📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Évangile : Jean 15, 7-17
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous,
demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez.
8 C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et que vous
deveniez mes disciples.
9 Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en
mon amour.
Jn 15: 10- Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon
amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure ,
en son amour.
11 Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit
complète.
12 Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres
comme Je vous ai aimés.
13 Nul n’a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis.
14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande.
15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que
fait son maître; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de
mon Père, je vous l’ai fait connaître.
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; mais c’est moi qui vous ai choisis
et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit
demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le
donne.
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.
Commentaire
1. Situation
Notre texte d’Evangile pour la fête de Saint Matthias fait partie du Dernier Discours de Jésus dans l’Evangile de Jean, en sa 2ème section (15, 1 - 16, 33), et dans la sous-section 1 de cette section (15, 1 - 17), où Jésus se déclare être le cep de vigne et nous les sarments, dans une étonnante image et comparaison de notre unité avec lui.
En effet, comme il est toujours question de “porter du fruit” au v. 16, à la fin de notre page, tout le monde s’accorde à considérer que les v. 1 à 17 de ce chapitre 15 forment un tout.
Mais où alors situer les versets retenus dans notre passage liturgique ? On est d’abord tenté, comme beaucoup, de distinguer 2 parties dans cet ensemble : d’une part, les versets 1 - 8, traitant de la vigne et des sarments, et, d’autre part, notre texte, les versets 9 - 17, insistant sur l’ amour des disciples.
Une autre répartition semble toutefois plus intéressante : limiter aux versets 1 - 6 la présentation de l’image ou de l’allégorie de la vigne et des sarments, pour étendre aux versets 7 - 17 l’explication par Jésus de cette image-comparaison dans le contexte des thèmes principaux de l’ensemble du Dernier Discours de Jésus.
2. Message
Dans les versets I - 6 qui précèdent la seconde partie ainsi délimitée où se situe notre passage, il n’y a aucune allusion à un futur ou un avenir quelconque dans la présentation de l’image de la vigne et des sarments, alors que beaucoup de passages du discours visent une situation future (14, 3. 20. 22; 16, 22). Ici, de par l’identification de Jésus au cep de vigne (et non à la vigne comme champ ou propriété), les disciples sont déjà unis à Jésus selon une très forte unité qu’il leur faut maintenir, et il n’y aucune allusion au départ prochain de Jésus. On s’est, de ce fait, demandé dans quelle mesure cette image-allégorie de la vigne s’était toujours trouvée associée à la seconde partie de cet ensemble.
Toute autre est la situation des versets 7 - 17 qui contiennent notre page : pratiquement tous les thèmes du Dernier Discours s’y retrouvent constamment : - recevoir ce que vous demandez (v. 7 et 16 : voir 14, 13 - 14; 16, 23 - 24. 26); - la glorification du Père (v. 8 : voir 13, 31 - 32; 14, 13; 17, 1 - 4); - l’amour du Père pour Jésus et l’amour de Jésus pour les disciples (v. 9 : voir 13. 1. 34; 14, 21); - aimer, c’est garder les commandements (v. 10 et 14 : voir 14, 15. 21. 23 -24); - “je vous ai dit cela… ” (v. 11 : voir 14, 25; 16, 1. 4. 6. 25.33); - “aimez-vous les uns les autres” (v. 12 et 17 : voir 13, 34); - “il n ’ y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ” (v. 13 : voir 13, 37); - la relation maître - serviteur : ‘je ne vous appelle plus mes serviteurs, mais mes amis ” (v. 15 : voir 13, 16; 15, 20); - c’est Jésus qui choisit ses disciples et non l’inverse (v. 16 : voir 13, 18; 16, 19).
Les seuls échos de l’allégorie de la vigne et des sarments ne se perçoivent dans cette partie qu’aux v. 7, 8, et 16, à propos des thèmes de “demeurer en Jésus” (v. 7) et de “porter du fruit” (v. 8 et 16).
Ajoutons à cela que ces versets 7 - 17 peuvent se lire selon une structure interne intéressante, les versets 7 - 10, d’une part, et les versets 12 - 17, d’autre part, se répondant de façon inversée autour du verset 11 qui leur sert de pivot : “Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie”. Ainsi constatons nous des parallélismes entre le verset 10 et les versets 12 - 14, le verset 9 et le verset 15, le verset 8 et le verset 16, le verset 7 et les versets 16 - 17.
En conclusion, l’unité que Jésus propose à ses disciples comme étant celle du cep de vigne, qu’il est, et des sarments, qu’ils sont, est une unité qui devient le “lieu” d’épanouissement de toutes les valeurs et ouvertures que représentent tous les thèmes évoqués aux versets 7 - 17.
3. Decouvertes
Tout comme Jésus est la source d’eau vive (Jean 4, et 7, 37 - 39), est également le pain qui descend du ciel et qui donne la vie (Jean, 6), il est présenté ici comme le cep de vigne qui transmet la vie à ses branches.
Cette image de la vigne et tous les développements qui suivent sont remplis de sous - entendus ” Eucharistiques” : ces paroles sont prononcées lors du dernier repas de Jésus, où commence son “Heure” de passage au Père, il y est question de donner sa vie, et de porter du fruit. Selon 12, 24, porter du fruit suppose que le grain de blé meure et soit jeté en terre.
Ce que Jésus propose et déclare à ses disciples, c’est l’existence d’une très forte intimité entre lui et eux. Les versets 7 - 17 montrent que “demeurer sur la vigne” c’est vivre les dimensions suprêmes de l’amour.
Noter l’importance du mot “comme” pour signifier : l’unité de l’amour entre le Père et Jésus, puis entre Jésus et nous (v. 9), la fidélité aux commandements du Père, de la part de Jésus, et, de notre part, aux commandements de Jésus (v. 10), notre amour fraternel réciproque à l’image de l’amour de Jésus pour nous (v. 12).
Porter du fruit, c’est garder les commandements de Jésus, c’est être ami de Jésus et non plus serviteur, c’est entrer dans l’intimité du Père à travers la connaissance que Jésus nous en partage, et obtenir tout ce que le Père peut nous donner si nous le lui demandons par Jésus.
Nous le voyons, tous ces thèmes sont vraiment imbriqués les uns dans les autres et se répondent mutuellement.
4. Prolongement
Ce texte est d’une richesse inépuisable : à nous de le lire, le relire en lien avec tout le reste du Dernier Discours.
Texte par lequel nous devons nous laisser porter pour redécouvrir la richesse de notre proximité - intimité avec Jésus, “lieu” d’une intimité extraordinaire et directe avec Dieu notre Père.
Prière
*Seigneur Jésus, apprends-moi à devenir davantage témoin de cette intimité entre le Père et toi, et entre toi et chacune et chacun des croyants que nous sommes, intimité que tu nous transmets comme une unité et un partage d’une vie de plénitude, de vérité et d’amour réciproque, source à la fois de notre identité personnelle profonde et du rayonnement de Dieu, à travers ton humanité ressuscitée, que nous avons à manifester en tous nos gestes et paroles de disciples et d’apôtres, à la suite de Matthias et de tous ceux qui nous ont précédès. AMEN.
14.05.2005.*