📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Jean 2, 1-29

DE LA PREMIERE LETTRE DE JEAN

Texte

29 Si vous savez qu’il est juste, reconnaissez que quiconque pratique la justice est né de lui.
1 Voyez quelle manifestation d’amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! Si le monde ne nous connaît pas, c’est qu’il ne l’a pas connu.
2 Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est.
3 Quiconque a cette espérance en lui se rend pur comme celui-là est pur.
4 Quiconque commet le péché commet aussi l’iniquité, car le péché est l’iniquité.
5 Or vous savez que celui-là s’est manifesté pour ôter les péchés et qu’il n’y a pas de péché en lui
6 Quiconque demeure en lui ne pèche pas. Quiconque pèche ne l’a vu ni connu.

Commentaire

1. Situation

Parmi les 3 Lettres de Jean, seules la 2ème et la 3ème se disent avoir été écrites par un auteur qui se nomme “l’Ancien”. Cela n’empêche pas que la 2ème Lettre de Jean partage nombre de ses idées et une grande partie de son vocabulaire avec la 1ère Lettre de Jean, qui, elle, ne porte pas dans son texte de nom d’auteur.

Beaucoup, mais pas tous, considèrent que la 1ère lettre de Jean doit être lue à la suite et en complément de l’Evangile de Jean, et doit donc pour cela être considérée comme écrite par le même auteur, que l’on pense être l’Apôtre Jean, qui se déclare, dans l’Evangile, “le disciple que Jésus aimait”.

Indépendamment des obscurités qui demeurent concernant soit l’auteur unique, soit des auteurs multiples de l’Evangile et des 3 Lettres attribuées à Jean, ces 4 documents tirent leur origine d’une même école d’interprétation des paroles et des actions de Jésus, école que l’on nomme volontiers “la communauté du disciples que Jésus aimait”.

Quant aux dates de composition de ces 4 textes, la majorité des spécialistes les situent les uns par rapport aux autres selon un ordre de composition qui correspond à la place qu’ils occupent dans le Nouveau Testament : l’Evangile, puis la 1ère Lettre , puis la 2ème Lettre, et finalement, la 3ème Lettre de Jean.

Autre constatation : dans ces 3 Lettres, surtout dans la 1ère, il est question de divisions dans la communauté, où l’on doit se séparer de ceux qui “nient que Jésus est venu dans la chair”, et sont, pour cette raison, appelés “anti-christs” (1 Jean, 2, 18 - 19 et 4, 2 - 3; 2 Jean, 4, 9).

Si la 2ème et la 3ème Lettre de Jean sont, à l’évidence, des “Lettres” adressées à un ou plusieurs destinataires, la 1ère Lettre ressemble plutôt à une “homélie”, difficile à structurer, mais qui se présente comme porteuse d’une message d’exhortation et d’assurance.

On peut toutefois trouver un “fil directeur” de cette 1ère Lettre en l’unifiant autour du thème de notre “communion avec Dieu”, dont 3 séries de critères nous sont proposés : - nous sommes en communion avec Dieu en participant à la lumière de Dieu (dans laquelle il nous faut marcher, libérés du péché, dans l’amour et dans la foi : 1, 5 - 2, 28), - nous sommes en communion avec Dieu dans la mesure où nous sommes enfants de Dieu (par la pratique de la justice, en ne péchant pas, puis de la charité, à l’exemple du Fils de Dieu, et du discernement dans la foi : 2, 29 - 4, 6), - nous sommes en communion avec Dieu dans la réception de son amour (amour qui vient de Dieu, lui-même défini comme “Amour”, et qui s’enracine dans la foi, laquelle est bien la racine de la charité : 4, 7 - 5, 12)

2. Message

Notre communion avec Dieu nous est présentée maintenant en termes de filiation, et cela selon une double logique. D’abord une logique “ascendante”, qui nous fait partir des valeurs que nous vivons pour en rechercher l’origine : ainsi, si nous sommes justes actuellement, c’est que nous avons reçu cette justice de quelqu’un qui nous l’a transmise, et qui est Dieu notre Père, dont nous sommes devenus les fils.

Une seconde logique, “descendante”, part de Dieu, notre origine, et nous fait découvrir le plan de Dieu qui se réalise dans notre existence humaine de disciples de Jésus.

C’est dans cette perspective que nous sont proposés ce nom et cette réalité “d’enfants de Dieu”, réalité commencée en nos vies, mais non achevée, tant que le Christ, Fils de Dieu, n’a pas effectué son retour de la fin ultime des temps.

Etre “enfants de Dieu”, représente donc pour nous vivre selon une dynamique “tendue” vers l’avenir, et donc toute entirèe fondée sur Dieu et orientée vers lui, dans cette espérance. Ce qui implique que nous ne vivions plus à partir de nous-mêmes, ce qui est “le péché”. Mais depuis que Jésus est venu enlever les péchés des hommes que nous sommes, il nous est désormais possible de ne pas pécher en nous repliant sur nous-mêmes, si nous demeurons en lui.

3. Decouvertes

Avec ce passage, nous sommes donc entrés dans une 2ème série de critères de notre communion avec Dieu, qui se rassemblent autour du thème de notre filiation divine (2, 29 - 4, 6). Cette filiation suppose, en un premier temps, que nous pratiquions la justice, et que nous évitions le péché (2, 29 - 3, 10).

Cette page est une de celles qui nous proposent clairement la distinction entre le “déjà - là” de ce que Dieu nous donne par le Christ dans l’Esprit Saint, dès maintenant, et le “pas - encore” de la réalité plénière, toujours à venir, du salut de Dieu et de la participation à sa vie en son Royaume, réalité qui est cependant déjà inaugurée, et dont nos attitudes de vie à l’imitation du Christ sont le “signe”.

Cette distinction se retrouve dans l’oeuvre du disciple que Jésus aimait (tout le “corpus” Johannique), et également dans les Lettres aux Ephésiens et aux Colossiens, mises sous le nom de Paul, et représentant sa pensée, même si elles ont été écrites après lui, comme beaucoup, mais pas tous, l’admettent.

4. Prolongement

Vivre avec foi, c’est accueillir dans notre vie, par l’Esprit Saint, cette réalité de “fils”, “d’enfants ” de Dieu, selon une “nouvelle naissance”, que Jésus nous a acquise comme don de Dieu, en sa mort-résurrection :

14 En effet, tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu.

15 Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba ! Père !

16 L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu.

17 Enfants, et donc héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui.

1 Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu.

2 Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre.

3 Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu :

4 quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire.

Jn 1 12 Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.

Jn 1 13 Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.

Prière

*Seigneur Jésus, en toi Dieu a pleinement eu part à notre humanité, pour que nous ayons part à sa divinité, et tu nous as révélé ce qu’en ta mission tu as réalisé pour nous, a savoir que tu nous donnes d’être “fils” avec toi, “cohéritiers de Dieu” avec toi, de la famille de Dieu, comme toi : apprends-moi à bien reprendre conscience de la richesse de ce mystère, et à y conformer toute mon existence, en produisant les fruits de vérité et de charité que tu attends de moi, et qui sont les signes de mon attachement à toi, en qualité de disciple. AMEN.

03.01.2003.*

Évangile : Jean 1, 29-34

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

29 Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit: Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde.
30 C’est celui dont j’ai dit: Après moi vient un homme qui m’a précédé, car il était avant moi.
31 Je ne le connaissais pas, mais c’est afin qu’il fût manifesté à Israël que je suis venu baptiser d’eau.
32 Jean rendit ce témoignage: J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et s’arrêter sur lui.
33 Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser d’eau, celui-là m’a dit: Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et s’arrêter, c’est celui qui baptise du Saint Esprit.
34 Et j’ai vu, et j’ai rendu témoignage qu’il est le Fils de Dieu.

Commentaire

1. Situation

Dans la 1ère partie de l’Evangile de Jean, qui commence dès la fin du Prologue (1, 1 - 18), qui s’appelle le “Livre des Signes” (1, 19 - 12, 50), et sera suivie du “Livre de la gloire” (13, 1 - 20, 31), se trouve notre page de ce jour.

Nous sommes donc tout au début du Livre des Signes, dans une 1ère division qu’on pourrait intituler “Les premiers jours de la révélation de Jésus” (1, 19 - 51), jours qui sont associés au témoignage de Jean Baptiste.

Dans le Prologue de l’Evangile, Jean Baptiste a été présenté comme un témoin venu pour rendre témoignage à la Lumière, mais sans être lui-même la Lumière, désignation réservée uniquement à Dieu et au Verbe de Dieu (1, 6 - 8).

Nous voyons ici Jean Baptiste remplir cette mission de témoin, d’abord, en proclamant ouvertement qu’il n’est pas le Messie, ni aucune autre figure de la fin des temps, annoncée par l’Ancien Testament (1, 19 - 28), ensuite, en désignant Jésus comme celui qui est l’Agneau de Dieu (1, 29 - 34 : notre texte), enfin, en envoyant vers Jésus ses propres disciples qui s’appellent les uns les autres au fur et à mesure qu’ils rencontrent Jésus (1, 35 - 51).

2. Message

Là où les 3 Evangiles de Marc, Matthieu et Luc nous décrivent le baptême de Jésus et la descente de l’Esprit sur lui, alors qu’il s’entend proclamer “Fils” par le Père (Marc, 1, 11; Luc, 3, 22; Matthieu, 3, 17), nous entendons ici dans cet Evangile de Jean un double témoignage donné par Jean Baptiste devant Israël :

  • Jésus est “l’ Agneau de Dieu”, qui vient derrière Jean Baptiste alors qu’iI était avant lui;
  • Jésus est le Fils de Dieu, parce que Jean Baptiste a vu descendre l’Esprit de Dieu sur Jésus, selon ce que Dieu lui-même lui avait indiqué par avance, et que, de ce fait, Jésus est bien celui qui baptise dans l’Esprit Saint.

Le contraste est déjà fortement manifesté ici entre le baptême de Jean, baptême d’eau pour que Jésus puisse être révélé par Jean à Israël, et le baptême dans l’Esprit Saint, que seul peut donner Jésus.

3. Decouvertes

Jésus est proclamé par Jean “l’ Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde”. On a remarqué que l’Evangile de Jean ne fait pas de la rémission des péchés le premier objectif de la mort de Jésus sur la croix.

Cependant, l’image de Jésus comme ” Agneau de Dieu” représente une association de deux images :

  • celle du Serviteur souffrant du 2ème Isaïe (Isaïe, 52, 13 - 53, 12), conduit comme un agneau à l’abattoir (Isaïe, 53, 7), et porteur de nos péchés (Isaïe, 53, 4);
  • celle de la mort de Jésus comme immolation du véritable agneau pascal, achevant en sa personne la Pâque Juive célébrée par Israël, en mémorial de la sortie d’Egypte (Jean, 19, 36 et 1 Corinthiens, 5, 7).

C’est bien Jean Baptiste qui est ici témoin de la descente de l’Esprit sur Jésus, selon une tradition différente de celle des trois autres Evangiles.

D’autre part, l’Esprit nous est dit “demeurer” sur Jésus. Le verbe “demeurer” est un terme très souvent employé dans l’Evangile de Jean, signifiant la relation spécifique et permanente du Père et du Fils, d’une part, ainsi que la relation permanente entre le Fils et les croyants, d’autre part. Ici l’Esprit “demeure” sur Jésus, Jésus que la suite de l’Evangile va nous montrer comme dispensateur de l’Esprit (Jean, 3, 5 et 34; 7, 38 - 39; 20, 22). D’autre part, Isaïe, 52, 1, indiquait déjà que l’Esprit reposait sur le “Serviteur” de Dieu.

Au verset 34, une variante dans les manuscrits propose “l’Elu de Dieu” au lieu et place de “Fils de Dieu”. Cependant, la plupart des éxégètes lisent ici “Fils de Dieu”, selon une plus grande conformité avec la tradition “Johannique”, dans laquelle furent composés cet Evangile et les Lettres de Jean.

4. Prolongement

Nous avons ici le début de tout un ensemble de “titres” concernant Jésus.

Proclamé dans le Prologue comme étant “Lumière”, “Verbe de Dieu fait chair”, “Fils qui est dans le sein du Père”, Jésus nous est désigné ici par Jean Baptiste comme “l’ Agneau de Dieu”, “Celui qui baptise dans l’Esprit Saint”, “Fils de Dieu”.

A mesure que les premiers disciples, ceux de Jean Baptiste, vont découvrir Jésus, la série de titres va continuer : “Rabbi”, “Messie”, “Celui de qui il est écrit dans la Loi et les Prophètes” (c’est-à-dire pratiquement dans quasi toute la Bible), “Fils de Dieu”, “roi d’Israël”, avant que Jésus parle finalement de lui-même comme étant le “Fils de l’homme”, en 1, 51.

Et l’on pourrait continuer par ceux que lui donne Paul : “image parfaite du Dieu invisible” (Colossiens, 1, 15), “Seigneur à la gloire de Dieu le Père” (Philippiens, 2, 5 - 11), pour n’en citer que deux.

Autant de titres décernés à Jésus, autant d’indications que Jésus dépasse et dépassera toujours tous les titres, toutes les images et toutes les définitions : il est “Dieu avec nous”.

Prière

*Seigneur Jésus, bien qu’en toi Dieu se soit mis à notre niveau, au point que tes Paroles d’homme sont pour nous Paroles de Dieu, et que tes gestes d’homme nous traduisent les attitudes mêmes de Dieu, en toi nous est toujours suggéré et évoqué un au-delà de cette dimension humaine qui nous rejoint, ce qui fait que nous n’aurons jamais fini de te découvrir, toi qui es le Verbe de Dieu, car, en tous tes comportments d’ homme véritable, se dessine une ouverture vers l’au-delà de Dieu : aide-moi, dans la lumière de ton Esprit Saint, à ne jamais chercher à t’enfermer dans quelque titre ou définition que ce soit, mais à toujours t’accueillir comme porteur d’une nouveauté et d’une richesse, qui me dépassent d’autant plus que tu me fais connaître le mystère insondable du Dieu Vivant, qui, en toi et par toi, vient nous associer à sa gloire. AMEN.

03.01.2004.*


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