📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Évangile : Jean 19, 25-27
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
25 Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la soeur de sa mère,
Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.
26 Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il
aimait, dit à sa mère : ” Femme, voici ton fils.”
27 Puis il dit au disciple : ” Voici ta mère.” Dès cette heure-Ià, le disciple
l’accueillit chez lui.
Commentaire
1. Situation
Cette page fait partie de la 2ème grande division de l’Evangile de Jean, le Livre de la Gloire (Jean, 13 - 21), qui fait suite au Livre des Signes (Jean, 1 - 12).
Et nous nous trouvons dans la partie centrale de ce Livre de la Gloire, suite aux récits et discours qui entourent le Dernier Repas de Jésus (Jean, 13 - 17), et avant les 2 derniers chapitres (Jean, 20 - 21) consacrés à la Résurrection du Seigneur, le chapitre 21 étant considéré comme un Epilogue rajouté au Livre de la Gloire, qui, à proprement parler, se termine à la fin du chapitre 20.
Cette partie centrale du Livre de la Gloire est consacrée aux récits de la passion et de la mort de .Jésus. Nous y distinguons alors successivement : - l’arrestation de Jésus (18, 1 - 11), - le passage de Jésus devant le Grand Prêtre (18, 12 - 27), - le jugement de Jésus au tribunal de Pilate (18, 28 - 19, 16a), - la crucifixion de Jésus (19, 16b - 30), - la sépulture de Jésus (19, 31 -42).
Notre page se situe plus précisément au coeur de l’épisode de la crucifixion de Jésus, après le compte-rendu de la mise en croix (19, 16b - 22), et avant les tout derniers instants et la mort de Jésus (19, 28 - 30). Il constitue l’un des éléments d’un ensemble qui traite spécialement du partage des vêtements de Jésus et des dernières paroles que Jésus adresse à sa Mère et au disciple bien-aimé (l’auteur de la tradition de cet Evangile), qui se trouvent au pied de la croix.
Certains commentateurs structurent cependant tout cet épisode de la crucifixion de Jésus en 7 divisions composées de façon concentrique, c’est-à-dire la 1ère division correspondant à la 7ème, la 2ème à la 6ème etc., notre page formant en ce cas la 4ème division qui est le centre et point de bascule de cette composition. Ce schéma a l’avantage de nous fournir une séquence remplie d’enseignement : 1. Jésus est “élevé” (19, 16b - 18), 2. Jésus est proclamé Roi (19, 19 - 22), 3. Jésus est prêtre (symbolisé par la tunique sans couture : 19, 23 - 24), 4. Jésus prend soin de l’avenir après lui : notre texte (19, 25 - 27), 5. Jésus accomplit définitivement l’Ecriture (19, 28 - 30), 6. Jésus, source de l’Esprit (19, 31 - 37), 7. Jésus déposé au tombeau (19, 38 - 42).
2. Message
Au pied de la croix, l’Evangile de Jean, à la différence des autres récits de la passion (où, d’une part, des gens hostiles s’adressent à Jésus, et où, d’autre part, les disciples femmes qui l’ont suivi jusque là se tiennent “à distance” : Marc, 15,40 - 41), nous montre les proches de Jésus, 4 ou 5 personnes en tout.
Non seulement les gardes se partagent les vêtements du Crucifié, mais ils tirent au sort sa tunique “sans couture”, 2 actions présentées comme “accomplissement” de l’Ecriture (Psaume, 22, 19).
Ensuite - épisode toujours unique -, Jésus donne ses dernières instructions à sa Mère et à son disciple bien-aimé. Dans l’Evangile de Jean, cette scène est le seul endroit, en plus de l’épisode du 1er signe de Cana (Jean, 2,1 - 11), où la Mère de Jésus est mentionnée comme telle, sans pour autant être nommée.
Que veut dire au juste cet échange de paroles entre Jésus, sa Mère et le disciple bien- aimé ? D’abord, que Jésus termine sa mission en prenant soin des siens, et en confiant l’un à l’autre sa Mère et ce disciple. A noter que Jésus s’adresse d’abord à sa Mère, dont il assure l’avenir, puisqu’il nous est dit que le disciple la prend chez lui (v. 27).
