📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Jean 3, 7-10

DE LA PREMIERE LETTRE DE JEAN

Texte

7 Petits enfants, que personne ne vous séduise. Celui qui pratique la justice est juste, comme lui-même est juste.
8 Celui qui pèche est du diable, car le diable pèche dès le commencement. Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les oeuvres du diable.
9 Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui; et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu.
10 C’est par là que se font reconnaître les enfants de Dieu et les enfants du diable. Quiconque ne pratique pas la justice n’est pas de Dieu, non plus que celui qui n’aime pas son frère.

Commentaire

1. Situation

Parmi les 3 Lettres de Jean, seules la 2ème et la 3ème se disent avoir été écrites par un auteur qui se nomme “l’Ancien”. Cela n’empêche pas que la 2ème Lettre de Jean partage nombre de ses idées et une grande partie de son vocabulaire avec la 1ère Lettre de Jean, qui, elle, ne porte pas dans son texte de nom d’auteur.

Beaucoup, mais pas tous, considèrent que la 1ère lettre de Jean doit être lue à la suite et en complément de l’Evangile de Jean, et doit donc pour cela être considérée comme écrite par le même auteur, que l’on pense être l’Apôtre Jean, qui se déclare, dans l’Evangile, “le disciple que Jésus aimait”.

Indépendamment des obscurités qui demeurent concernant soit l’auteur unique, soit des auteurs multiples de l’Evangile et des 3 Lettres attribuées à Jean, ces 4 documents tirent leur origine d’une même école d’interprétation des paroles et des actions de Jésus, école que l’on nomme volontiers “la communauté du disciples que Jésus aimait”.

Quant aux dates de composition de ces 4 textes, la majorité des spécialistes les situent les uns par rapport aux autres selon un ordre de composition qui correspond à la place qu’ils occupent dans le Nouveau Testament : l’Evangile, puis la 1ère Lettre , puis la 2ème Lettre, et finalement, la 3ème Lettre de Jean.

Autre constatation : dans ces 3 Lettres, surtout dans la 1ère, il est question de divisions dans la communauté, où l’on doit se séparer de ceux qui “nient que Jésus est venu dans la chair”, et sont, pour cette raison, appelés “anti-christs” (1 Jean, 2, 18 - 19 et 4, 2 - 3; 2 Jean, 4, 9).

Si la 2ème et la 3ème Lettre de Jean sont, à l’évidence, des “Lettres” adressées à un ou plusieurs destinataires, la 1ère Lettre ressemble plutôt à une “homélie”, difficile à structurer, mais qui se présente comme porteuse d’une message d’exhortation et d’assurance.

On peut toutefois trouver un “fil directeur” de cette 1ère Lettre en l’unifiant autour du thème de notre “communion avec Dieu”, dont 3 séries de critères nous sont proposés : - nous sommes en communion avec Dieu en participant à la lumière de Dieu (dans laquelle il nous faut marcher, libérés du péché, dans l’amour et dans la foi : 1, 5 - 2, 28), - nous sommes en communion avec Dieu dans la mesure où nous sommes enfants de Dieu (par la pratique de la justice, en ne péchant pas, puis de la charité, à l’exemple du Fils de Dieu, et du discernement dans la foi : 2, 29 - 4, 6), - nous sommes en communion avec Dieu dans la réception de son amour (amour qui vient de Dieu, lui-même défini comme “Amour”, et qui s’enracine dans la foi, laquelle est bien la racine de la charité : 4, 7 - 5, 12)


Nous sommes maintenant dans le 2ème grand thème développé par cette 1ère Lettre de Jean (2, 29 - 4, 6), que certains font cependant se terminer en 3, 24. Cette 2ème approche, nous pouvons l’intituler :

  • soit: “Notre communion avec Dieu, vue comme une communion de fils, qui s’exprime dans un comportement correspondant à cette situation”,
  • soit: “L’amour est le signe distinctif des cnfants de Dieu “.

Ce 2ème thème se subdivise, à son tour, en 3 unités, du moins jusqu’en 3, 24 :

  • dès maintenant, le Père nous fait enfants de Dieu (3, 1 - 10),
  • les chrétiens ont le devoir de s’aimer les uns les autres (3, 11 - 18),
  • nous devons placer notre confiance dans le Seigneur (3, 19 - 24).

Notre page se situe ainsi à la fin de la 1ère de ces 3 subdivisions : après nous avoir assurés que, vraiment, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu (3, 1 - 3), l’auteur tire la conséquence que, si nous sommes nés de Dieu, nous ne péchons plus (3, 4 - 10 : c’est ici que nous trouvons notre texte).

2. Message

L’auteur de cette 1ère Lettre de Jean établit ici une ligne de partage très nette entre, d’une part, ceux qui sont nés de Dieu, appartiennent donc au Christ, et, de ce fait, sont justes et ne pèchent pas, et, d’autre part, les autres, qui sont les enfants du diable et commettent l’iniquité.

A ce partage, correspondent deux références : l’une à Jésus, qui n’a pas de péché, qui est juste, qui est venu pour enlever les péchés et pour détruire les oeuvres du diable, l’autre étant justement le diable, antithèse absolue de Jésus, pécheur depuis le commencement.

La “nouvelle naissance”, qui nous est donnée, nous fait donc demeurer en Jésus ct demeurer en Dieu : alors, nous ne péchons plus, nous pratiquons la justice et nous aimons nos frères.

3. Decouvertes

Les signes de ce partage de terrain entre Jésus et le diable sont des plus clairs : pratiquer ou ne pas pratiquer la justice, aimer ou ne pas aimer son frère (verset 10).

Au verset 9, “quiconque est né de Dicu ne commet plus le péché, parce que sa semence demeure en lui” : comment identifier cette “semence” ?

Ce serait l’Esprit Saint, pensent beaucoup, ou la Parole de Dieu, selon d’autres, qui estiment se situer ainsi plus près des traditions juive et chrétienne, et dont fait partie la TOB, 1 Jean, 3, 9 , note “c”.

4. Prolongement

Fruit de l’Esprit, en conséquence de la mort-résurrection de Jésus, qui est “l’Heure” définitive du salut de Dieu, notre création nouvelle de “fils adoptifs” ou “d’enfants de Dieu”, nous transforme radicalenlent, et nous appelle à une manière de vivre, qui exprime, en cohérence, cette dignité nouvelle que nous avons reçue.

Ce qui n’est possible que dans lz mesure où, notre regard fixé sur le Père, par le Fils, dans l’Esprit, nous essayons d’accueillir en nous l’attitude de Dieu, révélée dans les comportements humains de Jésus, qu’il nous appartient de reproduire dès aujourd’hui.

Prière

*Seigneur Jésus, tu attends de nous que le don du salut que nous avons reçu porte du fruit, ce fruit devant se traduire dans le choix précis que nous faisons de te suivre, en refusant toute autre allégiance à qui que ce soit, y compris à nous-mêmes : que ma façon de t’imiter en vérité le plus possible, et d’aimer vraiment mes frères et soeurs, exprime visiblement cette prise de possession de tout mon être par toi, en la présence de ton Esprit Saint qui demeure en moi. AMEN.

04.01.2004.*

Évangile : Jean 1, 35-42

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

35 Le lendemain, Jean se tenait là, de nouveau, avec deux de ses disciples.
36 Regardant Jésus qui passait, il dit : ” Voici l’agneau de Dieu. “
37 Les deux disciples entendirent ses paroles et suivirent Jésus.
38 Jésus se retourna et, voyant qu’ils le suivaient, leur dit : ” Que cherchez-vous ? ” Ils lui dirent : ” Rabbi - ce qui veut dire Maître -, où demeures-tu ? “
39 Il leur dit : ” Venez et voyez. ” Ils vinrent donc et virent où il demeurait, et ils demeurèrent auprès de lui de jour-là. C’était environ la dixième heure
40 André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean et suivi Jésus.
41 Il rencontre en premier lieu son frère Simon et lui dit : ” Nous avons trouvé le Messie ” - ce qui veut dire Christ.
42 Il l’amena à Jésus. Jésus le regarda et dit : ” Tu es Simon, le fils de Jean ; tu t’appelleras Céphas ” - ce qui veut dire Pierre.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :

  • le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
  • la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
  • la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
  • la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
  • la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
  • la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
  • la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).

Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :

  • 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
  • 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
  • 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
  • 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
  • 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).

Notre page se situe dans la toute 1ère partie : les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean Baptiste à Jésus

2. Message

L’Evangéliste Jean est le seul à nous raconter un transfert de disciples de Jean Baptiste à Jésus.

Jean Baptiste favorise d’ailleurs ce mouvement, en prenant l’initiative de désigner Jésus à deux de ses disciples, André et un anonyme (le disciple que Jésus aimait ?), qui tous deux se mettent à suivre Jésus.

La suite du texte nous relate une sorte de réaction en chaîne, où ceux qui ont rencontré Jésus en partagent la nouvelle à d’autres, qu’ils conduisent à Jésus.

Cette opération conduit, d’autre part, à une progression dans la découverte et l’annonce de qui est Jésus, appelé d’abord “Rabbi”, puis “Christ-Messie”. Et cela va continuer avec Philippe, que Jésus va appeler, et qui va aller chercher Nathanaël (1, 43 - 51).

De son côté, Jésus invite ceux qui le cherchent à demeurer chez lui, et change immédiatement le nom de Simon. Dès le premier contact, une rencontre profonde s’inaugure.

3. Decouvertes

Alors que dans la section précédente (1, 29 - 34) Jean Baptiste avait témoigné, devant la foule qui l’entourait, que Jésus était l’Agneau de Dieu, et Celui sur lequel il avait vu descendre l’Esprit, et qui allait baptiser dans l’Esprit, il le fait maintenant seulement devant deux disciples qui, immédiatement, rejoignent Jésus.

Alors que dans les autres Evangiles Jésus change le nom de Simon en celui de “Cephas-Pierre”, après que Pierre a reconnu devant tous que Jésus est le Christ-Messie, il le fait, ici, dès son premier contact personnel avec Simon, qui vient d’entendre la confession de foi de son frère d’André.

4. Prolongement

On peut aller à Jésus, soit suite à un appel de sa part, soit parce que quelqu’un nous a guidés vers lui. Ce qui compte alors, c’est la richesse de sa rencontre, qui devient pour nous chemin de salut, comme cela fut le cas pour Paul :

7 Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage, à cause du Christ.

8 Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,

9 et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ;

10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,

11 afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts.

12 Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus.

Prière

*SEIGNEUR JESUS, NOUS AVONS, LES UNS ET LES AUTRES, ETE AMENES A TE RENCONTRER SUR NOTRE ROUTE, SOIT PARCE QUE NOS PARENTS OU NOS PROCHES NOUS ONT PARTAGE LEUR EXPERIENCE DE LA FOI EN TON NOM, SOIT PARCE QUE, CONFRONTES A TEL OU TEL EVENEMENT, L’OCCASION NOUS A ETE OFFERTE DE TE DECOUVRIR COMME CELUI-LA SEUL QUI PEUT TRANSFORMER ET VALORISER NOTRE VIE, ET, DEPUIS LORS, TU HABITES NOS COEURS PAR LA FOI, TU NOUS AS FAIT DON, PAR TON ESPRIT, DE TA CAPACITE D’AIMER, ET TU NOUS AS NOURRIS DE TA PAROLE QUE NOUS ONT TRANSMISE TES PREMIERS DISCIPLES : AIDE-MOI A CROÎTRE, AVEC TOI, DANS L’OBEISSANCE AU PERE ET LE SERVICE DE MES FRERES ET SOEURS, APPRENDS-MOI A ME COMPORTER TOUJOURS PLUS A PARTIR DE TA PAROLE, ET DE TA PRESENCE A MES CÔTES, TOI QUI ES A JAMAIS “L’EMMANUEL”, “DIEU-AVEC-NOUS”; AMEN.

04.01.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour