous serons sur la même longeur d’ondes que notre Père, qui appréciera l’authenticité de nos démarches, et nous le “revaudra”.

L’on admet généralement que les versets 9 - 15, nous présentant la prière de Jésus, ont été déplacés et insérés plus tard à cet endroit précis de l’Evangile, dont ils rompent l’équilibre de la construction.

4. Prolongement

Si nous relisons ce texte en fonction de l’accomplissemnt effectué définitivement par la mort-résurrection de Jésus et le don de l’Esprit Saint, le message s’en trouve encore renforcé : un changement plus radical encore est à opérer dans nos pratiques de l’aumône, de la prière et du jeûne, pour tenir compte de la situation de fin des temps et d’inauguration du Royaume, situation achevée dans l’événement unique du “passage” de Jésus de ce monde à son Père (Jean, 13, 1 - 4) :

37 Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer,

38 étranger et de t’accueillir, nu et de te vêtir,

39 malade ou prisonnier et de venir te voir ?”

40 Et le Roi leur fera cette réponse : “En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. ”

23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom.

24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète.

25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté.

26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père,

27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu.

14 Alors les disciples de Jean s’approchent de lui en disant : ” Pourquoi nous et les Pharisiens jeûnons-nous, et tes disciples ne jeûnent-ils pas ? ”

15 Et Jésus leur dit : ” Les compagnons de l’époux peuvent-ils mener le deuil tant que l’époux est avec eux ? Mais viendront des jours où l’époux leur sera enlevé ; et alors ils jeûneront.

16 Personne ne rajoute une pièce de drap non foulé à un vieux vêtement ; car le morceau rapporté tire sur le vêtement et la déchirure s’aggrave.

17 On ne met pas non plus du vin nouveau dans des outres vieilles ; autrement, les outres éclatent, le vin se répand et les outres sont perdues. Mais on met du vin nouveau dans des outres neuves, et l’un et l’autre se conservent. “

Prière

*Seigneur Jésus, le message de ton Evangile nous libère et nous surprend par son inépuisable nouveauté, lorsque tu nous provoques à des démarches toujours plus empreintes de lumière et de vérité, dans tous les domaines de notre vie, et, particulièrement, dans nos relations fondamentales à Dieu, notre Père, par toi, dans l’Esprit Saint, ainsi qu’à tous nos frères et soeurs , et à nous-mêmes : apprends-moi à exprimer au mieux ces attitudes de liberté, de responsabilité, de lumineuse clarté, que tu me proposes et que tu attends de moi, et fais que mes paroles et mes gestes traduisent vraiment le plus profond de ce que tu me donnes d’être, selon ton appel à reproduire ton image aujourd’hui et demain. Amen.

05.03.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour