📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Jean 2, 22-28

DE LA PREMIERE LETTRE DE JEAN

Texte

22 Qui est menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ? Celui-là est l’antéchrist, qui nie le Père et le Fils.
23 Quiconque nie le Fils n’a pas non plus le Père; quiconque confesse le Fils a aussi le Père.
24 Que ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous. Si ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous, vous demeurerez aussi dans le Fils et dans le Père.
25 Et la promesse qu’il nous a faite, c’est la vie éternelle.
26 Je vous ai écrit ces choses au sujet de ceux qui vous égarent.
27 Pour vous, l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n’avez pas besoin qu’on vous enseigne; mais comme son onction vous enseigne toutes choses, et qu’elle est véritable et qu’elle n’est point un mensonge, demeurez en lui selon les enseignements qu’elle vous a donnés.
28 Et maintenant, petits enfants, demeurez en lui, afin que, lorsqu’il paraîtra, nous ayons de l’assurance, et qu’à son avènement nous ne soyons pas confus et éloignés de lui.

Commentaire

1. Situation

Parmi les 3 Lettres de Jean, seules la 2ème et la 3ème se disent avoir été écrites par un auteur qui se nomme “l’Ancien”. Cela n’empêche pas que la 2ème Lettre de Jean partage nombre de ses idées et une grande partie de son vocabulaire avec la 1ère Lettre de Jean, qui, elle, ne porte pas dans son texte de nom d’auteur.

Beaucoup, mais pas tous, considèrent que la 1ère lettre de Jean doit être lue à la suite et en complément de l’Evangile de Jean, et doit donc pour cela être considérée comme écrite par le même auteur, que l’on pense être l’Apôtre Jean, qui se déclare, dans l’Evangile, “le disciple que Jésus aimait”.

Indépendamment des obscurités qui demeurent concernant soit l’auteur unique, soit des auteurs multiples de l’Evangile et des 3 Lettres attribuées à Jean, ces 4 documents tirent leur origine d’une même école d’interprétation des paroles et des actions de Jésus, école que l’on nomme volontiers “la communauté du disciples que Jésus aimait”.

Quant aux dates de composition de ces 4 textes, la majorité des spécialistes les situent les uns par rapport aux autres selon un ordre de composition qui correspond à la place qu’ils occupent dans le Nouveau Testament : l’Evangile, puis la 1ère Lettre , puis la 2ème Lettre, et finalement, la 3ème Lettre de Jean.

Autre constatation : dans ces 3 Lettres, surtout dans la 1ère, il est question de divisions dans la communauté, où l’on doit se séparer de ceux qui “nient que Jésus est venu dans la chair”, et sont, pour cette raison, appelés “anti-christs” (1 Jean, 2, 18 - 19 et 4, 2 - 3; 2 Jean, 4, 9).

Si la 2ème et la 3ème Lettre de Jean sont, à l’évidence, des “Lettres” adressées à un ou plusieurs destinataires, la 1ère Lettre ressemble plutôt à une “homélie”, difficile à structurer, mais qui se présente comme porteuse d’une message d’exhortation et d’assurance.

On peut toutefois trouver un “fil directeur” de cette 1ère Lettre en l’unifiant autour du thème de notre “communion avec Dieu”, dont 3 séries de critères nous sont proposés :

  • nous sommes en communion avec Dieu en participant à la lumière de Dieu (dans laquelle il nous faut marcher, libérés du péché, dans l’amour et dans la foi : 1, 5 - 2, 28),
  • nous sommes en communion avec Dieu dans la mesure où nous sommes enfants de Dieu (par la pratique de la justice, en ne péchant pas, puis de la charité, à l’exemple du Fils de Dieu, et du discernement dans la foi : 2, 29 - 4, 6),
  • nous sommes en communion avec Dieu dans la réception de son amour (amour qui vient de Dieu, lui-même défini comme “Amour”, et qui s’enracine dans la foi, laquelle est bien la racine de la charité : 4, 7 - 5, 12)

“Marcher dans la Lumière”, tel est donc le 1er thème développé en cette 1ère Lettre de Jean (1, 5

  • 2, 28), suite au Prologue qui l’a ouverte (1, 1 - 4).

Marcher dans la Lumière, c’est se conformer à l’attitude de Dieu, défini comme Lumière, en étant libéré du péché (1, 5 - 2, 2), c’est observer le commandement de l’amour fraternel (2, 3 - 11 ), c’est vivre dans la foi face au monde et aux antichrists (2, 12 - 28 : ici se trouve notre page).

De même qu’il faut rejeter le monde et ses valeurs transitoires (2, 15 - 17) il faut agir de même à l’égard de ceux qui se sont séparés de la communauté Johannique, où vit et s’exprime l’auteur de cette lettre (2,18 - 28). Ceux qui ont reçu l’onction de l’Esprit du Christ ne peuvent se laisser égarer par leur enseignement.

2. Message

L’auteur a commencé par nous signaler que la division entre chrétiens est un “signe” de la fin des temps (2, 18 - 19). Ce faisant, il rappelle l’enseignement de Jésus lui-même, qui avait déclaré que l’apparition des “faux christs” et des “faux prophètes” en est l’annonce (Marc, 13, 21 - 23). Paul nous tient un langage semblable (1 Corinthiens, 11, 19).

Face à cette “menace” des antichrists, l’onction de l’Esprit Saint reçu par les croyants, dès leur entrée dans la communauté écclésiale, doit les confirmer dans la vérité du message-témoignage qui leur a été transmis.

En effet, Jésus a affirmé dans l’Evangile que le Paraclet-Esprit Saint est celui qui conduira les disciples vers la Vérité totaJe (Jean, 16, 13).

Et cette Vérité concerne vraiment Jésus et tout ce qu’il représente en relation avec Dieu : il est le Christ-Messie, il est le Fils du Père, en qui nous devons demeurer, et qui nous a promis la Vie éternelle.

3. Decouvertes

La profession de foi de base de toute cette lettre, et qui reparaît souvent, d’une façon ou d’une autre, est bien que “Jésus est le Christ, et qu’il est venu dans la chair”.

Ainsi seulement pouvons-nous entrer dans son mystère de “Fils” et comprendre sa relation au Père.

Cette insistance sur l’onction de l’Esprit semble indiquer que les “dissidents”, appelés “antichrists”, se réclament aussi, à leur façon, de l’Esprit Saint. Mais on ne peut séparer l’action de l’Esprit de l’enseignement de Jésus, que ses témoins autorisés, c’est-à-dire les fondateurs de la communauté, nous ont transmis : relire Jean, 14, 26.

Ce comportement indiqué par notre texte nous donne de l’assurance : de même qu’aimer son frère signifie que l’on marche dans la Lumière de Dieu, demeurer fidèle au témoignage reçu doit nous permettre de paraître devant la face du Christ, sûrs de lui appartenir, au Jour du Jugement.

4. Prolongement

Depuis l’origine de l’Eglise, le critère de la Vérité, c’est la conformité à ce qui nous a été transmis par les témoins de Jésus, ceux qui ont vécu avec lui, ceux qui l’ont rencontré ressuscité.

Les Ecritures du Nouveau Testament, admises par tous les chrétiens depuis le temps des premières générations, est considéré comme le repère d’origine, inconstesté et inconstestable, de la tradition authentique concernant Jésus.

Une question permanente demeure, qui s’est posée et se pose à toutes les époques de la vie de l’Eglise : comment retraduire ce message des origines face aux questions nouvelles du moment, aux évolutions constantes des sciences et des cultures ? Et c’est surtout à ce niveau que, depuis le début, les chrétiens se sont divisés.

Depuis l’avènement de l’oecuménisme, le choix a été fait de se rencontrer dans le dialogue, pour essayer de mettre clairement nos différences sur la table de nos discussions, plutôt que de se traiter d“‘antichrists”, alors que beaucoup de chrétiens de différentes confessions sont les descendants, dans la fidélité, de ceux qui se sont divisés, dans un passé plus ou moins lointain.

Prière

*Seigneur Jésus, la veille de ta mort, devant les tiens, et au cours de ton dernier repas, tu as prié pour que soient “un” tous ceux qui te suivent ou te suivront dans l’avenir, et il nous appartient, à notre tour, de “faire la vérité dans la charité” face à des frères et des soeurs différents, qui ont reçu ton message et vécu selon ta Parole, dans la foi, autrement que nous : apprends-moi à ne chercher que la Vérité qui vient de toi, en sachant toujours écouter avec ouverture et respecter, dans une recherche et une réflexion partagées, tous ceux et toutes celles qui essayent, comme moi, de marcher derrière toi comme d’authentiques disciples, et qui sont, de ce fait, mes frères et mes soeurs en toi. AMEN.

02.01.2004.*

Évangile : Jean 1, 19-28

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

19 Et voici quel fut le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : ” Qui es-tu ? “
20 Il confessa, il ne nia pas, il confessa : ” Je ne suis pas le Christ. ” -
21 ” Qu’es-tu donc ? lui demandèrent-ils. Es-tu Élie ? ” Il dit : ” Je ne le suis pas. ” - ” Es-tu le prophète ? ” Il répondit : ” Non. “
22 Ils lui dirent alors : ” Qui es-tu, que nous donnions réponse à ceux qui nous ont envoyés ? Que dis-tu de toi-même ?” -
23 Il déclara : ” Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Rendez droit le chemin du Seigneur, comme a dit Isaïe, le prophète. “
24 On avait envoyé des Pharisiens.
25 Ils lui demandèrent : ” Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le prophète ? “
26 Jean leur répondit : ” Moi, je baptise dans l’eau. Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas,
27 celui qui vient derrière moi, dont je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sandale. “
28 Cela se passait à Béthanie au-delà du Jourdain, où Jean baptisait

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :

  • le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
  • la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
  • la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
  • la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
  • la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
  • la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
  • la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).

Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :

  • 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
  • 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
  • 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
  • 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
  • 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).

Nous nous trouvons ce jour dans un texte liturgique qui nous offre 10 versets extraits de la 1ère partie du Livre des Signes concernant les débuts de la révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (Jean, 1, 19 - 28)

2. Message

Cette page (1, 19 - 28) nous rapporte comment Jean Baptiste a rendu son témoignage sur Jésus , mais se limite au premier volet de son message, à savoir la façon dont Jean Baptiste conçoit sa mission prophétique. Après cela, l’Evangile de Jean proposera à ses lecteurs le deuxième volet de ce témoignage, dans lequel Jean Baptiste parlera spécifiquement de Jésus, qu’il définira alors comme “l’Agneau de Dieu”, le “pré-existant”, “celui sur qui l’Esprit repose”, et qui est “l’Elu de Dieu” (1, 29 - 34).

Dans ce premier volet, qui est offert ce jour à notre méditation, nous voyons Jean Baptiste répondre successivement à deux questions qui lui sont explicitement posées sur sa mission. Ce qui lui permet, d’abord, de déclarer qu’il n’est pas le Messie, et que son rôle ne correspond nullement à celui de figures que la Tradition attendait dans la perspective de la fin des temps ou de la venue du Messie : sa présence ne réalise pas le retour d’Elie, ce grand prophète du 9ème siècle, retour annoncé par le prophète Malachie au 3ème siècle (Malachie, 3, 23 - 24), et n’a, d’autre part, rien à voir avec l’apparition du “prophète comme Moïse” que Dieu devait envoyer, selon le texte du Deutéronome, 18, 15 - 18. En revanche, Jean Baptiste s’identifie à la voix qui crie dans le désert, renvoyant à la mission du 2ème prophète Isaïe, voix qui clame qu’il faut aplanir les chemins du Seigneur. Comme c’était le cas de ce prophète Isaïe, son rôle est donc de préparer un “avenir” que Dieu va réaliser et, d’une certaine manière, d’en favoriser la mise en oeuvre, non pas de manière personnelle, mais en invitant ses auditeurs à s’y disposer dans leur propre existence.

En réponse, ensuite, à une 2ème question, lui demandant pourquoi il pratique un rite de baptême sur les gens qui s’approchent de lui, Jean Baptiste précise, toujours dans la même logique de pensée, que son baptême dans les eaux du Jourdain n’est qu’une démarche préalable de purification, un préliminaire à la rencontre de quelqu’un d’autre qui va venir, quelqu’un qu’il ne nomme pas encore, mais dont il déclare qu’il est infiiment supérieur à lui, dans la mesure où lui-même n’est pas digne d’en être l’esclave, quelqu’un qui est déjà là, au milieu du peuple, sans pour autant s’être manifesté publiquement.

Nous le constatons : Jean le Baptiste est uniquement et totalement tourné vers un “Autre”, Jésus le Christ, dont l’Evangile de Jean, comme tous les Evangiles, nous détaille l’unique Bonne Nouvelle du salut de Dieu qu’il nous apporte.

3. Decouvertes

Dans l’interrogatoire qu’il subit de la part des envoyés des chefs du peuple, Jean Baptiste est questionné sur son identification éventuelle à trois figures populaires liées à la fin des temps dans la Tradition Juive : celle d’un “Messie” royal, fils de David, celle d’un “Nouveau Moïse”, celle d’un prophète, percutant dans sa parole et capable de miracles prodigieux, comme l’avait été le prophète Elie du 9ème siècle, prophète non-écrivain, dont le ministère nous est raconté aux Livres des Rois. A noter que, d’une part, ces trois figures passaient également pour autant d’aspects de la figure plus ou moins unique du Messie attendu, et que, d’autre part, Jésus lui-même n’a jamais revendiqué explicitement ce titre de Messie, même s’il a accepté, semble-t-il, mais avec beaucoup de réserves, qu’on le désigne ainsi.

Il faut se rappeler que le prophète Elie, perçu en vision par Elisée, son disciple et successeur, comme enlevé au ciel sur un char de feu (2 Rois, 2, 11), était, en conséquence, considéré par la tradition comme étant toujours vivant, ou du moins mis à part en vue d’un avenir, et donc attendu comme devant revenir avant le Jour du Seigneur (Malachie, 3, 23 - 24, à lire dans le contexte de tout le chapitre 3 de Malachie). Comme Jean Baptiste portait, selon Marc, 2, 6 et 2 Rois, 1, 8, un vêtement comparable à celui d’Elie, on comprend qu’il lui ait été demandé s’il était Elie, ce à quoi il a répondu négativement.

D’autre part, si Jean-Baptiste refuse tout aussi nettement d’être identifié au “prophète comme Moïse” annoncé dans le Deutéronome, 18, 15 - 18, il apparaît que, selon l’Evangile de Jean, les foules aient, à l’occasion, identifié Jésus lui-même à ce prophète (Jean, 6, 14; 7, 40 et 52).

N’oublions pas, cependant, que les récits de la Transfiguration de Jésus dans les trois Evangiles de Marc, Matthieu et Luc, font apparaître simultanément Moïse et Elie aux côtés de Jésus (voir, par exemple, Marc, 9, 4), et que le livre de l’Apocalypse du Nouveau Testament décrit, en son chapitre 11, les deux “témoins” de la fin des temps en termes évocatifs de Moïse et d’Elie. D’ailleurs, le 1er Livre des Rois (1 Rois, 19, 8 ss.), en associant le prophète Elie, comme Moïse, au Mont Horeb du Sinaï, a certainement contribué à créer, ou du moins à renforcer, le lien entre ces deux grandes figures de l’Ancien Testament dans la mentalité populaire. Autre point commun entre Moïse, Elie, et Jean Baptiste : tous les trois ont fait l’expérience d’un parcours dans le désert.

Quant au rôle de la “voix qui crie dans le désert”, comme l’avait fait le 2ème prophète Isaïe (même si son texte situe le désert comme le lieu, non de la voix, mais de l’endroit où il faut aplanir une route pour le Seigneur), rôle que s’attribue Jean Baptiste, il s’agit bien, dans l’un et l’autre cas, d’une mission de préparation. Chez Isaïe, 40, 3, cette mission était de réaliser une route dépourvue d’obvstacles pour le retour des exilés de Babylone à Jérusalem, à travers les contrées montagneuses et désertiques situées à l’Est de la Palestine, à l’époque de la conquête de Cyrus le Perse, vers la fin du 6ème siècle. En s’exprimant ainsi à son tour, Jean Baptiste annonce qu’il prépare la venue de Dieu, ou de quelqu’un de très associé à sa grandeur, au milieu de son peuple, ce qui indique un événement d’une extrême importance, et pour lequel le peuple doit se préparer au mieux. Ce rôle précis de Jean Baptiste est présenté, de façon unanime, par les 4 Evangiles, mais, l’Evangile de Jean, que nous lisons aujourd’hui, est le seul à nous apprendre que Jean Baptiste se soit défini ainsi personnellement, de façon directe, et en réponse à une question concernant son identité.

Dans ce contexte, la 2ème question, posée à Jean Baptiste par des Pharisiens qui faisaient partie de la délégation de prêtres et de lévites envoyée par les autorités Juives, paraît tout-à-fait logique. Pourquoi donc baptise-t-il, si son rôle n’est que d’être une voix qui crie un message de conversion dans le désert ? Jean Baptiste répond qu’il ne baptise que dans l’eau et avec de l’eau, alors qu’il précisera, plus loin au verset 33 de ce même chapitre 1, que Jésus baptisera dans l’Esprit Saint. Cette distinction trés claire et très affirmée entre ces deux baptêmes est également commune aux 4 Evangiles, et se retrouve dans le Livre des Actes (Actes, 19, 1 - 6), alors que chez les prophètes de l’Ancien Testament, l’association de l’eau et de l’Esprit Saint était constante : relire, entre autres, Ezéchiel, 36, 25 - 26.

De même, l’insistance sur la grande supériorité de Jésus sur Jean Baptiste est partagée par les 4 Evangiles. L’Evangile de Jean est cependant, une fois encore, le seul à nous rapporter les propos de Jean Baptiste annonçant que Celui qui doit venir est quelqu’un qui est déjà-là, caché au milieu du peuple (1, 24 - 28), comme il est le seul à nous fournir des précisions géographiques sur l’endroit où Jean baptisait (voir également Jean, 3, 23 et 10, 40). Certains y voient des signes que la tradition rapportée sur Jean Baptiste dans l’Evangile de Jean aurait été indépendante de celle utilisée par les 3 autres Evangiles Synoptiques.

4. Prolongement

Quelques textes Bibliques qui nous aident à “situer” les différents aspects de notre lecture d’Evangile de ce 3ème dimanche de l’Avent, ainsi qu’à nous faire réfléchir sur notre manière de revivre ce texte aujourd’hui, dans notre condition de croyants, au 21ème siècle.

En effet, de la même façon que toute la mission de Jean Baptiste était orientée vers Jésus, dans l’avenir, et se définissait en relation à Jésus, notre existence de croyants est toute entière reliée à son origine, à savoir à Jésus le Christ lui-même, le Fils du Dieu Vivant, personnellement, en sa mission, sa mort, sa résurrection et le don de son Esprit, que nous rapportent tous les textes du Nouveau Testament, textes fondateurs de notre expérience spirituelle dans la foi.

Mais, compte tenu qu’en son Esprit, Jésus nous est présent, comme le Seigneur ressuscité, en nous et à côté de nous, en chacun de nos jours, et qu’il nous invite à aller avec lui, notre seul “Chemin de vérité et de vie” (Jean, 14, 6), vers l’avenir de Dieu de la fin ultime des temps, notre vie quotidienne, associée inséparablement à notre mission de disciples, est une reprise, une image, une reproduction, dynamique et toujours nouvelle, de la vie de Jésus aux origines de l’Eglise.

C’est ainsi qu’il nous envoie tous les jours rendre visible sa présence, sa parole de vérité, et tous ses gestes de miséricorde, d’accueil et de pardon, devant tous les hommes et toutes les femmes de notre temps, pour lesquels il est mort , en devenant leur sauveur unique. Ce qui veut dire que tous et toutes sont ses frères et ses soeurs, ces “petits “et ces “pauvres” que nous devons toujours devenir davantage dans la foi, pour que notre existence, sous tous ses aspects, soit manifestée comme “saisie” par lui, le Vivant, que nous cherchons en même temps à toujours “saisir” mieux, et à imiter en tous points :

25 Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai.

26 Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.

27 Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes.

19 Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

20 et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde. ”

26 Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus.

27 Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ :

28 il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus.

28 Et nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu’il a appelés selon son dessein.

29 Car ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères ;

30 et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés.

Prière

Seigneur Jésus, comme Jean le Baptiste, et comme tous ceux qui, depuis ta résurrection, nous ont précédé à travers les âges en étant tes disciples, nous avons à nous prononcer face à toi, à rendre compte de l’espérance qui est en nous, en n’hésitant jamais à te présenter oomme celui qui nous fait vivre en vérité devant Dieu et devant tous les hommes nos frères, lorsque nos comportements, qui essayent de reproduire tes gestes et attitudes, interrogent nos contemporains sur les valeurs de l’existence humaine que nous proposons : apprends-moi cette docilité profonde à ton Esprit Saint, qui est la source perpétuellement vivante de ma foi, de ma prière, et de tous mes gestes de partage, de fraternité et de solidarité, docilité qui me permet de te révéler visiblement dans notre monde d’aujourd’hui. 02.01.2004.


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