📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Apocalypse 12, 1-12
DU LIVRE DE L’APOCALYPSE
Texte
1 Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ;
2 elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement.
3 Puis un second signe apparut au ciel : un énorme Dragon rouge feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d’un diadème.
4 Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. En arrêt devant la Femme en travail, le Dragon s’apprête à dévorer son enfant aussitôt né.
5 Or la Femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer ; et son enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son trône,
6 tandis que la Femme s’enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu’elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours.
7 Alors, il y eut une bataille dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, avec ses Anges,
8 mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel.
9 On le jeta donc, l’énorme Dragon, l’antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l’appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses Anges furent jetés avec lui.
10 Et j’entendis une voix clamer dans le ciel : ” Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu’on a jeté bas l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu.
11 Mais eux l’ont vaincu par le sang de l’Agneau et par la parole dont ils ont témoigné, car ils ont méprisé leur vie jusqu’à mourir.
12 Soyez donc dans la joie, vous, les cieux et leurs habitants. Malheur à vous, la terre et la mer, car le Diable est descendu chez vous, frémissant de colère et sachant que ses jours sont comptés. “
Commentaire
1. Situation
Le livre de l’ Apocalypse est unique dans le Nouveau Testament. Il est différent des récits de type historique et réaliste que sont les Evangiles et les Actes des Apôtres, ainsi que du style d’explication, de réflexion et d’exhortation des Lettres. Il nous présente des récits de visions et d’auditions extraordinaires concernant des réalités normalement inaccessibles pour des humains.
Le “voyant” reçoit sa vision, non pas directement de Dieu, mais d’un intermédiaire tel que le Christ ressuscité ou un ange. La forme de ce qui lui est révélé varie beaucoup : épiphanies, visions, paroles entendues, voyage au-delà de ce monde, livre reçu du ciel, etc… Le contenu de cette révélation concerne les secrets du monde et de l’avenir du salut de Dieu à l’oeuvre en nos vies.
Ce livre se présente également comme une “prophétie”, et une révélation que l’auteur doit communiquer aux 7 Eglises d’Asie Mineure, avec une lettre d’envoi adressée à chacune de ces Eglises. On pense que ce livre a été écrit vers 95, peu avant la mort de l’empereur Domitien, grand persécuteur des chrétiens, pour aider les croyants à ne pas désespérer de l’avenir de l’Eglise et du Royaume en ce monde, face à cette grande tribulation. C’est donc un message destiné à renforcer notre espérance qui nous est présenté par son auteur, qui serait un prophète inconnu de l’Eglise primitive, du nom de Jean.
Après un Prologue (1, 1 - 3), se déploie, en genre de Lettre, la révélation elle-même que l’auteur a reçue (1, 4 - 22, 25). Dans cette révélation nous rencontrons : - d’abord, un 1er cycle de visions (I, 10 - 11, 19) : épiphanie du Christ avec 7 messages aux 7 Eglises, le rouleau aux 7 sceaux, qui sont ouverts successivement, les 7 trompettes, avec 2 visions supplémentaires qui s’y trouvent insérées, - ensuite, un 2nd cycle de visions (15, 1 - 22, 5), suivi de paroles isolées qui concluent le livre (22, 6 - 25) : visions symboliques révélant les secrets du passé, du présent et de l’avenir (12, 1 - 15, 4 (ICI SE TROUVE NOTRE PAGE DE CE JOUR), puis la vision des 7 coupes, et les visions de la fin ultime.
2. Message
Cette vision de la Femme et du dragon semble se baser sur 2 sources : un récit décrivant le conflit entre une femme et son enfant, d’une part, avec un dragon, d’autre part (12,1 - 6 et 12, 13- 17), ainsi qu’un autre récit, décrivant un combat dans les cieux (12, 7 - 9).
Qui est cette femme ? La tradition catholique en fait Marie, la mère de Jésus et la Nouvelle Eve. On y a vu également la figure de la Jérusalem du ciel, de la Sagesse de Dieu personnifiée, et de l’Eglise.
Tout intéressantes qu’elles soient, et riches pour notre méditation spirituelle, ces interprétations paraissent secondaires face à une interprétation première et initiale : cette femme est l’Israël de Dieu personnifié, considéré comme l’épouse de Dieu (voir Osée, 1, 2; 2, 4 - 5; 2, 16 - 17; Isaïe, 50, 1 et 54, 5 - 8), dont les douleurs de l’enfantement (12, 2) symbolisent les douleurs eschatologiques qui, selon les traditions liées à l’Ancien Testament, précèdent l’apparition du Messie.
L’Israël ainsi symbolisé est ici à la fois l’Israël ancien et l’Israël nouveau, dont le fils, qui est le Messie, le Pasteur universel, échappe au dragon pour être enlevé au ciel auprès de Dieu, où il siège avec lui, alors qu’lsraël-Eglise se réfugie au désert de l’histoire où il lui faut témoigner du salut de Dieu en Jésus Christ ressuscité et monté au ciel.
l.e dragon, symbole du chaos, est identifié avec le serpent de la Genèse, au chapitre 3, à son tour identifié avec le diable ou Satan, au verset 9 de notre texte. Les 10 cornes rappellent Daniel, 7, 7. Cette Bête est présentée comme l’opposant radical de Dieu et de son projet, dans l’Ancien Testament : Isaïe, 27, 1; 51, 9; Job, 9, 13; Psaume 74, 13 et 89, 11.
L’hymne des versets 10 -12 sert de commentaire aux récits des versets 1 - 9 et 13 - 17.
3. Decouvertes
Dans notre passage, aux versets 4 et 5, s’accomplit le Psaume 2, 9 : voir TOB, Apocalypse, 12, 2, note “i” .
De même Genèse, 3, 15 est également accompli : la résurrection de Jésus, qui est élevé auprès de Dieu, met en route la défaite définitive de Satan.
Comme bien des textes bibliques, ce passage est marqué, jusqu’à un certain point, par la culture ambiante. Dans les traditions païennes grecques, le monstre du chaos attaque les étoiles, e( dans la version gréco-romaine de la naissance d’Apollon, sa mère est, dès avant sa naissance, poursuivie par un dragon qui veut tuer son enfant.
Cependant, ce qui compte dans notre texte, c’est la victoire du Christ ressuscité et de son peuple, ainsi que la destruction du dragon.
4. Prolongement
Le symbole de la Femme-Israël se situe bien au carrefour de l’Israël ancien et de l’Israël nouveau du Messie ressuscité, qui attend le retour de son Christ.
Le Christ-Messie est le vainqueur du mal et de toute opposition au plan de Dieu, cette opposition étant appelée “le Monde” dans l’Evangile de Jean. Le Christ a vaincu le monde définitivement (Jean, 16, 33). Et c’est dans la foi que nous recevons et partageons sa victoire sur le monde (1 Jean, 5, 4 - 5).
Marie, Mère de Jésus, dans la mesure où elle nous est présentée comme une croyante exemplaire dans le”Oui” de l’acceptation de sa mission et de son écoute de la Parole de Dieu (Luc, 1, 38 et 11, 27 - 28), représente l’Israël nouveau, c’est-à-dire toute l’Eglise, dans la foi qui accueille le Christ ressuscité et son Esprit Saint, et qui reçoit comme un don gratuit le salut de Dieu qui s’accomplit, une fois pour toutes, en Jésus crucifié-ressuscité-monté au ciel-donnant l’Esprit.
Prière
*Seigneur Jésus, ta victoire unique et définitive de Christ ressuscité devient la nôtre, lorsque tu nous la transmets dans l’Esprit Saint, que tu nous donnes dès que nous nous ouvrons, dans la foi, à ce cadeau merveilleux de ta présence et de ta vie divine dans le Père : apprends-nous à te découvrir dans ton mystère d’obéissance, comme dans le témoignage de la foi-écoute-abandon-pauvreté de coeur de tous ceux et celles qui ont cru en toi et nous sont proposés comme figures de ton peuple croyant aussi bien que de chacune et chacun d’entre nous, à commencer, en tout premier lieu, par le témoignage rayonnant de Marie, ta Mère, dont nous célébrons le partage total de ta victoire et de ta gloire en Dieu. AMEN.
15.08.2003.*
Évangile : 1 Corinthiens 15, 20-28
DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
20 Mais non ; le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis.
21 Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts.
22 De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ.
23 Mais chacun à son rang : comme prémices, le Christ, ensuite ceux qui seront au Christ, lors de son Avènement.
24 Puis ce sera la fin, lorsqu’il remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance.
25 Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds.
