📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Daniel 9, 4-10

DU LIVRE DE DANIEL

Texte

4 Je suppliai Yahvé mon Dieu, faisant confession “Ah! mon Seigneur, Dieu grand et redoutable, qui gardes l’Alliance et la grâce pour ceux qui t’aiment et observent tes commandements.
5 Nous avons péché, nous avons commis l’iniquité, nous avons fait le mal, nous avons trahi et nous nous sommes détournés de tes commandements et décisions.
6 Nous n’avons pas écouté tes serviteurs, les prophètes qui parlaient en ton nom à nos rois, à nos princes, à nos pères, à tout le peuple du pays.
7 A toi, Seigneur, la justice, à nous la honte au visage, comme en ce jour, à nous, gens de Juda, habitants de Jérusalem, tout Israël, proches et lointains, dans tous les pays où tu nous as chassés à cause des infidélités commises à ton égard.
8 Yahvé, à nous la honte au visage, à nos rois, à nos princes, à nos pères, parce que nous avons péché contre toi.
9 Au Seigneur notre Dieu, les miséricordes et les pardons, car nous l’avons trahi,
10 et nous n’avons pas écouté la voix de Yahvé notre Dieu pour marcher selon les lois qu’il nous avait données par ses serviteurs les prophètes.

Commentaire

1. Situation

Le livre de Daniel porte le nom, non pas de son auteur, mais du principal personnage d’un récit censé se dérouler à l’époque de Nabuchodonosor, roi Chaldéen du temps de l’exil d’Israël à Babylone, et de ses successeurs au pouvoir dans ces régions.

L’on s’accorde aujourd’hui à considérer que ce livre a été écrit quelques années avant la mort du roi Séleucide Antiochus Epiphane, soit quelques années avant 164. Ce roi avait cherché à faire disparaître pratiquement la religion Juive pour la remplacer par les pratiques religieuses paiennes des Grecs. En effet, les annonces présentées comme prophétiques de la profanation du Temple de Jérusalem et de la persécution des croyants Juifs, en deux passages du Livre de Daniel (9, 27 et 11, 30 - 35), sont si précises qu’elles ne peuvent que se référer aux démarches du roi Antiochus Epiphane qui ont eu pour conséquence la résistance armée de Judas Maccabée et de ses frères.

Ce livre a été écrit pour encourager les Juifs à demeurer fidèles à leur religion ancestrale des Promesses de Dieu et de son Alliance avec le peuple de la descendance d’Abraham, à une époque où la culture grecque ambiante, très liée à la religion païenne des grecs, devenait partout très attirante. C’est pourquoi l’auteur s’attache à montrer que le Dieu d’Israël, en sa Parole et son action, est bien supérieur à toutes les expressions du paganisme, et suffisamment puissant pour sauver ses fidèles dans la persécution. Car Yahvé-Dieu est le maître de l’histoire.

Le Livre de Daniel se divise en deux grandes parties, dont on pense de plus en plus qu’elles ont été écrites par des auteurs différents : - les chapitres 1 à 6 nous offrent l’histoire édifiante de Daniel et de ses compagnons à la cour de Babylone, - les chapitres 7 à 12 contiennent 4 visions importantes, dans lesquelles Daniel, sous la forme d’images symboliques, présente la succession des différents empires ou royaumes auxquels le peuple de Dieu se trouve ou se trouvera soumis.

2. Message

Cet appel à Dieu dans la repentance est d’abord un aveu du péché, présenté comme rupture de l’Alliance que Dieu avait offerte à son peuple. Refus du salut promis, et sans cesse renouvelé dans l’action libératrice de Dieu à travers les âges.

Le péché est devenu aveuglement dans le refus de reconnaître, accepter et écouter les prophètes, envoyés par Dieu pour inviter le peuple à la fidélité. Aveuglement dans l’oubli que Dieu est celui qui marche avec son peuple tout au long de son histoire, dans la proximité.

L’aveu est ici total, dans la mesure où le peuple n’a plus à présenter que sa honte et sa supplication. Mais dans la bouche de Daniel priant au nom de la communauté d’Israël, cet aveu devient démarche de vérité et appel dans la foi à la miséricorde, la justice et la fidélité de Dieu : plus on se reconnaît pécheur en vérité, et plus l’on peut invoquer la miséricorde de Dieu.

