📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Isaïe 65, 17-21
DU LIVRE DU PROPHETE ISAÏE
Texte
17 Car voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle, on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit.
18 Mais soyez pleins d’allégresse et exultez éternellement de ce que moi, je vais créer : car voici que je vais faire de Jérusalem une exultation et de mon peuple une allégresse.
19 J’exulterai en Jérusalem, en mon peuple je serai plein d’allégresse, et l’on n’y entendra plus retentir les pleurs et les cris.
20 Là, plus de nouveau-né qui ne vive que quelques jours, ni de vieillard qui n’accomplisse son temps; car le plus jeune mourra à l’âge de cent ans, c’est à cent ans que le pécheur sera maudit.
21 Ils bâtiront des maisons et les habiteront, ils planteront des vignes et en mangeront les fruits.
Commentaire
1. Situation
Même si cette hypothèse est désormais contestée, en faveur d’une accentuation beaucoup plus nette sur l’unité de tout le Livre d’Isaïe, vu plutôt comme un seul recueil de poèmes prophétiques, plus ou moins anciens et édités tardivement, l’on avait, depuis quelques décennies, fortement pensé que les chapitres 40 - 66 du Livre d’Isaïe devaient être attribués à 2 prophètes anonymes, dont l’un serait appelé “le 2ème Isaïe”, prophète contemporain de l’exil, dans la seconde moitié du 6ème siècle, et l’autre “le 3ème Isaïe”, qui écrit de Palestine, après le retour d’exil, soit au tournant et dans la 1ère moitié du 5ème siècle. Les chapitres 40 - 55 sont ainsi consodérés comme étant l’oeuvre d’un 2ème Isaïe, tandis que les chapitres 56 - 66 celle d’un 3ème Isaïe. Si le 2ème Isaïe nous parle dans un style solennel et lyrique, le 3ème Isaïe, malgré son ton souvent mélancolique, nous brosse de nouvelles visions d’avenir.
Si nous n’avons dans notre Bible qu’un seul Livre d’Isaïe, englobant le 1er Isaïe, le grand prophète du 8ème siècle à Jérusalem, ainsi que ces 2 Prophètes nommés d’après lui, c’est qu’un esprit commun se manifeste avec une certaine continuité dans l’oeuvre de ces 3 hommes, ce qui a poussé un éditeur final à rassembler leurs productions respectives en un seul recueil que nous trouvons aujourd’hui dans nos Bibles.
On pense, en effet, que, dans cette perspective, ceux que l’on nomme le 2ème et le 3ème Isaïe appartenaient probablement à une école où l’on relisait et méditait la pensée religieuse du 1er Isaïe, ce géant du prophétisme, en essayant de l’adapter à des circonstances nouvelles, si bien que des éléments importants du 1er Isaïe se retrouvent chez les deux autres prophètes plus tardifs qu’on a ainsi rattachés à son Livre.
L’oeuvre du 3ème Isaïe, dans laquelle nous lisons ainsi notre page de ce jour, fait état d’un combat après le retour d ‘exil, pour un Nouveau Temple et et une Nouvelle manière de diriger le peuple d’Israêl. (56, 9 - 59, 21). Dans la suite de son Livre, le Prophète décrira la Nouvelle Jérusalem (60 - 62), présentera les cieux nouveaux et la terre nouvelle (63, 1 - 66, 16), avant de conclure son oeuvre en invitant tous les étrangers à venir à la Maison de Dieu et à s’y sentir chez eux. (66, 17 - 24).
2. Message
Voici une de ces pages du, ou des, prophète(s) portant le nom d’Isaïe, et situé(s) à la période de, ou d’après, l’exil à Babylone (ici, celui qu’on appellerait le “3ème Isaïe, prophète d’après l’exil), nous présentant le salut de Dieu, l’achèvement des relations entre Dieu et son peuple, comme une “création nouvelle”.
Cette création nouvelle embrasse à la foi tout l’univers (résumé dans “la terre et le ciel”), et tout le salut du peuple d’Israël, représenté ici par Jérusalem, et affectant tous les aspects de la vie du peuple de Dieu, qui se trouvent transfigurés en une réalité transformée, qui procure joie et allégresse.
Finis désormais les cris et les pleurs, la mort des nouveaux-nés ou d’autres décès prématurés. De même l’on connaîtra une ère de stabilité permanente qui permettra de construire des habitations qui dureront et de récolter avec profit ce que l’on aura cultivé.
3. Decouvertes
Depuis le début du chapitre 40 (point à partir duquel l’on a constaté que la tonalité du Livre d’Isaïe a fortement changé), le thème de Yahvé-Dieu “créateur du ciel et de la terre” est sans cesse revenu, et, dans ces deux derniers chapitres 65 et 66 du Livre d’Isaïe, on assiste à un renouvellement complet du ciel et de la terre, saisis dans une nouvelle “création” (voir en particulier, 66, 22).
Le prophète nous invite ainsi à porter notre regard vers l’avenir que Dieu, créateur et sauveur, réserve à son Peuple. Il ne faut donc plus se tourner vers l’arrière ou le passé (43, 18). Dans ces conditions, la “Jérusalem” annoncée est une figure “idéalisée” selon une dimension cosmique et apocalyptique de la fin des temps. Et cette “vision” va se poursuivre jusqu’au verset 25 de ce chapitre, au-delà de notre page.
Les bénédictions promises dans cet oracle prophétique représentent autant d’aspects de la prospérité que pouvaient attendre des communautés agricoles des temps anciens.
4. Prolongement
C’est avec la résurrection de Jésus que ces promesses sont devenues pour nous réalité déterminante de notre “aujourd’hui” (le “déjà-là”), tout en demeurant accopplissement attendu en sa plénitude “définitive” pour la fin ultime des temps (le “pas-encore”), comme l’indiquent bien quelques grandes affirmations du Nouveau Testament :
17 Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là.
18 Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation.
1 Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu.
2 Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre.
3 Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu :
4 quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire.
1 Voyez quelle manifestation d’amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! Si le monde ne nous connaît pas, c’est qu’il ne l’a pas connu.
2 Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est.
1 Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle - car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus.
2 Je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux.
3 J’entendis alors une voix clamer, du trône : ” Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu.
4 Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. ”
5 Alors, Celui qui siège sur le trône déclara : ” Voici, je fais l’univers nouveau. “
Prière
*Seigneur Jésus, ressuscité d’entre les morts, debout à la droite du Père, présent en nos coeurs par ton Esprit Saint qui nous configure à toi dans une nouvelle création de tout notre être, le don d’un “coeur nouveau”, et l’inauguration du partage que tu nous fais de ta vie divine : donne-moi de ne jamais me détacher de ta présence et de ta Parole, qui me transmettent et m’interpètent ce que tu as commencé de réaliser et d’achever en ma vie, et dans la vie de tous mes frères et soeurs. AMEN.
31.03.2003.*
Évangile : Jean 4, 43-54
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
43 Après ces deux jours, il partit de là pour la Galilée.
44 Jésus avait en effet témoigné lui-même qu’un prophète n’est pas honoré dans sa propre patrie.
45 Quand donc il vint en Galilée, les Galiléens l’accueillirent, ayant vu tout ce qu’il avait fait à Jérusalem lors de la fête ; car eux aussi étaient venus à la fête.
46 Il retourna alors à Cana de Galilée, où il avait changé l’eau en vin. Et il y avait un fonctionnaire royal, dont le fils était malade à Capharnaüm.
47 Apprenant que Jésus était arrivé de Judée en Galilée, il s’en vint le trouver et il le priait de descendre guérir son fils, car il allait mourir.
48 Jésus lui dit : ” Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez pas ! “
49 Le fonctionnaire royal lui dit : ” Seigneur, descends avant que ne meure mon petit enfant. “
50 Jésus lui dit : ” Va, ton fils vit. ” L’homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il se mit en route.
51 Déjà il descendait, quand ses serviteurs, venant à sa rencontre, lui dirent que son enfant était vivant.
52 Il s’informa auprès d’eux de l’heure à laquelle il s’était trouvé mieux. Ils lui dirent : ” C’est hier, à la septième heure, que la fièvre l’a quitté. “
53 Le père reconnut que c’était l’heure où Jésus lui avait dit : ” Ton fils vit ”, et il crut, lui avec sa maison tout entière.
54 Ce nouveau signe, le second, Jésus le fit à son retour de Judée en Galilée.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :
- le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
- la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
- la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
- la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
- la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
- la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
- la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).
Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :
- 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
- 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
- 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
- 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
- 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).
Notre passage est la relation du 2ème signe accompli par Jésus, à Cana de Galilée.
2. Message
A deux reprises, dans ce passage, l’Evangéliste rappelle le 1er signe effectué à Cana, à savoir le changement de l’eau en vin (4, 46 et 54).
Dans les 2 cas, qui se passent dès l’arrivée de Jésus en Galilée, la trame du récit est la même. La mère de Jésus et le fonctionnaire royal demandent d’abord à Jésus d’intervenir, mais, dans les 2 cas, se heurtent à une réponse négative de Jésus (Jean, 2, 4 et 4, 48). Cependant, quand ils insistent tous les deux, Jésus répond favorablement à leur requête (2, 5. 7 - 8 et 4, 49 - 50). De plus, chaque fois, le miracle est décrit à travers les réactions des gens qui le constatent (2, 9 - 10 et 4, 51 - 53), et qui viennent à croire en Jésus (2, 11 et 4, 53).
Jésus nous est présenté ici comme réussissant sa mission en Galilée : on croit en lui, par contraste çà ce qui s’est passé en Judée, d’où il vient (2, 18 - 21).
Surtout, Jésus nous est révélé ici comme source de vie, thème déjà développé en Jean, 3, 1 - 4, 14, et qui le sera encore des chapitres 5 à 8. Mais, autre élément très important, cette vie qu’il nous offre ne nous est accessible que par la foi.
Si le fonctionnaire royal est un païen, nous découvrons que la foi en Jésus se répand non seulement, comme juste auparavant, chez les Samaritains schismatiques, mais également chez les païens.
3. Decouvertes
La guérison rapportée dans notre page ressemble fort à celle du fils ou du serviteur du centurion racontée en Matthieu, 8, 5 - 13 et Luc, 7, 2 - 10, ainsi, peut-être, qu’avec la guérison de la fille de la Cananéenne que nous trouvons en Marc, 7, 24 - 30 et en Matthieu, 15, 21 - 28.
La patrie où Jésus n’est pas honoré semble être ici la Judée et non pas la Galilée, ni le village de Nazareth. En Jean 7, 42, il nous est rappelé que le Messie vient de Bethléem, et, dans cet Evangile de Jean, Jésus est bien moins contesté en Galilée qu’en Judée.
Le fonctionnaire royal est d’abord critiqué avec tous ceux qui veulent voir des signes et des prodiges. Mais lorsque Jésus lui annonce, à distance de chez lui, la guérison de son fils, sans qu’il puisse d’abord la contrôler, il croit à la parole de Jésus sans avoir vu (Jean, 20, 29 et 31).
Lorsqu’il constate le miracle de guérison accompli par Jésus, sa foi en est confirmée, et, par son témoignage, il la partage à tous les gens de sa maison
4. Prolongement
Croire en Jésus nous donne la vie (Jean, 8, 12. 51 et 10, 10. 28) de Celui qui nous invite à renaître de l’eau et de l’Esprit (Jean, 3), à boire à la source d’eau vive qu’il procure (Jean, 4 et 7, 38), à aller vers lui, qui nous offre la vie (Jean, 5), à manger le pain de vie (Jean, 6), et, finalement, à entrer avec Jésus dans la vie de résurrection avec laquelle il s’identifie (Jean, 11, 25).
Croire en Jésus, c’est accepter sa Parole, Parole du Père qu’il est lui-même en plénitude (Jean, 1, 1 - 18), qui nous est transmise par le Nouveau Testament, écho des plus anciens témoignages des premiers disciples de Jésus, et de leur prédication. Paul nous dit ainsi que la foi naît de la prédication de la Parole (Romains, 10, 17), de la même façon que Jésus lui-même insistait sur la foi à apporter aux témoins qui l’avaient vu ressuscité (Jean, 20, 29).
Avec une telle écoute de la Parole dans la foi, nous construisons solidement notre vie de disciples (Matthieu, 7, 24 - 25), et nous demeurons en Jésus, comme lui même demeure en nous (Jean 10 et 14, 23).
Prière
*Seigneur Jésus, nous avons la chance de te rencontrer souvent dans ta Parole, mais nous risquons de la banaliser, de ne plus en goûter la nouveauté, de ne plus en apprécier la nourriture, si nous ne la recevons pas suffisamment avec la confiance et le coeur ouvert, que suppose la foi en toi : renouvelle en moi cette foi, qui est liée à ta présence et au don de ton Esprit, afin que tu deviennes davantage l’unique chemin et guide de mon existence, pour me conduire au Père, dont tu partages et communiques pleinement la vie. AMEN.
11.03.2002.*