📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Jean 4, 11-18

DE LA 1ère LETTRE DE JEAN

Texte

11 Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres.
12 Personne n’a jamais vu Dieu; si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous.
13 Nous connaissons que nous demeurons en lui, et qu’il demeure en nous, en ce qu’il nous a donné de son Esprit.
14 Et nous, nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé le Fils comme Sauveur du monde.
15 Celui qui confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu.
16 Et nous, nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui.
17 Tel il est, tels nous sommes aussi dans ce monde: c’est en cela que l’amour est parfait en nous, afin que nous ayons de l’assurance au jour du jugement.
18 La crainte n’est pas dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la crainte; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour.

Commentaire

1. Situation

Beaucoup, mais pas tous, considèrent que la 1ère lettre de Jean doit être lue à la suite et en complément de l’Evangile de Jean, et doit donc pour cela être considérée comme écrite par le même auteur, que l’on pense être l’Apôtre Jean, qui se déclare, dans l’Evangile, “le disciple que Jésus aimait”.

Indépendamment des obscurités qui demeurent concernant soit l’auteur unique, soit des auteurs multiples de l’Evangile et des 3 Lettres attribuées à Jean, ces 4 documents tirent leur origine d’une même école d’interprétation des paroles et des actions de Jésus, école que l’on nomme volontiers “la communauté du disciples que Jésus aimait”.

Quant aux dates de composition de ces 4 textes, la majorité des spécialistes les situent les uns par rapport aux autres selon un ordre de composition qui correspond à la place qu’ils occupent dans le Nouveau Testament : l’Evangile, puis la 1ère Lettre , puis la 2ème Lettre, et finalement, la 3ème Lettre de Jean.

Autre constatation : dans ces 3 Lettres, surtout dans la 1ère, il est question de divisions dans la communauté, où l’on doit se séparer de ceux qui “nient que Jésus est venu dans la chair”, et sont, pour cette raison, appelés “anti-christs” (1 Jean, 2, 18 - 19 et 4, 2 - 3; 2 Jean, 4, 9).

Si la 2ème et la 3ème Lettre de Jean sont, à l’évidence, des “Lettres” adressées à un ou plusieurs destinataires, la 1ère Lettre ressemble plutôt à une “homélie”, difficile à structurer, mais qui se présente comme porteuse d’une message d’exhortation et d’assurance.

On peut toutefois trouver un “fil directeur” de cette 1ère Lettre en l’unifiant autour du thème de notre “communion avec Dieu”, dont 3 séries de critères nous sont proposés : - nous sommes en communion avec Dieu en participant à la lumière de Dieu (dans laquelle il nous faut marcher, libérés du péché, dans l’amour et dans la foi : 1, 5 - 2, 28), - nous sommes en communion avec Dieu dans la mesure où nous sommes enfants de Dieu (par la pratique de la justice, en ne péchant pas, puis de la charité, à l’exemple du Fils de Dieu, et du discernement dans la foi : 2, 29 - 4, 6), - nous sommes en communion avec Dieu dans la réception de son amour (amour qui vient de Dieu, lui-même défini comme “Amour”, et qui s’enracine dans la foi, laquelle est bien la racine de la charité : 4, 7 - 5, 12).


Faisant suite aux 2 thèmes précédents “Vivre en communion, avec Dieu en marchant dans la Lumière” (1, 5 - 2, 29) et “Vivre en communion avec Dieu en nous comportant comme les fils qu’il nous a donné d’être” (3, 1 - 24 ou - 4, 6), le 3ème thème de la 1ère Lettre de Jean, qu’on le fasse partir des versets 1 on 7 du chapitre 4 pour le faire se terminer au verset 12 du chapitre 5, traite de l’amour et de la foi, deux attitudes situées ici à leur plus grand niveau de profondeur.

Et ce thème se développe en 2 parties : “l’amour vient de Dien car Dieu est amour” (4, 7 - 21), “la foi en Jésus Christ, Fils de Dieu, est racine de la charité” (5,1 - 12). Notre passage se situe donc dans la 1ère partie de ce thème.

2. Message

Notre page est précédée, dans la 1ère partie du 3ème thème de cette Lettre, de quelques versets qui nous rappellent à quel point le Christ, en sa mission, nous a révélé, et a inscrit dans notre existence, la profondeur de l’amour de Dieu (4, 7 - 11) : l’amour vient de Dieu, car Dieu est amour. Il nous a aimés le premier, et cela s’est manifesté dans l’envoi de son Fils pour nous sauver, par son témoignage vécu en vérité jusqu’à en mourir sur une croix.

A ce point, commence exactement notre page, qui tire les conséquences de cette révélation - manifestation de l’amour de Dieu en Jésus Christ.

Si Dieu nous aime ainsi, la conséquence en est que nous devons entrer dans sa démarche et nous aimer les uns les autres. De cette façon, nous avons part au mystère de Dieu, qui demeure en nous et y accomplit son amour, en nous faisant don de son Esprit.

Nous contemplons, à notre tour, la mission du Fils, Sauveur du monde. Confesser que Jésus est le Fils de Dieu, et croire qu’en lui l’amour de Dieu s’est manifesté, cela confirme ce “demeurer” réciproque entre Dieu et nous, qui est un “demeurer” dans l’amour, puisque Dieu est amour.

Ainsi ressemblons-nous à Jésus, et sommes-nous libérés de toute crainte, puisque Dieu, qui est amour, habite en nous.

3. Decouvertes

Nous ne pouvons pas ne pas remarquer la densité de ces lignes, où tous les aspects du mystère s’entremêlent : la foi, la connaissance, l’amour, le “demeurer réciproque” avec Dieu, la mission et l’identité du Christ Jésus, le Fils envoyé par le Père, le rôle permanent et universel de l’Esprit de Dieu.

Au verset 16 , notons l’affirmation : “Nous avons connu et nous avons cru”. La foi s’épanouit dans la connaissance. Grâce à la foi, les chrétiens connaissent désormais l’amour de Dieu qui s’est manifesté (relire 1 Jean, 3, 16).

Pour autant (4. 12), personne n’a jamais contemplé Dieu, et seul Jésus peut donc nous révéler le Père (Jean, 1, 18; 5, 37; 6, 46). Mais si nous gardons le commandement de l’amour, l’amour de Dieu atteint en nous sa perfection, et nous sommes très fortement unis à lui.

L’Esprit de Dieu est toujours associé à ce mystère de communication-révélation de Dieu comme amour. Il est à la racine de notre témoignage, de notre confession de foi, et de notre amour fraternel, toutes attitudes qui permettent à Dieu de “demeurer” en nous, et réciproquement.

4. Prolongement

En sa profondeur, ce passage rejoint d’autres grands textes qui nous aident à approcher le mystère de l’amour de Dieu :

9 Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour.

10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour.

11 Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète.

12 Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés.

13 Nul n’a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis.

14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande.

3 Que dis-je ? Nous nous glorifions encore des tribulations, sachant bien que la tribulation produit la constance,

4 la constance une vertu éprouvée, la vertu éprouvée l’espérance.

5 Et l’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous fut donné.

6 C’est en effet alors que nous étions sans force, c’est alors, au temps fixé. que le Christ est mort pour des impies -

7 à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste; pour un homme de bien, oui, peut-etre osera-t-on mourir -

8 mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.

9 Combien plus, maintenant justifiés dans son sang, serons-nous par lui sauvés de la colère.

10 Si, étant ennemis, nous fûmes réconciliés à Dieu par la mort de Son Fils, combien plus, une fois réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie,

11 et pas seulement cela, mais nous nous glorifions en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ par qui dès à présent nous avons obtenu la réconciliation.

Prière

*Seigneur Jésus, devant un tel témoignage de la profondeur de l’amour de Dieu que tu nous as révélé en le vivant dans tout le parcours de ton existence humaine, jusqu’en l’heure suprême de ton passage au Père dans ta mort-résurrection, qui effectue pleinement notre réconciliation avec Dieu et entre nous, tes frères et soeurs, devant pareille découverte, notre foi devient silence qui accueille et contemple le mystère que ces lignes nous suggèrent bien au-delà de ce qu’elles expriment : apprends-moi le secret de la méditation qui ouvre nos coeurs à cette densité de lumière et de présence intérieures, dont tu nous fais le don, lorsqu’ainsi tu demeures en nous, avec le Père, dans l’Esprit Saint. AMEN.

07.01.2004.*

Évangile : Marc 6, 45-52

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l’autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule.
46 Et quand il les eut congédiés, il s’en alla dans la montagne pour prier.
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre.
48 Les voyant s’épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser.
49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c’était un fantôme et poussèrent des cris ;
50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit : ” Ayez confiance, c’est moi, soyez sans crainte. “
51 Puis il monta auprès d’eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur,
52 car ils n’avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était bouché.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Ce passage se situe au moment où Jésus commence de constater des malentendus entre lui et ses disciples, à propos de son message et des signes qu’il accomplit.

2. Message

Jésus vient, de sa propre initiative, de multiplier les pains pour une grande foule de gens qui étaient venus l’écouter et qu’il aurait pu renvoyer à temps pour qu’ils aillent se ravitailler dans les fermes et les villages des environs.

Maintenant, sans raison particulière donnée, Jésus oblige ses disciples à partir, en barque, le précéder sur l’autre rive du Lac, pendant qu’il renvoie les foules et va ensuite prier sans la montagne.

Voyant de loin ses disciples aux prises avec des vents contraires, il les rejoint en marchant sur les eaux, et, pris pour un fantôme par ses disciples apeurés, il se fait reconnaître, monte dans leur barque, et le vent tombe.

Que veut dire ce geste ? Le texte nous précise, à la fin, que ses disciples n’avaient pas compris le sens du miracle des pains. De même que la multiplication des pains montrait que Jésus nourrissait la foule, reproduisant, en quelque sorte, l’action de Dieu nourrissant son peuple avec la manne, au désert de l’Exode au temps de Moïse, de même, semble-t-il, cette marche de Jésus sur les eaux indique qu’il dispose de la puissance de Dieu qui avait conduit son peuple à travers la Mer des Roseaux, lors de la sorite d’Egypte.

Ces deux miracles successifs paraissent donc être des miracles de “révélation” de l’identité de Jésus et de sa mission de salut, différents des miracles de guérison, qui s’expliquent, en outre, par une prise en charge miséricordieuse de la maladie des gens par Jésus. Jésus se présente ici comme étant, de fait, mandaté par Dieu pour accomplir définitivement ce qu’avait signifié, en son temps, et dans la tradition Juive, la mission même de Moïse. Il semble que les disciples n’entrent guère dans cette démarche de révélation de Jésus à travers ces signes qui les bouleversent sans qu’ils les comprennent.

3. Decouvertes

Malgré toutes les explications “naturelles” qu’on a tenté de donner de cette marche de Jésus sur les eaux, il est clair que Marc a rapporté cet événement comme un véritable miracle. L’Ancien Testament atteste bien la maîtrise totale de Dieu sur la mer et les forces qui l’habitent (lors du passage de la mer à la sortie d’Egypte, rappelé dans le 2ème Isaïe, 43, 6, puis dans le Livre de Job, 9, 8, et dans le psaume 77, 19).

La conjonction de ces deux miracles, de la multiplication des pains et de la marche sur les eaux, fait bien de Jésus un nouveau “Moïse”, au moins en ce passage, car Marc n’a pas fait grand usage de ce rapprochement Jésus-Moïse, à la différence de Matthieu. On pense donc qu’il n’a fait que reprendre ici une tradition bien antérieure à lui.

En rejoignant ses disciples sur la mer, Jésis leur dit “c’est moi”, c’est-à-dire, selon le grec de Marc, “Je suis”, allusion souvent, dans ces cas, au Nom que Dieu s’est donné à lui-même, devant Moïse, au Sinaï.

4. Prolongement

Le Christ marchant sur la mer pour venir en aide aux disciples qui affrontent de grandes difficultés, événement-signe et source de bien des interprétations spirituelles :

  • annonce de Jésus qui va traverser l’abîme de la croix et de la mort pour en ressortir vivant, dans la transfiguration totale de sa résurrection, et qui, dans l’Esprit Saint, “est-avec-nous”, c’esst-à-dire “l’Emmanuel”, nous accompagnant sans cesse dans notre histoire quotidienne de “témoin” de Dieu et de son Evangile,

  • la barque des disciples , signe de nos communautés d’Eglise au combat contre les forces et puissances négatives qui nous agressent, ou nous ignorent, ou nous persécutent, et qui peuvent toujours compter, de la façon la plus inattendue, sur l’aide du Seigneur Jésus qui demeure toujours proche de tous ceux et toutes celles qui choisissent de vivre et d’annoncer sa Bonne Nouvelle du salut pour tous les membres de notre humanité (Matthieu, 28, 16 -20).

Prière

*SEIGNEUR JESUS, CE N’EST QU’A TA LUMIERE QUE NOUS DECOUVRONS QUE TU ES LUMIERE, CE N’EST QUE PAR TOI, ET DANS TON ESPRIT SAINT REçU ET ACCUEILLI, QUE NOUS POUVONS TE RECONNAÏTRE COMME “SEIGNEUR”, NOUS ADRESSER A DIEU COMME “NOTRE PERE”, ET QUE NOUS SOMMES RENDUS CAPABLES D’AIMER NOS FRERES ET SOEURS COMME TU NOUS AS AIMES : DONNE-MOI CETTE DOCILITE A TON ESPRIT SAINT, AFIN QUE JE DISCERNE MIEUX A QUEL POINT TU T’ES RENDU PROCHE DE MOI, A QUEL POINT TU ME PRENDS REELLEMENT EN CHARGE DANS MES FAIBLESSES, A QUEL POINT TU ATTENDS QUE JE M’OUVRE A TOI DANS UNE CONFIANCE TOTALE, ET AVEC UN COEUR DE PAUVRE. AMEN.

08.01.2003.*


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