📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Osée 14, 2-10

DU LIVRE DU PROPHETE OSEE

Texte

2 Reviens, Israël, à Yahvé ton Dieu, car c’est ta faute qui t’a fait trébucher.
3 Munissez-vous de paroles et revenez à Yahvé. Dites-lui : ” Enlève toute faute et prends ce qui est bon. Au lieu de taureaux nous te vouerons nos lèvres.
4 Assur ne nous sauvera pas, nous ne monterons plus sur des chevaux, et nous ne dirons plus “Notre Dieu! ” à l’œuvre de nos mains, car c’est auprès de toi que l’orphelin trouve compassion. “
5 - Je les guérirai de leur infidélité, je les aimerai de bon cœur; puisque ma colère s’est détournée de lui,
6 je serai comme la rosée pour Israël, il fleurira comme le lis, il enfoncera ses racines comme le chêne du Liban;
7 ses rejetons s’étendront, il aura la splendeur de l’olivier et le parfum du Liban.
8 Ils reviendront s’asseoir à mon ombre; ils feront revivre le froment, ils feront fleurir la vigne qui aura la renommée du vin du Liban.
9 Éphraïm, qu’a-t-il encore à faire avec les idoles ? Moi je l’exauce et le regarde. Je suis comme un cyprès verdoyant, c’est de moi que vient ton fruit.
10 Qui est sage pour comprendre ces choses, intelligent pour les connaître ? Droites sont les voies de Yahvé, les justes y marcheront, mais les infidèles y trébucheront.

Commentaire

1. Situation

On ne connaît pratiquement rien de la vie d’Osée, sauf par des détails que l’on découvre dans son Livre. C’est ainsi que nous apprenons qu’il a exercé son ministère dans les dernières années de l’existence du royaume du Nord (Israël), avant l’invasion et la déportation Assyriennes, soit entre 750 et 732. Osée est contemporain d’Amos en Israël, et d’Isaïe et Michée en Juda.

Osée a dévoilé les infidélités d’Israël et annoncé les châtiments divins. De plus, il a maintenu que ce ne sont pas les Baals, ou dieux de la fertilité, qui régulent les semailles et récoltes en Israël, mais bien Yahvé, qu’il présente comme l’époux qui aime son peuple Israël.

En effet, aux chapitres 1 et 3 de ce Livre, l’on voit le prophète recevoir du Seigneur l’ordre d’épouser une prostituée qui, en plus, va devenir adultère en le trompant, mais qu’Osée parviendra finalement à ramener à lui. Le chapitre 2 nous en donne le sens théologique : Israël est l’épouse du Seigneur, qui se prostitue, commet l’adultère avec les divinités païennes, mais que Yahvé-Dieu finit par ramener à lui, et par lui rendre sa place après un temps d’épreuves.

On pense aujourd’hui que les oracles du livre d’Osée remontent à l’époque du prophète, même si l’on trouve, dans la version actuelle de ce Livre en nos Bibles, d’assez nombreux ajouts et corrections postérieurs.

Ce Livre se développe en 4 parties : - le mariage du prophète, image de l’échec des relations entre Dieu et Israêl (1, 2 - 3, 9), - condamnation, par le prophète, de ses contemporains (4, 1 - 9, 9), - le péché et l’histoire (9, 10 - 14, 1), - un épilogue, qui traite de la repentance et du salut (14, 2 - 9).


C ‘est la toute dernière page du message d’Osée qui nous est proposée ce jour, l’épilogue de son Livre.

2. Message

Cette page est construite en deux temps, à la façon d’un rite de liturgie pénitentielle : d’abord le peuple proclame son repentir, et ensuite il reçoit l’assurance du pardon de Dieu par l’intermédiaire du Prophète.

Le message d’Osée se termine ainsi sur une note d’espérance, fondée sur la certitude que Dieu aime son peuple. Le Prophète convoque donc le peuple, et l’invite d’abord au repentir, puis il lui communique la promesse d’amour qui est la réponse de Dieu. L’Alliance est rencontre de Dieu et dialogue. En conséquence, revenir au Seigneur, se resituer dans l’Alliance qu’il a offerte, lui redire “C’est toi notre Dieu”, nous introduit à une nouvelle communication de sa Parole. Alors le Seigneur nous répond en ouvrant nos yeux sur toute l’étendue de ce qu’il nous donne, c’est-à-dire la vraie vie, dans la proximité retrouvée.

3. Decouvertes

A noter que, dans sa repentance, le peuple non seulement reconnaît son péché, mais renonce à se fier à la puissance militaire, ainsi qu’aux pratiques idolatriques de l’Assyrie, qui est la grande puissance voisine du moment (14, 3 - 4).

Comme c’est le cas dans beaucoup de livres prophétiques, ce chapitre final d’Osée se termine avec un message positif. La restauration d’Israël, promise aux versets 5 - 8, est dépeinte avec des images frappantes de croissance et de floraison de la nature. On trouve des images semblables en Isaïe, 27, 2 - 6, images qui paraissent d’ailleurs dépendre probablement de ce texte d’Osée.

Le tout dernier verset est un “postsriptum” rajouté au Livre d’Osée, dans le style des écrivains de Sagesse, impliquant que le message du Livre du Prophète sera source de bonheur pour ceux qui le comprendront bien, et aura des conséquences désastreuses pour les infidèles.

4. Prolongement

L’Alliance avec Dieu nous est présentée comme guérison, don gratuit de son amour, capacité de porter du fruit et de mener une vie de qualité, car notre Dieu est le seul vrai Dieu qui procure la vie, ce que ne peuvent faire les idoles que nous choisirions. Nous avons donc à compter sur lui, et non pas sur nos forces humaines, nos méthodes personnelles, ou nos moyens techniques. Le “OUI”, qui vient du coeur et qu’exprime notre parole, devient le plus beau des sacrifices que nous puissions lui offrir. Le signe de la Vérité de Dieu, et dont sont incapables nos idoles, c’est la compassion miséricordieuse.

Pour nous, chrétiens, la preuve que Dieu nous a aimés le premier (1 Jean, 4, 9 - 10), c’est que le Christ est mort pour nous, pécheurs, et nous a ainsi réconciliés avec Dieu (Romains, 5, 6 - 11). Ainsi s’est manifestée la richesse de la miséricorde du Seigneur, dont seule la grâce gratuite nous sauve (Ephésiens, 2, 4 - 10).

Nous sommes pécheurs chaque fois que nous l’oublions pour nous appuyer d’abord sur nous-mêmes et notre expérience, fût-elle spirituelle.

Prière

*Seigneur Jésus, ce n’est pas nous qui t’avons choisi, mais bien toi qui nous as choisis, pour que nous allions, que nous portions du fruit, et que ce fruit demeure comme le signe de notre identité de disciples, car, as tu précisé, c’est à nos fruits que l’on nous reconnaîtra, ces fruits ne pouvant, et devant, être que ceux de l’amour fraternel, que nous sommes appelés à laisser ton Esprit Saint produire en nous : apprends-moi à relire davantage mon existence selon la vérité de ce que tu me proposes, et de la façon selon laquelle je réponds à toutes tes avances et aux dons gracieux de l’amour que, par toi, et dans la réalité de ton Esprit, Dieu ton Père dépose en moi, afin que je vive en reproduisant ton image dans tous les détours de mon histoire personnelle de chaque jour. AMEN.

28.03.2003.*

Évangile : Marc 12, 28-34

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

28 Un scribe qui les avait entendus discuter, voyant qu’il leur avait bien répondu, s’avança et lui demanda : ” Quel est le premier de tous les commandements ? “
29 Jésus répondit : ” Le premier c’est : Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur,
30 et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force.
31 Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. “
32 Le scribe lui dit : ” Fort bien, Maître, tu as eu raison de dire qu’il est unique et qu’il n’y en a pas d’autre que Lui :
33 l’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa force, et aimer le prochain comme soi-même, vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices. “
34 Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque pleine de sens, lui dit : ” Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu. ” Et nul n’osait plus l’interroger.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Nous retrouvons ici Jésus dans le 5ème grand épisode de cet Evangile de Marc, alors qu’il touche à la fin de son ministère, dans ces 4 jours qu’il passe à Jérusalem, entre son entrée triomphale et son arrestation (11, - 13, 37). Après avoir purifié le Temple en un geste prophétique très frappant, il y enseigne, soit directement, soit en répondant à des questions, souvent posées de façon malveillante par ceux qui le contestent et cherchent à le piéger en ses paroles.

2. Message

Cette scène est le récit d’une controverse dans laquelle un Scribe demande à Jésus quel est le plus grand des 613 commandements de la Loi dans l’Ancien Testament.

La réponse de Jésus, qui ajoute un second commandement, de fait inséparable du premier, combine deux citations de l’Ancien Testament, du Deutéronome, 6, 4 - 5, et du Lévitique, 19, 18. En parlant ainsi, Jésus se situe dans la continuité de la foi orthodoxe d’Israël, et dans cette manière, bien à lui, qu’il a d’aller au fond des choses. Car pour lui, l’important, c’est d’abord l’attitude intérieure : c’est de tout son être qu’il faut aimer Dieu, et c’est comme soi-même qu’on doit aimer son prochain.

Le Scribe qui interroge Jésus fait preuve d’une attitude réceptive à la Parole de Jésus, et d’un sincère désir d’apprendre, si bien que la controverse devient écoute de l’enseignement de Jésus.

3. Decouvertes

La question ainsi posée à Jésus sur le 1er des commandements était souvent posée aux Scribes et docteurs de la Loi.

Les premiers chrétiens ont interprété la réponse de Jésus comme une insistance sur le seul aspect “éthique” (attitude devant Dieu, les autres et soi-même) de la Loi Juive, et qui n’en reprend pas les préceptes rituels.

Les quatre noms cités au verset 30 pour circonscrire notre amour de Dieu : le coeur, l’âme, l’esprit, la force, traduisent la nécessité que nous avons d’aimer Dieu avec tout ce que nous sommes, selon toutes nos capacités et expressions humaines.

Le Scribe qui interroge Jésus, loin de faire preuve d’hostilité comme cela avait été le cas lors des questions précédentes posées à Jésus, va dans le sens de la réponse qu’il a entendue de Jésus, en mettant l’authenticité de la vérité intérieure de l’homme au dessus des actes du culte liturgique, et en écho aux textes de 1 Samuel, 15, 22 et du Prophète Osée, 6, 6.

La réponse de Jésus commence par la confession de la grande prière Juive que “Dieu est l’unique”, confession que le Scribe reprend égalament après la réponse de Jésus, et qui “situe” le caractère primordial et unique du commandement d’aimer Celui qui est à ce point l’unique Dieu au delà de tout, et dont nous recevons tout, et auquel nous devons tout.

On comprend que Jésus ait apprécié la reprise qu’a fait le Scribe de ses paroles et l’ait situé “proche” du Règne de Dieu en sa vie.

4. Prolongement

Jésus nous renvoie une fois de plus à l’essentiel, au fondement de ce qu’il a appelé “le culte en esprit et en vérité” (Jean, 4, 23 - 24), et que Paul, à sa suite, nous présente à sa manière (Romains, 12, 1 - 3).

Vivre ce premier et grand commandement nous situe vraiment à la racine de notre “vivre selon Jésus”. Comme lui, nous avons à aimer Dieu en cherchant toujours, et de plus en plus, à faire sa volonté (Jean, 5, 30). Et c’est cette qualité d’obéissance au désir de Dieu qui nous permet de nous tourner vers les autres avec miséricorde, pour les mettre debout, comme Jésus l’a si bien fait tout au long de son ministère.

L’auteur de la 1ère Lettre de Jean a bien souligné la cohérence des deux dimensions du grand commandement de l’amour :

19 Quant à nous, aimons, puisque lui nous a aimés le premier.

20 Si quelqu’un dit : ” J’aime Dieu ” et qu’il déteste son frère, c’est un menteur : celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas.

21 Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es notre Maître de vie : ce que tu annonces par ta Parole, tu le vis en profondeur comme ton engagement à tout instant vers le Père et le service de tes frères et soeurs en humanité, et tu te révèles vraiment comme le chemin de la Vérité et de la Vie : mets en moi cette cohérence unique, qui fait que plus j’aime Dieu et le prie, plus je me trouve porté à ma tourner vers tous les membres de notre humanité, que je rencontre chaque jour sur ma route. AMEN.

08.03.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour