📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Ézéchiel 47, 1-12

DU LIVRE D’ EZECHIEL

Texte

1 Il me ramena à l’entrée du Temple, et voici que de l’eau sortait de dessous le seuil du Temple, vers l’orient, car le Temple était tourné vers l’orient. L’eau descendait de dessous le côté droit du Temple, au sud de l’autel.
2 Il me fit sortir par le porche septentrional et me fit faire le tour extérieur, jusqu’au porche extérieur qui regarde l’orient, et voici que l’eau coulait du côté droit.
3 L’homme s’éloigna vers l’orient, avec le cordeau qu’il avait en main, et mesura mille coudées; alors il me fit traverser le cours d’eau : j’avais de l’eau jusqu’aux chevilles.
4 Il en mesura encore mille et me fit traverser le cours d’eau : j’avais de l’eau jusqu’aux genoux. Il en mesura encore mille et me fit traverser le cours d’eau : j’avais de l’eau jusqu’aux reins.
5 Il en mesura encore mille, et c’était un torrent que je ne pus traverser, car l’eau avait grossi pour devenir une eau profonde, un fleuve infranchissable.
6 Alors il me dit : ” As-tu vu, fils d’homme ? ” Il me conduisit puis me ramena au bord du torrent.
7 Et lorsque je revins, voici qu’au bord du torrent il y avait une quantité d’arbres de chaque côté.
8 Il me dit : ” Cette eau s’en va vers le district oriental, elle descend dans la Araba et se dirige vers la mer; elle se déverse dans la mer en sorte que ses eaux deviennent saines.
9 Partout où passera le torrent, tout être vivant qui y fourmille vivra. Le poisson sera très abondant, car là où cette eau pénètre, elle assainit, et la vie se développe partout où va le torrent.
10 Sur le rivage, il y aura des pêcheurs. Depuis En-Gaddi jusqu’à En-Églayim des filets seront tendus. Les poissons seront de même espèce que les poissons de la Grande mer, et très nombreux.
11 Mais ses marais et ses lagunes ne seront pas assainis, ils seront abandonnés au sel.
12 Au bord du torrent, sur chacune de ses rives, croîtront toutes sortes d’arbres fruitiers dont le feuillage ne se flétrira pas et dont les fruits ne cesseront pas : ils produiront chaque mois des fruits nouveaux, car cette eau vient du sanctuaire. Les fruits seront une nourriture et les feuilles un remède. “

Commentaire

1. Situation

Le prophète Ezéchiel a prêché durant l’exil des déportés du royaume de Juda à Babylone, à une période des plus dramatiques de l’histoire d’Israël. Emmené en exil avec les premiers déportés de 598, donc avant la ruine de Jérusalem et le second départ en exil un peu plus de 10 ans plus tard, il y a prêché des années 593 à environ 571.

Son livre se développe en trois grandes parties : - des oracles de jugement (1, 1 - 24, 27), - des oracles contre les nations étrangères (25, 1 - 32, 32), des oracles de restauration (33, 1 - 48, 35), parmi lesquels les derniers chapitres (40, 1 - 48, 35) concernent le nouveau Temple et le nouveau Culte à Jérusalem.

Ezéchiel est connu pour la puissance de ses visions, particulièrement celle de son appel prophétique, également par ses mimes prophétiques, autant que par son insistance sur la fidélité à l’Alliance conclue avec Dieu, son sens de la grandeur, de la sainteté et de la fidélité de Yahvé-Dieu, et des exigences de la vie morale et de l’exercice du culte authentique à rendre à Dieu.

Notre passage se situe ainsi dans la toute dernière partie des oracles de restauration, concernant le Temple et nouveau Culte.

2. Message

Dans cette vision, Ezéchiel est conduit à la porte du Temple. De l’eau coule depuis le côté sud du seuil du Temple, et se dirige vers l’est du Temple. Cette eau devient rapidement une rivière de plus en plus profonde, et, finalement, un fleuve infranchissable qui se jette dans le Mer Morte. De chaque côté de ce fleuve poussent des arbres toujours verdoyants, et chargés de fruits qui se renouvellent chaque mois, ainsi que de feuilles médicinales.

Ce fleuve, qui vient du Temple, assainit les eaux de la Mer Morte, qui se repeuple de poissons, ce qui permettra aux hommes de se nourrir.

Ainsi Dieu purifie-t-il et régénère-t-il son peuple, à partir de son Temple restauré, où il se donnera à rencontrer à ses fidèles qui viendront y célébrer ses hauts faits.

3. Decouvertes

Ce fleuve qui donne vie rappelle les fleuves du jardin d’Eden, au récit de la création et des origines (Genèse, 2, 10 - 14), ainsi que la source de Gihon qui coule à Jérusalem, depuis le mont du Temple (1 Rois, 1, 33).

