📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Évangile : Luc 1, 39-56

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

39 En ces jours-Ià, Marie partit et se rendit en hâte vers la région
montagneuse, dans une ville de Juda.
40 Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth.
41 Et il advint, dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que
l’enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint.
I.c 1:42- Alors elle poussa un grand cri et dit: ” Bénie es-tu entre les femmes, et
béni le fruit de ton sein !
43 Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon
Seigneur ?
44 Car, vois-tu, dès l’instant où ta salutation a frappé mes oreilles,
l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein.
45 Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été
dit de la part du Seigneur! “
46 Marie dit alors: ” Mon âme exalte le Seigneur,
47 et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur,
48 parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante. Oui,
désormais toutes les générations me diront bienheureuse,
49 car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. Saint est son
nom,
50 et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
51 Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au coeur
superbe.
52 Il a renversé 1es potentats de leurs trônes et élevé les humbles,
53 Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.
54 Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa
miséricorde,
55 selon qu’il l’avait annoncé à nos pères -en faveur d’Abraham et de sa
postérité à jamais! “
56 Marie demeura avec elle environ trois mois, puis elle s’en retourna
chez elle.

Commentaire

1. Situation

Les 2 premiers chapitres de l’Evangile de Luc forment un Evangile de l’enfance du Christ, qui sous le thème de cette enfance du Seigneur, nous présente tout le mystère du Christ, son identité, sa mission, sa mort et sa résurrection, annoncés et suggérés à travers les épisodes racontés de sa naissance et de sa jeunesse.

L’Evangéliste Luc nous montre en particulier qu’avec l’apparition de Jésus, Dieu revient définitivement habiter avec son peuple, en son Temple, en abolissant toutes les traces de l’ancien esclavage. Ainsi se trouve accomplie la prophétie des 70 semaines d’années annoncée au livre de Daniel, autant d’années qui devaient s’écouler avant la restauration de Jérusalem.

Dans ces 2 chapitres, il se déroule en effet une chronologie exacte de 70 semaines entre le premier événement rapporté (l’annonce de la naissance de Jean Baptiste à son père Zacharie au Temple), et l’entrée solennelle de l’enfant Jésus dans le Temple de Dieu, où il est porté par ses parents 40 jours après sa naissance, laquelle eut lieu 15 mois après le premier événement du Temple (soit 15 x 30 jours = 450 + 40 jours = 490 jours, soit 70 semaines de 7 jours), et où il est reconnu comme Lumière des Nations et gloire d’Israël par le vieillard Siméon.

Dans cet Evangile de l’enfance, 2 lignes de vie se croisent donc ainsi, celle de Jean Baptiste, et celle de Jésus, qui commence 6 mois plus tard. Et le passage que nous lisons concernant la Visitation est justement l’endroit précis où ces 2 lignes se croisent, quand les deux mères de ces deux enfants conçus se rencontrent.

2. Message

Dans cette scène, Luc fait se rencontrer, d’une part, le précurseur, Jean Baptiste, dont la mission est de reconnaître Jésus et de le montrer, et, d’autre part, Jésus lui-même, le Messie. Tous deux n’existent alors que dans le sein de leur mère.

Par le tressaillement que connaît sa mère quand Marie entre chez elle, Jean Baptiste en quelque sorte salue Jésus, comme l’atteste Elizabeth, qui reconnaît en Marie la mère de son Seigneur, et donc le Seigneur qu’elle porte.

Reconnaissance qui est un fruit de l’Esprit Saint qui lui révèle qui est Jésus et qui est Marie, et ce qui est en jeu dans la mission de Marie et la naissance de son Fils.

A travers Jean Baptiste, c’est tout l’Ancien Testament qui accueille le Nouveau, et cela est entièrement présenté comme un événement de pure grâce et gratuité divine : c’est le Seigneur qui agit en ces deux femmes et l’enfant que chacune d’elles porte en son sein.

Cette action du Seigneur est perçue comme un accomplissement et un sommet, comme le chante Marie dans le cantique d’action de grâces qui suit la salutation qu’elle reçoit d’Elizabeth.

3. Decouvertes

Marie va visiter sa cousine parce que l’ange Gabriel, dans le récit de l’Annonciation de la naissance de Jésus, lui a indiqué qu’Elizabeth, sa cousine, en était à son sixième mois et qu’elle attendait un enfant. Marie va tout de suite vérifier ce signe que lui a donné le messager de Dieu, mais sa visite ne nous est pas présentée comme un “service” qu’elle irait rendre à Elizabeth pour sa maternité, puisqu’elle quitte Elizabeth au 9ème mois de celle ci, et qu’elle n’est donc pas présente à la naissance de Jean Baptiste. Cette rencontre est donc un événement de l’ordre de la grâce et du partage au niveau du salut de Dieu, un événement d’ordre mystique et spirituel.

Dans le tressaillement d’alIégresse de l’enfant qu’elle porte, et que perçoit Elizabeth, il lui est donné de comprendre toute la signification de Jésus et sa mission : Jésus est le béni de Dieu, l’unique, il est le Seigneur, il est l’accomplissement d’une parole de Dieu qui a été annoncée à Marie.

Et ici, il faudrait reprendre tout le message que Marie a reçu le jour de l’annonce qu’elle a eue de la conception et de la naissance de son fils : il sera grand, sera appelé Fils du Très Haut, il siègera pour un règne sans fin sur le trône de David, et sa conception correspond à la venue de l’Esprit Saint sur Marie et de la “nuée” de Dieu qui repose sur elle, il sera saint et sera appelé Fils de Dieu (Luc, 1, 26 - 38). Les paroles de reconnaissance de Jésus par Elizabeth renvoient à tout ce message.

Tout cela, témoigne Elizabeth, est l’oeuvre du Très Haut qui comble Marie de sa hénédiction, et qui accomplit ce qu’il a promis. Grâce de l’annonce, grâce de l’accomplissement, qui suppose la foi de celle qui accueille cette mission : d’où la reconnaissance de la foi de Marie par Elizabeth : “Heureuse toi qui as cru”, lui dit-elle.

Et Marie ne peut que rcndre grâce pour la gratuité du salut de Dieu auquel elle est associée, et dont elle proclame l’ampleur : c’est Dieu qui s’est, de lui-même, gratuitement, penché sur elle, qui n’attendait rien, ce qui se passe en elle concerne toutes les générations d’hommes et de femmes. Dieu accomplit les merveilles de son plan en se servant d’elle, c’est lui seul qui est saint, et révèlera ainsi son amour, sa miséricorde, aux hommes de toutes les générations qui se tournent vers lui.

Et cet amour de Dieu est miséricorde et salut pour les pauvres, les humbles et les affamés, mais, du même coup, s’affirment la vanité et l’inutilité, pour le salut, de toutes les dimensions d’orgueil, de richesse et de pouvoir.

Et tout cela est réalisation de l’antique promesse faite à Abraham, et du rôle joué par le peuple d’Israël à qui et en qui Dieu s’est exprimé pour qu’il soit le signe et le porte- parole d’un projet de salut qui soit bénédiction pour toutes les nations.

4. Prolongement

Devant ce mystère du Christ qui nous est révélé, nous avons, à notre tour, à nous situer.

Mesurons-nous notre dignité de témoins aujourd’hui du salut de Dieu (accompli dans le mystère pascal de Jésus) qui nous est communiqué comme présence de personnes et d’événements, dans le don qui nous est fait de son Esprit ?

A ceux qui ont reçu le Verbe de Dieu fait chair, écrit Jean, 1, 12 - 13, et qui croient en son nom, Dieu a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu selon une nouvelle naissance.

Paul écrit aux Ephésiens des lignes merveilleuses sur le “statut” que Dieu a voulu pour nous dès avant la fondation du monde (Ephésiens 1, 3 - 6). Plus loin, il prie pour que nous entrions vraiment dans la révélation de ce mystère qui nous est communiqué (Ephésiens 1, 17 - 21), et dans sa lettre aux Colossiens, Paul s’extasie devant notre condition de sauvés par Dieu dans l’événement de Jésus (1, 12 - 13. 21 - 23. 25 - 28).

Tous ces textes, lus et assumés par nous, nous font rejoindre Elizabeth et Jean Baptiste dans leur découverte de Jésus, qu’à notre tour nous recevons comme le suprême don de Dieu qui transforme et transfigure nos vies.

Prière

*Seigneur Jésus-Christ, qui nous as appelés et bénis en ton Fils” à tout jamais ! AMEN.

31.05.2005.*


La Bible commentée · Liturgie du jour