Cependant, par delà ce sens immédiat, tout un mystère riche de sens nous est dévoilé . La formule “voici ton fils”… “voici ta Mère” se présente bien comme une formule de révélation. Ce que Jésus proclame ainsi du haut de sa croix est donc en relation avec le plan de Dieu qu’il réalise et achève.
Et le fait que le v. 28 suivant précise qu’après cela “Jésus sait que tout est achevé”, montre que ces dernières paroles de Jésus adressées à sa Mère et au disciple aimé, sont à considérer comme le dernier élément de sa mission.
En ce cas, il apparaît clairement que le disciple bien-aimé, à qui Jésus parle en ces termes, symbolise chacun des chrétiens que nous sommes. Mais que penser de ce que Jésus dit à sa Mère ? L’Evangile lui-même nous indique-t-il quelque chose sur ce point ?
3. Decouvertes
Il ne faut pas conclure trop vite - même si beaucoup de livres de spiritualité le proposent à juste titre - que l’Evangéliste nous présente ici la Mère de Jésus devenue, en tant que personne individuelle, la Mère de tous les chrétiens.
Pour être bien comprise, cette scène est à mettre en relation avec celle du Signe de Cana (Jean, 2, 1 - 11), seul autre endroit où il est question de la Mère de Jésus dans cet Evangile, ainsi qu’avec les paroles du dernier discours de Jésus, en Jean, 16, 21, concernant la femme qui est sur le point d’enfanter.
Dans ces 3 passages, il est question d’une “femme”, et de “l’Heure”. Si l’on se souvient qu’à Cana Jésus avait d’abord répondu négativement à la demande de sa Mère en lui faisant remarquer que son “Heure” n’était pas encore venue, l’on voit que la Mère de Jésus reçoit maintenant sa mission à “l’Heure” supréme de Jésus, celle de sa passion, de sa mort et de sa résurrection.
Dans les douleurs de l’enfantement dans lequel l’Esprit est manifesté (voir Isaïe, 26, 17 - 18), en devenant ainsi la Mère du disciple bien-aimé (symbole de chaque disciple de Jésus), la Mère de Jésus évoque, semble-t-il, Jérusalem, Sion, en qui se résume tout Israël, et qui, dans les douleurs, met au monde un peuple nouveau (Jean, 16, 21; Isaïe, 49, 20 - 22; 66, 7 - 11).
Située ainsi, la Mère de Jésus devient la “nouvelle Eve”, à comparer avec la première (Genèse, 2 - 4 et 3, 15), ainsi qu’avec la vision du chapître 12, v. 5 et 17, de l’ Apocalypse, où il est bien indiqué que les descendants de cette Femme “sont ceux qui gardent les commandements de Dieu”, c’est-à-dire ceux-Ià mêmes dont Jésus nous déclare en Jean, 14, 21 - 23, qu’ils sont aimés du Père et du Fils (donc, ressemblant de ce fait au disciple bien aimé).
De cette façon, la Mère de Jésus et le disciple bien-aimé sont établis dans une nouvelle relation qui représente celle qui attache l’un à l’autre l’Eglise et chaque chrétien.
4. Prolongement
Face à une telle densité d’interprétation, nous devons nous interroger sur notre existence nouvelle de baptisés dans la mort et la résurrection du Christ.
Mais une telle existence, qui nous transfigure personnellement à l’image du Christ ressuscité, nous rassemble en même temps autour du Christ “élevé” en croix qui attire à lui toute l’humanité (Jean, 12, 32), et nous intègre dans son corps qui est l’Eglise, au sein de laquelle nous vivons une communion profonde les uns avec les autres, qni est le fruit de l’Esprit de Jésus qui nous est donné en partage.
Et cette Eglise, qui est est le fruit de nos rencontres de chrétiens et qu’à ce titre nous faisons croître, est en même temps le lieu de notre saisie en Christ, et, de ce point de vue, elle mérite bien d’être appelée notre “Mère”, dont la Mère de Jésus est le symbole et la référence.
Prière
*Seigneur Jésus, apprends moi à toujours considérer ton “Heure” suprême de passage au Père en ta mort-résurrection comme la source de vie où chacune et chacun d’entre nous devient en toi création nouvelle, et dans laquelle nous sommes tous rassemblés en Eglise, invités à nous prendre en charge les uns les autres dans la foi qui agit dans la charité. AMEN.
15.09.2004.*