📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Isaïe 1, 10-20

DU LIVRE D’ISAÏE

Texte

10 Écoutez la parole de Yahvé, chefs de Sodome, prêtez l’oreille à l’enseignement de notre Dieu, peuple de Gomorrhe!

16 lavez-vous, purifiez-vous! Otez de ma vue vos actions perverses! Cessez de faire le mal,
17 apprenez à faire le bien! Recherchez le droit, redressez le violent! Faites droit à l’orphelin, plaidez pour la veuve!
18 Allons! Discutons! dit Yahvé. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, comme neige ils blanchiront; quand ils seraient rouges comme la pourpre, comme laine ils deviendront.
19 Si vous voulez bien obéir, vous mangerez les produits du terroir.
20 Mais si vous refusez et vous rebellez, c’est l’épée qui vous mangera! Car la bouche de Yahvé a parlé.

Commentaire

1. Situation

Le 1er Prophète Isaïe, grand prophète du 8ème siècle, a exercé son ministère autour de Jérusalem, à l’époque de la très grande expansion de l’empire Assyrien, qui a entraîné la chute du Royaume de Nord et imposé une situation de vassal du Roi d’Assyrie aux Rois de Juda.

Son Livre, qui, selon une hypothèse admise par tous depuis quelques décennies mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, se limite aux 39 premiers chapitres du Livre d’Isaïe de nos Bibles, dans lequel lui sont joints des recueils du 2ème Prophète Isaïe, du 6ème siècle (Isaïe, 40 - 55), et du 3ème Prophète Isaïe, de la première moitié du 5ème siècle (Isaïe, 56 - 66), nous propose toute une suite d’oracles. Après une collection d’oracles divers qu servent d’introduction (1, 1 - 31), nous pouvons lire une première série d’oracles sur Juda et Israël (2, 1 - 5, 30), puis toute une section concacrée aux “mémoires ” du Prophète (6, 1 - 9, 6). Une deuxième série d’oracles sur Juda et Israël (9, 7 - 12, 6) précède ensuite un ensemble d’oracles contre les nations (13, 10 - 23, 18), suivis d’une Apocaypse (24, 1 - 27, 13), d’une réinterprétation d’oracles prononcés au temps du roi Ezéchias (28, 1 - 33, 24), avant que nous parvenions à la fin du recueil avec un Jugement sur Edom et quelques récits divers (34, 1 - 39, 8).

Cette répartition du Livre d’Isaïe, attribuant les 39 premiers chapitres au grand prophète du 8ème siècle, dont on estime que le génie et le rayonnement furent tels que des prophètes plus tardifs se soient inscrits dans sa succession et son école, n’empêche pas pour autant que des passages, plus ou moins importants, de ces 39 premiers chapitres soient eux-mêmes d’origine beaucoup plus tardive, et considérés ainsi par la plupart des commentateurs et exégètes.


Notre page fait partie de la collection qui ouvre ce livre du 1er Isaïe. Ces oracles ainsi rassemblés datent de différentes périodes de la vie du Prophète. Regroupés à cet endroit, ils constituent une ouverture à l’ensemble du Livre et un résumé de son enseignement.

2. Message

Trois temps dans ce passage d’un ensemble d’ailleurs incomplet, puisque nous en manquent les versets 11 à 15.

Nous entendons d’abord une brutale invitation à l’écoute de la Parole de Dieu, adressée à ceux que Dieu, par son Prophète, identifie comme de très grands criminels, puisqu’il leur annonce qu’ils ressemblent aux chefs des deux villes maudites et détruites par Dieu à l’époque d’Abraham, Sodome et Gomorrhe. Yahvé-Dieu ne mâche pas ses mots, mais il ne se désintéresse pas pour autant des pécheurs qu’il invective avec une telle force.

Une invitation à la conversion est ensuite adressée à ces gens : qu’ils se détournent du mal pour se tourner vers le bien, ce dernier étant défini comme pratique de la justice à l’égard des humains, comme respect des droits de l’orphelin, et comme défense de la veuve.

Enfin, le Seigneur Dieu offre aux pécheurs de venir négocier avec lui le pardon de leurs péchés qu’il leur propose. Dieu seul, en effet, peut constituer justes les plus grands des pécheurs. Mais cette justice, en tant que relation de rectitude et de vérité entre Dieu et l’homme, ne peut se traduire que dans une attitude d’obéissance de la part de ceux que Dieu appelle, cette obéissance permettant aus promesses faites par Dieu à Abraham, et à sa descendance, de s’accomplir, l’attitude inverse ne conduisant qu’à une ruine totale.

3. Decouvertes

Notons que le Prophète s’adresse particulièrement aux chefs du peuple, qu’il interpelle de la part de Dieu. La mention de Sodome et de Gomorrhe est utilisée pour souligner l’ampleur du mal et de la méchanceté de la communauté dans son ensemble, ainsi que de ses chefs (1, 10).

Dans les versets 16 - 17, c’est toute une suite de commandements à l’impératif que nous pouvons lire. Le Seigneur y donne des ordres très précis. Ce qui signifie que ces commandements sont très importants, et sont donc à observer avec la même attention que les 10 Paroles du Sinaï, transmises par Moîse.

Dans les versets 18 - 20, quatre conditions sont mentionnées : les 2 premières concernent le pardon que Dieu veut bien accorder, quelle que soit l’ampleur du péché commis, les 2 dernières proposent un choix, qui conduit, soit à la prospérité et la bénédiction (“vous mangerez”…), soit à la ruine absolue (“vous serrez mangés par l’épée”…). A remarquer que dans ces deux versets, le ton change pour ressembler plutôt à un procès qui va montrer où conduit la repentance, et souligner l’importance des choix qu’il faut faire et des décisions qu’il faut prendre.

4. Prolongement

C’est toujours Dieu, de toute façon, qui, par l’intermédiaire des Prophètes, vient rechercher son peuple, l’interpeller, l’inviter à se convertir. Et cette initiative de Dieu, sans cesse renouvelée, traverse tout l’Ancien Testament comme une caractéristique permanente, et demeure dans le Nouveau Testament, attachée à la mission et à la révélation de Jésus de Nazareth.

Paul nous dévoile l’expansion d’un tel amour de Dieu, mis au fond de nos coeurs par l’Esprit Saint (Romains, 5, 5) :

5 Et l’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné.

6 C’est en effet alors que nous étions sans force, c’est alors, au temps fixé, que le Christ est mort pour des impies -;

7 à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir -;

8 mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.

9 Combien plus, maintenant justifiés dans son sang, serons-nous par lui sauvés de la colère.

10 Si, étant ennemis, nous fûmes réconciliés à Dieu par la mort de Son Fils, combien plus, une fois réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie,

11 et pas seulement cela, mais nous nous glorifions en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ par qui dès à présent nous avons obtenu la réconciliation.

Paul également, dans un de ses grands passages de la 2ème Lettre aux Corinthiens, relu récemment dans notre liturgie de carême, nous appelle, de toutes ses forces, à une conversion et une réconciliation, fondées sur cet extraordinaire amour de Dieu, révélé par, et en, Jésus :

17 Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là.

18 Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation.

19 Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation.

20 Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu.

21 Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu.

Prière

*Seigneur Jésus, tu as reproché à des Pharisiens de ton époque de ne pas vouloir venir à toi pour avoir la vie, et de s’enfermer dans leur aveuglement par leur prétention de voir à partir seulement d’eux-mêmes, afin d’essayer de leur faire entendre ton message fondamental concernant le Règne de Dieu, dont tu annonçais la proximité : “convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle” : apprends-moi à savoir me reconnaître aveugle devant ta Lumière, à me laisser ouvrir les yeux par toi, et à ne pas me considérer vraiment vivant, tant que je ne vis pas à fond de cette existence nouvelle, que tu me proposes dans l’Esprit Saint que tu as mis au fond de mon coeur, pour me découvrir les secrets de la Vérité et de l ‘Amour qui viennent de Dieu seul. AMEN.

18.03.2003.*

Évangile : Matthieu 23, 1-12

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

1 Alors Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples en disant :
2 ” Sur la chaire de Moïse se sont assis les scribes et les Pharisiens :
3 faites donc et observez tout ce qu’ils pourront vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes : car ils disent et ne font pas.
4 Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt.
5 En tout ils agissent pour se faire remarquer des hommes. C’est ainsi qu’ils font bien larges leurs phylactères et bien longues leurs franges.
6 Ils aiment à occuper le premier divan dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues,
7 à recevoir les salutations sur les places publiques et à s’entendre appeler “Rabbi” par les gens.
8 ” Pour vous, ne vous faites pas appeler “Rabbi” : car vous n’avez qu’un Maître, et tous vous êtes des frères.
9 N’appelez personne votre “Père” sur la terre : car vous n’en avez qu’un, le Père céleste.
10 Ne vous faites pas non plus appeler “Directeurs” : car vous n’avez qu’un Directeur, le Christ.
11 Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
12 Quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page, nous abordons un ensemble de paroles très dures que Jésus prononce contre les scribes et les Pharisiens, en introduction à son 5ème et dernier Grand Discours sur la venue définitive du Royaume de Dieu.

2. Message

Dans ces propos, Jésus résume ainsi la mentalité de tous ceux qui, depuis le début de son ministère, l’ont critiqué et sont devenus de plus en plus ses adversaires, suite à sa fréquentation des publicains et des pécheurs, suite à ses gestes de miséricorde sans limites, suite à ses remarques mettant le service de l’homme au-dessus de l’observation du sabbat.

Dans l’Evangile de Matthieu, Jésus précise bien qu’il n’abolit pas, mais accomplit la Loi en la dépassant (Matthieu, 5, 17 - 20). Il reconnaît donc aux scribes et aux Pharisiens leur rôle d’autorité dans l’interprétation de la Loi, ce qu’il appelle “occuper la chaire de Moïse”, tout en insistant qu’il ne faut pas les prendre pour des modèles à imiter, “car ils disent et ne font pas”..

En effet, Jésus refuse leur façon d’exercer leur autorité comme un pouvoir et une oppression, et non pas comme un service, et donc toutes leurs revendications en matière de places, de titres, ou de salutations qui leur seraient dûs. Jésus renverse ainsi les valeurs : ce qui compte, c’est le service. Le plus grand se trouve être désormais le serviteur de tous, celui qui se met à la dernière place et qui s’abaisse. Et tout cela à cause de l’attitude de Dieu, qui nous est révélée par Jésus comme pure et totale gratuité, miséricorde, don et pardon sans limites.

3. Decouvertes

Dans ce discours très agressif, Matthieu, compte tenu de la communauté à laquelle il s’adresse, et dont font partie de nombreux Juifs devenus chrétiens, mais exclus de la synagogue, semble régler ses comptes avec les Pharisiens qui viennent de se regrouper après la destruction de Jérusalem et du Temple. Il rassemble ainsi un certain nombre de paroles de Jésus à l’encontre des scribes et des Pharisiens, et qui se trouvent dispersées dans les autres Evangiles, où l’on voit Jésus saisir des occasions de rencontres ou de repas avec eux, pour les mettre ainsi en question.

4. Prolongement

Alors que les Pharisiens disent et ne font pas, il nous appartient d’agir le plus totalement possible en serviteurs, à l’exemple du “Fils de l’homme venu non pas pour être servi, mais pour servir” et donner sa vie pour nous racheter (Matthieu, 20, 28), d’avoir cette attitude prophétique à la façon de Dieu et de Jésus, attitude qui pose question, et dont nous avons ensuite à rendre compte par notre témoignage sur Jésus, source de notre espérance (1 Pierre, 3, 13 - 15).

Ni Rabbins, ni Pères, ni Maîtres : Dieu seul peut vraiment porter le nom de “Père” (Ephésiens, 3, 14 - 17), et Jésus le nom de “Maître”, puisqu’il est le Fils bien-aimé et l’image parfaite du Dieu invisible (Colossiens, 1, 15), au point que le voir, c’est voir le Père (Jean, 14, 9 - 10). Mais Jésus a vécu cela en se mettant plus bas qu’un esclave à notre service, en faisant le geste de laver les pieds de ses disciples (Jean, 13, 1 - 16), nous donnant ainsi le sens de sa mission de révélateur de l’amour de Dieu, et de la suprême richesse de la Pauvreté de Dieu (2 Corinthiens, 8, 9), c’est-à-dire sa disponibilité absolule. Voilà bien le seul modèle à imiter, et à rendre visible aujourd’hui.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous appelles à te ressembler en tous points, à aimer comme tu nous as aimés, et comme le Père t’aime, à demeurer en toi comme tu demeures dans le Père, à devenir serviteurs de tous, et véritablement pauvres comme toi, à garder ta Parole et la mettre en pratique de la même façon que tu n’as cherché à agir et à parler que selon la volonté du Père : aide-moi à toujours me référer à toi comme mon unique modèle de vie, puisqu’en ta venue et ta mission au milieu de nous, Dieu s’est mis à notre niveau de langage et d’expression, et donne-moi de continuer ta mission, me sachant toujours envoyé vers mes frères et soeurs, comme toi-même as été uniquement l’envoyé de ton Père, notre Dieu. AMEN.

18.03.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour