📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 2 Corinthiens 9, 6-10
DE LA 2ème LETTRE DE PAUL AUX CORINTHIENS
Texte
6 Songez-y : qui sème chichement moissonnera aussi chichement; qui
sème largement moissonnera aussi largement.
7 Que chacun donne selon ce qu’il a décidé dans son creur, non d’tme
manière chagrine ou contrainte; car Dieu aime celui qui donne avec joie.
8 Dieu d’ailleurs est assez puissant pour vous combler de toutes sortes
de libéralités afin que, possédant toujours et en toutes choses tout ce qu’il vous
faut, il vous reste du superflu pour toute bonne oeuvre,
9 selon qu’il est écrit : Il a fait des largesses, il a donné aux pauvres; sa
justice demeure à jamais.
10 Celui qui fournit au laboureur la semence et le pain qui le nourrit
vous fournira la semence à vous aussi, et en abondance, et il fera croître les
fruits de votre j ustice.
Commentaire
1. Situation
Ce passage se trouve pratiquement à la fin de la première des deux lettres de Paul qui sont ajoutées bout à bout, dans cette 2ème Lettre aux Corinthiens (lettre A, chapitres 1 - 9; lettre B, chapitres 10 - 13).
Après s’être expliqué sur son annulation d’une visite qu’il avait prévu de faire à Corinthe (1, 12 - 2, 13), après avoir montré ce à quoi correspondait l’authenticité de son ministère (2, 14 - 6, 10), après avoir fait le point de ses relations avec la communauté de Corinthe (6, 11 - 7, 16), dans une dernière partie, Paul parle de la collecte qu’il a organisée en faveur des pauvres de l’Eglise de Jérusalem.
Pour cette collecte, Paul avait déjà donné des directives précises à la fin de sa 1ère Lettre aux Corinthiens (16, 1 - 4), suite à une question qu’avaient dû lui poser les Corinthiens, à propos de la méthode à suivre en cette affaire. C’est dire que les Corinthiens étaient déjà alors bien au courant de cette initiative de Paul.
En effet, cette collecte en faveur des pauvres de Jérusalem, dont Paul parle encore dans sa Lettre aux Romains (15, 26), avait été décidée probablement lors de l’Assemblée de .Jérusalem, au début de l’automne 51, semble-t-il, (Galates, 2, 10. Voir aussi Actes, 11, 29 - 30 et en TOB Actes 11, 30, note “b”), encore que certains avancent cette date de 2 ans.
Ce geste de partage était très important aux yeux de Paul, pour contribuer à réduire la différence croissante qu’il percevait entre les chrétiens d’origine Juive et les chrétiens d’origine païenne.
Dans cette fin de la première partie de la 2nde Lettre aux Corinthiens, Paul commence d’abord à inviter les Corinthiens à mettre en pratique leur acceptation de principe de participer à cette quête (8, 1 - 15). Ensuite, comme démarche concrète, il déclare qu’il leur envoie Tite et 2 autres frères qui vont apporter leur aide à l’organisation de la collecte, qui doit être faite au plus vite (8, 16 - 9, 5). Et maintenant, il insiste sur les bienfaits que les Corinthiens retireront de leur participation à une telle collecte (9, 6 - 15, dont notre passage reprend une partie).
2. Message
Après avoir précédemment utilisé des arguments humains, faisant appel à la fierté des Corinthiens (8, 8 - 10), ou les invitant à se soucier de leur réputation face aux autres Eglises moins riches que la leur (9, 3 - 5), il parle maintenant de la “récompense”, ou des effets favorables, qui leur adviendront de leur participation à cet acte de générosité.
En effet, ce geste de partage est une des données de leur relation à Dieu. Une offrande effectuée par obligation, parce qu’il le faut, ne saurait plaire à Dieu. Et Paul de citer le chapitre 22 du Livre des Proverbes, en son édition grecque (Prov., 22, 8 et 11, 24), argument de sagesse qu’il utilise également en Galates, 6, 7 - 9, lorsqu’il y écrit que si l’on sème dans la “chair” on récolte la corruption, et que si l’on sème dans “I’Esprit”, on récolte la vie éternelle.
En conséquence, il faut donner avec joie, et, en toute liberrté, selon une décision strictement personnelle. Il faut aussi se rappeler que la richesse est un don de Dieu, selon l’Ancien Testament (Deutér., 8, 17 - 18), et dont le but est de servir les pauvres (Rom., 14, 7).
Si bien que partager ses biens revient à participer à la justice miséricordieuse de Dieu, selon le psaume 112, 9, que cite Paul à ce propos, et selon une reprise du texte d’Isaïe 55, 10, qui utilisait l’image de la pluie fécondante pour illustrer l’efficacité de la Parole de Dieu.
Il s’agit donc pour les Corinthiens d’imiter la générosité de Dieu et d’y répondre (voir à ce propos, Rom., 8, 32).
Les versets suivants, qui ne font pas partie de notre lecture liturgique, vont encore ouvrir davantage l’horizon de cette générosité à laquelle Paul appelle les Corinthiens : ils vont ainsi glorifier Dieu, et lui rendre grâces, tout en donnant aux pauvres de Jérusalem un témoignage de leur foi (9, 11 - 15).
3. Decouvertes
A noter que ces chapitres 8 et 9 constituent un élément clé concernant la division de cette 2ème Lettre aux Corinthiens en 2 ou 3 lettres regroupées.
Certains, montrant que 9, 1 ne peut être lu en continuité avec 8, 24, et que la relation entre Macédoniens et Corinthiens est inversée en 9, 2 par rapport à 8, 1 - 15, et que le but de l’envoi des délégués n’est pas le même en 8, 16 - 20 et 9, 3 - 5, en ont conclu que le chapitre 9 était un billet suppplémentaire, indépendant du chapitre 8 (voir TOB, 2 Cor., 9, 1, note “h”).
Cependant, un grand nombre de spécialistes estiment ne pas devoir en tirer une telle conclusion.
4. Prolongement
Laurent, diacre de la communauté de Rome, et, à ce titre, gardien des biens de l’Eglise pour les partager avec les pauvres, a préféré mourir que de livrer ces richesses à la connaissence de l’administration impériale.
Pour Laurent, les pauvres étaient la richesse de l’Eglise.
Dès les tout débuts de l’Eglise (Actes, 2, 42 - 45), le partage est considéré comme une dimension de la vie chrétienne, essentielle et incontournable, et ce, d’autant plus que les pauvres sont l’image de Jésus dans la mesure où il s’identifie à eux (Matth., 10, 40 - 42 et 25, 37 - 40).
Le partage vécu nous fait, à notre tour, entrer dans cette image de .Jésus le Christ (2 Cor., 8, 9).
Prière
*Seigneur Jésus, c’est dans la mesure où nous laissons se creuser en nous la pauvreté, l’humilité, l’image du serviteur, la non-recherche d’une place, que nous serons transfigurés dans ta gloire, et rendus capables de partager avec nos frères et sœurs le meilleur de nous-mêmes, dans ton Esprit et comme tu l’as fait toi-même totalement, tout au long de ton parcours terrestre dans notre histoire humaine. AMEN.
10.08.2005.*