26 Le dernier ennemi détruit, c’est la Mort ;
27 car il a tout mis sous ses pieds. Mais lorsqu’il dira : ” Tout est soumis désormais ”, c’est évidemment à l’exclusion de Celui qui lui a soumis toutes choses.
28 Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous.
Commentaire
1. Situation
La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l’année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D’autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.
D’où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :
- de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
- de l’attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
- de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l’Esprit, partage des charismes dans l’Eglise-Corps du Christ),
- de la résurrection (15, 1 - 58),
sans oublier l’encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu’il organise pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).
Notre page sur la résurrection est une longue prise de position que Paul adresse aux Corinthiens, suite à des rapports qui lui sont parvenus, concernant leur foi, vacillante au moins chez certains d’entre eux, en la résurrection des morts.
2. Message
Après avoir réaffirmé la résurrection de Jésus, et souligné son importance absolue pour notre foi, Paul en déduit tout le processus eschatologique qu’initie cette résurrection de Jésus.
Jésus, le 1er des ressuscités, est le fondement d’une création nouvelle et le nouvel Adam d’une nouvelle humanité qu’il transmet à tous ceux qui sont à lui.
L’enjeu en est pour nous le triomphe et la communication totale de la vie de Dieu, détruisant toute mort : sa mission alors définitivement achevée, le Christ se remettra, et se soumettra, au Père qui lui a tout soumis, et Dieu sera désormais “tout en tous” dans le partage de sa gloire.
3. Decouvertes
Paul a appris que certains Corinthiens mettent en doute la résurrection des morts et, du même coup, la résurrection de Jésus, qui est, associée à la croix et la mort de Jésus, un élément essentiel de la foi.
Les Corinthiens qui pensent ainsi n’ont pas confiance en la puissance créatrice de Dieu, capable de faire jaillir la vie de la mort, de la façon qu’il veut. Pour Paul, le corps de l’homme ressuscité est tout autre que notre réalité physique de ce temps.
La résurrection du Christ est pour Paul les premiers fruits de la moisson du salut de Dieu, de l’événement cosmique qui transforme le monde. D’où son insistance sur cette humanité nouvelle dans le Christ ressuscité, et qui saisira tous les hommes, au moment de leur résurrection au jour du retour du Seigneur.
4. Prolongement
“C’est dans le Christ que tous revivront, chacun à son rang”, dit le verset 23 de notre page. L’Eglise Catholique Romaine déclare, dans la formulation de sa foi, que Marie, la Mère de Jésus, est la 1ère, après Jésus, à être entrée dans la résurrection de Jésus. Les Eglises de l’Orthodoxie Orientale célèbrent solennellement ce mystère sans en faire une formulation de leur foi.
Dans un texte, que certains, mais pas tous, considèrent comme plus tardif, et que d’autres refusent d’attribuer à Paul, Paul nous associe, dès cette vie, à l’inauguration en nous de la résurrection de Jésus, mais tout en maintenant la radicalité de notre trsansformation définitive au Jour du retour du Seigneur :
1 Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu.
2 Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre.
3 Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu :
4 quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire.
Prière
*SEIGNEUR JESUS, TU T’ES PROCLAME “LA RESURRECTION ET LA VIE”, OFFRANT TA VIE NOUVELLE SELON DIEU A TOUS LES CROYANTS, JUSQUE DANS LEUR MORT ET AU DELA, ET TU AS RESUME TA MISSION DE SALUT DANS LE DON QUE TU NOUS FAIS, DANS L’ESPRIT SAINT, DE CETTE VIE NOUVELLE QUE TU COMMENCES DE NOUS TRANSMETTRE AU TERME DE TON PASSAGE AU PERE, EN TA PROPRE MORT-RESURRECTION : AIDE-MOI A NE JAMAIS DOUTER DE CETTE VIE NOUVELLE, A DIMENSION D’ETERNITE, QUE TU NOUS PROPOSES AINSI, APPRENDS-MOI A TOUJOURS EN MESURER DAVANTAGE LA QUALITE DE PARTAGE, DE PAIX, DE MISERICORDE, D’INTIMITE ET D’UNITE TOTALE AVEC DIEU, ET TOUS MES FRERES ET SOEURS EN LUI, ET A EN MANIFESTER DES MAINTENANT LES SIGNES, A TRAVERS TOUTES MES ATTITUDES DE CROYANT. AMEN.
15.08.2002.*
Troisième lecture : Luc 1, 39-56
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
39 En ces jours-Ià, Marie partit et se rendit en hâte vers la région
montagneuse, dans une ville de Juda.