Il existe des traditions, largement répandues au Proche Orient Ancien, de fleuves jaillissant d’une montagne cosmique et coulant jusqu’aux extrémités de la terre.

Les psaumes 29, 3 et 104, 3 nous parlent de Yahvé-Dieu, qui siège par-dessus les eaux, après avoir vaincu le chaos et mis de l’ordre dans le monde, pour en assurer la fécondité.

Il existe également beaucoup de fruits au jardin d’Eden (Genèse, 2, 9).

4. Prolongement

Le livre de l’Apocalypse du Nouveau Testament, au chapitre 22, 1 - 2, nous parle également d’un fleuve d’eau vive qui, dans la Jérusalem d’en haut, jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau :

1 Puis l’Ange me montra le fleuve de Vie, limpide comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau.

2 Au milieu de la place de part et d’autre du fleuve, il y a des arbres de Vie qui fructifient douze fois, une fois chaque mois ; et leurs feuilles peuvent guérir les païens.

La grande différence entre cette fin de l’Apocalypse et la vision d’Ezéchiel se situe toutefois dans le fait qu’il n’y a plus de Temple dans la Jérusalem d’en haut, l’accès à Dieu y devenant, en quelque sorte, “direct” :

22 De temple, je n’en vis point en elle ; c’est que le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout, est son temple, ainsi que l’Agneau.

23 La ville peut se passer de l’éclat du soleil et de celui de la lune, car la gloire de Dieu l’a illuminée, et l’Agneau lui tient lieu de flambeau.

Déjà, dans notre vie présente avec le Christ ressuscité et son Esprit, c’est le culte “en esprit et en vérité” (Jean, 4, 23 - 24) rendu à Dieu qui compte d’abord et qui témoigne du “Règne de Dieu déjà-là” dans notre existence (Romains, 12, 1 - 3). Depuis la résurrection de Jésus et le don de l’Esprit, il n’y a plus de Temple dans la tradition chrétiene. Quand une communauté de croyants au Christ se rassemble en un lieu, c’est pour que tous ses membres se revivifient à la source du Christ, dans le mystère de sa mort-résurrection rendu présent dans l’Esprit Saint, quand nous refaisons ensemble les gestes qui nous viennent du Christ, via ses disciples, pour faire mémoire de son”Heure”, et réécoutons ensemble sa Parole. Ainsi nos assemblées chrétiennes sont-elles un “lieu-source”.

L’eau vive qui purifie et qui nous vient de Jésus, est celle qui, dans l’Esprit Saint nous revêt du Christ et fait de nous des fils adoptifs du Père et ses héritiers (Galates, 3, 27; relire également à ce propos Jean, 3, 5 - 8). Et la source d’où jaillit pour nous l’eau vive de l’Esprit, c’est bien le Christ ressuscité (Jean, 7, 3 7 - 39).

Prière

*Seigneur Jésus, de toi nous recevons l’eau vive de ton Esprit, de ta vie, de ton engagement à faire la volonté du Père, de la fécondité de ton salut, et c’est ainsi que nous sommes purifiés, transformés, recréés dans une nouvelle naissance à la dignité d’hommes nouveaux, en participant à ton mystère pascal : apprends-moi à exprimer sans cesse cette nouveauté, qui devient en moi ta propre attitude d’amour, de pardon, de partage, et de vérité lumineuse, dans le reflet de ta gloire qui nous transfigure. AMEN.

12.03.2002.*

Évangile : Jean 5, 1-16

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

1 Après cela, il y eut une fête des Juifs et Jésus monta à Jérusalem.
2 Or il existe à Jérusalem, près de la Probatique, une piscine qui s’appelle en hébreu Bethesda et qui a cinq portiques.
3 Sous ces portiques gisaient une multitude d’infirmes, aveugles, boiteux, impotents, qui attendaient le bouillonnement de l’eau.
4 Car l’ange du Seigneur descendait par moments dans la piscine et agitait l’eau ; le premier alors à y entrer, après que l’eau avait été agitée, se trouvait guéri, quel que fût son mal.
5 Il y avait là un homme qui était infirme depuis trente-huit ans.
6 Jésus, le voyant étendu et apprenant qu’il était dans cet état depuis longtemps déjà, lui dit : ” Veux-tu guérir ? “
7 L’infirme lui répondit : ” Seigneur, je n’ai personne pour me jeter dans la piscine, quand l’eau vient à être agitée ; et, le temps que j’y aille, un autre descend avant moi. “
8 Jésus lui dit : ” Lève-toi, prends ton grabat et marche. “
9 Et aussitôt l’homme fut guéri ; il prit son grabat et il marchait. Or c’était le sabbat, ce jour-là.
10 Les Juifs dirent donc à celui qui venait d’être guéri : ” C’est le sabbat. Il ne t’est pas permis de porter ton grabat. “
11 Il leur répondit : ” Celui qui m’a guéri m’a dit : Prends ton grabat et marche. “
12 Ils lui demandèrent : ” Quel est l’homme qui t’a dit : Prends ton grabat et marche ? “
13 Mais celui qui avait été guéri ne savait pas qui c’était ; Jésus en effet avait disparu, car il y avait foule en ce lieu.
14 Après cela, Jésus le rencontre dans le Temple et lui dit : ” Te voilà guéri ; ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive pire encore. “
15 L’homme s’en fut révéler aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait guéri.
16 C’est pourquoi les Juifs persécutaient Jésus : parce qu’il faisait ces choses-là le jour du sabbat.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :

  • le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
  • la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
  • la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
  • la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
  • la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
  • la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
  • la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).

Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :

  • 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
  • 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
  • 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
  • 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
  • 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).

Dans cette première partie de l’Evangile, appelée “Livre des signes”, nous découvrons, à partir de ce chapitre 5, comment Jésus reprend à son compte et réinterprète les principales fêtes et célébrations d’Israël, et se situe par rapport à elles en fonction de sa mission et de sa relation unique à Dieu son Père. Le 3ème grand “signe” de Jésus, raconté en cette page, nous introduit à toute une réflexion de Jésus sur sa relation au Sabbat.

2. Message

Jésus, un jour de Sabbat, prend l’initiative de guérir un paralytique qui ne lui demande rien, et n’attend apparemment rien de lui. Du même coup, selon l’Evangéliste Jean, il se donne l’occasion d’expliquer, en un long discours qui va suivre, comment il conçoit le Sabbat, et s’y situe lui-même, en se plaçant du côté de Dieu, son Père.

3. Decouvertes

Ce texte nous offre beaucoup de découvertes : d’abord, il nous décrit, avec des détails très précis, la piscine de Béthesda, où a lieu ce “Signe” de Jésus. L’auteur de l’Evangile, ou du moins la tradition qu’il reprend, semble avoir une bonne connaissance topographique de Jérusalem.

La façon dont Jésus guérit le paralytique nous semble tout-à-fait classique, et selon les comportements habituels de Jésus. Cependant, le paralytique attire notre attention : il est lourdaud et naïf, s’avoue incapable de saisir une occasion favorable de descendre dans la piscine, et, quand Jésus l’interroge, ne perçoit pas la chance qui peut s’ouvrir à lui dans ce dialogue. Il ne cherche pas à savoir qui est Jésus, et quand ce dernier reprend contact avec lui pour lui faire comprendre le sens de sa guérison, il s’empresse d’aller le dénoncer aux autorités Juives.

D’autre part, même si l’on peut penser que les versets 9b - 13 sont un élargissement postérieur de ce récit sur le Sabbat, on ne voit pas quel sens pourrait avoir ce “Signe” de Jésus pour les destinataires de l’Evangile si le thème du Sabbat n’y jouait pas un rôle important. Relire Luc, 13, 10 - 17, pour retrouver une situation semblable de miracle “gratuit”, lié au thème du Sabbat.

Inutile de rechercher quelque relatrion que ce soit avec notre “baptême” chrétien dans cette page : en effet, l’eau , dont on nous dit qu’elle bouillonne régulièrement, n’intervient à aucun moment dans cette guérison effectuée par la seule Parole de Jésus.

4. Prolongement

Jésus ne serait-il pas tout pour nous ? Selon Paul, il remplace désormais personnellement la Loi Juive, et, selon Jean, il se dit le centre de toutes nos démarches spirituelles : on ne peut aller au Père que par lui, car il est le seul Chemin, la Vérité et la Vie (Jean, 14, 6 - 10).

Il nous suffit de le rencontrer, lui “Dieu avec nous”, “l’Emmanuel”. Ainsi, chaque célébration liturgique des sacrements de notre Eglise n’a d’autre but que de nous replonger dans le mystère de sa vie toute entière tournée vers le Père, dans un engagement jusqu’à mourir pour le service de sa mission et de la Vérité de Dieu, qu’il est justement chargé de nous révéler.

Prière

*Seigneur Jésus, en te voyant ainsi agir dans une démarche toute de miséricorde, de compassion et de révélation de la Vérité de Dieu qui, par toi, et en toi, transforme et accomplit la réalité du salut, nous sommes invités, par ta Parole elle-même, ainsi que par tes comportements, qui nous sont rapportés, à recentrer notre approche de Dieu sur ta personne en qui le Père se manifeste à nous le plus complètement possible, puisque tu nous déclares que “Qui te voit, a vu le Père” : donne-moi de ne chercher d’abord que toi, le seul accès au Père, et de me conformer, en toutes choses et en toutes situations, à ta Parole et à ta manière de vivre. AMEN.

01.04.2003.*


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