📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Isaïe 49, 1-6

DU LIVRE DU 2ème PROPHETE ISAÏE

Texte

1 Iles, écoutez-moi, soyez attentifs, peuples lointains! Yahvé m’a appelé dès le sein maternel, dès les entrailles de ma mère il a prononcé mon nom.
2 Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a abrité à l’ombre de sa main; il a fait de moi une flèche acérée, il m’a caché dans son carquois.
3 Il m’a dit : ” Tu es mon serviteur, Israël, toi en qui je me glorifierai. “
4 Et moi, j’ai dit : ” C’est en vain que j’ai peiné, pour rien, pour du vent j’ai usé mes forces. ” Et pourtant mon droit était avec Yahvé et mon salaire avec mon Dieu.
5 Et maintenant Yahvé a parlé, lui qui m’a modelé dès le sein de ma mère pour être son serviteur, pour ramener vers lui Jacob, et qu’Israël lui soit réuni; - je serai glorifié aux yeux de Yahvé, et mon Dieu a été ma force; -
6 il a dit : ” C’est trop peu que tu sois pour moi un serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les survivants d’Israël. Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre. “

Commentaire

1. Situation

Selon une hypothèse généralement admise depuis quelques décennies, mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, les chapitres 40 - 55 du Livre d’Isaïe nous retraceraient la prédication, vers la fin de l’exil Babylonien, d’un prophète anonyme, connu sous le nom du “2ème Prophète Isaïe”, du fait qu’il semble appartenir à une école de pensée qui relit, médite et adpate à des temps nouveaux l’oeuvre du grand Prophète Isaïe, qui, lui, avait vécu au 8ème siècle.

Avec quelques chapitres attribués - toujours selon la même hypothèse - à celui qu’on appelle le “3ème Prophète Isaïe” (Isaîe, 56 - 66), qui aurait vécu sa mission quelques décennies plus tard, juste après le retour d’exil, en Palestine, l’oeuvre du “2ème Isaïe” aurait été, par la suite, jointe à celle du “1er Isaïe” (Isaïe, 1 - 39) pour constituer notre Livre Biblique d’Isaïe (Isaïe, 1 - 66).

Ce Livre , qu’on attribue ainsi au “2ème Prophète Isaïe” est aussi connu sous le nom de “Livre de la consolation d’ Israël”. Il s’ouvre par l’appel du prophète et son dialogue avec Israël (40, 1 - 31), puis nous propose une série de chapitres annonçant l’accomplissemnt des prophéties concernant un nouvel Exode (41, 1 - 48, 22). Une 3ème partie a pour objet de consoler Sion-Jérusalem (49, 1 - 54, 17), et le livre se termine par une conclusion.

Les plus grosses objections à cette théorie séduisante de trois prophètes dont les oeuvres formeraient notre Livre d’Isaïe, tiennent, d’abord, à ce que le Livre de notre Bible, en son entier, est attesté comme tel dès au moins 2 siècles avant notre ère chrétienne, et a toujours été considéré comme oeuvre unique jusque pratiquement le début du 20ème siècle, et, ensuite, à ce qu’un certain nombre de passages des 39 premiers chapitres, attribués, dans l’hyopothèse, au 1er Isaïe, paraissent être également d’une époque bien postérieure au 8ème siècle, où il a vécu..

Quoi qu’il en soit du sort de l’hypothèse évoquée ci-dessus, dans ces chapitres attribués ainsi au 2ème Prophète Isaïe, se trouvent ce qu’on appelle les quatre chants du Serviteur de Yahvé, aux chapitres 42, 49, 50 et 53.


Notre page de ce jour correspond à ce que nous appelons le 2ème poème, ou chant, du Serviteur de Dieu : on la lit habituellement en lien ou en écho aux 3 autres textes du même genre, les poèmes que nous trouvons en 42, 1 - 4, en 50, 4 - 9, et en 52, 13 - 53, 12. Du fait que, par leur contenu, ces poèmes paraissent anticiper le portrait de Jésus, et ont contribué à comprendre le rôle de Jésus et l’accomplissemnet des Ecritures que représente sa mission, on a vu dans le “Serviteur” inconnu, dont il y est question, ou qui s’y exprime, une image de Jésus. La liturgie de l’Eglise Catholique Romaine fait usage de ces textes dans les jours qui précèdent Noël et au cours de la Semaine Sainte, dans laquelle ils sont tous proclamés.

2. Message

Ce qui caractérise ce 2ème poème, c’est que le Serviteur y parle à la première personne. Il commence par nous informer de son appel par Dieu, appel à une vocation prophétique, à la façon de Jérémie, et pratiquement dans les mêms termes (voir Jérémie, 1, 4 - 9) : il a pour mission d’être une présence interpellante très “aigüe” du Seigneur (les images de sa bouche comme épée tranchante, ou de la flèche dans le carquois de Dieu), ainsi que de s’identifier personnellement au peuple d’Israël, avec qu il est ici confondu, c’est-à-dire que sa vie d’obéissance au Seigneur doit être l’image et la référence stimulante de ce que Dieu attend de son peuple, qu’il a déjà dans le passé appelé son “fils” (Osée, 11, 1 et 12, 14), pour qu’il puisse se glorifier en lui.

Devant cet appel de Dieu, la réaction du Serviteur-représentant du peuple et portant sa cause, c’est qu’il avait l’impression que tout l’aspect positif de son existence, tous les efforts fournis pour la cause de Dieu, restaient sans effet, alors qu’objectivement son engagement était juste.

D’où son accueil de cet appel renouvelé, semble-t-il, du Seigneur, qui l’envoie en mission au service du peuple, c’est-à-dire pour rassembler et unifier le reste du peuple dispersé, et cette conviction, qu’il acquiert, que Dieu compte sur lui, qu’il a lui-même du prix aux yeux de Dieu, et qu’il peut sûrement compter sur la force de Dieu.

Ce dont il aura d’autant plus besoin que le Seigneur lui demande, non seulement de ramener Israêl à vivre dans l’unité devant Dieu, mais que le Serviteur-Israël, qu’il est avec le peuple tout entier, permette, par son rayonnement même, à la bénédiction de Dieu faite dans la vocation d’Abraham : “en toi seront bénies toutes les nations de la terre” (Genèse, 12, 1 - 3) de se réaliser : devenu Lumière pour les nations, sa mission en devient universellement prophétique, porteuse d’un salut de Dieu qui concerne tous les hommes de toutes races, peuples et nations.

3. Decouvertes

Les chercheurs et interprètes demeurent très divisés sur ces poèmes dits du “Serviteur de Dieu”. Certains vont jusqu’à plus ou moins les séparer du reste du recueil du 2ème Isaïe, dans lequel ils se trouvent, et donc à les considérer comme une oeuvre à part. D’autres, à l’inverse, dans la mesure où ils identifient le Serviteur avec la communauté d’Israêl, tiennent à lire ces poèmes dans le contexte normal et immédiat du Livre : le Serviteur serait le peuple, résumé dans la personne de son”Roi”, dans le témoignage d’une vie rayonnant en tous points la Justice et la Misércorde de Dieu.

Les divisions des chercheurs sont tout aussi vives quand il s’agit d’identifier ce Serviteur : dans quelle mesure est-il personnel, dans quelle mesure est-il idenfié au peuple tout entier ? Ce 2ème poème est le seul qui nomme le Serviteuir comme étant “Israël”, encourageant par là, semble-t-il, une personnalité corporative du Serviteur. Cependant, nous lisons, aux versets 5 - 6 de notre texte, que le Serviteur est envoyé en mission auprès du peuple, avec la charge de “ramener Jacob et de rassembler Israël” pour Dieu.

D’où les définitions différentes proposées pour le Serviteur : certains l’identifient au 2ème Prophète Isaïe, lui-même, d’autres pensent qu’il s’agit de Jérémie, prophète souffrant par excellence, d’autres en font un pesonnage anonyme, chargé d’aller plus loin dans le prophétisme, en portant sur lui, en sa personne, tout le destin du peuple, et en particulier son appel à être un peuple-témoin de Dieu qui sauve, ainsi que le poids de son péché et de ses infidélités, constatés dans la vie du peuple tout au long de son histoire.

Il n’en reste pas moins que cet aspect de “va-et-vient” entre le Serviteur, considéré comme une personne, et le Serviteur défini comme le peuple de Dieu, ne peut pas ne pas être constaté, et demeure un aspect intégrant du message de ce texte, comme de celui des 3 autres poèmes. Le “mystère” entourant la personnalité du Serviteur conserve une dimension “fascinante” et extrêmement “attirante”.

4. Prolongement

Matthieu nous présente Jésus comme “accomplissement” de ce Serviteur de Dieu, et il cite à ce propos le 1er des 4 poèmes, et, par ailleurs, il interprête les guérisons effectuées par Jésus en se référant au 4ème poème, le grand chant du Serviteur souffrant :

14 Étant sortis, les Pharisiens tinrent conseil contre lui, en vue de le perdre.

15 L’ayant su, Jésus se retira de là. Beaucoup le suivirent et il les guérit tous

16 et il leur enjoignit de ne pas le faire connaître,

17 pour que s’accomplît l’oracle d’Isaïe le prophète :

18 Voici mon Serviteur que j’ai choisi, mon Bien-aimé qui a toute ma faveur. Je placerai sur lui mon Esprit et il annoncera le Droit aux nations.