40 Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth.
41 Et il advint, dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que
l’enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint.
I.c 1:42- Alors elle poussa un grand cri et dit: ” Bénie es-tu entre les femmes, et
béni le fruit de ton sein !
43 Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon
Seigneur ?
44 Car, vois-tu, dès l’instant où ta salutation a frappé mes oreilles,
l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein.
45 Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été
dit de la part du Seigneur! “
46 Marie dit alors: ” Mon âme exalte le Seigneur,
47 et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur,
48 parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante. Oui,
désormais toutes les générations me diront bienheureuse,
49 car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. Saint est son
nom,
50 et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
51 Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au coeur
superbe.
52 Il a renversé 1es potentats de leurs trônes et élevé les humbles,
53 Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.
54 Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa
miséricorde,
55 selon qu’il l’avait annoncé à nos pères -en faveur d’Abraham et de sa
postérité à jamais! “
56 Marie demeura avec elle environ trois mois, puis elle s’en retourna
chez elle.
Commentaire
1. Situation
Les 2 premiers chapitres de l’Evangile de Luc forment un Evangile de l’enfance du Christ, qui sous le thème de cette enfance du Seigneur, nous présente tout le mystère du Christ, son identité, sa mission, sa mort et sa résurrection, annoncés et suggérés à travers les épisodes racontés de sa naissance et de sa jeunesse.
L’Evangéliste Luc nous montre en particulier qu’avec l’apparition de Jésus, Dieu revient définitivement habiter avec son peuple, en son Temple, en abolissant toutes les traces de l’ancien esclavage. Ainsi se trouve accomplie la prophétie des 70 semaines d’années annoncée au livre de Daniel, autant d’années qui devaient s’écouler avant la restauration de Jérusalem.
Dans ces 2 chapitres, il se déroule en effet une chronologie exacte de 70 semaines entre le premier événement rapporté (l’annonce de la naissance de Jean Baptiste à son père Zacharie au Temple), et l’entrée solennelle de l’enfant Jésus dans le Temple de Dieu, où il est porté par ses parents 40 jours après sa naissance, laquelle eut lieu 15 mois après le premier événement du Temple (soit 15 x 30 jours = 450 + 40 jours = 490 jours, soit 70 semaines de 7 jours), et où il est reconnu comme Lumière des Nations et gloire d’Israël par le vieillard Siméon.
Dans cet Evangile de l’enfance, 2 lignes de vie se croisent donc ainsi, celle de Jean Baptiste, et celle de Jésus, qui commence 6 mois plus tard. Et le passage que nous lisons concernant la Visitation est justement l’endroit précis où ces 2 lignes se croisent, quand les deux mères de ces deux enfants conçus se rencontrent.
2. Message
Dans cette scène, Luc fait se rencontrer, d’une part, le précurseur, Jean Baptiste, dont la mission est de reconnaître Jésus et de le montrer, et, d’autre part, Jésus lui-même, le Messie. Tous deux n’existent alors que dans le sein de leur mère.
Par le tressaillement que connaît sa mère quand Marie entre chez elle, Jean Baptiste en quelque sorte salue Jésus, comme l’atteste Elizabeth, qui reconnaît en Marie la mère de son Seigneur, et donc le Seigneur qu’elle porte.
Reconnaissance qui est un fruit de l’Esprit Saint qui lui révèle qui est Jésus et qui est Marie, et ce qui est en jeu dans la mission de Marie et la naissance de son Fils.
A travers Jean Baptiste, c’est tout l’Ancien Testament qui accueille le Nouveau, et cela est entièrement présenté comme un événement de pure grâce et gratuité divine : c’est le Seigneur qui agit en ces deux femmes et l’enfant que chacune d’elles porte en son sein.
Cette action du Seigneur est perçue comme un accomplissement et un sommet, comme le chante Marie dans le cantique d’action de grâces qui suit la salutation qu’elle reçoit d’Elizabeth.
3. Decouvertes
Marie va visiter sa cousine parce que l’ange Gabriel, dans le récit de l’Annonciation de la naissance de Jésus, lui a indiqué qu’Elizabeth, sa cousine, en était à son sixième mois et qu’elle attendait un enfant. Marie va tout de suite vérifier ce signe que lui a donné le messager de Dieu, mais sa visite ne nous est pas présentée comme un “service” qu’elle irait rendre à Elizabeth pour sa maternité, puisqu’elle quitte Elizabeth au 9ème mois de celle ci, et qu’elle n’est donc pas présente à la naissance de Jean Baptiste. Cette rencontre est donc un événement de l’ordre de la grâce et du partage au niveau du salut de Dieu, un événement d’ordre mystique et spirituel.