3. Decouvertes

Dans ce Livre, quasi contemporain de la révolte de Judas Maccabée et de ses frères contre Antiochus, il est question du conflit entre la religion d’Israël et le paganisme des rois païens qui gouvernaient Israël. Mais ce conflit est une occasion de montrer la supériorité de la sagesse d’Israël sur la philosophie païenne et de confirmer la maitrise de Dieu sur l’histoire des hommes.

Ce passage se situe dans le chapitre sur l’interprétation des 70 semaines d’années, dans la seconde partie du Livre de Daniel, qui traite de ses visions Apocalyptiques, concernant la fin des temps.

Cette prière semble avoir été insérée dans un texte plus primitif où Daniel, se trouvant en prière alors qu’il jeûnait sous le sac et la cendre, voit surgir une 2ème vision de Gabriel.

C’est en fait une prière de la communauté qui reconnaît son péché et supplie le Seigneur de restaurer Israël.

4. Prolongement

Nous pouvons toujours ne pas accepter le salut qui nous vient par Jésus ressuscité, dans l’Esprit Saint. Jésus reprochait aux Pharisiens de ne pas vouloir venir à lui pour avoir la vie (Jean, 5, 39 - 47).

Bien que ce soit entièrement par grâce que nous sommes sauvés, selon le don de Dieu (Ephésiens, 2, 4 - 10), Jésus attend notre simple OUI dans la foi, qui, une fois offert de notre part, nous fait échapper au jugement, et passer dès maintenant de la mort à la vie (Jean, 5, 24).

Nous acceptons ainsi le pardon proposé dans l’Esprit de Jésus, et nous nous situons du bon côté avec Jésus, qui accueille tous ceux qui se remettent à lui avec un coeur de pauvre.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as dit que tu étais venu pour que nous ayons la vie, la vie en abondance, et ton Apôtre Paul nous supplie en ton Nom de nous laisser réconcilier avec Dieu, en ne permettant pas que la grâce reçue de Dieu, par ton obéissance jusqu’à ta mort sur la croix, demeure sans effet, en ce moment favorable et ce jour du salut, dont ton Esprit Saint nous rend sans cesse contemporains : illumine mon être tout entier pour que je choisisse toujours de me tourner vers toi, de mieux te découvrir dans ta Parole, ainsi que dans le témoignage de mes frères et soeurs qui croient en toi, et de vivre en tous domaines selon ta volonté, comme tu n’as cherché que la volonté du Père. AMEN.

16.03.2003.*

Évangile : Luc 6, 36-38

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

36 ” Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant.
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis.
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Au cours de ce que nous avons appelé la 4ème étape de cet Evangile de Luc, concernant son ministère en Galilée, Jésus se constitue un Israël Nouveau, lorsqu’après avoir choisi ses 12 apôtres, il prononce ce qu’on appelle “son Discours dans la Plaine” (6, 12 - 49), dont les thèmes sont très proches du “Sermon sur la Montagne”, le premier grand discours de Jésus en Matthieu (4, 23 - 7, 29), mais présentés ici avec des accents parfois bien différents.

2. Message

Le message de cette très brève partie de ce discours, que nous lisons aujourd’hui, pourrait se résumer ainsi : “ayez les comportements de Dieu votre Père, et vous en récolterez les fruits”. Il n’est donc pas question ici d’abord de chercher à bénéficier d’une récompense qui vient de Dieu, en retour de la générosité ou de toute autre attitude que nous aurions tenté de manifester à l’égard de nos frères et soeurs en humanité, mais de nous mettre en face de Dieu, et de le contempler dans sa manière d’être et d’agir, afin de l’imiter : il est compatissant, ou miséricordieux, donc soyons miséricordieux.

Et Jésus de nous détailler les différents aspects de cette miséricorde à avoir vis-à-vis de tous : ne pas juger, ne pas condamner, pardonner, donner gratuitement.

