📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Jonas 3, 1-10

DU LIVRE DE JONAS

Texte

1 La parole de Yahvé fut adressée pour la seconde fois à Jonas :
2 ” Lève-toi, lui dit-il, va à Ninive, la grande ville, et annonce-leur ce que je te dirai. “
3 Jonas se leva et alla à Ninive selon la parole de Yahvé. Or Ninive était une ville divinement grande : il fallait trois jours pour la traverser.
4 Jonas pénétra dans la ville; il y fit une journée de marche. Il prêcha en ces termes : ” Encore quarante jours, et Ninive sera détruite. “
5 Les gens de Ninive crurent en Dieu; ils publièrent un jeûne et se revêtirent de sacs, depuis le plus grand jusqu’au plus petit.
6 La nouvelle parvint au roi de Ninive; il se leva de son trône, quitta son manteau, se couvrit d’un sac et s’assit sur la cendre.
7 Puis l’on cria dans Ninive, et l’on fit, par décret du roi et des grands, cette proclamation : ” Hommes et bêtes, gros et petit bétail ne goûteront rien, ne mangeront pas et ne boiront pas d’eau.
8 On se couvrira de sacs, on criera vers Dieu avec force, et chacun se détournera de sa mauvaise conduite et de l’iniquité que commettent ses mains.
9 Qui sait si Dieu ne se ravisera pas et ne se repentira pas, s’il ne reviendra pas de l’ardeur de sa colère, en sorte que nous ne périssions point ? “
10 Dieu vit ce qu’ils faisaient pour se détourner de leur conduite mauvaise. Aussi Dieu se repentit du mal dont il les avait menacés, il ne le réalisa pas.

Commentaire

1. Situation

Le Livre de Jonas est un conte prophétique, ironisant sur le rôle d’un prophète qui refuse la mission que Dieu lui donne, prend la fuite, se fait récupérer par Dieu dans un naufrage, et doit finalement proclamer la Parole de Dieu.

Les refus de Jonas fonctionnent à la façon d’un repoussoir, produisent toujours l’effet contraire, car, alors qu’il fuit, ou boude, les païens qu’il rencontre, ou auxquels il est spécifiquement envoyé, se convertissent dès qu’il se manifeste.

Dieu peut se servir d’instruments qui lui résistent pour annoncer, et effectuer, son salut.

2. Message

Ninive, où Jonas est envoyé, et parvient finalement, est une ville païenne d’une grandeur qu’on ne peut imaginer en Israël. Et Dieu a souci d’elle ! Dieu se met-il à sauver les païens ? C’est bien ce que cette page nous montre, et, sans doute, ce qui révolte Jonas.

3. Decouvertes

A une annonce tout-à-fait innattendue de leur destruction, sans plus, sans condition, sans explication, sans invitation directe à se convertir dans le message de Jonas, les gens de Ninive réagissent immédiatement et totalement : tous, sans exception, avec leurs animaux, vont faire jeûne, deuil et pénitence.

Ils reconnaissent, en effet, dans la proclamation de Jonas, un message religieux important, et ils se mettent à croire à la Parole qui leur vient de ce Dieu qu’ils ne connaissent pas, mais dont ils perçoivent qu’il les appelle à une qualité de vie supérieure. D’où l’ordre du roi de Ninive que chacun se détourne de sa conduite mauvaise, dans l’espérance que Dieu peut renoncer au châtiment proclamé : “Qui sait si Dieu… ?“

4. Prolongement

Jésus, au cours de son ministère, fera quelques incursions en terre païenne, y réalisant même une multiplication des pains (Marc, 8, 1 - 11 ). Il louera la foi d’un centurion païen et d’une Cananéenne (Matthieu, 15, 21 - 28).

Mais c’est après la résurrection de Jésus que, rapidement, les païens devenant chrétiens entreront en masse dans le Nouvel Israël qu’est l’Eglise, et Paul en sera l’Apôtre infatigable, lui qui écrira aux Romains que tous ont péché, aussi bien les Juifs que les païens (Romains, 3, 21 - 31), et qui répétera, à plusieurs reprises dans ses lettres, qu’il n ‘y a plus ni Juifs, ni Grecs, ni esclaves, ni hommes libres, mais “Christ tout en tous” (Colossiens, 3, 10 - 11).