Dans le tressaillement d’alIégresse de l’enfant qu’elle porte, et que perçoit Elizabeth, il lui est donné de comprendre toute la signification de Jésus et sa mission : Jésus est le béni de Dieu, l’unique, il est le Seigneur, il est l’accomplissement d’une parole de Dieu qui a été annoncée à Marie.
Et ici, il faudrait reprendre tout le message que Marie a reçu le jour de l’annonce qu’elle a eue de la conception et de la naissance de son fils : il sera grand, sera appelé Fils du Très Haut, il siègera pour un règne sans fin sur le trône de David, et sa conception correspond à la venue de l’Esprit Saint sur Marie et de la “nuée” de Dieu qui repose sur elle, il sera saint et sera appelé Fils de Dieu (Luc, 1, 26 - 38). Les paroles de reconnaissance de Jésus par Elizabeth renvoient à tout ce message.
Tout cela, témoigne Elizabeth, est l’oeuvre du Très Haut qui comble Marie de sa hénédiction, et qui accomplit ce qu’il a promis. Grâce de l’annonce, grâce de l’accomplissement, qui suppose la foi de celle qui accueille cette mission : d’où la reconnaissance de la foi de Marie par Elizabeth : “Heureuse toi qui as cru”, lui dit-elle.
Et Marie ne peut que rcndre grâce pour la gratuité du salut de Dieu auquel elle est associée, et dont elle proclame l’ampleur : c’est Dieu qui s’est, de lui-même, gratuitement, penché sur elle, qui n’attendait rien, ce qui se passe en elle concerne toutes les générations d’hommes et de femmes. Dieu accomplit les merveilles de son plan en se servant d’elle, c’est lui seul qui est saint, et révèlera ainsi son amour, sa miséricorde, aux hommes de toutes les générations qui se tournent vers lui.
Et cet amour de Dieu est miséricorde et salut pour les pauvres, les humbles et les affamés, mais, du même coup, s’affirment la vanité et l’inutilité, pour le salut, de toutes les dimensions d’orgueil, de richesse et de pouvoir.
Et tout cela est réalisation de l’antique promesse faite à Abraham, et du rôle joué par le peuple d’Israël à qui et en qui Dieu s’est exprimé pour qu’il soit le signe et le porte- parole d’un projet de salut qui soit bénédiction pour toutes les nations.
4. Prolongement
Devant ce mystère du Christ qui nous est révélé, nous avons, à notre tour, à nous situer.
Mesurons-nous notre dignité de témoins aujourd’hui du salut de Dieu (accompli dans le mystère pascal de Jésus) qui nous est communiqué comme présence de personnes et d’événements, dans le don qui nous est fait de son Esprit ?
A ceux qui ont reçu le Verbe de Dieu fait chair, écrit Jean, 1, 12 - 13, et qui croient en son nom, Dieu a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu selon une nouvelle naissance.
Paul écrit aux Ephésiens des lignes merveilleuses sur le “statut” que Dieu a voulu pour nous dès avant la fondation du monde (Ephésiens 1, 3 - 6). Plus loin, il prie pour que nous entrions vraiment dans la révélation de ce mystère qui nous est communiqué (Ephésiens 1, 17 - 21), et dans sa lettre aux Colossiens, Paul s’extasie devant notre condition de sauvés par Dieu dans l’événement de Jésus (1, 12 - 13. 21 - 23. 25 - 28).
Tous ces textes, lus et assumés par nous, nous font rejoindre Elizabeth et Jean Baptiste dans leur découverte de Jésus, qu’à notre tour nous recevons comme le suprême don de Dieu qui transforme et transfigure nos vies jusqu’à nous conduire au partage intégral de sa résurrection et de notre entrée, comme Marie, dans le secret et le mystère de “Dieu tout en tous”, où nous connaissons ‘“comme nous sommes connus”…
Prière
*Seigneur Jésus-Christ, qui nous as appelés et bénis en ton Fils”, dès maintenant et pour l’éternité ! AMEN.
31.05.2005.*