Plus nous découvrons l’initiative généreuse de Dieu, plus nous avons à nous ouvrir à ce qu’il nous propose, plus nous avons à nous comporter de la même façon les uns face aux autres, et plus nous sommes à même de recevoir, en même temps, le don que Dieu nous fait de sa tendresse, qui transforme radicalement notre vie.

3. Decouvertes

Dans ce discours, qui commence par l’énoncé de quatre béatitudes à l’égard de ceux qui sont pauvres, et quatre affirmations de situation de malheur pour ceux qui vivent une attitude opposée à celle visée par les béatitudes, c’est-à-dire les satisfaits d’eux-mêmes, Jésus appelle ceux qui l’écoutent à devenir le peuple de Dieu de la fin des temps, peuple qui vit de la grâce généreuse de Dieu et de l’espérance dans le salut tout proche, c’est-à-dire signifiant, par ses comportements, qu’il est un peuple de sauvés.

Là où le Livre du Lévitique dans l’Ancien Testament demande à Israël de refléter la sainteté de Dieu, qu’il considère comme la dimension qui définit le mieux le Seigneur (Lévitique, 19, 2), là où Matthieu, par la Parole de Jésus, invite sa communauté à viser la perfection qui est celle de Dieu notre Père (Matthieu, 5, 48), Jésus, tel que Luc nous le présente, nous propose expressément de pratiquer la miséricorde (ou la compassion) de Dieu, car, pour cet Evangéliste, c’est bien ainsi qu’on peut rendre compte du mystère de la profondeur du “coeur” de Dieu.

Luc nous brosse l’image d’une communauté formée par sa réponse à la grâce miséricordieuse de Dieu révélée en Jésus, et qui vit de cette manière d’exister propre à Dieu, que Jésus nous a manifestée en son ministère. Ainsi les disciples n’ont d’autre voie à suivre que celle de l’imitation de Jésus, en toutes ces attitudes qu’il détaille dans notre page, et qu’il a lui-même vécues totalement tout au long de son parcours dans notre histoire.

4. Prolongement

En effet, ce comportement de Dieu nous est d’autant plus facile à découvrir, et à suivre concrètement, que ce fut le comportement même de Jésus, révélé à travers toutes ses paroles et tous ses gestes, et que, d’autre part, l’Esprit, que Jésus nous a donné après avoir accompli le dessein de salut de Dieu en son engagement de chaque jour jusqu’à sa mort-résurrection, met en nous la charité, c’est-à-dire cette capacité intérieure d’agir gratuitement par amour à la façon de Dieu (Romains, 5, 5).

Jésus, qui, dans sa parabole du Bon Samaritain, nous demande de devenir un “prochain” rempli de miséricorde vis-à-vis de tous, Jésus, qui nous décrit la miséricorde de Dieu dans la manière selon laquelle le Père du fils prodigue accueille son enfant, Jésus lui-même meurt sur sa croix avec des paroles de miséricorde et de pardon à l’égard de ses bourreaux et du larron pénitent qui est crucifié à ses côtés.

La tradition de Paul, magnifiquement reprise en deux endroits de la Lettre aux Ephésiens qui nous a été transmise sous son nom, nous décrit, en des termes inoubliables, cettte miséricorde et cette générosité insurpassables de Dieu, que nous avons sans cesse à méditer de façon nouvelle :

4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés,

5 alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ - c’est par grâce que vous êtes sauvés ! -

6 avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.

7 Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.

8 Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ;

9 il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier.

10 Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.

17 que le Christ habite en vos cœurs par la foi, et que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour.

18 Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur,

19 vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu.

20 A Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir,

21 à Lui la gloire, dans l’Église et le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles ! Amen.

Prière

*Seigneur Jésus, toi qui nous as dit : “qui m’a vu a vu le Père”, et qui nous demandes de t’imiter le plus possible lorsque tu nous déclares : “comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans mon amour”, ou encore : “aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés”, tu as mis au plus profond de nos coeurs ton Esprit Saint, qui crée en nous cette capacité d’amour qui est celle de Dieu lui-même : donne-moi de m’ouvrir, sans cesse, et de plus en plus, à cette impulsion intérieure afin que ma vie en soit réellement transformée, et rayonne de cette miséricorde en toutes mes expressions de gestes et de paroles. AMEN.

17.03.2003.*


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