📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Exode 32, 7-14

DU LIVRE DE L’EXODE

Texte

7 Yahvé dit alors à Moïse : ” Allons !descends, car ton peuple que tu as fait monter du pays d’Égypte s’est perverti.
8 Ils n’ont pas tardé à s’écarter de la voie que je leur avais prescrite. Ils se sont fabriqué un veau en métal fondu, et se sont prosternés devant lui. Ils lui ont offert des sacrifices et ils ont dit : Voici ton Dieu, Israël, qui t’a fait monter du pays d’Égypte. “
9 Yahvé dit à Moïse : ” J’ai vu ce peuple : c’est un peuple à la nuque raide.
10 Maintenant laisse-moi, ma colère va s’enflammer contre eux et je les exterminerai ; mais de toi je ferai une grande nation.
11 Moïse s’efforça d’apaiser Yahvé son Dieu et dit : ” Pourquoi, Yahvé, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple que tu as fait sortir d’Égypte par ta grande force et ta main puissante ?
12 Pourquoi les Égyptiens diraient-ils : “C’est par méchanceté qu’il les a fait sortir, pour les faire périr dans les montagnes et les exterminer de la face de la terre” ? Reviens de ta colère ardente et renonce au mal que tu voulais faire à ton peuple.
13 Souviens-toi de tes serviteurs Abraham, Isaac et Israël, à qui tu as juré par toi-même et à qui tu as dit : Je multiplierai votre postérité comme les étoiles du ciel, et tout ce pays dont je vous ai parlé, je le donnerai à vos descendants et il sera leur héritage à jamais. “
14 Et Yahvé renonça à faire le mal dont il avait menacé son peuple.

Commentaire

1. Situation

Deuxième des 5 premiers livres de l’Ancien Testament rattachés à la tradition de Moïse, le Livre de l’Exode nous relate deux étapes de l’histoire d’Israël : - La libération des Hébreux de la servitude Egyptienne (leur esclavage, l’envoi de Moïse en mission par Dieu, les 10 plaies d’Egypte, la sortie d’Egypte et la victoire de Dieu lors de la traversée de la Mer, la marche vers le Sinaï : 1, 1 - 18, 27), - Israël au Sinaï (conclusion de l’Alliance avec Dieu, qui donne les 10 commandements, les directives de Dieu concernant l’Arche, le culte et le sacerdoce, l’apostasie du peuple et le renouvellement de l’Alliance, la construction de la “Demeure” : 19, 1 - 40, 38).

Notre page se situe vers la fin de la 2ème partie, dans la section concernant l’apostasie du peuple et le renouvellement de l’Alliance.

2. Message

Le Dieu d’Israël, notre Dieu, est quelqu’un avec qui l’on peut discuter, auprès duquel on peut plaider, et qui se laisse fléchir. C’est bien dans cette perspective que se situe Moïse, au moment où Dieu l’informe de l’infidélité du peuple qui vient de se “matérialiser” la présence de son “dieu” en un veau d’or devant lequel il se prosterne.

Moïse argumente donc avec Dieu, et fait appel à la cohérence de la gratuité et de la générosité du Seigneur, qui l’avait envoyé libérer ce peuple de l’esclavage, en l’aidant de toute sa puissance de salut. Puisqu’ainsi Dieu a, de lui-même, fait sortir son peuple d’Egypte, dans un grand déploiement de sa pussance, qu’il continue ce qu’il a commencé, non seulement avec Moïse lui-même, mais depuis son appel d’Abraham, auquel il avait promis une descendance très nombreuse, une terre, et de devenir bénédiction pour toutes les nations.

Moïse fait également appel à l’image que Dieu révèlerait de lui-même parmi les nations païennes, en premier lieu l’Egypte, s’il anéantissait ainsi son peuple, après un tel investissemnt de sa part pour le libérer de la servitude.

Moïse, avec qui le Seigneur envisage de repartir à zéro pour fonder avec lui un peuple nouveau, refuse, dans un esprit de solidarité avec ce peuple, dont Dieu lui a confié la charge : il monte donc au créneau pour lui obtenir la miséricorde de Dieu.

3. Decouvertes

Après avoir solennellement accepté l’Alliance proposée par Dieu sur la base de ses commandements (24, 1 - 8), la première chose que fait ce peuple est de rompre cette Alliance, en ne respectant pas le plus fondamental de ces commandements : il abandonne le culte de Yahvé pour le remplacer par celui d’une idole.

Voilà bien un “test” de l’Alliance et de l’engagement de Dieu envers son peuple. Dieu aurait toute raison d’anéantir les coupables et de tout recommencer avec Moïse : or cela n’arrrive pas, et l’on peut se demander pourquoi.

Moïse prend l’initiative d’intervenir auprès de Dieu en faveur du peuple pécheur. Nous assistons ici à une sorte de “lutte” entre Moïse et Yahvé, qui commence avec ce texte et va se terminer en 34, 9. Moïse parvient ainsi, d’abord à éviter l’anéntissement du peuple, et à obtenir, ensuite, que Dieu demeure présent à ce peuple, alors que le peuple ne manifeste aucun véritable signe de repentir. Dans ce texte, nous constatons donc une évolution dans le rôle de Moïse : il n’est plus seulement celui qu exécute les ordres du Seigneur. Il se sent totalement responsable de ce peuple et monte sur la brèche en sa faveur.

Dieu nous est présenté également ici selon une nouvelle dimension : Moïse lui rappelle son engagement gratuit en accordant la promesse et le don de l’Alliance à son peuple. Et quand Dieu se manifestera, d’une certaine façon, à Moïse lorsque ce dernier aura regravi la montagne pour renouveler l’Alliance rompue, il se présentera comme celui qui est le Dieu de tendresse et de pitié, qui fait miséricorde, qui aime et qu pardonne (34, 6 - 7). Il se révèlera ainsi comme un Seigneur de patience et de totale fidélité, capable de porter à bout de bras un peuple qui va toujours régulièrement retomber dans son péché.

4. Prolongement

Jésus va encore aller plus loin dans la révélation de Dieu. Il ne nous le présente plus comme une Puissance menaçante auprès duquel on peut obtenir grâce et pardon, mais comme celui qui, de lui-même, prend l’initiative de cette grâce et de ce pardon qu’il nous offre : c’est ainsi qu’il envoie gratuitement Jésus le Fils pour nous sauver, notre réponse consistant seulement dans l’ouverture à ce don qu’il nous fait, et dont nous avons à percevoir l’ampleur et la dimension, de façon à ce que toute notre existence en soit transformée, lorsque nous y adhérons.

Quelques textes peuvent être cités parmi une multitude, mais dont il est bon de poursuivre la découverte par une relecture des paraboles de la miséricorde au chapitre 15 de Luc, et de la rencontre de Jésus avec la femme adultère au chapitre 8 de Jean :

6 C’est en effet alors que nous étions sans force, c’est alors, au temps fixé, que le Christ est mort pour des impies -;

7 à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir -;

8 mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.

31 Que dire après cela ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?

32 Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ?

33 Qui se fera l’accusateur de ceux que Dieu a élus ? C’est Dieu qui justifie.

34 Qui donc condamnera ? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je ? ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous ?

4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés,

5 alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ - c’est par grâce que vous êtes sauvés ! -

6 avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.

7 Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.

8 Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ;

9 il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier.

8 Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est Amour.

9 En ceci s’est manifesté l’amour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui.

10 En ceci consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés.

Prière

*Seigneur Jésus, en Dieu, notre Père, avec qui tu ne fais qu’un, tu nous fais découvrir, non plus le juge tout-puissant auprès de qui nous avons à plaider pour nous-mêmes et nos frères, mais le Seigneur qui est tout amour, gratuité et pardon, et qui par sa grâce manifestée en ta mort, ta résurrection, et le don de l’Esprit, fait de nous ses fils et héritiers, en nous partageant sa qualité de vie éternelle : apprends-moi à toujours entrer davantage dans sa logique d’amour et de pardon, à ne jamais revendiquer d’avoir raison pour humilier mes frères et soeurs, à me comporter comme toi-même, qui t’es fait le Serviteur de tous, pour nous révéler jusqu’où va la capacité d’amour de Dieu, qui est désormais insérée en nos coeurs par l’Esprit Saint. AMEN.

14.03.2002.*

Évangile : Jean 5, 31-47

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

31 Si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n’est pas valable.
32 Un autre témoigne de moi, et je sais qu’il est valable le témoignage qu’il me rend.
33 Vous avez envoyé trouver Jean et il a rendu témoignage à la vérité.
34 Non que je relève du témoignage d’un homme ; si j’en parle, c’est pour votre salut.
35 Celui-là était la lampe qui brûle et qui luit, et vous avez voulu vous réjouir une heure à sa lumière.
36 Mais j’ai plus grand que le témoignage de Jean : les œuvres que le Père m’a donné à mener à bonne fin, ces œuvres mêmes que je fais me rendent témoignage que le Père m’envoie.
37 Et le Père qui m’a envoyé, lui, me rend témoignage. Vous n’avez jamais entendu sa voix, vous n’avez jamais vu sa face,
38 et sa parole, vous ne l’avez pas à demeure en vous, puisque vous ne croyez pas celui qu’il a envoyé.
39 Vous scrutez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui me rendent témoignage,
40 et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie !
41 De la gloire, je n’en reçois pas qui vienne des hommes ;
42 mais je vous connais : vous n’avez pas en vous l’amour de Dieu ;
43 je viens au nom de mon Père et vous ne m’accueillez pas ; qu’un autre vienne en son propre nom, celui-là, vous l’accueillerez.
44 Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique.
45 Ne pensez pas que je vous accuserai auprès du Père. Votre accusateur, c’est Moïse, en qui vous avez mis votre espoir.
46 Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c’est de moi qu’il a écrit.
47 Mais si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles ? “

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :

  • le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
  • la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
  • la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
  • la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
  • la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
  • la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
  • la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).

Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :

  • 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
  • 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
  • 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
  • 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
  • 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).

Dans cette première partie de l’Evangile, appelée “Livre des signes”, nous découvrons, à partir de ce chapitre 5, comment Jésus reprend à son compte et réinterprète les principales fêtes et célébrations d’Israël, et se situe par rapport à elles en fonction de sa mission et de sa relation unique à Dieu son Père. Le 3ème grand “signe” de Jésus, raconté au début de ce chapitre 5, nous a introduit à toute une réflexion de Jésus sur sa relation au Sabbat. Accusé par les responsables Juifs de violer le sabbat, Jésus s’en déclare le maître et s’explique à ce sujet dans un discours sur l’oeuvre qu’il accomplit, et que le Père a confiée au Fils qu’il est. Nous lisons aujourd’hui la 2ème partie de ce Discours de Jésus sur son “oeuvre de Fils”.

2. Message

Dans la 1ère partie de ce Discours (5, 16 - 30), Jésus a commencé par revendiquer le droit de travailler à sa mission le Jour du Sabbat au nom du fait que Dieu lui-même continue de veiller sur sa création, et sur ceux qu’il appelle, le Jour du Sabbat. Puisque, dit-il alors, mon Père est à l’oeuvre, moi aussi je suis à l’oeuvre. Jésus s’est situé ainsi au plan de Dieu, et a, dans cette perspective, affirmé son pouvoir de juger (5, 19 - 25), de donner la vie (5, 21 et 26), et souligné l’importance qu’il y a d’écouter sa Parole et de croire en lui (5, 25 et 28).

Dans la 2ème partie de ce Discours, que nous lisons ce jour, Jésus se livre à un véritable plaidoyer, comme s’il était devant un tribunal, et qui se déroule en deux temps.

Il fait d’abord appel à des témoins en sa faveur (5, 31 - 40) : en premier lieu, Jean Baptiste (5, 31 - 35), qui sans être la vraie Lumière définitive que seul est Jésus, le Verbe de Dieu (1, 6 - 9), a été une “lampe” brillant dans la direction de Jésus et lui rendant un témoignage éphémère. Ensuite, deuxième catégorie de témoins invoqués par Jésus, ses propres “oeuvres”, c’est-à-dire ses signes et ses miracles, accomplies au titre de sa mission d’envoyé du Père (5, 36).

Le troisième témoin auquel se réfère Jésus est le Père lui-même (5, 37 - 38). A quelle manifestation du Père Jésus pense-t-il ici ? Le texte ne nous le dit pas directement. On s’est demandé s’il ne s’agit pas de la Loi reçue par Moïse au Sinaï, à laquelle le verset 5, 46 fait, semble-t-il, allusion, et qui “pointe” dans la direction de Jésus, accomplissement de l’Alliance entre Dieu et son peuple. On s’accorde plus volontiers à penser qu’il est ici question du témoignage de la vérité elle-même dans le coeur de ceux qui croient en Jésus, selon ce qu’indique ce verset de la 1ère Lettre de Jean : ”… tel est le témoignage de Dieu : il a rendu témoignage en faveur de son Fils. Qui croit au Fils de Dieu a ce témoignage en lui-même” (1 Jean, 5, 9 - 10).

Dernier témoin convoqué par Jésus, les Ecritures, la Bible, très probablement surtout les Livres de la Loi. et nous sommes ici renvoyés à tous les Evangiles où nous voyons Jésus lancer de nombreux défis aux autorités Juives en faisant appel à la “Loi et aux Prophètes” (Marc, 12, 35 - 37), sans compter tous les endroits où il nous est dit que telle parole ou telle action de Jésus accomplit telle parole des Ecritures (voir, entre autres Evangiles dont surtout celui de Matthieu, dans cet Evangile de Jean : 1, 45; 2, 22; 12, 41; 19, 28, et ce qui est dit plus loin dans notre texte, en 5, 46 - 47).

Mais, constate Jésus, en dépit de toutes ces interventions en sa faveur, les Juifs refusent de croire en lui et de venir à lui pour recevoir l’accomplissement du projet de Dieu, cette “vie éternelle” qu’il révèle et communique (5, 40).

Dans le second temps de sa plaidoirie (5, 41 - 47), Jésus, en langage prophétique, attaque l’incroyance des Juifs, qu’il estime délibérée, et le produit de leur suffisance et de leur orgueil. Ils ne savent plus obéir à Dieu et préfèrent suivre leur propre volonté et chercher leur propre gloire, alors que Jésus se présente comme celui qu ne vient pas en son propre nom, mais au nom de Dieu son Père (5, 41 - 44).

Dans les trois derniers versets, Jésus porte son attaque contre les Juifs sur leur point le plus sensible : ils refusent de croire en lui, au nom de leur loyauté vis-à-vis de Moïse et des Livres de la Loi (voir 9, 28 - 29), mais c’est Moïse qui les accusera devant Dieu, parce qu’ils n’ont pas su comprendre le vrai sens de ses écrits, qui annonçaient un achèvement du projet de Dieu en Jésus (1, 17; 6, 32 - 33; 7, 22 - 24).

3. Decouvertes

Vu le fait que, nulle part, dans les autres Evangiles, on ne trouve pareille présentation logique et argumentée des revendications de Jésus sur sa mission vécue en relation à son envoi par le Père, on pense que ce discours du chapitre 5 de Jean, tout en s’appuyant sur des arguments utilisés par Jésus, est une présentation systématisée de la défense des communautés chrétiennes primitives devant les accusations, proférées devant elles, contre Jésus et sa mission.

On a remarqué le ton agressif de Jésus dans ce passage. Mais Jésus nous est présenté de façon aussi agressive, et même plus violente, au chapitre 23 de Matthieu, lorsqu’il s’en prend aux Pharisiens.

Comme indiqué plus haut, certains cherchent le témoignage que Dieu rend à Jésus dans la théophanie du Sinaï, au chapitre 19, 5 du Livre de l’Exode. Dans ce cas, le fait que les Juifs ne reconnaissent pas Jésus montre, selon ce que dit Jésus dans notre passage en 5, 44 - 47, que cette grande manifestation de Dieu à Moïse n’a pas été davantage reçue et interprétée correctement par eux. Ne pas recevoir la Parole de Dieu en vérité, c’est être dépourvu d’un véritable amour pour Dieu (5, 39 - 42)

4. Prolongement

C’est par son obéissance totale à la volonté du Père que Jésus partage la gloire du Père :

30 Je ne puis rien faire de moi-même. Je juge selon ce que j’entends : et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.

31 Si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n’est pas valable.

38 car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.

44 Jésus a dit, il l’a clamé : ” Qui croit en moi, ce n’est pas en moi qu’il croit, mais en celui qui m’a envoyé,

45 et qui me voit voit celui qui m’a envoyé.

49 car ce n’est pas de moi-même que j’ai parlé, mais le Père qui m’a envoyé m’a lui-même commandé ce que j’avais à dire et à faire connaître ;

50 et je sais que mon commandement est vie éternelle. Ainsi donc ce que je dis, tel que le Père me l’a dit je le dis. ”

14 Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde. …

22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : …

24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as suffisamment répété que nous devions d’autant plus croire en toi que tu ne cherchais rien pour toi-même, mais qu’au contraire tu étais uniquement celui que le Père avait envoyé comme porteur de sa Parole, de son oeuvre, de sa Lumière et de sa vérité : aide-moi à mieux comprendre que croire en toi c’est pour moi chercher à reproduire ton attitude en renonçant à trouver la vérité de ma vie à partir de moi-même, afin de recevoir du Père, par toi, dans l’Esprit Saint, toutes les valeurs du salut de Dieu que tu nous as révélées en ta Parole et communiquées dans ton engagement d’obéissance. AMEN.

03.04.2003.*


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