Jésus, au cours de sa prédication, va reprocher à ses auditeurs de ne pas réagir à sa Parole, de ne pas se convertir, et de ne pas croire à la Bonne Nouvelle qu’avec lui le Règne de Dieu s’est approché. Et il leur rappellera la réponse des Ninivites à la prédication de Jonas, pour ajouter : “Il y a ici plus que Jonas !” Il reprochera de même aux villes du Lac de Galilée de ne s’être pas converties, et à Jérusalem de n’avoir pas reconnu le temps où elle était visitée par son ministère (Matthieu, 12, 41 et 11, 20 - 24).

Quelle est notre réponse à cette insistance de Jésus à nous tourner, par lui, et avec lui, vers Dieu-Père ? Réponse qu suppose qu’on se quitte soi-même, et devienne “pauvre de coeur”, dans la reconnaissance acceptée que nous sommes incapables de salut, sans la grâce gratuite et gracieuse de Dieu, qui nous a envoyé son Fils et remis son Esprit.

Prière

*Seigneur Jésus, toute ta prédication se résume dans ces premières paroles que tu as prononcées en inaugurant ton ministère : “convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”, lorsque tu nous invites ainsi, en devenant tes disciples, à nous tourner radicalement vers Dieu, dont tu nous apprends qu’il est notre “Père”, et toute ton action accomplie dans ton “OUI” au Père, manifeste en ta prédication, tes gestes de miséricorde, ta mort et ta résurrection, se concentre en cette déclaration, que tu as faite le soir de Pâques : “Recevez l’Esprit Saint, les péchés seront remis” : prends-moi par la main, pour que je me tourne de plus en plus complètement vers toi et te suive sur tous les chemins où tu m’envoies vivre et témoigner comme ton disciple, tout au long de mes jours. AMEN.

12.03.2003.*

Évangile : Luc 11, 29-32

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

29 Comme les foules se pressaient en masse, il se mit à dire : ” Cette génération est une génération mauvaise ; elle demande un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas.
30 Car, tout comme Jonas devint un signe pour les Ninivites, de même le Fils de l’homme en sera un pour cette génération.
31 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec les hommes de cette génération et elle les condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon !
32 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas !

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Notre passage se situe dans le voyage de Jésus vers Jérusalem, long épisode de plus de 10 chapitres, divisé en trois séries d’instructions que Jésus donne à ses disciples sur le sens de la marche avec lui, à laquelle il les a appelés. Nous en sommes ici à la première de ces trois séries formatrices (9, 51 - 13, 21).

Cependant Jésus ne se contente pas d’entraîner les siens à le suivre par des instructions orales ou des remarques qu’il leur propose en relation avec les divers événements qui jalonnent leur montée commune vers Jérusalem. Les réponses que lui-même apporte à ceux qu’il rencontre sur sa route, soit en actes de miséricorde à l’égard de ceux qui s’adressent à lui dans leur maladie et qu’il guérit, soit dans la manière dont il réagit à l’égard de ceux qui l’interrogent ou le contestent, sont autant d’éléments importants pour la croissance de ses disciples, et la nôtre.

2. Message

L’épisode des versets 14 - 36 du chapitre 11, dont est extraite notre page, répond à la question suivante : d’où vient le pouvoir de Jésus ? Alors qu’il vient de chasser un démon (11, 14), certains prétendent qu’il agit ainsi par la puissance de Béelzéboul, le prince des démons (11, 15), tandis que d’autres semblent attendre davantage de lui, et lui demandent de prouver sa puissance par un signe prestigieux “dans le ciel” (11, 16).

Après avoir répondu à la première catégorie de contestataires, en montrant par une petite parabole qu’il est bien le plus fort face à tous les démons (11, 17 - 22), et rappelé à ses disciples le choix radical qu’ils doivent faire pour lui, choix qui doit les conduire à écouter et garder sa parole, à l’exemple de Marie, sa Mère, qu’une femme proclame “heureuse” devant lui (11, 23 - 28), Jésus s’en prend, dans notre texte précisément, à la deuxième catégorie d’objecteurs, ceux qui lui demandent un “signe”.

Lorsque Jésus, dans l’Evangile de Luc, fait allusion au “signe” de Jonas, ce n’est pas pour évoquer le séjour de ce prophète dans le ventre du poisson, comme le fait Matthieu, 12, 38 - 42, mais pour rappeler la façon selon laquelle Jonas a annoncé la Parole de Dieu avec puissance aux gens de Ninive, Parole de Dieu dont Jésus vient justement de nous avertir qu’elle doit être écoutée et gardée.

Jésus associe ici la démarche de la Reine de Saba, qui a entrepris un très long voyage pour aller écouter Salomon à Jérusalem (1 Rois, 10), avec la réponse immédiate des Ninivites, qui, comme un seul homme, prennent en compte la prédication de Jonas, et se convertissent aussitôt, suite au message qu’ils ont entendu de la bouche de ce prophète.

Et dans la mesure où Jésus se déclare, lui, l’envoyé ultime de Dieu qui vient tout accomplir, plus important dans le projet de Dieu que Jonas et Salomon, il attend de ceux qui le rencontrent ou le suivent, une réaction de confiance et de foi en sa Parole et en ses gestes de salut.

3. Decouvertes

La puissance de la Parole de Dieu annoncée par Jonas a été démontrée par la conversion en masse des Ninivites en réponse à sa prédication. A plus forte raison, si Jésus, en tant qu’unique porte-parole de Dieu “en ces temps qui sont les derniers” (Hébreux, 1,1 - 4), est bien plus que Jonas, les disciples doivent-ils imiter l’attitude généreuse et obéissante de ces païens de Ninive, dans l’accueil de la Parole qui leur vient de Dieu.

De même, si Jésus fait allusion à l’épisode de la Reine de Saba toute à l’écoute de la Sagesse de Salomon (1 Rois, 10), c’est également pour souligner que sa propre Sagesse est bien supérieure à celle de celui que l’on considérait comme le type du “Sage” en Israël, et doit, de ce fait, être recherchée et écoutée avec toute notre attention.

En définitive, à travers toute cette argumentation, Jésus nous affirme qu’il est, lui, le véritable “signe” de Dieu, dans le ciel et sur la terre, pour cette génération qu’il qualifie de “mauvaise”, et qui le conteste, comme pour toutes les générations à venir, vu qu’il se désigne ici, une fois de plus, comme le “Fils de l’homme” de la fin des temps, selon la grande prophétie de Daniel 7. En conséquence, il ne saurait y avoir d’autre “signe de salut” que Jésus lui-même, en sa Parole, comme en toutes les manifestations gratuites de libération et de miséricorde, que nous livrent ses gestes et tout son engagement au service de la cause de Dieu.

Telle est bien la raison pour laquelle Jésus n’a jamais accepté de produire un “signe”, quel qu’il soit, sur demande.

4. Prolongement

Une fois de plus, la question nous est reposée : “Qui est Jésus pour nous” ? “Que veut dire, pour nous, marcher avec lui comme ses disciples ” ?

Voici la réponse qui nous est proposée : Ecouter et garder sa Parole, la mettre en pratique, nous laisser instruire et conduire par lui sur le chemin unique du Royaume de Dieu, qu’il est lui-même personnellement (Jean, 14, 6), en toutes ses démarches révélant qu’il est “Dieu-avec-nous”, nous laisser transformer intérieurement, c’est-à-dire “être sauvé”, “être converti”, par la puissance de salut qu’il a annoncée, manifestée en tous ses gestes, accomplie définitivement “une fois pour toutes” en sa mort-résurrection, et qu’il nous a communiquée dans l’Esprit Saint.

Quelle exigence et quel programme ! Mais c’est toujours “avec-lui”, qui “est-avec-nous”, que nous le réalisons, car “hors de lui, nous ne pouvons rien faire ” (Jean, 15, 5). En effet, n’est-il pas “avec nous jusqu’à la consommation des siècles” (Matthieu, 28, 20) ?

Prière

*Seigneur Jésus, si nous te prêchons comme Messie crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, c’est que nous croyons vraiment que, pour nous, et pour tous ceux que tu appelles à te suivre dans la foi, tu es Christ, Puissance de Dieu et Sagesse de Dieu, Parole de Dieu faite chair, et Miséricorde de Dieu se manifestant avec toute son efficacité dans la vie de tous ceux qui se laissent approcher et interpeller par toi : donne-moi la grâce d’être fidèle dans l’expression aujourd’hui de ton image, que tu me demandes de présenter au monde de ce temps, comme tu le demandes à tous ceux qui acceptent de vivre à partir de toi, le regard fixé sur toi, et l’oreille attentive à ta Parole de Vérité et de Vie. AMEN.

12.03.2003.*


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