📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture

DU LIVRE DU PROPHETE MICHEE

Commentaire

1. Situation

Michée est avec Isaîe, Amos et Osée l’un des 4 prophètes du 8ème siècle. Il a préché dans le royaume de Juda pendant la seconde moitié de ce siècle, à l’époque de la montée en puissance de la domination Assyrienne.

Michée se montre très sensible au fait que le peuple rejette son Dieu. Pour lui les péchés d’Israël sont la cause des châtiments à venir. Pour lui, le roi des Assyriens n’est que l’instrument de la colère de Dieu contre son peuple infidèle. Michée s’intéresse également beaucoup aux questions de justice sociale.

Ses oracles se déroulent de la façon suivante : - le jugement de Dieu contre son peuple (1, 1 - 2, 11), - l’annonce qu’un reste sera sauvé et reviendra (2, 12 - 13), - condamnation des responsables du peuple (3, 1 - 12), - une nouvelle place pour Dieu dans un Israêl renouvelé (4, 1 - 5, 12), - accusation et condamnation réitérées contre Israël (6, 1 - 7, 7), - une célébration liturgique de la foi (7, 8 - 20).

C’est dans la toute dernière partie et conclusion du Livre que se trouve notre page.

2. Message

Ce texte comporte d’abord une prière adressée au Seigneur pour son peuple, aux versets 14 et 15, puis concernant les autres nations, aux versets 17 et 18. Notre texte liturgique s’est limité aux seuls versets 14 - 15 de cette prière. Le prophète supplie le Seigneur de se comporter vraiment en bon pasteur de son troupeau, et de lui rendre sa prospérité, dans les conditions d’abondance et de fécondité de jadis. En effet, l’histoire du passé d’Israël constitue bien un “mémorial” de ce que Dieu a fait de façon magnifique pour son peuple au temps de l’Exode, “mémorial” qui devient une “garantie” de ce que Dieu peut encore accomplir.

Par contraste, les nations découvriront ainsi la puissance de Dieu et prendront peur. Elles connaîtront désormais la honte et l’impuissance.

Les versets 18 - 20 sont une hymne au Seigneur, dont toute l’originalité ici proclamée tient dans sa capacité unique de pardon et de miséricorde. Puisque le peuple a enfin confessé son péché, la bénédiction de Dieu lui est rendue avec autant d’amour et de tendresse de la part du Seigneur que jadis, car Dieu est fidèle.

Ainsi se termine le Livre de Michée, belle conclusion d’un message prophétique qui a tant insisté sur le péché de ce peuple qui était devenu infidèle à son Dieu.

3. Decouvertes

L’ensemble dont fait partie ce texte (7, 8 - 20) en style de célébration liturgique, se présente à la fois, et successivement, comme une confession du péché, une parole de Dieu promettant une restauration, suivie de la 1ère partie de notre page, souhaitant que cette restauration puisse être aussi glorieuse que le fut le 1er Exode avec Moîse. La prière finale des 2 derniers versets traduit le rétablissement d’une relation normale avec Dieu. Le peuple qui s’exprime dans cette prière finale de conclusion de tout le Livre, se situe bien comme héritier et descendance d’Abraham, témoin de la fidélité de Dieu, en laquelle il espère toujours.

4. Prolongement

Jésus est l’incarnation de Dieu, bon pasteur de son peuple, qui le prend ainsi directement en charge, selon la prophétie du chapitre 34 d’Ezéchiel. Jésus s’est donc défini comme le bon pasteur qui va jusqu’à donner gratuitement sa vie pour ses brebis (Jean, 10, 11 - 16). Notre conversion au Christ, dans la puissance de l’Esprit Saint, est appel permanent à ce bon berger, vers lequel nous nous tournons (1 Pierre, 2, 25).

Quant à l’amour de Dieu, sa capacité infinie de miséricorde se manifeste dans les paroles et l’engagement de Jésus : la liturgie de ce même jour nous fait lire la parabole du Père et de ses deux fils, dont l’un est l’enfant prodigue, l’une des trois paraboles de la miséricorde du chapitre 15 de l’Evangile de Luc.

