📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Deutéronome 26, 16-19
DU LIVRE DU DEUTERONOME
Texte
16 Yahvé ton Dieu t’ordonne aujourd’hui de pratiquer ces lois et coutumes ; tu les garderas et tu les pratiqueras de tout ton cœur et de toute ton âme.
17 Tu as obtenu de Yahvé aujourd’hui cette déclaration, qu’il serait ton Dieu - mais à la condition que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses lois, ses commandements et ses coutumes et que tu écoutes sa voix.
18 Et Yahvé a obtenu de toi aujourd’hui cette déclaration, que tu serais son peuple à lui, comme il te l’a dit - mais à la condition de garder tous ses commandements ;
19 il t’élèverait alors au-dessus de toutes les nations qu’il a faites, en honneur, en renom et en gloire, et tu serais un peuple consacré à Yahvé ton Dieu, ainsi qu’il te l’a dit.
Commentaire
1. Situation
Le Deutéronome est le 5ème et le dernier des 5 premiers livres de l’Ancien Testament, série connue sous le nom de Pentateuque ou encore appelée la Torah (Loi). Ce Livre, comme ceux qui le précèdent, est attribué à Moïse, c’est-à-dire qu’il reprend des traditions qui remonteraient jusqu’à lui.
En sa forme actuelle, ce Livre a été composé au terme de toute une évolution. Au-delà des différentes théories qui s’opposent sur la genèse et la composition de ce Livre, on s’accorde toutefois à penser qu’il est une relecture du Livre de la Loi trouvé dans le Temple à l’époque de Jérémie et sous le règne de Josias en Juda. (2 Rois, 22, 3 - 10). A cette époque se mettait en route un mouvement de réforme religieuse, qui se manifeste à travers le courant, ou l’école dite “Deutéronomiste”, à laquelle on doit, outre l’essentiel de ce Livre, une part importante de la composition des Livres de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois, ensemble qu’on appelle “les premiers prophètes”. Ce mouvement réformiste, qui commence au 7ème siècle, marquera l’histoire d’Israël au moins pendant 2 siècles.
Ce Livre du Deutéronome consiste surtout en 3 discours de Moïse, dont les 2 premiers se suivent (1,1 - 4, 49 et 5, 1 - 11, 32). Une relecture de la Loi (12, 1 - 26, 15), suivie d’une conclusion où les 2 parties concernées s’engagent à en faire la base de leur relation (26, 16 - 28, 69), sépare ces 2 premiers discours du 3ème discours de Moïse (29, 1 - 30, 20). Une dernière partie nous donne les dernières volontés de Moïse, son testament, et nous raconte sa mort (31, 1 - 34, 12).
2. Message
Notre passage nous offre une relecture du contrat d’Alliance entre Dieu et son peuple, contrat rythmé par la répétition en 3 reprises du mot “aujourd’hui”.
Dans le paragraphe introduit par le premier “aujourd’hui”, le Seigneur rappelle qu’il a eu l’initiative de cette Alliance avec son peuple. Alliance qui n’en demeure pas moins un contrat entre des partenaires inégaux. Il s’agit donc d’une Alliance “octroyée”, à la condition que le peuple, non seulement mette en pratique tous les commandements que Dieu lui a donnés, mais encore les observe de tout son coeur et de toute son âme.
Cette condition préalable une fois posée, les termes du contrat sont clairement énoncés : Dieu, le partenaire principal, s’engage à être le Dieu de ce peuple, qui accepte de l’écouter et de garder fidèlement ses commandements. Autrement dit : “Je serai votre Dieu si vous acceptez d’être mon peuple, aux conditions que je vous propose”.
Au tour maintenant du peuple de s’engager dans une réponse à la proposition qui lui a été faite par Dieu. Dans son engagement, le peuple accepte d’être le peuple particulier choisi par Dieu, et de remplir toutes les conditions attachées à cette Alliance. Ce qui lui vaudra renommée et gloire, ainsi que d’être vraiment un peuple “consacré” au Seigneur.
3. Decouvertes
La triple mention de l‘“aujourd’hui”, ainsi que le ton solennel des déclarations énoncées, suggèrent l’existence d’une cérémonie rituelle d’Alliance, à laquelle il semble être fait allusion en ce texte, qui a tout l’air d’y renvoyer.
Aux versets 17 - 18, “obtenir une déclaration” est une expression qui a le sens technique précis de solenniser une déclaration et de la considérer comme “liant” de façon juridique. Il s’agit donc bien ici d’une formule officielle et très solennelle d’engagement mutuel entre les deux partenaires de cette Alliance qui est ainsi conclue.
Certains ont émis l’hypothèse que cette célébration rituelle d’Alliance reprend celle qui a eu lieu sous le roi Josias, après la découverte du Livre de la Loi dans le Temple (2 Rois, 23, 1 - 3)
La relation d’Alliance entre Israël et Dieu. a une dimension éthique. Ce qui suppose qu’en l’occurence une loi divine soit acceptée par le peuple. A noter que l’école Deutéronomiste insiste beaucoup sur la nécessité pour le peuple d’obéir à une loi divine qui lui a été donnée.
4. Prolongement
Tout au long de l’Ancien Testament, depuis l’époque d’Abraham jusqu’aux derniers prophètes, le thème de l’Alliance revient souvent, un peu à la façon d’un refrain : “Je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple”.
Avec Jésus, l’Ancienne Alliance, est, selon nous, chrétiens, remplacée par la conclusion d’une Nouvelle Alliance entre Dieu et tous ceux qui sont appelés à reconnaître et à suivre Jésus, c’est-à-dire toute l’humanité, et cela se fair dans la Parole, les gestes, l’engagement de Jésus à vivre la volonté de Dieu son Père jusqu’à tout risquer pour cela, et à mourir sur une croix. Dans cette Nouvelle Alliance, les prophéties de Jérémie, 31, 31 - 34 et d’Ezéchiel, 36, 23 - 29, sont totalement accomplies.
En effet, dans la mort-résurrection de Jésus, qui nous obtient le salut définitif de Dieu, que nous recevons dans notre foi, une Nouvelle Alliance est véritablement conclue. Cette Alliance Nouvelle, Jésus l’a célébrée la veille de sa mort, avec la bénédiction, suivie du partage, du pain et de la coupe, avant de la conclure formellement dans le “OUI” définitif à Dieu en sa mort sur la croix.
Maintenant que Jésus est ressuscité, il nous fait le don de participer intérieurement à son Heure de “passage”, et à son “OUI”, dans la puissance de l’Esprit, chaque fois que nous reproduisons “en mémoire de lui”, ses gestes de bénédiction et de partage sue le pain et la coupe de vin, dans nos eucharisties communautaires, où, comme nous le dit Paul, “nous annonçons la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne” (1 Corinthiens, 11, 23 - 26).
Pour méditer sur le passage de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance, ce texte de la Lettre aux Hébreux, qui reprend la prophéite de Jérémie, 31, 31 - 34, est à relire :
6 Mais à présent, le Christ a obtenu un ministère d’autant plus élevé que meilleure est l’alliance dont il est le médiateur, et fondée sur de meilleures promesses.
7 Car si cette première alliance avait été irréprochable, il n’y aurait pas eu lieu de lui en substituer une seconde.
8 C’est en effet en les blâmant que Dieu déclare : Voici que des jours viennent, dit le Seigneur, et je conclurai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle,
9 non pas comme l’alliance que je fis avec leurs pères, au jour où je pris leur main pour les tirer du pays d’Égypte. Puisqu’eux-mêmes ne sont pas demeurés dans mon alliance, moi aussi je les ai négligés, dit le Seigneur.
10 Voici l’alliance que je contracterai avec la maison d’Israël, après ces jours-là, dit le Seigneur : Je mettrai mes lois dans leur pensée, je les graverai dans leur cœur, et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple.
11 Personne n’aura plus à instruire son concitoyen, ni personne son frère, en disant : ” Connais le Seigneur ”, puisque tous me connaîtront, du petit jusqu’au grand.
12 Car je pardonnerai leurs torts, et de leurs péchés je n’aurai plus souvenance.
13 En disant : alliance nouvelle, il rend vieille la première. Or ce qui est vieilli et vétuste est près de disparaître.
Prière
*Seigneur Jésus, Dieu a tellement aimé le monde qu’il t’a envoyé, toi, son Fils unique, pour que nous bénéficions d’une nouvelle vie , qui est ta propre vie, que tu nous procures en abondance, dans le partage de ta Lumière et de ta Vérité, en lesquelles nous découvrons que Dieu est Amour, lui qui a vraiment, absolument, tout fait pour nous, en acceptant qu’au terme de toute ton existence risquée de témoignage, tu sois “livré” pour nous, afin que nous recevions le OUI unique et permanent, de ton obéissance qui nous transforme radicalement en ta propre image : donne-moi de ne jamais traiter à la légère un tel engagement, de ta part, pour notre salut, et apprends-moi à en vivre comme le suprême don de Dieu, dont je dois, à chaque instant rayonner la présence en ma vie. AMEN.
15.03.2003.*
Évangile : Matthieu 5, 43-48
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
43 ” Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.
44 Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs,
45 afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
46 Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-il pas autant ?
47 Et si vous réservez vos saluts à vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
48 Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous rejoignons Jésus au coeur de son premier grand discours sur la “Charte du Royaume”.
2. Message
Ce dépassement de l’amour jusqu’à aimer nos ennemis, que propose maintenant Jésus, est la 6ème, et la dernière, de cette série d’exigences nouvelles, qu’il énonce, pour accomplir, sans l’abolir, le message central de la Loi et des Prophètes.
De toute son autorité, Jésus nous déclare donc, une fois de plus : “vous avez appris qu’il a été dit…, moi, je vous dis…”, au-delà donc de tout ce qui a pu nous être prescrit antérieurement.
Son message est des plus clairs : il nous faut aimer nos ennemis, et prier pour ceux qui nous persécutent. Ainsi, manifesterons-nous que notre être tout entier est entré dans la dimension nouvelle de “fils” de “notre Père”, dont nous avons désormais à imiter, en tous domaines, le comportement, lui qui fait lever son soleil, et venir la pluie, sur les méchants comme sur les bons, sur les injustes comme sur les justes.
Nous devons ainsi aller au-delà de l’attitude courante que vivent tous les hommes, y compris les pécheurs publics, et qui consiste à aimer seulement ceux qui nous aiment, et à n’établir de relations que dans la réciprocité.
C’est bien à une “perfection” qui correspond à celle de Dieu, qui dispense gratuitement ses biens et ses dons, que nous sommes appelés ici par Jésus.
3. Decouvertes
Ce dernier des nouveaux “commandements” que nous fixe Jésus, est à la fois le plus important et le plus difficile.
Jésus commence par citer le Lévitique, 19, 18, sur l’amour du prochain. Cependant la formule “tu haïras ton ennemi”, qu’il rapporte ensuite, ne se trouve nulle part, comme telle, dans l’Ancien Testament, bien que des sentiments semblables apparaissent en Deutéronome, 7, 2, ainsi que dans les “Manuscrits de la Mer Morte”, qui nous relatent la vie de la communauté Juive de Qumrân.
Quoi qu’il en soit, Jésus va plus loin que Lévitique, 19, 18. En effet, pour le Lévitique, le prochain désigne les autres Israélites, et donc ceux qui ne sont pas “ennemis”.
Les persécuteurs des croyants sont ici assimilés aux ennemis, avec toutefois la nuance qu’ils sont également les adversaires de Dieu. Et Jésus nous demande de prier pour eux, de leur faire du bien, de les accueillir, comme le laissent entendre les questions qu’il nous pose à la fin de ce texte.
C’est donc ainsi que l’on imite Dieu, et que l’on devient parfait, à l’image de Dieu, et ce, particulièrement, au terme de tous ces 6 dépassements que Jésus vient d’annoncer. Avec l’amour des ennemis, tous les dépassements se trouvent désormais achevés : le “cycle” des exigences nouvelles est complété jusqu’en son terme. Nous avons alors tout accompli, et Jésus peut conclure : “soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait”.
4. Prolongement
Quelques consignes ou témoignages de Paul, qui vont dans le même sens que ce dernier dépassement proposé par Jésus :
10 que l’amour fraternel vous lie d’affection entre vous, chacun regardant les autres comme plus méritants,
11 d’un zèle sans nonchalance, dans la ferveur de l’esprit, au service du Seigneur,
12 avec la joie de l’espérance, constants dans la tribulation, assidus à la prière,
13 prenant part aux besoins des saints, avides de donner l’hospitalité.
14 Bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez, ne maudissez pas.
15 Réjouissez-vous avec qui est dans la joie, pleurez avec qui pleure.
16 Pleins d’une égale complaisance pour tous, sans vous complaire dans l’orgueil, attirés plutôt par ce qui est humble, ne vous complaisez pas dans votre propre sagesse.
17 Sans rendre à personne le mal pour le mal, ayant à cœur ce qui est bien devant tous les hommes,
18 en paix avec tous si possible, autant qu’il dépend de vous,
19 sans vous faire justice à vous-mêmes, mes bien-aimés, laissez agir la colère ; car il est écrit : C’est moi qui ferai justice, moi qui rétribuerai, dit le Seigneur.
20 Bien plutôt, si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire ; ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête.
21 Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien.
11 Jusqu’à l’heure présente, nous avons faim, nous avons soif, nous sommes nus, maltraités et errants ;
12 nous nous épuisons à travailler de nos mains. On nous insulte et nous bénissons ; on nous persécute et nous l’endurons ;
13 on nous calomnie et nous consolons. Nous sommes devenus comme l’ordure du monde, jusqu’à présent l’universel rebut.
1 Oui, cherchez à imiter Dieu, comme des enfants bien-aimés,
2 et suivez la voie de l’amour, à l’exemple du Christ qui vous a aimés et s’est livré pour nous, s’offrant à Dieu en sacrifice d’agréable odeur.
Prière
*Seigneur Jésus, lors de ton arrestation, tu as refusé de demander à Dieu que tes adversaires soient écrasés, cloué sur ta croix, tu as imploré le Père de pardonner à tes bourreaux, nous révélant ainsi à quel point tu étais rempli de la miséricorde de Dieu à l’égard de tous les hommes, quels qu’ils soient : ouvre de nouveau mon regard, fais-moi découvrir la portée universelle de ton salut, puisque tu es mort pour tous ceux qui ont été, sont, et seront, nos frères et soeurs en humanité, et apprends-moi à imiter de plus en plus tes comportements d’accueil et de pardon. AMEN.
15.03.2003.*