📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Osée 6, 1-6

DU LIVRE DU PROPHETE OSEE

Texte

1 ” Venez, retournons vers Yahvé. Il a déchiré, il nous guérira; il a frappé, il pansera nos plaies;
2 après deux jours il nous fera revivre, le troisième jour il nous relèvera et nous vivrons en sa présence.
3 Connaissons, appliquons-nous à connaître Yahvé; sa venue est certaine comme l’aurore; il viendra pour nous comme l’ondée, comme la pluie de printemps qui arrose la terre. “
4 - Que te ferai-je, Éphraïm ? Que te ferai-je, Juda ? Car votre amour est comme la nuée du matin, comme la rosée qui tôt se dissipe.
5 C’est pourquoi je les ai taillés en pièces par les prophètes, je les ai tués par les paroles de ma bouche, et mon jugement surgira comme la lumière.
6 Car c’est l’amour qui me plaît et non les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes.

Commentaire

1. Situation

On ne connaît pratiquement rien de la vie d’Osée, sauf par des détails que l’on découvre dans son Livre. C’est ainsi que nous apprenons qu’il a exercé son ministère dans les dernières années de l’existence du royaume du Nord (Israël), avant l’invasion et la déportation Assyriennes, soit entre 750 et 732. Osée est contemporain d’Amos en Israël, et d’Isaïe et Michée en Juda.

Osée a dévoilé les infidélités d’Israël et annoncé les châtiments divins. De plus, il a maintenu que ce ne sont pas les Baals, ou dieux de la fertilité, qui régulent les semailles et récoltes en Israël, mais bien Yahvé, qu’il présente comme l’époux qui aime son peuple Israël.

En effet, aux chapitres 1 et 3 de ce Livre, l’on voit le prophète recevoir du Seigneur l’ordre d’épouser une prostituée qui, en plus, va devenir adultère en le trompant, mais qu’Osée parviendra finalement à ramener à lui. Le chapitre 2 nous en donne le sens théologique : Israël est l’épouse du Seigneur, qui se prostitue, commet l’adultère avec les divinités païennes, mais que Yahvé-Dieu finit par ramener à lui, et par lui rendre sa place après un temps d’épreuves.

On pense aujourd’hui que les oracles du livre d’Osée remontent à l’époque du prophète, même si l’on trouve, dans la version actuelle de ce Livre en nos Bibles, d’assez nombreux ajouts et corrections postérieurs.

Ce Livre se développe en 4 parties : - le mariage du prophète, image de l’échec des relations entre Dieu et Israêl (1, 2 - 3, 9), - condamnation, par le prophète, de ses contemporains (4, 1 - 9, 9), - le péché et l’histoire (9, 10 - 14, 1), - un épilogue, qui traite de la repentance et du salut (14, 2 - 9).


Notre page se trouve dans le 2ème partie de ce Livre.

2. Message

Cette page nous présente une velléité du peuple de revenir à Dieu, et la réponse du Seigneur par l’intermédiaire de son prophète. Nous assistons d’abord à une démarche apparemment de bonne volonté de la part du peuple, qui déclare vouloir retourner à Yahvé. Cependant, la réponse de Dieu est nette : vous n’êtes pas sincères, vous ne durez pas dans la fidélité, ce que vous voulez faire ne correspond pas à ce que Dieu attend de vous.

Il est clair que Dieu et son peuple ne parlent pas ici le même langage : d’un côté, une reprise envisagée des pratiques cultuelles religieuses, mais sans réelle conversion du coeur, ni amour profond de Dieu, de l’autre, celui du Seigneur, l’insistance sur l’essentiel, à savoir l’engagement du coeur dans l’obéissance et la fidélité, attitude beaucoup plus importante que le culte liturgique : d’où cette phrase remarquable, que Jésus reprend, sur l’amour et la connaissance de Dieu, à préférer aux sacrifices et aux holocaustes.

3. Decouvertes

Au verset 2, il est question de Dieu qui guérit et rend la vie, cela veut dire qu’il redonne la santé, après de dures épreuves. Les 3 jours ici mentionnés seraient une allusion aux dieux de la fertilité, dont on disait que, régulièrement, ils mouraient et revenaient à la vie le 3ème jour.

