📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Jérémie 7, 23-28
DU LIVRE DE JEREMIE
Texte
23 Mais voici ce que je leur ai ordonné : Ecoutez ma voix, alors je serai votre Dieu et vous serez mon peuple. Suivez en tout la voie que je vous prescris pour votre bonheur.
24 Mais ils n’ont pas écouté ni prêté l’oreille; ils ont marché selon leurs desseins, dans l’obstination de leur cœur mauvais, tournés vers l’arrière et non vers l’avant.
25 Depuis le jour où vos pères sont sortis du pays d’Egypte jusqu’à aujourd’hui, je vous ai envoyé tous mes serviteurs, les prophètes; chaque jour je les ai envoyés, sans me lasser.
26 Mais ils ne m’ont pas écouté, ils n’ont pas prêté l’oreille, ils ont raidi leur nuque, ils ont été pires que leurs pères.
27 Tu leur diras toutes ces paroles : ils ne t’écouteront pas. Tu les appelleras : ils ne te répondront pas.
28 Tu leur diras : Voilà la nation qui n’écoute pas la voix de Yahvé son Dieu et ne se laisse pas instruire. La fidélité n’est plus : elle a disparu de leur bouche.
Commentaire
1. Situation
Jérémie a vécu à l’une des périodes les plus troublées du Proche Orient. Il fut témoin de la chute d’un grand empire et de l’apparition d’un autre. Au milieu de cette tourmente, le royaume de Juda, aux mains de rois incapables, court à sa ruine pour n’avoir pas tenu compte de ces forces extérieures insurmontables de l’histoire, et y avoir résisté.
Le ministère de Jérémie a duré 40 ans environ, de 627 à 587, et s’adressait à Juda, ainsi qu’aux nations environnantes, pendant cette époque de convulsions politiques. Jérémie est intervenu très souvent. Il fallait, en effet, discerner la volonté de Dieu et chercher sa lumière dans des situations dramatiques.
Parmi tous les prophètes de son temps (Sophonie, Habakkuk, Nahum et Ezéchiel), il fut le seul à percevoir à quel point Dieu aimait son peuple, ainsi que les devoirs du peuple vis-à-vis de Dieu, dans le respect des termes de l’Alliance. Il eut un sens très aigu des différentes déviations qui existaient alors dans la manière du peuple de vivre sa foi en Yahvé.
Son message développait 2 aspects fondamentaux : quelle est la véritable manière de vivre selon Yahvé-Dieu ? Les aberrations des dirigeants de Juda ne pouvaient, selon lui, que le conduire à la catastrophe, pour n’avoir pas suivi le Seigneur dans un discernement des appels des signes des temps.
Son Livre commence par des oracles contre Juda et Jérusalem (1, 4 - 25, 13), et c’est dans cette première partie que nous trouvons le récit de la vocation du prophète, ainsi que ses doutes et états d’âme concernant sa mission, car ces oracles couvrent toute la période de l’histoire dont il fut le contemporain. Une 2ème partie de son Livre traite de la restauration d’Israêl (26,1 - 35, 19). Une 3ème partie nous raconte les persécutions prolongées qu’a subies le prophète vers la fin de sa mission et de sa vie, ainsi que son martyre (36, 1 - 45, 5). Son Livre se termine par une série d’oracles contre les nations (46,1 - 51, 64).
Notre texte se situe dans la longue première partie des oracles prononcés contre Israël et Juda.
2. Message
Le Seigneur rappelle d’abord l’Alliance qu’il a accordée à son peuple, lui promettant le bonheur en retour de son obéissance.
Mais, face à ce don de Dieu, les gens du peuple n’ont pas écouté le Seigneur, préférant suivre les appels de leur coeur obstiné et centré sur lui-même.
Le plus grave, c’est qu’Il en a toujours été ainsi depuis le temps de la sortie d’Egypte avec Moïse et de l’Alliance conclue au Sinaï. Si Dieu a fait preuve d’une extrême patience à leur égard en leur envoyant sans cesse des prophètes, bien loin de changer, la situation n’a fait qu’empirer. En effet, l’endurcissement du peuple a grandi au point que le Seigneur prévient Jérémie qu’il ne sera pas davantage écouté que ses prédécesseurs qui, comme lui, ont été appelés à parler au nom de Dieu.
Il n’y a plus qu’une conclusion à tirer : la fidélité est morte chez le peuple de Dieu.
3. Decouvertes
La formule de l’Alliance, répétée tout au long de la Bible, nous est redite ici : “Alors, je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple.”
L’envoi des prophètes est une sorte de “relance” continuelle de Dieu, face à un raidissement institutionnel depuis l’établissement de la royauté. Avant l’époque royale, Moïse, Josué, Samuel, avaient été à la fois chefs du peuple et prophètes, consultant le Seigneur et parlant en son Nom. Depuis la mort de Salomon, ce n’est plus le cas : d’où l’importance des prophètes, qui se lèvent régulièrement au nom du Seigneur pour rappeler le sens et la grandeur de l’Alliance conclue avec Dieu, et inviter le peuple à en vivre dans de nouvelles situations particulières.
4. Prolongement
Nous nous trouvons devant le même choix fondamental que le peuple d’Israël tout au long de son histoire : allons-nous vivre à partir de nous-mêmes, ou à partir de la Parole de Dieu, qui nous révèle l’invitation gratuite de Dieu à partager sa gloire ?
Nous sommes en relation avec Dieu, qui, par pure générosité, a pris l’initiative de nous associer à la qualité de sa vie. Il nous laisse toujours libres de notre réponse, qui est accueil de la grâce de répondre qu’il nous offre, mais il cherche toujours à nous faire grandir, par l’exigence de vérité et d’engagement qu’il nous propose.
Ce qu’il a commencé avec les prophètes de l’Ancien Testament, Dieu l’a pousuivi, et conduit à son terme, avec la mission de Jésus :
1 Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu,
2 en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles.
3 Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l’univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs,
Jésus a repris cette approche de Dieu, en nous offrant le don de sa présence, mais si nous gardons sa Parole, car nous sommes toujours dans la logique de l’Alliance :
23 Jésus lui répondit : ” Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et vous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui.”
Prière
*Seigneur Jésus, ton envoi par le Père nous prouve la patience de Dieu et son amour qui jamais ne se lasse, quand il s’agit de partager sa vie, et ta présence en nos coeurs, comme au milieu de nos communautés rassemblées en ton Nom, te révèle à la fois comme don de Dieu, et “Frère” qui nous accorde la capacité de redire ton “OUI” avec fidélité : aide-moi à toujours t’accueillir avec la plus grande ouverture de tout mon être, afin que je grandisse dans ma relation à Dieu et la pauvreté du coeur. AMEN.
07.03.2002.*
Évangile : Luc 11, 14-23
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
14 Il expulsait un démon, qui était muet. Or il advint que, le démon étant sorti, le muet parla, et les foules furent dans l’admiration.
15 Mais certains d’entre eux dirent : ” C’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons. “
16 D’autres, pour le mettre à l’épreuve, réclamaient de lui un signe venant du ciel.
17 Mais lui, connaissant leurs pensées, leur dit : ” Tout royaume divisé contre lui-même est dévasté, et maison sur maison s’écroule.
18 Si donc Satan s’est, lui aussi, divisé contre lui-même, comment son royaume se maintiendra-t-il ?… puisque vous dites que c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons.
19 Mais si, moi, c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons, vos fils, par qui les expulsent-ils ? Aussi seront-ils eux-mêmes vos juges.
20 Mais si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous.
21 Lorsqu’un homme fort et bien armé garde son palais, ses biens sont en sûreté ;
22 mais qu’un plus fort que lui survienne et le batte, il lui enlève l’armure en laquelle il se confiait et il distribue ses dépouilles.
23 ” Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi dissipe.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Dans sa montée vers Jérusalem avec ses disciples, dans cette 5ème partie de l’Evangile de Luc, Jésus ne cesse de les instruire, et particulièrement en réagissant face à des événements auxquels il est confronté.
2. Message
On divise habituellement la montée de Jésus vers Jérusalem en trois temps, correspondant à trois séries d’enseignements qu’il accorde à ses disciples. Au cours de la première série de ces enseignements, où se situe notre page, Jésus est lui-même objet de controverses concernant son identité, dans lesquelles il est amené à prendre position.
L’événement ici est double : d’abord une action de Jésus libérant un homme du démon “muet” qui le possède, ensuite, l’interprétation qu’en donnent certains : en se comportant ainsi, Jésus n’est finalement qu’un serviteur du Prince des démons. D’où, pour montrer qui il est, Jésus est sommé de produire uin signe dans le ciel.
Le message inclus dans la réponse de Jésus est on ne peut plus clair : s’il expulse les démons, c’est qu’il est plus fort qu’eux et qu’il agit avec la puissance de Dieu. En conséquence, il est le passage obligé vers le salut de Dieu. Il faut être avec lui, rassembler avec lui, car il est venu pour que tous les hommes soient sauvés. Et il dira un peu plus loin (Luc, 11, 29 - 32) pourqoi il refuse de produire un signe dans le ciel.
3. Decouvertes
Le témoignage de Jésus s’inscrit dans une logique rationelle, facile à comprendre au niveau du bon sens : tout royaume divisé s’écroule. Satan n’agit pas contre lui-même.
Si chaque fois qu’un démon est chassé, il faut s’interroger pour savoir s’il est chassé par Satan lui-même, par un exorciste fonctionnant au nom de Dieu, comme le faisaient les disciples des Pharisiens, aucun discernement n’est plus possible.
Bon sens à l’oeuvre également dans la parabole du plus fort qui l’emporte, même lorsque l’on s’est bien barricadé et défendu. Jésus s’affirme donc ici comme bien plus fort que Satan.
Les Evangiles nous apprennent que Jésus a pratiqué un grand nombre d’exorcismes, mais également qu’il n’était pas le seul à en effectuer. Cependant il les accomplissait, non pas avec des supplications et des prières adressées à Dieu, comme faisaient les exorcistes Juifs, mais directement, à partir de sa propre autorité, qui était pourtant mal perçue par les responsables de son peuple, dans la mesure où il semblait par ailleurs prendre des libertés face à la Loi (par exemple, en déclatant la Loi faite pour l’homme).
En parlant du “doigt de Dieu ” à l’oeuvre dans son ministère, Jésus rappelle Exode, 8, 27, où il était souligné que Dieu était à l’oeuvre.
Dans la distribution des épisodes de Luc, on situe volontiers cette page dans l’ensemble 11, 14 - 36, y englobant donc la réponse que Jésus donnera explicitement à la demande de signe.
4. Prolongement
Nous sommes appelés à être témoins de cette victoire de Jésus, qui nous est offerte dans l’Esprit Saint qu’il nous transmet après sa résurrection. Jésus a annoncé sa mort comme une victoire sur le monde (Jean 16, 14 - 36).
Paul, de son côté, déclare que, dans la force de Jésus Christ, puissance de Dieu, il est rendu capable de tout :
11 Ce n’est pas mon dénuement qui m’inspire ces paroles ; j’ai appris en effet à me suffire en toute occasion.
12 Je sais me priver comme je sais être à l’aise. En tout temps et de toutes manières, je me suis initié à la satiété comme à la faim, à l’abondance comme au dénuement.
13 Je puis tout en Celui qui me rend fort.
Prière
*Seigneur Jésus, c’est parce que tu étais totalement transparent au Père, dont tu accomplissais sans cesse la volonté, que tes gestes et paroles étaient directement porteurs de la puissance et de la force de Dieu, dont tu disposais avec autorité, puisque, comme l’écrit l’Evangile de Jean, le Père avait tout remis entre tes mains et t’avait donné l’Esprit sans mesure : apprends-moi à ne jamais douter de ta force victorieuse contre toutes les forces et puissances du mal qui, bien que terrassées une fois pour toutes en ton “Heure” de passage au Père, moment suprême de ton engagement, nous environnent encore dans les détours de notre histoire, où tu nous demandes de réagir avec ta propre force, et nous en rends capables, dans la mesure où nous t’accueillons avec foi au coeur de nos vies. AMEN.
27.03.2003.*