📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Ézéchiel 18, 21-28

DU LIVRE D’EZECHIEL

Texte

21 Quant au méchant, s’il renonce à tous les péchés qu’il a commis, observe toutes mes lois et pratique le droit et la justice, il vivra, il ne mourra pas.
22 On ne se souviendra plus de tous les crimes qu’il a commis, il vivra à cause de la justice qu’il a pratiquée.
23 Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant - oracle du Seigneur Yahvé - et non pas plutôt à le voir renoncer à sa conduite et vivre ?
24 Mais si le juste renonce à sa justice et commet le mal, imitant toutes les abominations que commet le méchant, vivra-t-il ? On ne se souviendra plus de toute la justice qu’il a pratiquée, mais à cause de l’infidélité dont il s’est rendu coupable et du péché qu’il a commis, il mourra.
25 Et vous dites : ” La manière d’agir du Seigneur n’est pas juste. ” Écoutez donc, maison d’Israël : est-ce ma manière d’agir qui n’est pas juste ? N’est-ce pas votre manière d’agir qui n’est pas juste ?
26 Si le juste se détourne de sa justice pour commettre le mal et meurt, c’est à cause du mal qu’il a commis qu’il meurt.
27 Et si le pécheur se détourne du péché qu’il a commis, pour pratiquer le droit et la justice, il assure sa vie.
28 Il a choisi de se détourner de tous les crimes qu’il avait commis, il vivra, il ne mourra pas.

Commentaire

1. Situation

Le prophète Ezéchiel a prêché durant l’exil des déportés du royaume de Juda à Babylone, à une période des plus dramatiques de l’histoire d’Israël. Emmené en exil avec les premiers déportés de 598, donc avant la ruine de Jérusalem et le second départ en exil un peu plus de 10 ans plus tard, il y a prêché des années 593 à environ 571.

Son livre se développe en trois grandes parties : - des oracles de jugement (1, 1 - 24, 27), - des oracles contre les nations étrangères (25, 1 - 32, 32), des oracles de restauration (33, 1 - 48, 35), parmi lesquels les derniers chapitres (40, 1 - 48, 35) concernent le nouveau Temple et le nouveau Culte à Jérusalem.

Ezéchiel est connu pour la puissance de ses visions, particulièrement celle de son appel prophétique, également par ses mimes prophétiques, autant que par son insistance sur la fidélité à l’Alliance conclue avec Dieu, son sens de la grandeur, de la sainteté et de la fidélité de Yahvé-Dieu, et des exigences de la vie morale et de l’exercice du culte authentique à rendre à Dieu.

Cette page appartient à la série des oracles de Jugement, 1ère partie du Livre d’Ezéchiel.

2. Message

Le grand malentendu, qui, sans cesse, nous atteint, face au Seigneur : qui est Dieu pour nous ? qu’est-ce que j’attends de lui ? comment je le traite ?

Nous avons souvent tendance à le mettre sur un pied d’égalité avec noux, comme si nous faisions avec lui un contrat d’homme à homme. Nous voulons bien lui laisser le dernier mot de l’arbitrage ou de la justice, mais plus ou moins à la condition qu’il s’y prenne selon les “normes”, que nous proposons ou acceptons.

Oui, faisons nos comptes avec lui : évaluons, dans la colonne de gauche, ce qui est négatif, de notre part, et, dans la colonne de droite, ce qui est positif. Faisons le total de chaque colonne. Si le positif l’emporte sur le négatif, nous “mériterions” une récompense, si c’est l’inverse, nous voulons bien le reconnaître et implorer, une ultime fois, la miséricorde.

Mais non. Le Seigneur n’est pas celui qui compte les points, mais quelqu’un, qui, de lui-même, est venu à la rencontre d’Israël, gratuitement, pour en faire son peuple et lui proposer un salut, un dépassement, un “au-delà”, dans l’achèvement d’une promesse de vie.

Quand il fait alliance, c’est une alliance “octroyée” à quelqu’un qui n’a aucun droit, c’est un cadeau offert à qui accepte de se mettre en position de le recevoir, et ce cadeau est tellement “au-delà” de toutes nos conceptions et de tous nos désirs, qu’une seule réponse valable est possible de notre part, qui est toujours le “‘OUI” à cette “grâce”.

3. Decouvertes

Ezéchiel, prophète de l’Exil, lui-même exilé avec le peuple Juif à Babylone, apporte à ses compatriotes un message d’espérance : accrochez-vous au Seigneur, tout pécheurs que vous êtes, et vous vivrez ! Dieu est celui qui se donne à rencontrer commme Celui qui “est-avec-nous”, qui nous accompagne, nous soutient, nous parle et nous invite à marcher avec lui : le rencontrer est pour nous priorité absolue, nous ne pouvons pas “nous mettre en vacances” et le faire atttendre pour cette rencontre : nous devons veiller à son passage, si vraiment rien ne compte plus que lui pour nous.

La phrase centrale de cette page est bien celle-ci : “est-ce donc la mort du méchant que je désire, déclare le Seigneur, n’est-ce pas plutôt qu’il se détourne de sa condutie et qu’il vive ?” Non pas un juge qui pèse le bien et le mal avec une balance, comme dans d’autres religions, mais notre plus proche, notre meilleur ami, qui nous cherche et pleure sur nous, si nous manquons sa venue.

Non pas : “qui cherchons-nous ?”, mais “qui nous cherche ?“

4. Prolongement

4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés,

5 alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ - c’est par grâce que vous êtes sauvés ! -

6 avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.

7 Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.

8 Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ;

9 il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier.

10 Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.

6 C’est en effet alors que nous étions sans force, c’est alors, au temps fixé, que le Christ est mort pour des impies -;

7 à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir -;

8 mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.

16 Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.

17 Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

18 Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu.

28 ” Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai.

29 Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes.

30 Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. “

Prière

*Seigneur Jésus, en nous déclarant que “hors de toi nous ne pouvons rien faire”, et que “celui qui écoute ta parole et croit en Celui qui t’a envoyé, a la vie éternelle, ne vient pas en jugement, mais est passé de la mort à la vie”, tu nous invites à te suivre en te faisant absolument confiance : renouvelle en moi cette capacité de devenir davantage ton disciple, apprends-moi à rayonner sans cesse ta rencontre, et à en témoigner dans des comportements de vérité et d’amour qui révèlent en moi ton image. AMEN.

14.03.2003.*

Évangile : Matthieu 5, 20-26

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

20 ” Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.
21 ” Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point ; et si quelqu’un tue, il en répondra au tribunal.
22 Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s’il dit à son frère : “Crétin ! ”, il en répondra au Sanhédrin ; et s’il lui dit : “Renégat ! ”, il en répondra dans la géhenne de feu.
23 Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
24 laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande.
25 Hâte-toi de t’accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l’adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
26 En vérité, je te le dis : tu ne sortiras pas de là, que tu n’aies rendu jusqu’au dernier sou.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page, nous rejoignons Jésus au coeur de son premier grand discours sur la “Charte du Royaume”.

2. Message

Jésus vient tout juste de déclarer qu’il est venu, non pas pour abolir, mais pour accomplir la Loi ou les Prophètes.

Il se met donc immédiatement à expliquer que cela se réalise par toute une série de dépassements bien spécifiques, dont il nous propose le premier dans le texte que nous lisons aujourd’hui. Il nous invite, de cette façon, à pratiquer la “nouvelle justice” qui ouvre le Royaume des cieux.

Pour chacun de ces dépassements, Jésus insiste chaque fois, très nettement, sur la nouveauté et l’importance de son message, par cette formule qui exprime bien l’autorité qu’il revendique : “il a été dis aux Anciens…, moi je vous dis…”

C’est ainsi que pour lui, en notre passage, comme pour nous désormais, qui le lisons, le respect de nos frères et soeurs en humanité ne consiste pas seulement à s’abstenir de toute action meurtrière à leur endroit. Cela suppose également, et tout autant, qu’on renonce à toute attitude de colère, comme à toute insulte et toute malédiction, à leur égard.

Selon cette même logique, la réconciliation avec nos frères et soeurs est un préalable nécessaire à notre rencontre authentique de Dieu dans la prière ou dans toute démarche d’offrande que nous voudrions lui faire.

Préalable qui, pour Jésus, demeure humainement ce qui vous vaudra le moins d’ennuis. Mieux vaut se réconcilier en tête à tête que d’aller essayer d’obtenir gain de cause devant la justice.

3. Decouvertes

Ce dépassement, et les cinq autres qui vont suivre, que Jésus nous invite à effectuer, constituent une avancée par rapport à la Loi de Moïse elle-même, et non pas seulement par rapport aux interprétations qu’on en donnait en Israël. Cependant, tout en allant plus loin que la Loi dans ses exigences, Jésus ne la contredit pas pour autant, comme d’ailleurs il l’avait précisé (5, 17 - 20). De plus, Jésus ne se situe pas comme un nouvel interprète de cette Loi. Au contraire, il y ajoute, de sa propre autorité, un ensemble de nouvelles obligations, qu’il demande à ceux qui l’écoutent de mettre en pratique.

En situant la colère, l’insulte et la malédiction, à l’encontre de nos frères et soeurs, au niveau du meurtre, Jésus attire l’attention sur la dimension intérieure de notre relation aux autres, que traduisent ces attitudes et réactions qu’il condamne.

Jésus, par cette demande précise qu’il nous fait, va également “au-delà” de la traditition des sages d’Israël, qui, en certaines circonstances bien précises, autorisaient, voire encourageaient, haine et colère (Siracide, 1, 22; voir également Paul en Ephésiens, 4, 26).

Il semble cependant que l’Eglise, dans son enseignement postérieur, n’ait pas suivi Jésus sur ce point avec la même rigueur qu’en ce passage d’Evangile, et ait autorisé la colère justifiée.

4. Prolongement

Jésus se présente comme celui qui accueille tout homme avec miséricorde :

28 ” Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai.

29 Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes.

30 Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. ”

Lorsqu’on le voit prendre une attitude qui ressemble à la colère, c’est pour dénoncer des comportements ou des états de fait, qu’il juge inadmissibles, et qu’il conteste comme tels, de façon prophétique, sans qu’il s’agisse de la mise en cause particulière de telle ou telle personne face à laquelle il se mettrait en colère :

13 La Pâque des Juifs était proche et Jésus monta à Jérusalem.

14 Il trouva dans le Temple les vendeurs de bœufs, de brebis et de colombes et les changeurs assis.

15 Se faisant un fouet de cordes, il les chassa tous du Temple, et les brebis et les bœufs ; il répandit la monnaie des changeurs et renversa leurs tables,

16 et aux vendeurs de colombes il dit : ” Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce. ”

17 Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : ” Le zèle pour ta maison me dévorera. ”

Paul a reproché aux Corinthiens d’aller porter leurs différends entre frères devant les tribunaux païens :

1 Quand l’un de vous a un différend avec un autre, ose-t-il bien aller en justice devant les injustes, et non devant les saints ?

2 Ou bien ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? Et si c’est par vous que le monde doit être jugé, êtes-vous indignes de prononcer sur des riens ?

3 Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? A plus forte raison les choses de cette vie !

4 Et quand vous avez là-dessus des litiges, vous allez prendre pour juges des gens que l’Église méprise !

5 Je le dis à votre honte ; ainsi, il n’y a parmi vous aucun homme sage, qui puisse servir d’arbitre entre ses frères !

6 Mais on va en justice frère contre frère, et cela devant des infidèles !

7 De toute façon, certes, c’est déjà pour vous une défaite que d’avoir des procès entre vous. Pourquoi ne pas souffrir plutôt l’injustice ? Pourquoi ne pas vous laisser plutôt dépouiller ?

8 Mais non, c’est vous qui commettez l’injustice et dépouillez les autres ; et ce sont des frères !

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous demandes de considérer intérieurement tout homme ou toute femme comme un frère ou une soeur, avec un regard de miséricorde, d’accueil et de pardon, qu’il faut traduire extérieurement de façon appropriée, qui conduise toujours à la réconciliation : ré-apprends-moi cette approche ouverte de tous les hommes et de toutes les femmes que je rencontre, afin que je les aborde toujours avec une esprit de tolérance, de respect des différences, de recherche à la fois de la vérité et de l’accord mutuel en toutes circonstances. AMEN.

14.03.2003.*


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