La raison de l’insuffisance de la repentance d’Israël trouve son explication au verset 6 : c’est la pratique du culte liturgique, sans se soumettre pour autant aux commandements de Yahvé.

4. Prolongement

Jésus cite, à deux reprises, le verset 6 d’Osée, en réponse à l’accusation des Pharisiens qui lui reprochaient de manger avec les publicains et les pécheurs, juste après son appel de Matthieu (Matthieu, 9, 13), et suite à une condamnation de ses disciples, par les mêmes Pharisiens, pour avoir arraché et mangé quelques épis de blé un jour de sabbat (Matthieu, 12, 7).

Le résumé de la prédication de Jésus : “Le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Evangile”.

Le prophète Jérémie, juste avant l’exil du royaume du Sud, et le prophète Ezéchiel, parmi les exilés, tous les deux à une époque particulièrement troublée de l’histoire, sont alors arrivés à la conclusion que Dieu lui-même doit intervenir directement dans la conversion de l’homme : - en insérant dans le coeur de l’homme la capacité d’obéir et de le connaître (Jérémie, 31, 31 - 34), - en donnant à l’homme, avec son esprit, un nouveau coeur, qui ne soit plus de pierre, mais de chair (Ezéchiel, 36, 26 - 27).

Paul nous annonce le passage par une création nouvelle dans la participation à la mort-résurrection du Christ, qui, sans avoir jamais connu le péché, a été “fait péché pour nous, pour que nous devenions justice de Dieu” (2 Corinthiens, 5, 17 - 21). Dans la même lettre, Paul va jusqu’à nous dire que c’est par le “OUI” du Christ que nous pouvons prononcer notre propre “OUI” ou “AMEN” à Dieu pour sa gloire. (2 Corinthiens, 1, 19 - 21). L’enseignement de Paul, en un texte plus tardif, emploie d’autres formules aussi fortes : c’est par grâce que nous sommes sauvés, nous n’y sommes pour rien, c’est un don de Dieu (Ephésiens, 2, 4 - 10).

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous donnes ton “OUI” pour que nous soyons capables de nous tourner vers Dieu en vérité, dans la fidélité, et ce “OUI” est l’expression de ta présence en nos coeurs, avec le Père, dans l’Esprit Saint : aide-moi à mesurer mes insuffisances, mes replis sur moi, l’ampleur de mon péché, tout ce qui, dans ma vie, fait obstacle à une réelle conversion, afin que je puisse toujours t’accueillir en moi avec un coeur de pauvre, qui se remet totalement entre tes mains, pour faire la volonté de ton Père et notre Père. AMEN.

09.03.2002.*

Évangile : Luc 18, 9-14

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

9 Il dit encore, à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autres, la parabole que voici :
10 ” Deux hommes montèrent au Temple pour prier ; l’un était Pharisien et l’autre publicain.
11 Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain ;
12 je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers. “
13 Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! “
14 Je vous le dis : ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non. Car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Nous approchons de la fin de la montée de Jésus vers Jérusalem avec ses disciples qu’il instruit.

2. Message

Cette Parabole du Pharisien et du Publicain, propre à Luc, s’inscrit dans un enseignement de Jésus, dans lequel il montre à ses disciples qu’ils doivent plutôt dépendre de Dieu que d’eux-mêmes et de leurs bonnes oeuvres, pour recevoir le salut de Dieu.

Dans le paragraphe suivant, Jésus bénit très volontiers les enfants qu’on lui amène, et que ses disciples veulent écarter. Jésus les invite alors à devenir semblables à ces enfants pour accueillir le Règne de Dieu, attitude qui est toute à l’opposé de celle du Pharisien de notre Parabole.

Cette parabole appartient à la catégorie des “histoires qui nous proposent des attitudes à adopter”. Jésus nous invite manifestement ici à nous situer devant Dieu à la façon du Publicain. A la cour de Justice de Dieu, le Publicain, pécheur public, est justifié, parce qu’il a reconnu avoir besoin de la miséricorde de Dieu, et exprime un profond regret pour ses péchés.

A l’inverse, le Pharisien se comporte comme n’ayant pas besoin d’être justifié par le don gratuit de Dieu, car il s’est justifié lui-même. Il n’est donc pas “acquitté” à la cour de Justice du Seigneur.

3. Decouvertes

Depuis le début de son Evangile, Luc pose la question “Qui est juste ou non devant Dieu ?” Il n’hésite pas à dire, en formules tranchantes, qu’il n’est pas venu appeler les justes, mais les pécheurs (Luc, 5, 32), ou qu’il y a plus de joie au ciel pour “1” pécheur qui se convertit que pour “99” justes qui n’ont pas besoin de pénitence (Luc, 15, 7).

Dans le message que Luc nous transmet, d’une part, Jésus répond que la sûreté d’avoir accompli de bonnes oeuvres ne suffit pas, qu’il faut produire, comme Jésus, des fruits de justice selon Dieu. D’autre part, l’Evangile de Luc nous montre bien que Dieu a exalté le juste souffrant, l’innocent par excellence, que représente Jésus

Paul répond à la même question en utilisant le thème de la foi qui remplace la Loi, ainsi que le thème de Jésus crucifié, acteur et révélateur de la miséricorde justifiante de Dieu.

La conviction d’être juste, que manifeste le Pharisien de cette histoire, le pousse à mépriser les autres, qui vivent autrement que lui. Pour Jésus, mépriser les autres, ou se moquer d’eux, est une attitude qu’il condamne, et dont il sera lui-même victime en sa passion lorsque Pilate le renverra à Hérode (Luc, 23, 11). Jésus ne rejette pas les bonnes oeuvres qu’accomplit ce Pharisien en accord avec les règles de son groupe, et ne le déclare pas non plus “hypocrite”. Cet homme a tort de se séparer des autres hommes et de se mettre à part, comme méritant un statut particulier, dû à la conduite de sa vie. D’autre part, il n’a pas besoin de la miséricorde de Dieu.

A l’inverse, le Publicain, en se reconnaissant pécheur, et en faisant appel à la miséricorde de Dieu, crée en quelque sorte un pont entre lui et Dieu, avec lequel il se met en contact dans la confiance et la remise de soi. Il est donc nettement plus ouvert à Dieu que le Pharisien, sans pour autant nous donner la preuve qu’il a décidé de changer de vie.

Cette parabole semble viser un cas particulier, et non pas l’ensemble des Pharisiens comme tels. Les disciples de Jésus ne courent-ils pas également le risque de reproduire l’attitude de ce Pharisien et d’exclure ceux qui ne sont pas “comme eux”, comme l’épisode suivant de leur rejet des enfants le prouve à sa façon ?

4. Prolongement

Dans le mystère pascal du Christ crucifié-ressuscité-donnant l’Esprit, Dieu nous offre de devenir “justes” comme Jésus.

Notre accueil de ce don suprême suppose que nous nous en reconnaissions indignes, et dans le besoin nécessaire de cette miséricorde de Dieu.

Il nous faut nous tourner vers lui, nous remettre, par Jésus, et comme Jésus, entre ses mains, et nous laisser, par Jésus et dans l’Eglise, nous réconcilier avec lui (2 Corinthiens, 5, 17 - 21).

Prière

*Seigneur Jésus, lorsque tu rends grâces au Père en ta prière, c’est pour avoir caché les mystères du Royaume aux sages et aux puissants et les avoir révélés aux tout-petits, c’est-à-dire à ceux qui sont suffisamment pauvres d’eux-mêmes pour se reconnaître en “manque” face à Dieu, et ainsi disposés à accueillir comme un don l’annonce et la communication du salut de Dieu : aide-moi à savoir repousser toute tentation de ressembler au “Pharisien” que tu nous décris dans ta parabole, en refusant d’être satisfait de moi-même dans ma relation à toi, et ma pratique, toujours insuffisante, de ta Parole et de l’imitation de ta manière de vivre dans la vérité totale, ainsi qu’en évitant de me comparer à mes frères et soeurs pour les juger, les regarder de haut, et, à plus forte raison, les mépriser. AMEN.

29.03.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour