📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Actes des Apôtres 12, 1-17
DES ACTES DES APÔTRES
Texte
1 Vers ce temps-là, le roi Hérode mit la main sur quelques membres de l’Église pour les maltraiter.
2 Il fit périr par le glaive Jacques, frère de Jean.
3 Voyant que c’était agréable aux Juifs, il fit encore arrêter Pierre. C’étaient les jours des Azymes.
4 Il le fit saisir et jeter en prison, le donnant à garder à quatre escouades de quatre soldats ; il voulait le faire comparaître devant le peuple après la Pâque.
5 Tandis que Pierre était ainsi gardé en prison, la prière de l’Église s’élevait pour lui vers Dieu sans relâche.
6 Or la nuit même avant le jour où Hérode devait le faire comparaître, Pierre était endormi entre deux soldats ; deux chaînes le liaient et, devant la porte, des sentinelles gardaient la prison.
7 Soudain, l’ange du Seigneur survint, et le cachot fut inondé de lumière. L’ange frappa Pierre au côté et le fit lever : ” Debout ! Vite ! ” dit-il. Et les chaînes lui tombèrent des mains.
8 L’ange lui dit alors : ” Mets ta ceinture et chausse tes sandales ” ; ce qu’il fit. Il lui dit encore : ” Jette ton manteau sur tes épaules et suis-moi. “
9 Pierre sortit, et il le suivait ; il ne se rendait pas compte que c’était vrai, ce qui se faisait par l’ange, mais il se figurait avoir une vision.
10 Ils franchirent ainsi un premier poste de garde, puis un second, et parvinrent à la porte de fer qui donne sur la ville. D’elle-même, elle s’ouvrit devant eux. Ils sortirent, allèrent jusqu’au bout d’une rue, puis brusquement l’ange le quitta.
11 Alors Pierre, revenant à lui, dit : ” Maintenant je sais réellement que le Seigneur a envoyé son ange et m’a arraché aux mains d’Hérode et à tout ce qu’attendait le peuple des Juifs. “
12 Et s’étant reconnu, il se rendit à la maison de Marie, mère de Jean, surnommé Marc, où une assemblée assez nombreuse s’était réunie et priait.
13 Il heurta le battant du portail, et une servante, nommée Rhodé, vint aux écoutes.
14 Elle reconnut la voix de Pierre et, dans sa joie, au lieu d’ouvrir la porte, elle courut à l’intérieur annoncer que Pierre était là, devant le portail.
15 On lui dit : ” Tu es folle ! ” mais elle soutenait qu’il en était bien ainsi. ” C’est son ange ! ” dirent-ils alors.
16 Pierre cependant continuait à frapper. Quand ils eurent ouvert, ils virent que c’était bien lui et furent saisis de stupeur.
17 Mais il leur fit de la main signe de se taire et leur raconta comment le Seigneur l’avait tiré de la prison. Il ajouta : ” Annoncez-le à Jacques et aux frères. ” Puis il sortit et s’en alla dans un autre endroit.
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).
Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.
Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 35).
Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 2, qui se déploie en 4 scènes : Samarie et Gaza (8, 1 - 40), Damas (9, 1 - 31), Césarée (9, 32 - 11, 18), Antioche et Jérusalem (11, 19 - 12, 25).
Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage se continue la grande partie des Actes, traitant de la mission qui se déroule hors de Jérusalem (6, 1 - 15, 35), où il est question successivement des chrétiens d’origine Juive et de langue grecque, incluant le martyre d’Etienne, la persécution de ces disciples Héllénistes et leur dispersion, avec, comme conséquence, la prédication en Samarie de la Bonne Nouvelle de Jésus par Philippe (6, 1 - 8, 40). de la conversion de Saül (Paul) (9, 1 - 31), d’une mission de Pierre, incluant la première conversion d’un païen (9, 32 - 11, 18), la fondation de l’Eglise d’Antioche, suivie de la 1ère mission de Paul, et de l’Assemblée de Jérusalem, où seront abordées des questions nées de cette mission parmi les païens (11, 19 - 15, 35).
Avec la conversion de Saül (Paul) , mis à part par le Seigneur pour porter son Nom auprès des païens (9, 1 - 20), une nouvelle étape se dessine. Mais, le Seigneur lui-même a décidé de préparer l’Eglise à cette nouvelle extension, en envoyant Pierre convertir le 1er païen, le centurion Corneille. Mais voici que des chrétiens de base prennent d’eux-mêmes l’initiative de convertir des païens à Jésus. C’est ainsi qu’une importante communauté de païens devenus chrétiens se constitue à Antioche de Syrie, et qu’à partir de là se lance le premier grand voyage missionnaire de Barnabas et Saul.
C’est pratiquement à ce moment précis qu’intervient une nouvelle persécution, du Prince Juif Hérode, cette fois, qui fait assassiner Jacques et emprisonner Pierre au moment de la tëte de la Pâque Juive, comme le rapporte notre page.
2. Message
Cette page, qui occupe les versets 1 - 25 du chapitre 12 des Actes, nous montre à quel point Dieu garde et protège les apôtres de .Jésus et peut punir le persécuteur.
La partie centrale de ce passage nous relate la nouvelle arrestation et l’emprisonnement de Pierre, ainsi que sa délivrance miraculeuse et son retour dans la communauté rassemblée (12, 3 -19). Après cette libération, Pierre va pour ainsi dire disparaître de la scène et on ne le reverra dans les Actes que lors de l’Assemblée de Jérusalem (15, 7 - 11 ). Ensuite, orientés qu’ils sont vers l’annonce de l’Evangile aux païens, les Actes ne nous parleront plus que de Paul.
Remarquons combien toute cette scène est remplie de puissance dramatique. Dans cette dernière “apparition” de Pierre dans ce drame de l’ Esprit agissant que nous a envoyé le Christ Ressuscité, et que Luc nous rapporte ainsi, le contraste est très fortement affirmé entre Pierre et Hérode. Guidé par une Ange du Seigneur, Pierre échappe aux “griffes” d’Hérode (verset 7), constate et apprécie sa libération qu’a conduite l’Ange du Seigneur (verset 11). Hérode n’arrive donc pas à se saisir de Pierre, et, peu après, à cause du blasphème qu’il commet en acceptant le culte que la populace lui rend comme à un “dieu”, il est Iui- même frappé à mort par l’Ange du Seigneur (verset 23).
La Parole du Seigneur va donc continuer de croître. Une fois de plus, le Ressuscité, qui a déjà terrassé Saül le persécuteur, est vainqueur d’un nouvel adversaire.
3. Decouvertes
Ce récit de libération peut se comparer à des descriptions de situations semblables en Actes, 5, 17 - 21 et 16,19 - 34. Ce sauvetage de Pierre, hautement mis en valeur par la mention des quatre escouades de gardes qui forment autant d’obstacles à franchir (verset 4), présagée, ou tout au moins considérée comme possible, dans la prière de la communauté (verset 5), appartient au genre des délivrances effectuées par l’intervention d’une manifestation divine, signe que Dieu peut toujours l’emporter sur les puissances ou résistances des hommes ou de la nature.
Pierre, en se déclarant conscient du sort que lui réservait le peuple Juif, avoue, du même coup, l’éloignement d’une majorité de ce peuple Juif de Jérusalem du message chrétien, qu’il avait semblé bien accueillir tout au début de la prédication apostolique (2, 47; 5, 13 - 14).
L’importance de Jacques, le “frère-parent-cousin” du Seigneur, grandit à mesure que les Apôtres disparaissent de la scène (Actes, 15, 13 et 21, 18). Il nous est présenté dans les Actes comme le chef de l’Eglise de Jérusalem. Paul le cite également comme un Apôtre important en Galates, 1, 19.
La note de TOB, Actes, 12, 23, note “o”, nous rapporte comment l’historien Juif Josèphe nous raconte la mort d’Hérode, en nous précisant qu’il fut saisi d’un malaise lors d’une cérémonie publique et mourut trois jours après. Luc nous propose ici une interprétation théologique de cet événement, de ce décès, qui ressemble fort à celle que 2 Maccabées, 9, 1 - 28 nous donne de la mort d’Antiochus Epiphane, le grand persécuteur des Juifs croyants de son peuple.
“Marie” (verset 12) est identifiée à partir de son fils Jean surnommé Marc, ce qui signifie que ce dernier devait être bien connu des lecteurs supposés de Luc. Marc, cousin de Barnabas, apparaît pour la première fois à la fin de notre page, en Actes, 12, 25, il participera quelque temps à la première grande mission de Barnabas et Saul (Actes, 13, 11), et repartira ensuite avec Barnabas seul pour une deuxième mission (15, 37 - 39). Il est mentionné comme ami et disciple, à la fois par Paul (Colossiens, 4, 10 et Philémon, 24) et par Pierre (1 Pierre, 5, 13).
4. Prolongement
Comme la plupart des passages des Actes des Apôtres, celui-ci nous révèle que Jésus ressuscité, qui nous a envoyé son Esprit, demeure le maître du jeu et nous accompagne sans cesse sur le chemin du salut. “L’affaire Jésus de Nazareth” continue, quelquefois par des interventions directes du Ressuscité (comme dans la converion de Paul ou ici), mais le plus souvent à travers la prédication, le témoignage, la prière, les gestes de miséricorde, les engagements de ses disciples, qui font toutes choses à partir de lui, dans la foi, et en son Nom.
Au dernier verset du dernier chapitre de l’Evangile de Matthieu, le Ressuscité déclare aux siens qu’il a convoqués sur la montagne de Galilée: “Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps” (Matthieu, 28, 20).
Telle est notre situation à tous, dans la foi qui agit par la charité (Galates, 5, 6). Jésus “l’Emmanuel”, “Dieu-avec-nous”, nous accompagne sur son chemin, vers le Père, avec sa Vérité et sa capacité d’aimer. Cela ne nous suffit-il pas ?
Prière
*Seigneur Jésus, quand nous t’entendons déclarer que tu es avec nous tous les jours, et que nous te voyons intervenir auprès de tes apôtres dans les pires difficultés, est-il encore possible que nous doutions de ta présence permanente, éclairante et agissante en nous et à nos côtés ? : apprends-moi à toujours, en premier lieu, m’appuyer sur cette force que tu me donnes lorsque tu m’accompagnes ainsi de si près dans ton Esprit qui habite en nous et nous saisit. AMEN.
29.06.2003.*