📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Pierre 5, 5-14

DE LA 1ère LETTRE DE PIERRE

Texte

5 Pareillement, les jeunes, soyez soumis aux anciens: revêtez-vous tous d’humilité dans vos rapports mutuels, car Dieu résiste aux orgueilleux, mais c’est aux humbles qu’il donne sa grâce.
6 Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, pour qu’il vous élève au bon moment;
7 de toute votre inquiétude, déchargez-vous sur lui, car il a soin de vous.
8 Soyez sobres, veillez. Votre partie adverse, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer.
9 Résistez-lui, fermes dans la foi, sachant que c’est le même genre de souffrance que la communauté des frères, répandue dans le monde, supporte.
10 Quand vous aurez un peu souffert, le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés à sa gloire éternelle, dans le Christ, vous rétablira lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables.
11 A Lui la puissance pour les siècles des siècles! Amen.
12 Je vous écris ces quelques mots par Silvain, que je tiens pour un frère fidèle, pour vous exhorter et attester que telle est la vraie grâce de Dieu: tenez-vous-y.
13 Celle qui est à Babylone, élue comme vous, vous salue, ainsi que Marc, mon fils.
14 Saluez-vous les uns les autres dans un baiser de charité. Paix à vous tous qui êtes dans le Christ!

Commentaire

1. Situation

Il apparaît difficile de situer exactement la 1ère Lettre attribuée à Pierre, qui se présente comme ayant été écrite par lui et adressée aux communautés chrétiennes dispersées dans les Provinces d’Asie Mineure, et composées de chréteins venant majoritairement du paganisme.

Deux écoles s’affrontent à propos de cette Lettre.

La première refuse d’attribuer cette lettre à Pierre, en raison de la très belle qualité de sa langue grecque, de sa dépendance, jugée importante, des thèmes développés dans les lettres de Paul, des difficultés qu’aurait eues Pierre à connaître ces communautés d’Asie auxquelles il s’adresse, de l’allusion, faite en 5, 9, à une persécution quasi généralisée à l’encontre des chrétiens, et qui n’a pu avoir lieu, de fait, que bien après la mort de Pierre, et de la non-existence au temps de Pierre de certaines Eglises auxquelles il écrit.

Dans cette perspective, cette lettre nous serait venue, soit de cercles qui honoraient la mémoire de Pierre après sa mort, soit d’un auteur plus tardif, qui se serait fait simplement passer pour Pierre. De ce fait, cette lettre aurait pu avoir été écrite, au plus tôt, dans les anées 70, après la ruine de Jérusalem et du Temple, soit vers l’année 100.

Une seconde école de spécialistes maintient, au contraire, que Pierre a pu écrire cette lettre vers l’an 65, peu avant sa mort, qui a eu lieu pendant la persécution de Néron. Et ils n’hésitent pas à répondre à toutes les objections soulevées par l’autre école : Pierre a pu se servir d’un secrétaire écrivant très bien en Grec, il ne faut pas exagérer l’influence des idées de Paul dans cette lettre, la perécution généralisée dont parle cette lettre n’avait rien d’une grande persécution officiellement décidée par le pouvoir impérial, mais fait allusion à une opposition “larvée” et habituelle aux idées et comportements des chrétiens, et, finalement, on a des traces de communautés chrétiennes très anciennes dans des provinces comme la Bithynie. De plus, le fait que cette lettre transmet une théologie “primitive”, marquée par l’approche de la fin des temps (l’eschatologie) et la présentation du Christ comme “serviteur”, plaide également en faveur de son ancienneté.

Si l’on a pu penser que cette lettre avait une origine liée à la liturgie baptismale, l’on s’accorde aujourd’hui pour reconnaître que nous sommes bien en présence d’une véritable lettre, dont le but est d’exhorter et de fortifier les chrétiens dans leur foi face aux difficultés qu’ils rencontrent, en leur rappelant les données de base de la Bonne Nouvelle qu’ils avaient reçue, pour la première fois, à l’époque de leur baptême.