Le soir du jour de sa résurrection, Jésus transmet aux siens la capacité de pardonner les péchés, en son nom et au nom de Dieu, dans la seule force de l’Esprit (Jean, 20, 22 - 23). Comme l’écrit Paul aux Romains, c’est en mourant pour des pécheurs que le Christ a révélé cet amour infini et agissant du Dieu vivant (Romains, 5, 5 - 11 et 1 Jean, 4, 9 - 11).

Et de même que ce don de l’amour miséricordieux devient “fête” lors du retour du fils prodigue de la parabole de Luc, Paul nous invite également à la célébration de ce que Dieu a fait de nous, les croyants, dans le mystère de Jésus mort-ressuscité :

12 ensevelis avec lui lors du baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts.

13 Vous qui étiez morts du fait de vos fautes et de votre chair incirconcise, Il vous a fait revivre avec lui ! Il nous a pardonné toutes nos fautes !

Prière

*Seigneur Jésus, toi seul, nous as-tu dit, es le Bon Berger qui nous conduit vers le Père en prenant tous les risques, et en donnant un sens définitif à toutes nos démarches, toi seul nous as acquis le pardon de Dieu dans le don de l’Esprit, qui insère en notre coeur ta capacité d’être vrai et d’aimer : apprends-moi à ne jamais chercher aucun autre guide que toi pour aller à Dieu, et à devenir davantage ton disciple, qui reproduit ton image, en faisant miens tous tes comportements, en gestes et paroles,de façon à témoigner de ta présence et de ton action, que je rends visibles à travers ma vie. AMEN.

02.03.2002.*

Évangile : Luc 15, 1-32

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 Cependant tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre.
2 Et les Pharisiens et les scribes de murmurer : ” Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! “
3 Il leur dit alors cette parabole :

11 Il dit encore : ” Un homme avait deux fils.
12 Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. ” Et le père leur partagea son bien.
13 Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l’inconduite.
14 ” Quand il eut tout dépensé, une famine sévère survint en cette contrée et il commença à sentir la privation.
15 Il alla se mettre au service d’un des habitants de cette contrée, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons.
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait.
17 Rentrant alors en lui-même, il se dit : “Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim !
18 Je veux partir, aller vers mon père et lui dire : Père j’ai péché contre le Ciel et envers toi ;
19 je ne mérite plus d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes mercenaires. “
20 Il partit donc et s’en alla vers son père. ” Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement.
21 Le fils alors lui dit : “Père, j’ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. “
22 Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds.
23 Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,
24 car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! ” Et ils se mirent à festoyer.
25 ” Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il fut près de la maison, il entendit de la musique et des danses.
26 Appelant un des serviteurs, il s’enquérait de ce que cela pouvait bien être.
27 Celui-ci lui dit : “C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. “
28 Il se mit alors en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit l’en prier.
29 Mais il répondit à son père : “Voilà tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis ;
30 et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras ! “
31 ” Mais le père lui dit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.
32 Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé !""

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Cette parabole est un extrait de l’enseignement que Jésus prodigue à ses disciples lors de sa montée vers Jérusalem, dans la 5ème partie de cet Evangile.

2. Message

Jésus, par cette parabole, se situe dans un contexte biblique de récits qui mettent en scène deux frères, et où le plus jeune l’emporte sur l’aîné. Voir, par exemple, Esaü et Jacob (Genèse, 25, 27 - 34 et 27, 1 - 36), ou l’histoire de Joseph (Genèse, 37, 1 - 4). La parabole de Jésus renverse la situation : l’enfant prodigue est tout le contraire d’une réussite, et le fils aîné n’est pas dominé par son cadet, mais invité au festin.

Cette belle parabole lance un véritable défi : est-ce que les bons pratiquants de la religion, qui se croient justes et essaient de vivre avec rectitude, vont accepter d’entrer dans la salle du banquet pour se réjouir avec les pécheurs que Dieu est heureux d’avoir admis dans sa compagnie ?

3. Decouvertes

D’entrée de jeu, Luc, au début de ce chapitre 15 de son Evangile, avait indiqué le pourquoi de cette parabole, dans laquelle il révèle l’infinie, et toutjours surprenante, miséricorde de Dieu : il s’agit d’illustrer l’attitude de Jésus que rejoignent les publicains et les pécheurs (représentés par l’enfant prodigue), attitude dont s’offusquent les Pharisiens et les scribes qui récriminent contre lui (représentés par le fils aîné).

Accolée aux deux paraboles qui la précèdent dans ce même chapitre, cette parabole achève de nous montrer que, pour Dieu, le pardon, la mùiséricorde, la réconciliation, offerts au pécheur qui est loin, sont une priorité absolue dans l’ordre du salut qu’il propose à toute l’humanité, qui ne peut être sauvée que par sa gracieuse grâce.

C’est dire que cette parabole doit être intitulée “le père et ses deux fils”, et non pas seulement “l’enfant prodigue”, car les trois personnages sont absolument nécessaires à son interprétation.

Le “fils prodigue” est celui qui, pour satisfaire ses désirs d’indépendance et de plaisir, a raté sa vie et ruiné son existence, et ce, de par sa volonté propre. En être réduit à garder les porcs signifie être tombé dans les bas fonds du paganisme, le “porc” étant le symbole de l’apostasie et l’emblème de la Rome païenne. Dans sa misère, le fils se repent, reconnaît son péché, s’estime indigne d’être considéré comme un fils de son père, va demander à devenir son ouvrier.

Repentance partiellement intéressée, car encore trop centrée sur sa situation, et ce qu’il a accompli, sur ce qu’il a perdu, sur le confort partiel qu’il compte ainsi retrouver, et qui le sortira de sa misère. C’est dans cet esprit et cette perspective qu’il retourne vers son père, et un accueil totalement inattendu.

Le “fils aîné” est le juste sourcilleux, qui fait tout bien, et qui le sait, et s’estime ainsi digne d’une récompense à laquelle les pécheurs n’ont pas droit. Il ne veut donc pas accepter que son frère “mort” soit rendu à la vie, et soit de nouveau son frère, d’où ses mots cinglants de mépris : “ton fils que voilà”, même si son père l’en supplie, en lui disant que cet homme est bien son “frère” perdu et retrouvé.

L’attitude du “père” est révélatrice de celle de Dieu : il s’abaisse en courant (cela ne se fait pas quand un homme a souci de sa dignité), se précipitant vers son fils misérable, encore loin, et il l’accueille le plus chaudement possible, et selon tout un cérémonial de fête et de reconnaissance : une robe, une bague, des sandales, pour montrer que son fils est passé de l’esclavage à la liberté, ainsi que le “veau gras”, signe de la très grande fête. Et cela, gratuitement, par amour miséricordieux : ce que signifient les baisers de l’accueil.

Dieu est vraiment celui qui, par Jésus, vient sauver ceux qui étaient perdus.

4. Prolongement

Don de Dieu, au delà de tout ce que nous pouvons imaginer ou concevoir (Ephésiens, 3, 21), de Dieu, qui, sans aucun mérite de notre part, et, en dépit de notre péché, nous réconcilie, nous fait devenir ses fils par une création nouvelle (2 Corinthiens, 5, 17), qui est une réelle transfiguration.

Révélation de Dieu-Amour, Père des miséricordes (1 Jean, 4, 7 - 16; Ephésiens, 2, 4 - 10), dont nous avons à imiter l’attitude à mesure que nous la recevons : “Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux” (Luc, 6, 36 - 37).

Qui sont ceux que nous excluons ? Nos frères.

Prière

*Seigneur Jésus, à écouter ta parabole du père et de ses deux fils, nous demeurons muets et confondus devant la révélation d’une telle miséricorde, dont nous n’aurions jamais pu soupçonner l’ampleur infinie, et tu nous fais comprendre que cet accueil de Dieu, qui nous aime à ce point, est bien ce que tu es venu nous annoncer comme la Bonne Nouvelle définitive qui éclaire notre vie, et accomplir par ton témoignage d’obéissance au Père, d’accueil et de pardon de tous ceux qui s’approchent de à toi, ou te rejettent, ou, finalement, te mettent à mort : accorde-moi de m’émerveiller toujours d’une telle découverte, que j’ai à renouveler chaque jour, et délivre-moi de toute tendance ou tentation d’exclure ceux qui, à juste titre , me paraissent avoir un comportement de pécheurs, mais dont tu me dis que le Père, en sa miséricorde, les traite vraiment comme ses enfants bien-aimés, qu’il introduit dans sa fête et sa proximité lumineuse. AMEN.

22.03.2003.*


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