📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Sagesse 2, 1-22

DU LIVRE DE LA SAGESSE

Texte

1 Car ils disent entre eux, dans leurs faux calculs :

12 Tendons des pièges au juste, puisqu’il nous gêne et qu’il s’oppose à notre conduite, nous reproche nos fautes contre la Loi et nous accuse de fautes contre notre éducation.
13 Il se flatte d’avoir la connaissance de Dieu et se nomme enfant du Seigneur.
14 Il est devenu un blâme pour nos pensées, sa vue même nous est à charge;
15 car son genre de vie ne ressemble pas aux autres, et ses sentiers sont tout différents.
16 Il nous tient pour chose frelatée et s’écarte de nos chemins comme d’impuretés. Il proclame heureux le sort final des justes et il se vante d’avoir Dieu pour père.
17 Voyons si ses dires sont vrais, expérimentons ce qu’il en sera de sa fin.
18 Car si le juste est fils de Dieu, Il l’assistera et le délivrera des mains de ses adversaires.
19 Eprouvons-le par l’outrage et la torture afin de connaître sa douceur et de mettre à l’épreuve sa résignation.
20 Condamnons-le à une mort honteuse, puisque, d’après ses dires, il sera visité.”
21 Ainsi raisonnent-ils, mais ils s’égarent, car leur malice les aveugle.
22 Ils ignorent les secrets de Dieu, ils n’espèrent pas de rémunération pour la sainteté, ils ne croient pas à la récompense des âmes pures.

Commentaire

1. Situation

Ecrit en grec dans le dernier demi-siècle avant JC par un Juif d’Egypte anonyme qui se présente comme étant le roi Salomon, le Livre de la Sagesse (qui ne fait pas partie de la Bible Juive, ni des Bibles de nos frères Chrétiens issus de la Réforme Protestante) est le livre le plus récent de l’Ancien Testament.

Dans une première grande partie, il traite de l’Eloge de la Sagesse, comme source d’immortalité, et comme attitude qu’il analyse à partir de l’expérience de Salomon.

Dans une seconde grande partie, il nous propose une relecture de la fidélité de Dieu au temps de l’Exode.


Notre page se déploie dans le cadre du lien de la Sagesse et de l’immortalité, et nous livre un discours mis dans la bouche des impies. Ces gens, qui ont partie liée avec la mort et se trompent sur le sens de la vie, sont probablement des Juifs apostats.

2. Message

L’auteur laisse d’abord la parole à ces impies : ils vont, disent-ils, tout faire pour opprimer le juste, lui tendre un piège, le condamner à mort, de façon à ce qu’ils puissent ainsi le mettre à l’épreuve, le confondre et l’humilier pour sa parole et sa façon de vivre.

L’auteur commente ensuite cette réaction des impies contre le juste : ils ne connaissent pas Dieu, ni ses secrets, ni le mystère de sa présence et du salut qu’il offre, et n’ont aucune idée de la destinée glorieuse de celui qui mène une vie sainte.

3. Decouvertes

Pour quelles raisons ces impies raisonnent-ils de la sorte ? Parce que, d’abord, le juste les dérange par son comportement qui est une condamnation vivante de leur attitude : il agit d’une façon qui est totalement opposée à la leur, il ne cache pas son appartenance à Dieu, et prend des distances vis-à-vis d’eux, qu’il se garde bien de fréquenter, car il les considère sans valeur.

Parce qu’ensuite ils lancent un défi à Dieu qui prend le parti des justes. Ils tentent donc le Seigneur en faisant disparaître le juste, pour voir si oui ou non Dieu va le protéger et le délivrer.

A vrai dire, ce qui les choque et les irrite le plus, c’est que le juste se dit “fils de Dieu” et se donne Dieu pour Père, car il place en lui toute sa confiance.

4. Prolongement

Comme les Pères de l’Eglise l’ont souvent noté, il est facile de voir dans ce juste persécuté une image très frappante de Jésus rejeté par son peuple, et subissant la passion et la mort d’un esclave. Les quolibets lancés à Jésus quand il agonise sur sa croix, sont une reproduction quasi-exacte de la deuxième partie de cette lecture, qui commence au verset 17 : voir Matthieu, 27, 43, en particulier.

De même, quand nous lisons les invectives des Juifs adversaires de Jésus, dans les chapitres 5 à 10 de l’Evangile de Jean, nous sommes proches de la tonalité de cette page.

Face à cela, nous n’oublions pas cependant que la mort de Jésus crucifié est déjà sa victoire, et que, dans le Crucifié du Golgotha, nous contemplons avec Paul, Celui qui, tout en étant “scandale pour les Juifs et folie pour les païens”, est pour nous la révélation de la Sagesse et de la Puissance de Dieu (1 Corinthiens, 1, 18 - 25).

D’autre part, Jésus, bien qu’il condamne ceux qui se croient sûrs de leur salut et méprise les petits, se distingue nettement du juste décrit dans cette page, car il n’hésite pas à se montrer miséricordieux pour les pécheurs publics, les publicains et les prostituées, et… à pardonner à ses bourreaux, lui, le “Fils” qui vient sauver tous les hommes pour en faire ses frères (1 Timothée, 2, 3 - 7, et Romains, 14, 15).

Prière

*Seigneur Jésus, c’est en devenant pauvre pour nous enrichir de ta pauvreté, en montrant ton obéissance au Père jusqu’à la mort de la croix, en vivant le mystère du vide de toi-même, et de l’anénantissemen total de celui qui est placé parmi les maudits, pendu au bois, fait péché pour nous, c’est ainsi que tu nous as libérés de l’abîme de notre suffisance et de notre misère, et révèle à quel point Dieu est amour : apprends-moi, toi qui es identifié à la Sagesse de Dieu, à te suivre sur le chemin que tu nous as défini dans tes béatitudes, et tracé dans tes comportements, en me laissant conquérir par ton Esprit Saint qui me conduira à la Vérité toute entière, et fera de moi un “pauvre de coeur”, capable de recevoir et de mettre en pratique ton message de miséricorde et de pardon. AMEN.

04.04.2003.*

Évangile : Jean 7, 1-30

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

1 Après cela, Jésus parcourait la Galilée ; il n’avait pas pouvoir de circuler en Judée, parce que les Juifs cherchaient à le tuer.
2 Or la fête juive des Tentes était proche.

10 Mais quand ses frères furent montés à la fête, alors il monta lui aussi, pas au grand jour, mais en secret.

14 On était déjà au milieu de la fête, lorsque Jésus monta au Temple et se mit à enseigner.

25 Certains, des gens de Jérusalem, disaient : ” N’est-ce pas lui qu’ils cherchent à tuer ?
26 Et le voilà qui parle ouvertement sans qu’ils lui disent rien ! Est-ce que vraiment les autorités auraient reconnu qu’il est le Christ ?
27 Mais lui, nous savons d’où il est, tandis que le Christ, à sa venue, personne ne saura d’où il est. “
28 Alors Jésus, enseignant dans le Temple, s’écria : ” Vous me connaissez et vous savez d’où je suis ; et pourtant ce n’est pas de moi-même que je suis venu, mais il m’envoie vraiment, celui qui m’a envoyé. Vous, vous ne le connaissez pas.
29 Moi, je le connais, parce que je viens d’auprès de lui et c’est lui qui m’a envoyé. “
30 Ils cherchaient alors à le saisir, mais personne ne porta la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :

  • le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
  • la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
  • la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
  • la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
  • la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
  • la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
  • la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).

Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :

  • 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
  • 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
  • 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
  • 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
  • 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).

Notre page est le début de tout un ensemble, qui est un élément important de la 3ème partie de cet Evangile de Jean, et qui va de 7, 1 à 8, 59. Ces 2 chapitres nous relatent les comportements de Jésus à la fête des tentes à Jérusalem, où il va rencontrer une opposition très violente à son message. C’est une véritable mise en procès public de Jésus qui se déroule ici.

On pense toutefois généralement que l’épisode de la femme adultère (7, 53 - 8, 11) a probablement une autre origine, et a dû se situer dans un tout autre contexte.

2. Message

Jésus hésite d’abord à se rendre à la fête des tentes, et, finalement, il y va en secret. Voyage mystérieux à Jérusalem et à son Temple, qui n’est que signe et reflet du voyage bien plus mystérieux encore, qui l’a conduit du Père en notre monde, et va le faire bientôt retourner à Dieu, au terme de sa mission achevée en son “Heure” de mort-résurrrection.

Dès qu’il a rejoint la fête, Jésus en prend en quelque sorte possession, et il prêche la Bonne Nouvelle du Royaume. Cependant, ce qu’il explique en répondant aux remarques et questions de ceux qui s’interrogent à son sujet, n’est guère compris des Juifs, qui ne connaissent que l’origine humaine de Jésus, et s’appuient sur leur seule Loi au lieu de chercher Dieu avec un coeur ouvert (7, 14 - 15).

Notre lecture liturgique saute les versets 16 - 24 de ce chapitre 7, où l’enseignement de Jésus se trouve comparé à la Loi de Moïse. Déjà, au chapitre 2, 13 - 22, Jésus avait purifié le Temple, et annoncé la construction prochaine d’un nouveau Temple en son corps ressuscité. Dans ces chapitres 7 et 8, dont nous abordons la lecture, il remplace la Loi de Moïse et la fête Juive des tentes, à laquelle il participe pourtant. Mais son enseignemnet crée des remous parmi la foule.

En 7, 25 - 36, la discussion tourne ensuite autour des origines de Jésus. Les gens de Jérusalem déclarent connaître d’où il vient, mais, en définitive, ils n’en savent rien. D’où le “cri” de Jésus, qui solennise sa réponse : même s’ils sont au fait de son origine humaine, les auditeurs de Jésus ignorent qu’il vient de Dieu, en qui est sa véritable origine. Et Jésus donc de préciser qu’il a été envoyé de là d’où il vient pour une mission qu’il vit en totale obéissance, car il n’est pas venu de lui-même.

3. Decouvertes

Nous constatons que, dans l’Evangile de Jean, le procès de Jésus devant les Juifs se déroule tout au long de son ministère (du chapitre 5 au chapitre 12). D’où la violence des débats. C’est après la résurrection de Lazare que les chefs du peuple Juifs décideront la mort de Jésus, en son absence. Dans le récit de la passion selon saint Jean, nous ne lisons que le procès de Jésus devant Pilate, le procès devant les autorités Juives ayant de fait eu lieu, avant son arrestation, tout au long des événements de son ministère public.

Au cours de cette fête des tabernacles, Jésus se substitue aux différents rites qui s’y déploient, à la fois lors de la cérémonie avec l’eau (7, 37 - 39), où il annonce avec force que lui seul donne l’eau vive de l’Esprit (7, 37 - 39), et lors de la célébration de la lumière, où il se déclare être lui-même la Lumière du monde (8, 12).

Comme les Juifs ne parviennent pas à comprendre les affirmations de Jésus concernant son identité, le conflit entre eux et Jésus va aller s’envenimant jusqu’à la fin du chapitre 8, dans une série de discussions polémiques autour de la personne du Messie, du Fils de David, de la Loi de Moïse, et de la relation entre Jésus et Abraham. Notre page ne peut être vraiment lue qu’en lien avec tout ce qui la suit dans cet ensemble.

On peut dénombrer 3 temps au cours de cette fête des tentes : - le début de la fête, avant l’arrivée de Jésus, - le milieu de la fête, quand Jésus paraît dans le Temple, - la fin de la fête, toujours avec Jésus présent et agissant.

Trois “acteurs” principaux dans cette rencontre avec Jésus : Jésus lui-même, la foule du Temple, les autorités Juives.

4. Prolongement

Disciples de Jésus, notre foi suppose que nous acceptions Jésus tel qu’il s’est manifesté. Comme les contemporains Juifs de Jésus, nous sommes peut-être tentés de vouloir parfois le définir ou l’imaginer à partir de nos conceptions. Il est donc très important pour nous de relire et méditer tout ce que Jésus nous dit de lui-même dans ces pages qui nous rapportent les débats conflictuels, durant lesquels, selon l’Evangile de Jean, Jésus a été harcelé sur les questions de son identité et de son origine.

De belles et grandes affirmations de notre foi concernant Jésus (Verbe de Dieu, Fils de Dieu, image parfaite du Dieu invisible, premier né de toute créature, et, y compris, les grandes affirmations de Jésus sur lui-même : Bon Pasteur, Lumière du monde, Résurrection et Vie, Chemin, Vérité, Vie, etc…) nous viennent particulièrement de Paul et de Jean. Les débats difficiles de ce “procès” de Jésus nous aident ainsi à mieux comprendre ces grands titres conférés au Seigneur, et ils en enrichissent le contenu, pour alimenter notre prière, et notre rencontre vivante du Christ ressuscité qui nous habite.

Prière

*Seigneur Jésus, Nous n’aurons jamais fini de recommencer de te découvrir, en méditant tous les titres par lesquels tu t’es révélé, et en sachant que la réalité de ce que tu es va toujours au-delà des mots que nous utilisons pour te nommer : apprends-moi à sans cesse approfondir le mystère de l’image du Père que tu es, et que nous traduisent tes paroles et tes actes, afin que je vive davantage de sa vie et de la tienne, sans jamais me laisser aller à te “banaliser”. AMEN.

15.03.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour