📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Jean 3, 11-21
DE LA PREMIERE LETTRE DE JEAN
Texte
11 Car ce qui vous a été annoncé et ce que vous avez entendu dès le commencement, c’est que nous devons nous aimer les uns les autres,
12 et ne pas ressembler à Caïn, qui était du malin, et qui tua son frère. Et pourquoi le tua-t-il? parce que ses oeuvres étaient mauvaises, et que celles de son frère étaient justes.
13 Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait.
14 Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort.
15 Quiconque hait son frère est un meurtrier, et vous savez qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui.
16 Nous avons connu l’amour, en ce qu’il a donné sa vie pour nous; nous aussi, nous devons donner notre vie pour les frères.
17 Si quelqu’un possède les biens du monde, et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui?
18 Petits enfants, n’aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité.
19 Par là nous connaîtrons que nous sommes de la vérité, et nous rassurerons nos coeurs devant lui;
20 car si notre coeur nous condamne, Dieu est plus grand que notre coeur, et il connaît toutes choses.
21 Bien-aimés, si notre coeur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance devant Dieu.
Commentaire
1. Situation
Parmi les 3 Lettres de Jean, seules la 2ème et la 3ème se disent avoir été écrites par un auteur qui se nomme “l’Ancien”. Cela n’empêche pas que la 2ème Lettre de Jean partage nombre de ses idées et une grande partie de son vocabulaire avec la 1ère Lettre de Jean, qui, elle, ne porte pas dans son texte de nom d’auteur.
Beaucoup, mais pas tous, considèrent que la 1ère lettre de Jean doit être lue à la suite et en complément de l’Evangile de Jean, et doit donc pour cela être considérée comme écrite par le même auteur, que l’on pense être l’Apôtre Jean, qui se déclare, dans l’Evangile, “le disciple que Jésus aimait”.
Indépendamment des obscurités qui demeurent concernant soit l’auteur unique, soit des auteurs multiples de l’Evangile et des 3 Lettres attribuées à Jean, ces 4 documents tirent leur origine d’une même école d’interprétation des paroles et des actions de Jésus, école que l’on nomme volontiers “la communauté du disciples que Jésus aimait”.
Quant aux dates de composition de ces 4 textes, la majorité des spécialistes les situent les uns par rapport aux autres selon un ordre de composition qui correspond à la place qu’ils occupent dans le Nouveau Testament : l’Evangile, puis la 1ère Lettre , puis la 2ème Lettre, et finalement, la 3ème Lettre de Jean.
Autre constatation : dans ces 3 Lettres, surtout dans la 1ère, il est question de divisions dans la communauté, où l’on doit se séparer de ceux qui “nient que Jésus est venu dans la chair”, et sont, pour cette raison, appelés “anti-christs” (1 Jean, 2, 18 - 19 et 4, 2 - 3; 2 Jean, 4, 9).
Si la 2ème et la 3ème Lettre de Jean sont, à l’évidence, des “Lettres” adressées à un ou plusieurs destinataires, la 1ère Lettre ressemble plutôt à une “homélie”, difficile à structurer, mais qui se présente comme porteuse d’une message d’exhortation et d’assurance.
On peut toutefois trouver un “fil directeur” de cette 1ère Lettre en l’unifiant autour du thème de notre “communion avec Dieu”, dont 3 séries de critères nous sont proposés : - nous sommes en communion avec Dieu en participant à la lumière de Dieu (dans laquelle il nous faut marcher, libérés du péché, dans l’amour et dans la foi : 1, 5 - 2, 28), - nous sommes en communion avec Dieu dans la mesure où nous sommes enfants de Dieu (par la pratique de la justice, en ne péchant pas, puis de la charité, à l’exemple du Fils de Dieu, et du discernement dans la foi : 2, 29 - 4, 6), - nous sommes en communion avec Dieu dans la réception de son amour (amour qui vient de Dieu, lui-même défini comme “Amour”, et qui s’enracine dans la foi, laquelle est bien la racine de la charité : 4, 7 - 5, 12)
Nous sommes maintenant dans le 2ème grand thème développé par cette 1ère Lettre de Jean (2, 29 - 4, 6), que certains font cependant se terminer en 3, 24. Cette 2ème approche, nous pouvons l’intituler :
- soit: “Notre communion avec Dieu, vue comme une communion de fils, qui s’exprime dans un comportement correspondant à cette situation”,
- soit: “L’amour est le signe distinctif des cnfants de Dieu “.
Ce 2ème thème se subdivise, à son tour, en 3 unités, du moins jusqu’en 3, 24 :
- dès maintenant, le Père nous fait enfants de Dieu (3, 1 - 10),
- les chrétiens ont le devoir de s’aimer les uns les autres (3, 11 - 18),
- nous devons placer notre confiance dans le Seigneur (3, 19 - 24).
Notre page se situe ainsi à la fin de la 1ère de ces 3 subdivisions : après nous avoir assurés que, vraiment, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu (3, 1 - 3), l’auteur tire la conséquence que, si nous sommes nés de Dieu, nous ne péchons plus (3, 4 - 10 : c’est ici que nous trouvons notre texte).
2. Message
Passage non encore commenté
3. Decouvertes
Passage non encore commenté
4. Prolongement
Passage non encore commenté
Évangile : Jean 1, 43-51
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
43 Le lendemain, Jésus voulut se rendre en Galilée, et il rencontra Philippe. Il lui dit: Suis-moi.
44 Philippe était de Bethsaïda, de la ville d’André et de Pierre.
45 Philippe rencontra Nathanaël, et lui dit: Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph.
46 Nathanaël lui dit: Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon? Philippe lui répondit: Viens, et vois.
47 Jésus, voyant venir à lui Nathanaël, dit de lui: Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n’y a point de fraude.
