📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Jean 4, 7-10

DE LA PREMIER LETTRE DE JEAN

Texte

7 Bien-aimés, aimons nous les uns les autres; car l’amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu.
8 Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour.
9 L’amour de Dieu a été manifesté envers nous en ce que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui.
10 Et cet amour consiste, non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu’il nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés

Commentaire

1. Situation

Beaucoup, mais pas tous, considèrent que la 1ère lettre de Jean doit être lue à la suite et en complément de l’Evangile de Jean, et doit donc pour cela être considérée comme écrite par le même auteur, que l’on pense être l’Apôtre Jean, qui se déclare, dans l’Evangile, “le disciple que Jésus aimait”.

Indépendamment des obscurités qui demeurent concernant soit l’auteur unique, soit des auteurs multiples de l’Evangile et des 3 Lettres attribuées à Jean, ces 4 documents tirent leur origine d’une même école d’interprétation des paroles et des actions de Jésus, école que l’on nomme volontiers “la communauté du disciples que Jésus aimait”.

Quant aux dates de composition de ces 4 textes, la majorité des spécialistes les situent les uns par rapport aux autres selon un ordre de composition qui correspond à la place qu’ils occupent dans le Nouveau Testament : l’Evangile, puis la 1ère Lettre , puis la 2ème Lettre, et finalement, la 3ème Lettre de Jean.

Autre constatation : dans ces 3 Lettres, surtout dans la 1ère, il est question de divisions dans la communauté, où l’on doit se séparer de ceux qui “nient que Jésus est venu dans la chair”, et sont, pour cette raison, appelés “anti-christs” (1 Jean, 2, 18 - 19 et 4, 2 - 3; 2 Jean, 4, 9).

Si la 2ème et la 3ème Lettre de Jean sont, à l’évidence, des “Lettres” adressées à un ou plusieurs destinataires, la 1ère Lettre ressemble plutôt à une “homélie”, difficile à structurer, mais qui se présente comme porteuse d’une message d’exhortation et d’assurance.

On peut toutefois trouver un “fil directeur” de cette 1ère Lettre en l’unifiant autour du thème de notre “communion avec Dieu”, dont 3 séries de critères nous sont proposés : - nous sommes en communion avec Dieu en participant à la lumière de Dieu (dans laquelle il nous faut marcher, libérés du péché, dans l’amour et dans la foi : 1, 5 - 2, 28), - nous sommes en communion avec Dieu dans la mesure où nous sommes enfants de Dieu (par la pratique de la justice, en ne péchant pas, puis de la charité, à l’exemple du Fils de Dieu, et du discernement dans la foi : 2, 29 - 4, 6), - nous sommes en communion avec Dieu dans la réception de son amour (amour qui vient de Dieu, lui-même défini comme “Amour”, et qui s’enracine dans la foi, laquelle est bien la racine de la charité : 4, 7 - 5, 12)

2. Message

La communion avec Dieu nous est définie maintenant en de fortes phrases qui nous précisent la relation qui existe entre Dieu et sa capacité d’aimer.

L’amour vient de Dieu. Dieu est amour. Il s’est manifesté ainsi dans l’initiative qu’il a prise, entièrement gratuitement, d’envoyer de lui-même son Fils unique avec la mission de nous sauver en nous purifiant de tout péché. Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais bien l’inverse.

En conséquence, nous devons nous laisser saisir par cet amour de Dieu, puisque Dieu a fait de nous ses enfants. Si nous entrons dans cette “logique” de l’amour gratuit, nous “connaissons” Dieu, au sens fort du terme, car notre démarche d’amour se trouve pleinement associée à la sienne. Sinon nous ne pouvons pas “connaître” Dieu de façon authentique.

3. Decouvertes

Avec ce passage commence la 3ème et dernière partie de cette Lettre, qui nous détaille les critères de notre communion avec Dieu, autour de ce thème de l’amour qui vient de Dieu, qui est amour : alors que dans la 1ère partie, l’amour avait été évoqué comme devant être notre attitude (2, 3 - 11), que dans la 2ème partie, il se donnait à découvrir dans l’attitude du Christ (3, 11 - 24), il nous est présenté ici dans son origine divine (4, 7 - 9. 16).

L’amour authentique vient de Dieu et se manifeste dans l’envoi du Fils “unique”, cet adjectif “unique” impliquant la divinité et la pré-existence du Christ, ainsi que sa dignité “d’image parfaite du Père”, en son humanité.

Cette connaissance de Dieu que nous acquérons dans la mesure où elle s’enracine dans l’accueil de son amour, et le prolongement que nous lui donnons dans l’amour de nos frères et de nos soeurs, se fait de façon progressive : “nés” de Dieu, nous pratiquons l’amour fraternel, et découvrons ainsi qui est Dieu en profondeur, dans l’expérience que nous vivons de cet amour reçu et partagé.

Après nous avoir dit que Dieu est “Esprit” (Jean, 4, 24), que Dieu est “Lumière” (1 Jean,, 1, 5), l’auteur - ou les auteurs - de l’Evangile de Jean et de cette 1ère Lettre de Jean, nous affirme(nt) maintenant, à partir de ce qu’a révélé l’attitude de Jésus, que Dieu est “Amour”, ce qui nous est dit se manifester dans l’amour réciproque du Père et du Fils (Jean, 3; 35; 5, 20; 10, 17; 15, 9; 17, 26).

La formule “en victime d’expiation pour nos péchés”, du verset 10, évoque le comportement volontaire de Jésus Christ disant “OUI” au Père jusqu’au bout, en prenant tous les risques dans sa mission de salut à l’égard de tous les hommes qu’il libère du péché.

4. Prolongement

Cet amour qui vient de Dieu est le sommet du don que Dieu nous fait de lui-même, et que rien donc ne peut surpasser. Ce don est lié au don qu’il nous fait de son Esprit. Et c’est ce que Paul, de son côté, constate à plusieurs reprises :

Romains 8

8.31 Que dirons-nous donc à l’égard de ces choses? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?

8.32 Lui, qui n’a point épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui?

8.33 Qui accusera les élus de Dieu? C’est Dieu qui justifie!

8.34 Qui les condamnera? Christ est mort; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous!

Romains 5

5.5 Or, l’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous a été donné.

5.6 Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies.

5.7 A peine mourrait-on pour un juste; quelqu’un peut-être mourrait-il pour un homme de bien.

5.8 Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous.

1 Corinthiens 13

13.1 Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit.

13.2 Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien.

13.3 Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien.

Prière

*Seigneur Jésus, plus nous te découvrons dans ta réalité profonde, qui s’exprime en ta parole et tes gestes de miséricorde, et ce jusqu’à ton engagement suprême dans ton “OUI” au Père, et le service de tous tes frères et sœurs, et plus nous comprenons que “Dieu est amour”, et que, dans l’Esprit Saint qui vient du Père et que tu nous communiques, nous recevons en partage cette expérience même de Dieu qui aime : ouvre-moi sans cesse davantage à ce don inegalable, afin que je me laisse saisir par lui, et que je le manifeste, à mon tour, dans une capacité d’autant plus grande d’aimer mes frères et sœurs, comme tu nous as aimés, toi qui nous as ainsi révélé à quel point le Père t’aime au delà de tout ce que nous pouvons imaginer. AMEN.

07.01.2003*

Évangile : Marc 6, 34-44

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

34 Quand il sortit de la barque, Jésus vit une grande foule, et fut ému de compassion pour eux, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont point de berger; et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses.
35 Comme l’heure était déjà avancée, ses disciples s’approchèrent de lui, et dirent: Ce lieu est désert, et l’heure est déjà avancée;
36 renvoie-les, afin qu’ils aillent dans les campagnes et dans les villages des environs, pour s’acheter de quoi manger.
37 Jésus leur répondit: Donnez-leur vous-mêmes à manger. Mais ils lui dirent: Irions-nous acheter des pains pour deux cents deniers, et leur donnerions-nous à manger?
38 Et il leur dit: Combien avez-vous de pains? Allez voir. Ils s’en assurèrent, et répondirent: Cinq, et deux poissons.
39 Alors il leur commanda de les faire tous asseoir par groupes sur l’herbe verte,
40 et ils s’assirent par rangées de cent et de cinquante.
41 Il prit les cinq pains et les deux poissons et, levant les yeux vers le ciel, il rendit grâces. Puis, il rompit les pains, et les donna aux disciples, afin qu’ils les distribuassent à la foule. Il partagea aussi les deux poissons entre tous.
42 Tous mangèrent et furent rassasiés,
43 et l’on emporta douze paniers pleins de morceaux de pain et de ce qui restait des poissons.
44 Ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc, le plus ancien des 4 Evangiles, après un Prologue nous relatant la mission de Jean Baptiste, le baptême de Jésus, sa tentation au désert, et la mise en route de son ministère (1, 1 - 15), nous développe ensuite ce ministère de Jésus en 6 grands épisodes :

  • Révélation de Jésus en Galilée (1, 16 - 3, 6),

  • Rejet de Jésus en Galilée (3, 7 - 6, 6), - Incompréhension des disciples de Jésus (6, 6b - 8, 21),

  • Montée de Jésus à Jérusalem, enseignant ses disciples (8, 22 - 10, 52),

  • 1ère partie de la semaine de Jésus à Jérusalem (11, 1 -13, 37),

  • Mort de Jésus à Jérusalem (14, 1 - 16, 20).

Notre passage se trouve dans la section qui traite de l’incompréhension des disciples, soit la 3ème partie du ministère public de Jésus. Les disciples viennent de rentrer d’une mission où Jésus les a envoyés, alors que Jean Baptiste meurt assassiné (6, 6b - 34), et, avec notre passage, Jésus commence de se manifester, une fois de plus, par ses actes de puissance.

2. Message

Nous assistons ici à la première manifestation d’une série d’actes de puissance de Jésus, série qui va être suivie d’une controverse sur la pureté rituelle (6, 35 - 7, 23).

Jésus nous est présenté dans sa capacité d’accomplir des “signes” éclatants, de guérir, et d’enseigner, mais, à travers ces manifestations, il nous est révélé, en même temps, comme Messie, Fils de Dieu, et interprète authentique de la Loi.

Ce miracle de la multiplication des pains nous rappelle l’intervention de Dieu nourrissant son peuple au désert de l’Exode au temps de Moïse, ainsi que le miracle accompli par le prophète Elisée, au 9ème siècle, lorsqu’il a nourri 100 personnes (2 Rois, 4, 42 - 44).

D’autre part, il suggère l’idée de la vie dans le Royaume des cieux, sous l’image d’un banquet présidé par le Messie.

Enfin, il y a une relation entre les gestes de Jésus en ce miracle et ceux qu’il accomplira à la Dernière Cène (comparer 6, 41 et 14, 22).

D’où la tonalité Eucharistique de cette multiplication des pains, et la perception de l’ Eucharistie, chez les chrétiens, comme l’anticipation du banquet eschatologique de la fin des temps.

3. Decouvertes

Le récit de la multiplication des pains pour 5000 hommes nous est raconté par les 4 Evangiles. Marc (8, 1 - 10) et Matthieu nous relatent, en outre, une seconde multiplication des pains pour 4000 hommes.

Aux versets 35 - 38, nous nous apercevons que les disciples ne parviennent pas à comprendre ce que Jésus cherche à faire.

Le fait qu’il suggèrent à Jésus d’envoyer les gens acheter de la nourriture dans les villages voisins indique que cet endroit n’est que relativement désert, et que le miracle que Jésus réalise n’est pas absolument nécessaire pour que les gens puissent être nourris. D’où l’accent mis sur la gratuité du don de nourriture que Jésus fait à cette foule, en les invitant à prendre leur repas, comme à sa table, en quelque sorte.

Au verset 40, la disposition des gens en groupes organisés renforce l’image du banquet messianique et de la table partagée.

Au verset 41, Jésus agit en chef de famille qui rend grâces au Seigneur pour le repas. Il accomplit ainsi les gestes classiques de la bénédiction du pain dans les repas de fête Juifs.

Il reprendra ces mêmes gestes lors de son dernier repas avec ses disciples, à quelques heures de son arrestation, mais les accompagant de paroles nouvelles concernant son corps et sa vie livrés dans sa passion toute proche.

Et ce sera l’origine de notre Eucharistie, où, avec ces mêmes gestes de Jésus, nous faisons “mémoire” de sa mort-résurrection.

Lors de la distribution du pain et des poissons, les disciples se comportent déjà plus ou moins apparemment comme de futurs “ministres” de la distribution Eucharistique.

Aux versets 42 - 45, tout le monde est rassasié, et il y a des restes, comme dans le miracle d’Elisée, en 2 Rois, 4, 42 - 44. Les “12” corbeilles ou paniers, est-ce une référence symbolique aux 12 tribus d’Israël, indiquant qu’à travers ce signe, Jésus le Messie invite “tout Israêl” à son banquet du Royaume ?

Quant au chiffre, précisé, de 5000 hommes, il souligne bien l’ampleur du miracle de Jésus, qui dépasse de beaucoup le geste d’Elisée en Israël.

4. Prolongement

En cette dernière semaine du “temps de Noël”, et après la grande et solennelle manifestation de Jésus célébrée dans le mystère de son “Epiphanie”, dans la reprise liturgique du texte de Matthieu sur la visite des Mages, l’Eglise nous présente cette page, dans une lecture non continue, comme une nouvelle “manifestation” de la “gloire” et du rayonnement de Jésus dans sa mission de Sauveur.

D’où l’invitation qui nous est ainsi faite de relire cette page en nous fixant fortement sur l’attitude, les paroles et les gestes de Jésus, qui, chef de notre famille de frères et soeurs et d’enfants de Dieu, son Père et notre Père, nous propose le banquet de Dieu qu’il préside.

Allons-nous accepter de prendre, dès maintenant, part à sa table, où nous sommes servis en abondance de sa Parole, de sa propre vie et de son propre Esprit ? A la fois, dans notre célébration personnelle de notre foi qui agit par la charité, et dans le partage Eucharistique de nos communautés ?

Vivons-nous chaque Eucharistie comme “mémoire vivante”, dans la force de l’Esprit Saint, de sa vie, de son ministère, de son engagement pour la Vérité jusqu’à en mourir, de sa passion, de sa mort et de sa résurrection ?

Prière

*Seigneur Jésus, la manifestation de ta gloire est en même temps pour nous le don de ton salut et de notre entrée dans le Royaume de Dieu, que tu nous révèles et dans lequel tu commences déjà de nous faire pénétrer : donne-moi d’accueillir le don de Dieu que tu es totalement, en ta personne, dans les relations de fraternité et de partage que tu inaugures avec nous, et que tu nous demandes d’étendre, en ton Nom, à tous nos frères et soeurs en humanité, vers lesquels tu nous envoies en mission. AMEN.

06.01.2004.*


La Bible commentée · Liturgie du jour