19 Il ne fera point de querelles ni de cris et nul n’entendra sa voix sur les grands chemins.

20 Le roseau froissé, il ne le brisera pas, et la mèche fumante, il ne l’éteindra pas, jusqu’à ce qu’il ait mené le Droit au triomphe :

21 en son nom les nations mettront leur espérance.

16 Le soir venu, on lui présenta beaucoup de démoniaques ; il chassa les esprits d’un mot, et il guérit tous les malades,

17 afin que s’accomplît l’oracle d’Isaïe le prophète : Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies.

Jésus lui-même s’est présenté comme étant, en sa mission et en sa manière d’être la plus profonde, qui révèle ce qu’est Dieu (Philippiens, 2, 5 - 11 et 2 Corinthiens, 8, 9), le Serviteur par excellence :

25 Il leur dit : ” Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler Bienfaiteurs.

26 Mais pour vous, il n’en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert.

27 Quel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert !

D’autre part, depuis que Jésus est ressuscité, dans les images “corporatives” de l’Eglise présentées dans le Nouveau Testament, et spécialement par Paul, nous parlons d’un Christ “total”, à côté de Jésus le Christ, dans les termes de “Corps du Christ’”, de “Temple”, ou “d’Homme Nouveau” :

27 Or vous êtes, vous, le corps du Christ, et membres chacun pour sa part.

13 Or voici qu’à présent, dans le Christ Jésus, vous qui jadis étiez loin, vous êtes devenus proches, grâce au sang du Christ.

14 Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine,

15 cette Loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix,

16 et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix : en sa personne il a tué la Haine. …

20 Car la construction que vous êtes a pour fondation les apôtres et prophètes, et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même.

21 En lui toute construction s’ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ;

22 en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l’Esprit

Prière

*Seigneur Jésus, c’est en te voyant obéir au Père en toutes tes paroles, et toutes tes actions accomplies en son Nom, c’est en te voyant prendre en tous temps le rôle du Serviteur de tous qui ne cherche qu’à mettre debout, en vérité, devant Dieu, tous ceux et toutes celles que tu rencontres sur ton chemin, que nous découvrons l’authenticité de la miséricorde de Dieu à l’oeuvre, qui nous révèle le Royaume de vérité et de paix où Dieu se donne en partage de ce qu’il est : apprends-moi à mesurer les enjeux de ton attitude constante parmi nous, telle que nous la percevons dans les Evangiles qui nous relatent ta mission et ton engagement, et à ne jamais oublier que tu as vécu ainsi pour nous, pour nous libérer de notre esclavage de vouloir posséder, et pour nous inviter à vivre, le plus possible et en tous points, comme tu l’as fait pour la gloire de ton Père, inséparable du service gratuit de tes frères et tes soeurs en humanité. AMEN.

26.03.2002.*

Évangile : Jean 13, 21-38

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

21 Ayant dit cela, Jésus fut troublé en son esprit et il attesta : ” En vérité, en vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera. “
22 Les disciples se regardaient les uns les autres, ne sachant de qui il parlait.
23 Un de ses disciples, celui que Jésus aimait, se trouvait à table tout contre Jésus.
24 Simon-Pierre lui fait signe et lui dit : ” Demande quel est celui dont il parle. “
25 Celui-ci, se penchant alors vers la poitrine de Jésus, lui dit : ” Seigneur, qui est-ce ? “
26 Jésus répond : ” C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper. ” Trempant alors la bouchée, il la prend et la donne à Judas, fils de Simon Iscariote.
27 Après la bouchée, alors Satan entra en lui. Jésus lui dit donc : ” Ce que tu fais, fais-le vite. “
28 Mais cela, aucun parmi les convives ne comprit pourquoi il le lui disait.
29 Comme Judas tenait la bourse, certains pensaient que Jésus voulait lui dire : ” Achète ce dont nous avons besoin pour la fête ”, ou qu’il donnât quelque chose aux pauvres.
30 Aussitôt la bouchée prise, il sortit ; il faisait nuit.
31 Quand il fut sorti, Jésus dit : ” Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui.
32 Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même et c’est aussitôt qu’il le glorifiera.
33 Petits enfants, c’est pour peu de temps que je suis encore avec vous. Vous me chercherez, et comme je l’ai dit aux Juifs : où je vais, vous ne pouvez venir, à vous aussi je le dis à présent.
34 Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres.
35 A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. “
36 Simon-Pierre lui dit : ” Seigneur, où vas-tu ? ” Jésus lui répondit : ” Où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; mais tu me suivras plus tard. “
37 Pierre lui dit : ” Pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je donnerai ma vie pour toi. “
38 Jésus répond : ” Tu donneras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.

Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).

A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.


Notre passage se situe ainsi au début de ce Livre de la Gloire. Nous sommes au dernier repas de Jésus : Jésus vient de laver les pieds de ses disciples, et maintenant il s’adresse à eux, leur livre son testament, dans un très grand discours qui va nous être rapporté sur quatre chapitres entiers, et se déployer en trois parties, toutes subdivisées.

2. Message

Jésus s’est situé face au mystère de son “passage” au Père, en la souffrance de sa passion et l’anéantissement de sa mort, en lavant les pieds de ses disciples, adoptant ainsi vis-à-vis d’eux une position inférieure à celle d’un esclave.

Il demande maintenant aux siens de se situer à leur tour face à son “Heure” qui se fait proche.

Avec le départ de Judas, démasqué, Jésus “entre” vraiment dans son “Heure” définitive et commence son dernier long entretien sur le double thème “du chemin qu’il va prendre”, et de la “glorification” qu’il lui est donné de vivre, et dans laquelle le Père lui communiquera sa “gloire”.

3. Decouvertes

Nous constatons la grande proximité qu’a de Jésus le “disciple que Jésus aimait”, source de cet Evangile de Jean. Dans cette première approche concrète de ce disciple, nous le découvrons penché sur la poitrine de Jésus de la même façon qu’il nous a été dit que le “Verbe est dans le sein du Père” (1, 18).

Selon un geste connu d’hospitalité orientale, Jésus traite Judas comme un invité d’honneur, à qui il remet un morceau de choix. Cet acte de générosité oblige donc Judas à se décider. Le fait qu’il accepte le morceau sans changer son projet de livrer Jésus montre qu’il a choisi le camp de Satan, et n’est plus dans celui de Jésus.

La mention de la “nuit” au moment du départ de Judas n’indique pas seulement qu’il fait soir, mais que “l’Heure des ténèbres” dans laquelle doit entrer Jésus pour y vivre son “passage” au Père, et déjà annoncée par lui en Jean, 3, 19; 9, 4 et 11, 10, est bien arrivée. Relire une affirmation semblable en Luc, 22, 53, et se souvenir de la perspective optimiste du Prologue de l’Evangile de Jean, qui nous maintient la suprématie de la Lumière (1, 5).

Judas sorti, Jésus donne son commandement d’amour fraternel, signe qure nous sommes vraiment ses disciples, en introduction à son grand discours - testament, et après avoir annoncé son départ proche par un chemin sur lequel il devra marcher seul.

Pierre a beau protester de sa velléité d’accompagner Jésus jusqu’au bout, ce dernier lui annonce son reniement. C’est seulement après la résurrection de Jésus que Pierre suivra Jésus (Jean, 21, 15 - 20, en réponse au verset 13, 36, que nous lisons ici).

4. Prolongement

A notre tour, et chaque jour de ces “derniers temps” auxquels nous appartenons depuis la résurrection de Jésus, nous avons à nous situer face au mystère de Jésus glorifié dans on passage par la croix, la résurrection et l’ascension, dans son retour au Père, ce qui est un “scandale” pour les Juifs et une “folie” pour les païens (1 Corinthiens, 1, 23 - 25).

A notre tour, nous sommes appelés à l’intime proximité de Jésus,qui nous fait “être en lui, comme il est dans le Père” (17, 23), nouvelle conséquence de la résurrection de Jésus et du don de son Esprit-Paraclet, comme doit l’être notre amour fraternel, qui nous fait annoncer, “par ce signe”, que Jésus est le Seigneur ressuscité.

Ce n’est que dans le don de l’Esprit du Christ ressuscité que nous pouvons vraiment aujourd’hui suivre Jésus, et marcher sur son chemin à la fois de croix et de gloire, de croix dans la gloire et de gloire dans la croix.

Prière

*Seigneur Jésus, tu n’as pas ménagé tes efforts pour nous faire comprendre, par le témoignage de tes premiers disciples rassemblés autour de toi lors de ton dernier repas, l’importance unique de ton “passage” définitif au Père, au terme d’un ministère de descente au milieu de notre monde pour nous révéler le mystère de Dieu qui nous invite, en toi et par toi, à partager sa gloire en nous donnant d’avoir part à sa divinité : aide-moi, aujourd’hui et toujours, à bien me situer face à cette “Heure” de ton entrée dans la “gloire”, qui est le moment suprême de ton ministère et de ta révélation que “Dieu est amour”, en ne cessant jamais de vivre ton commandement nouveau de l’amour fraternel “comme tu nous as aimés”, et dont tu as fait le “lieu” permanent où mon existence pourrait te trahir et te renier, au lieu que de te suivre. AMEN.

15.04.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour