📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Jérémie 17, 5-10

DU LIVRE DE JEREMIE

Texte

5 Ainsi parle Yahvé Maudit l’homme qui se confie en l’homme, qui fait de la chair son appui et dont le cœur s’écarte de Yahvé!
6 Il est comme un chardon dans la steppe il ne ressent rien quand arrive le bonheur, il se fixe aux lieux brûlés du désert, terre salée où nul n’habite.
7 Béni l’homme qui se confie en Yahvé et dont Yahvé est la foi.
8 Il ressemble à un arbre planté au bord des eaux, qui tend ses racines vers le courant il ne redoute rien quand arrive la chaleur, son feuillage reste vert; dans une année de sécheresse il est sans inquiétude et ne cesse pas de porter du fruit.
9 Le cœur est rusé plus que tout, et pervers, qui peut le pénétrer?
10 Moi, Yahvé, je scrute le cœur, je sonde les reins, pour rendre à chacun d’après sa conduite, selon le fruit de ses œuvres.

Commentaire

1. Situation

Jérémie a vécu à l’une des périodes les plus troublées du Proche Orient. Il fut témoin de la chute d’un grand empire et de l’apparition d’un autre. Au milieu de cette tourmente, le royaume de Juda, aux mains de rois incapables, court à sa ruine pour n’avoir pas tenu compte de ces forces extérieures insurmontables de l’histoire, et y avoir résisté.

Le ministère de Jérémie a duré 40 ans environ, de 627 à 587, et s’adressait à Juda, ainsi qu’aux nations environnantes, pendant cette époque de convulsions politiques. Jérémie est intervenu très souvent. Il fallait, en effet, discerner la volonté de Dieu et chercher sa lumière dans des situations dramatiques.

Parmi tous les prophètes de son temps (Sophonie, Habakkuk, Nahum et Ezéchiel), il fut le seul à percevoir à quel point Dieu aimait son peuple, ainsi que les devoirs du peuple vis-à-vis de Dieu, dans le respect des termes de l’Alliance. Il eut un sens très aigu des différentes déviations qui existaient alors dans la manière du peuple de vivre sa foi en Yahvé.

Son message développait 2 aspects fondamentaux : quelle est la véritable manière de vivre selon Yahvé-Dieu ? Les aberrations des dirigeants de Juda ne pouvaient, selon lui, que le conduire à la catastrophe, pour n’avoir pas suivi le Seigneur dans un discernement des appels des signes des temps.

Son Livre commence par des oracles contre Juda et Jérusalem (1, 4 - 25, 13), et c’est dans cette première partie que nous trouvons le récit de la vocation du prophète, ainsi que ses doutes et états d’âme concernant sa mission, car ces oracles couvrent toute la période de l’histoire dont il fut le contemporain. Une 2ème partie de son Livre traite de la restauration d’Israêl (26,1 - 35, 19). Une 3ème partie nous raconte les persécutions prolongées qu’a subies le prophète vers la fin de sa mission et de sa vie, ainsi que son martyre (36, 1 - 45, 5). Son Livre se termine par une série d’oracles contre les nations (46,1 - 51, 64).


Notre page se trouve dans la 1ère série d’oracles contenus dans le Livre du Prophète, parmi lesquels elle nous donne quelques paroles de sagesse de Jérémie, rassemblées en un ensemble qui va de 16, 14 à 17, 18.

2. Message

Ce message se développe en 2 parties. Au nom du Seigneur, Jérémie nous contraste d’abord deux types d’existence, celle de celui qui s’écarte de Dieu, celle de celui qui place sa confiance dans le Seigneur.

Contraste entre deux démarches radicalement opposées : l’une, de l’homme tourné vers soi-même, l’autre, de l’homme, entièrement tourné vers Dieu.

Dans le premier cas, on ne rencontre que sa faiblesse, l’incapacité de produire le moindre fruit dans la ligne du dessein de Dieu. Dans le second, c’est la réussite selon le plan de Dieu, et comparable à une récolte de fruits abondante par delà toutes les adversités, parce que l’on s’est branché sur la source de vie, dont l’eau est ici l’image. D’un côté, n’être qu’un buisson desséché, de l’autre, un arbre verdoyant, qui porte du fruit chaque année, quoi qu’il arrive.

Nous retrouvons ici le choix fondamental posé à tout homme, dès le chapitre 3 du Livre de la Genèse, dans l’épisode du péché d’Adam et d’Eve : ou bien, nous vivons uniquement à partir de nous-mêmes, nous plaçant dans une situation d’autonomie totale face à Dieu, et tel est bien le péché, comme attitude profonde; ou bien, nous nous abandonnons, acceptant de dépendre et de recevoir, de Dieu, nous remettant avec confiance à la Parole de Dieu, qui nous propose son salut et nous en trace le chemin.

Ensuite, la seconde partie de cette page nous rappelle la complexité de notre coeur humain. Dans la mesure où nous sommes incapables de nous juger nous-mêmes, nous devons compter sur Dieu, qui, seul, peut lire et apprécier, à sa juste valeur, le secret de notre coeur, et faire la vérité en nous, car Lui seul est la Lumière capable de discerner en nous l’authenticité de nos paroles et de nos actes.

3. Decouvertes

L’appartenance à Jérémie de ces quelques phrases de sagesse est contestée par un certain nombre de spécialistes.

Les versets 5 - 8 nous brossent deux tableaux construits de façon symétrique, en dépit de leur message entièrement contrasté.

La comparaison entre l’homme juste et l’arbre vert est assez fréquente dans la Bible (Psaume 52, 10; Proverbes, 3, 18 et 11, 3; Siracide, 24, 13). Il en va de même pour l’opposition entre les réponses que les uns et les autres apportent à la question : “A qui faisons-nous confiance pour le sens profond de notre existence “? “A nous-mêmes, ou à quelqu’un d’autre, dont nous acceptons de dépendre pour la direction de notre vie dans ce qu’elle a de plus personnel” ?

Néanmoins, on l’aura remarqué, c’est le Psaume 1 qui exprime quasi exactement le même message que les versets 5 - 8 de notre texte, et avec les mêmes images. Et cela, pour nous conduire à la conclusion qui est le fondement ultime de toute approche religieuse : “Dieu seul est notre refuge”.

Les versets 9 - 10, seconde partie du message de notre page, dévoilent la source de tout ce qui meut l’homme, et de tout ce qu’il exprime en s’engageant : le coeur de l’homme. L’affirmation que Dieu pénètre les coeurs et sonde les reins est bien typique de Jérémie, qui a toujours défendu la priorité de l’intériorité, à l’origine et à la source de la véritable expression religieuse.

4. Prolongement

Jésus a utilisé de tels contrastes entre deux attitudes opposées, soit dans les béatitudes du chapitre 6 de Luc, soit dans sa condamnation des Pharisiens au chapitre 23 de Matthieu. Dans ces textes, il utilise cependant un vocabulaire de déclaration de bonheur ou de malheur, plutôt que des formules de malédiction ou de bénédiction, en conlusion d’un jugement prononcé : “Bienheureux, vous qui …Malheureux êtes vous , qui…“.

Utilisant l’image de l’arbre, Jésus précise qu’on reconnaît l’arbre à ses fruits : le bon arbre produit de bons fruits, le mauvais arbre, de mauvais fruits, signifiant que les vrais prophètes, ou ceux qui le suivent en qualité de disciples, avec sincérité et vérité, sont comparables au bon arbre (Matthieu,7, 15 - 19).

Tout comme Jérémie, dans sa controverse avec les Scribes et les Pharisiens sur la pureté rituelle, et dans les ecplications qu’il donne ensuite à la foule et à ses disciples, Jésus insiste sur l’importance première de la dimension intérieure de la vie spirituelle, comme de toute expression religieuse, sincère et authentique :

14 Et ayant appelé de nouveau la foule près de lui, il leur disait : ” Écoutez-moi tous et comprenez !

15 Il n’est rien d’extérieur à l’homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme.

16 Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende! ”

17 Quand il fut entré dans la maison, à l’écart de la foule, ses disciples l’interrogeaient sur la parabole.

18 Et il leur dit : ” Vous aussi, vous êtes à ce point sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l’homme ne peut le souiller,

19 parce que cela ne pénètre pas dans le cœur, mais dans le ventre, puis s’en va aux lieux d’aisance ” ainsi il déclarait purs tous les aliments .

20 Il disait : ” Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme.

21 Car c’est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers : débauches, vols, meurtres,

22 adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison.

23 Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l’homme. ” .

Une “perle” à méditer sur la relation de nous-mêmes et de Dieu, avec notre propre coeur :

19 A cela nous saurons que nous sommes de la vérité, et devant lui nous apaiserons notre cœur

20 si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout.

21 Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons pleine assurance devant Dieu :

22 quoi que nous lui demandions nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous montres par ta Parole, les enjeux de notre foi : tu attends de nous que nous te suivions dans la confiance totale, et que nous mettions en pratique ton enseignement, de façon à ce que notre existence porte des fruits dans le cadre du grand dessein de salut de Dieu, fruits de vie éternelle, fruits de l’Esprit Saint qui nous permet de vivre “avec toi”, dans la reprise de ton attitude d’obéissance au Père, avec un amour croissant de nos soeurs et de nos frères : fais que je ne m’éloigne jamais de la source d’eau vive de ta présence, de ta Parole, et donne-moi un coeur plein de fraicheur et de jeunesse qui, ne se jugeant jamais, s’en remet complètement à toi, sûr d’être accueilli avec la miséricorde de Celui qui me connaît mieux que moi-même, et me transforme en son image. AMEN.

20.03.2003.*

Évangile : Luc 16, 19-31

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

19 ” Il y avait un homme riche qui se revêtait de pourpre et de lin fin et faisait chaque jour brillante chère.
20 Et un pauvre, nommé Lazare, gisait près de son portail, tout couvert d’ulcères.
21 Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche… Bien plus, les chiens eux-mêmes venaient lécher ses ulcères.
22 Or il advint que le pauvre mourut et fut emporté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche aussi mourut, et on l’ensevelit.
23 ” Dans l’Hadès, en proie à des tortures, il lève les yeux et voit de loin Abraham, et Lazare en son sein.
24 Alors il s’écria : “Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je suis tourmenté dans cette flamme. “
25 Mais Abraham dit : “Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare pareillement ses maux ; maintenant ici il est consolé, et toi, tu es tourmenté.
26 Ce n’est pas tout : entre nous et vous un grand abîme a été fixé, afin que ceux qui voudraient passer d’ici chez vous ne le puissent, et qu’on ne traverse pas non plus de là-bas chez nous. “
27 ” Il dit alors : “Je te prie donc, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père,
28 car j’ai cinq frères ; qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’ils ne viennent, eux aussi, dans ce lieu de la torture. “
29 Et Abraham de dire : “Ils ont Moïse et les Prophètes ; qu’ils les écoutent. ” -
30 “Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts va les trouver, ils se repentiront. “
31 Mais il lui dit : “Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus. ” “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Cette page fait partie des enseignements que donne Jésus lors de sa longue montée à Jérusalem, qui constitue la cinquième partie de cet Evangile de Luc.

2. Message

Ce passage, sous la forme d’une histoire qui veut illustrer le message de Jésus, met en scène un homme riche, ses 5 frères et… nous-mêmes.

Il pose la question suivante : est-ce que les cinq frères, et les lecteurs que nous sommes, nous allons suivre l’exemple du riche ou prendre en considération le message de Jésus - et celui de l’Ancien Testament - sur le souci que nous devons avoir de ceux qui sont dans le besoin, et ainsi devenir des enfants d’Abraham, et de la Promesse de Dieu que Jésus vient accomplir ?

Ceux qui ne suivent pas cet enseignement conjoint de Jésus et de l’Ancien Testament n’auront point part au banquet messianique, autre nom du Royaume de Dieu annoncé et réalisé par Jésus en sa mission.

3. Decouvertes

On a trouvé de tels récits de renversements absolus de situation entre ce monde et l’autre dans des histoires s’emblables de la culture populaire Egyptienne,à l’exception toutefois du dialogue que nous lisons ici entre le riche et Abraham, et du fait qu’ici le “pauvre Lazare”, qui est accueilli “dans le sein d’Abraham”, ne se moque pas du riche devenu malheureux.

A noter que le riche de cette histoire ne se voit accuser d’aucune faute morale spécifiée, pas plus que le pauvre ne s’y voit considéré comme un homme juste. On a toute raison de penser que, dans ce texte, les riches sont condamnés du seul fait qu’ils sont riches, et qu’inversement les pauvres sont bénis du seul fait qu’ils sont pauvres : relire Luc, 1, 51 - 53 et 6, 20 - 26.

Tout au plus, le riche n’a pas perçu qu’il devait renoncer à sa situation, et, en prenant en charge le pauvre, devenir pauvre à son tour, c’est-à-dire renoncer à une richesse et un confort auxquels il n’avait aucun droit, et qu’ayant reçu, il avait mission de gérer, selon le plan de Dieu, et non pas pour lui-même, en le partageant. Jésus, nous le savons, apprécie la valeur de l’obole d’une veuve qui donne tout son nécessaire, et donc bien plus que les grosses sommes de ceux qui ne partagent que leur superflu (Luc, 21, 1 - 4).

Le “sein d’Abraham” désigne une position de choix dans le banquet eschatologique dont Jésus parle par ailleurs : voir Luc, 13, 28 - 29.

A partir du verset 27 s’ouvre un second épisode de cette histoire, dans une reprise du dialogue, déjà commencé, entre le riche et Abraham. Dialogue qui montre que le fait pour le riche d’être resté insensible à la situation de Lazare ne correspondait pas à l’enseignement de Moïse et des Prophètes, donc à l’enseignement de l’Ancien Testament, ni à l’enseignement de Jésus, tel qu’il est développé tout au long de ce qui précède cette histoire dans ce chapitre 16 de l’Evangile de Luc.

Le fait que le riche donne le nom de “Père” à Abraham n’en fait pas pour autant un fils d’Abraham, et donc un membre de l’Israël nouveau que Jésus reconstitue par son ministère. Reconnaître Abraham pour Père ne signifie rien pour le riche qui n’a pas produit les fruits d’un amour plein de tendresse à l’égard du pauvre, fruits qui auraient manifesté son désir de sortir d’une vie à partir de soi, et centrée sur soi, dans un aveuglement total.

4. Prolongement

Même si la première partie de cette histoire nous montre que les pauvres comme Lazare sont sauvés par la seule grâce de Dieu, sans aucun mérite indiqué de leur part, les chrétiens riches de la communauté de Luc, et de nos communautés écclésiales, sont invités à prendre en charge les “Lazare” de leur temps. Et Dieu sait s’ils sont encore nombreux à notre époque, ceux qui souffrent de l’esclavage sous toutes ses formes, de la faim, du manque d’emploi, des conditions de misère de certains pays où l’on n’a guère plus d’un euro par jour pour toute ressource.

Dans l’Ancien Testament comme dans le message de Jésus, et celui de nos Eglises chrétiennes, aucun homme ne jouit devant Dieu de la propriété absolue et totale de tous les biens dont il dispose ou qu’il a acquis. La prise en charge du frère ou de la soeur dans le besoin, et le partage et l’abandon de nos biens que cela suppose, est un devoir primordial dans toute notre tradition Biblique du dessein de Dieu. Qu’avons-nous, s’écrie Paul, que nous n’ayons reçu ?

Les pauvres eux-mêmes doivent accueillir la Bonne Nouvelle de l’Evangile qui leur dit que “Dieu comble de biens les affamés”, s’il “renvoie les riches les mains vides” (le Cantique de Marie en Luc, 1) : ce qui s’est réalisé pleinement dans la mort et la résurrection de Jésus, événement-mystère qui nous est offert, dans la foi, comme le suprême et ultime don que Dieu nous propose. Dieu qui, dans ce mystère pascal, se révèle le plus pauvre, parce que le plus disponible à toujours tout donner en se donnant lui-même, car il est Amour et gratuité sans limites (2 Corinthiens, 8, 9 et 1 Jean, 4, 7 - 16).

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as non seulement laissé le témoignage du dénuement le plus complet, que tu as vécu en ta mort sur la croix, après avoir conduit ton ministère comme un nomade qui n’avait “pas une pierre où reposer la tête”, mais tu nous as laissé également, dans ton enseignement, un message radical sur la richesse et la pauvreté, nous précisant que nul ne pouvait servir à la fois deux maîtres, Dieu et l’Argent, et nous proclamant sans nuances, dans l’Evangile de Luc : “Bienheureux les pauvres… Malheureux, vous les riches” : fais-moi comprendre, comme il nous est rapporté dans le cantique, mis dans la bouche de Marie, ta Mère, que “Dieu comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides”, ou encore, comme en témoigne Paul, ton Apôtre, que “tu t’es fait pauvre pour nous enrichir de ta pauvreté”, que, par ces Paroles vraiment révolutionnaires, tu m’invites à changer de vie en me dépossédant réellement des biens que j’ai reçus. Donne-moi donc d’en mesurer toute la portée et d’essayer de mieux les mettre en pratique dans mon existence de chaque jour. AMEN.

20.03.2003.*


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