Cette lettre traite, en premier lieu, de la dignité de la vocation, et de la responsabilité des chrétiens (1, 3 - 2, 10), ensuite,du témoignage que doit fournir la vie des chrétiens (2, 11 - 3, 12), avant de nous présenter, en dernier lieu, une réflexion sur l’approche chrétienne de la persécution, qu’il faut affronter avec confiance et réalisme (3, 13 - 5, 11).


Notre page coïncide avec l’exhortation finale de la dernière partie de cette Lettre et y ajoute la conclusion générale de toute la lettre (5, 12 - 14), dans laquelle figure le nom de “Marc mon fils”, au verset 13, raison du choix de ce passage pour la fête de Saint Marc.

2. Message

Le message de cette page peut se résumer ainsi : Faites confiance à Dieu, qui, au travers de la souffrance que vous avez à subir, vous conduit à sa gloire. Ce que vous vivez est saisi par une authentique grâce de Dieu. Donc, tenez bon !

Message à interpréter selon ce que suggère le plan de cette 1ère Lettre de Pierre : toute expérience vécue est à situer dans le cadre de l’appel que Dieu nous a adressé par Jésus le Christ, appel qui, une fois reçu, devient invitation à rendre témoignage de notre foi, et capacité d’identifier tout obstacle ou difficulté comme un “lieu” de la présence de Dieu avec nous par Jésus Christ, dans l’Esprit.

3. Decouvertes

Dans les versets 5 - 7, Pierre s’adresse aux membres les plus jeunes des communautés : qu’ils respectent leurs aînés, les anciens qui ont cru avant eux, en se rappelant que Dieu favorise et élève les humbles, c’est-à-dire les croyants au coeur de pauvre.

Pierre appelle ensuite les chrétiens auxquels il écrit à la vigilance quand la persécution éclate : à ce moment-Ià, le pouvoir de l’accusateur, connu sous le nom de Satan ou du diable, se fait sentir et remarquer dans le monde à la façon du rugissement d’un lion. Il faut donc lui résister de toutes nos forces lorsqu’il agit ainsi par l’intermédiaire des persécuteurs de l’Eglise.

Et cette résistance doit se vivre commautairement. ensemble. en Eglise, dans la communion fraternelle, en comptant dans la foi sur la grâce de Dieu qui nous rétablira, nous fortifiera, nous rendra inébranlables pendant et après ce moment de persécution et de souffrance. Rien ne doit nous faire oublier que nous sommes appelés en Christ à partager sa gloire. Comprendre en profondeur le très important verset 10.

Au terme de sa lettre. Pierre nomme Sylvain et Marc, ainsi que toute la communauté qui est à Rome-8abylone. et dont il transmet le salut. Ou que nous soyons, nous tous, disciples du Christ. nous sommes “élus de Dieu”, en communion fraternelle dans le Christ avec tous les croyants de toutes les communautés.

4. Prolongement

Ce dont traite cette page demeure pour nous chaque jour d’actualité. Tout au long de notre existence. nous sommes affrontés à cette question : comment bien vivre face aux difficultés de tous ordres qui jalonnent notre parcours ?

La réponse de notre texte vaut vraiment la peine d’être sans cesse reprise et réellement “ruminée” : Situons toute souffrance dans l’appel de Dieu, par le Christ. dans l’Esprit. à partager sa gloire. Demeurons convaincus que Dieu est notre plus ferme soutien par sa grâce qu’il nous donne, sa grâce qui nous permet de résister victorieusement à toute adversité et tout obstacle.

Notons la conjonction de ces 4 mots : souffrance, appel, grâce, et gloire.

Prière

*Seigneur Jésus, tous les témoins de ton Evangile sont affrontés à la souffrance des incompréhensions et des persécutions, plus ou moins violentes, selon les époques : augmente ma foi en ta présence et la puissance de ton Esprit à mes côtés et en moi, afin que je m’appuie sans cesse sur toi et cette force que tu me donnes ainsi, pour me comporter vraiment en fils de Lumière, et en disciple qui révèle ton visage et reproduit ton image. AMEN.

25.04.2001*


La Bible commentée · Liturgie du jour