📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Évangile : Luc 2, 22-40

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

22 Et lorsque furent accomplis les jours pour leur purification, selon la loi de Moïse, ils l’emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur,
23 selon qu’il est écrit dans la Loi du Seigneur: Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur,
24 et pour offrir en sacrifice, suivant ce qui est dit dans la Loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux jeunes colombes.
25 Et voici qu’il y avait à Jérusalem un homme du nom de Syméon. Cet homme était juste et pieux; il attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint reposait sur lui.
26 Et il avait été divinement averti par l’Esprit Saint qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur.
27 Il vint donc au Temple, poussé par l’Esprit, et quand les parents apportèrent le petit enfant Jésus pour accomplir les prescriptions de la Loi à son égard,
28 il le reçut dans ses bras, bénit Dieu et dit:
29 “Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s’en aller en paix;
30 car mes yeux ont vu ton salut,
31 que tu as préparé à la face de tous les peuples,
32 lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël.”
33 Son père et sa mère étaient dans l’étonnement de ce qui se disait de lui.
34 Syméon les bénit et dit à Marie, sa mère: “Vois! cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël; il doit être un signe en butte à la contradiction, —
35 et toi-même, une épée te transpercera l’âme! — afin que se révèlent les pensées intimes de bien des coeurs.”
36 Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanouel, de la tribu d’Aser. Elle était fort avancée en âge. Après avoir, depuis sa virginité, vécu sept ans avec son mari,
37 elle était restée veuve; parvenue à l’âge de 84 ans, elle ne quittait pas le Temple, servant Dieu nuit et jour dans le jeûne et la prière.
38 Survenant à cette heure même, elle louait Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.
39 Et quand ils eurent accompli tout ce qui était conforme à la Loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville.
40 Cependant l’enfant grandissait, se fortifiait et se remplissait de sagesse. Et la grâce de Dieu était sur lui.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Après la Préface de son Evangile (1, 1 - 4), Luc consacre la totalité du reste des 2 premiers chapitres de son Evangile à l’Enfance du Christ, qu’il considère comme “l’aurore de l’accomplissement des promesses de Dieu” (1, 5 - 2, 52).

A proprement parler, seuls les versets de 2, 1 - 40 (dont notre texte fait partie) traitent de l’Enfance de Jésus, alors que la plupart des autres passages mettent moins l’accent sur les récits que sur les déclarations successives des principaux acteurs sur le sens de cette apparition du salut de Dieu en Jésus : nous avons ainsi 2 déclarations de l’Ange Gabriel, celle d’Elizabeth accueillant Marie dont elle reconnaît la mission, celle de Marie en son “Magnificat”, de Zacharie en son “Benedictus”, de Syméon en son cantique du “Nunc Dimittis”, qui fait partie de notre page, et, finalement, de Jésus lui-même, lorsqu’il déclare à ses parents, à l’âge de 12 ans, au moment où ils le retrouvent dans le Temple de Jérusalem, que “c’est chez son Père qu’il lui faut demeurer”.

Tous ces différents aspects concourent à faire considérer l’Evangile de l’Enfance comme une ouverture à tout l’Evangile de Luc. On a remarqué, en effet, que tous les thèmes théologiques de Luc s’y retrouvent, autour, en particulier, du thème central de la “Fidélité de Dieu, qui vient, en Jésus, accomplir ses promesses”.

Sans oublier qu’un autre donnée de cet “accomplissement” s’exprime dans la réalisation de la prophétie de Daniel, 9, 24 - 27, sur les 70 semaines d’années, soit 490 ans, avant que Dieu ne vienne établir son règne de justice. En effet, selon une très habile composition de Luc, entre la 1ère apparition de l’Ange Gabriel, tout au début du chapitre 1, et notre page de ce jour, nous décrivant l’entrée de Jésus enfant dans le Temple de Jéruisalem, se sont déroulés exactement 490 jours (après 180 jours de grossesse d’Elizabeth, ont commencé les 270 jours de celle de Marie, qui sera suivie, après 40 autres jours, de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple.)

Cet enfant est donc bien Celui que Dieu envoie, aux temps prévus, pour accomplir tout son dessein de salut pour toute l’humanité.

2. Message

Dans cette scène, outre le Cantique du “Nunc Dimittis” (2, 29 - 32), qui existait déjà, semble- t-il, avant la rédaction de son Evangile, Luc a repris la scène des chapitres 1 et 2 du 1er Livre de Samuel, où, après la fin de la stérilité d’Anne, Samuel enfant est présenté au Seigneur, dans une “célébration” au cours de laquelle le vieux prêtre Eli accepte qu’on lui remette cet enfant, dont il bénit les parents.

Notre page se déroule selon le schéma suivant : 2, 22 - 24 : mise en situation de l’événement dans le cadre de l’application de la Loi concernant tout enfant 1er né du sexe masculin (Exode, 13, 2. 12 - 13. 15 et 34, 20).

Ainsi le double témoignage des deux vieillards Syméon et Anne peut-il s’exprimer (2,25 -38), avant la conclusion des versets 39 - 40, qui nous indiquent que le pélerinage au Temple est terminé.

Le centre du passage se trouve bien dans les versets 29 - 32, le Cantique de Syméon, qui viennent mettre comme le point final à toutes les déclarations antérieures concernant Jésus : le Messie qu’il est, selon la lignée de David, n’est pas seulement le Sauveur de quelques uns, donnés d’avance, mais de tous. Il est porteur de la paix et de la Lumière pour la révélation aux païens, effectuée à la face de tous les peuples.

Le témoignage, présenté en termes plus discrets, d’Anne la prophétesse, va tout-à-fait dans le même sens : elle parle de cet enfant comme Celui en qui se réalise l’accomplissement du salut de Dieu, présenté en même temps comme libération de tout Israël, que symbolise la ville de Jérusalem.

3. Decouvertes

Aux versets 25 - 27, c’est sous l’influence de l’Esprit Saint qui est sur lui, que Syméon vient au Temple. Bien qu’ils ne soient pas prêtres, lui, comme Anne, ils symbolisent la fonction centrale du Temple, qui est le service de Dieu et le témoignage qu’on lui rend.

Le vocabulaire du “Nunc Dimittis” est proche de celui du 2ème prophète Isaîe, 52, 9 - 10; 49, 6; 46, 13; 42, 6; 40, 5.

Au verset 30, le salut de Dieu nous est présenté comme “embrassant” tout le peuple d’Israël, et entourant tous les peuples. Les nations païennes ne sont plus des ennemis à vaincre, mais également les héritiers de la promesse de Dieu.

Au verset 35, l’image de “l’épée” rappelle Ezéchiel, 14, 17, et symbolise l’épée du Jugement, qui invite à la discrimination, et au choix pour Dieu. Marie, croyante modèle, devra, elle aussi, prendre position intérieurement pour ou contre la révélation de Dieu en Jésus : les liens de la famille et du sang ne créent pas la foi.

La présence simultanée de Syméon et d’Anne rappelle celle de Zacharie et d’Elizabeth, parents de Jean Baptiste, au chapitre 1. Pour Luc, l’homme et la femme sont debout, ensemble, à côté l’un de l’autre, devant Dieu. Ils reçoivent part égale d’honneur et de grâce, et partagent les mêmes responsabilités (voir Galates, 3, 28). Tout au long de l’Evangile de Luc, et des Actes des Apôtres, on constate souvent la présence ainsi simultanée de l’homme et de la femme.

4. Prolongement

Le Christ ressuscité nous rejoint, par l’Esprit, dans notre vie et se présente à nous comme la Lumière des Nations et la Gloire du peuple que Dieu s’est choisi, et qui est maintenant notre Eglise.

De cela, nous avons à être témoins, comme, à notre tour, “fils de Lumière”. Alors, quel genre de salut annonçons-nous par notre témoignage, et pour qui ?

Prière

*Seigneur Jésus, en entrant solennellement dans ce Temple, dont tu proclameras bientôt que son rôle est terminé avec l’instauration du culte en “esprit et vérité” que tu es venu inaugurer et accomplir par ton obéissance, que tu nous transmets par ton Esprit Saint, tu nous révèles ta pénétration au coeur de notre existence de croyants et de disciples : rends-moi davantage capable de t’accueillir, et de me laisser conduire totalement par toi sur le chemin du salut que tu es toi-même, en ton témoignage constant, que tu me partages et m’invites à imiter sans cesse. AMEN.

02.02.2004.*


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