48 D’où me connais-tu? lui dit Nathanaël. Jésus lui répondit: Avant que Philippe t’appelât, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu.
49 Nathanaël répondit et lui dit: Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël.
50 Jésus lui répondit: Parce que je t’ai dit que je t’ai vu sous le figuier, tu crois; tu verras de plus grandes choses que celles-ci.
51 Et il lui dit: En vérité, en vérité, vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :
- le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
- la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
- la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
- la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
- la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
- la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
- la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).
Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :
- 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
- 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
- 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
- 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
- 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).
Nous sommes donc ici tout au début du Livre des Signes, dans la 1ère division qui traite des “premiers jours de la révélation de Jésus” (1, 19 - 51), jours qui sont associés au témoignage de Jean Baptiste et à l’appel des premiers disciples.
Après avoir refusé toute ambiguïté concernant son identité et sa mission, Jean Baptiste a désigné Jésus comme “l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde” (1, 19 - 34), et envoyé 2 de ses disciples vers Jésus, dont l’un, André, est allé ensuite trouver son frère, Simon, pour l’amener à Jésus (1, 35 - 42).
2. Message
Certes, le lieu géographique semble devoir changer, puisque Jésus décide de monter en Galilée. Mais, André, Simon-Pierre, Philippe et Nathanaël étant pratiquement tous du même village, on peut considérer qu’il y a une grande unité entre ces 4 premiers appels.
Unité, non seulement de lieu d’origine des disciples concernés, mais unité également de manière d’agir de la part de Jésus et des personnes qu’il appelle.
D’une part, ceux qui ont rencontré Jésus vont trouver un de leurs amis pour lui partager leur découverte de Jésus, avec chaque fois des titres différents, et l’inviter à aller le voir. C’est ce que font André et Philippe en allant trouver respectivement Simon-Pierre et Nathanaël. D’autre part, chaque fois qu’une nouvelle personne est ainsi amenée à Jésus par quelqu’un d’autre, Jésus la prend en charge en son niveau le plus profond.
C’est ainsi qu’il change le nom de Simon en celui de “Pierre”, et qu’il interpelle Nathanaël, en lui révélant qu’il a perçu sa réaction première à ce que Philippe lui a dit de Jésus.
A cause de cela, Nathanaël est conduit à reconnaître Jésus comme “Fils de Dieu et roi d’Israêl”.
Et Jésus, à partir de là, fait un pas de plus en se présentant comme le “Fils de l’homme” de la fin des temps, qui résume tout le peuple de Dieu, l’Israël Nouveau, en lien direct avec Dieu, qui l’envoie en mission.
3. Decouvertes
C’est seulement dans les Evangiles de Matthieu (16, 16 - 18) et de Jean (1, 40 - 42), que Jésus est à l’origine du surnom de “Rocher”, “Pierre”, donné à Simon, frère d’André.
Aux versets 45 - 46 : à propos de la réponse de Nathanaël à Philippe : “que peut-il sortir de bon de Nazareth ?”, on pense que cette phrase correspondrait à un proverbe local. Il y a peut-être ici également une allusion à des tentatives postérieures de rejeter Jésus, à cause, justement, de son lieu d’origine (Jean, 6, 42 et 7, 52).
La réponse de Philippe : “viens et vois”, rappelle celle de Jésus au verset 39, et sera reprise, sous une forme différente, au verset 49, lorque Jésus annonce qu’il y aura à voir de plus grandes choses encore.
Nathanaël est le type du véritable Israélite, parce qu’il vient à Jésus au lieu de le rejeter, comme feront d’autres, au nom de la Loi et des Prophètes, dont l’expression “être sous le figuier” semble indiquer que Nathanaël était un lecteur et un étudiant assidu. (voir Jean, 7, 15. 27. 40; 9, 29).
“Fils de Dieu et roi d’Israël”, au verset 49 : dans l’Ancien Testament, on parlait du roi comme étant “fils de Dieu” (2 Samuel, 7, 14; Psaume, 2, 6 - 7)
Pour comprendre le verset 51, il nous faut aller lire Jean, 3, 12 - 15, pour trouver un “passage” semblable des réalités terrestres aux réalités célestes, à travers cette définition de Jésus comme “Fils de l’homme”. Voir le verset 3, 13, en particulier.
Personne, hormis le Fils, n’a jamais vu Dieu : voilà une affirmation constante de tout cet Evangile. C’est pourquoi la vision de l’échelle de Jacob (Genèse 28, 11 - 12) est reprise ici et transformée en vision future promise aux croyants, et dans laquelle Jésus est le lien unique entre le ciel et la terre, entre Dieu et notre monde.
4. Prolongement
Toute la succession des titres donnés à Jésus depuis le début de l’Evangile jusqu’à la fin de notre page, commence avec celle du “Verbe de Dieu”, qui, mystérieusement, s’est fait chair, et se terminent par cette dernière présentation, du verset 51, de Jésus comme lieu unique de la rencontre de Dieu pour les croyants.
Jésus dépasse et transcende tout être et toute chose, au moment même où il vient partager notre histoire et notre langage d’hommes, pour nous faire ainsi connaître Dieu.
Prière
*Seigneur Jésus, apprends-moi à lire et relire, en les méditant, tous ces titres qui se sont attribués dans cet Evangile de Jean, afin que je sois davantage conduit à te rencontrer dans la profondeur de ton mystère, qui dépasse toute Parole et toute définition te concernant, car tu es “Dieu né de Dieu”, “Lumière née de la Lumière”, appartenant à la réalité secrète et intime du Dieu Vivant. AMEN.
05.01.2004.*