📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Jean 5, 14-21
DE LA PREMIERE LETTRE DE JEAN
Texte
14 Nous avons en Dieu cette assurance que, si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute.
15 Et si nous savons qu’il nous écoute en tout ce que nous lui demandons, nous savons que nous possédons ce que nous lui avons demandé.
16 Quelqu’un voit-il son frère commettre un péché ne conduisant pas à la mort, qu’il prie et Dieu donnera la vie à ce frère. Il ne s’agit pas de ceux qui commettent le péché conduisant à la mort ; car il y a un péché qui conduit à la mort, pour ce péché-là, je ne dis pas qu’il faut prier.
17 Toute iniquité est péché mais il y a tel péché qui ne conduit pas à la mort.
18 Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche pas ; l’Engendré de Dieu le garde et le Mauvais n’a pas prise sur lui.
19 Nous savons que nous sommes de Dieu et que le monde entier gît au pouvoir du Mauvais.
20 Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu’il nous a donné l’intelligence afin que nous connaissions le Véritable. Nous sommes dans le Véritable, dans son Fils Jésus Christ. Celui-ci est le Dieu véritable et la Vie éternelle.
21 Petits enfants, gardez-vous des idoles
Commentaire
1. Situation
Parmi les 3 Lettres de Jean, seules la 2ème et la 3ème se disent avoir été écrites par un auteur qui se nomme “l’Ancien”. Cela n’empêche pas que la 2ème Lettre de Jean partage nombre de ses idées et une grande partie de son vocabulaire avec la 1ère Lettre de Jean, qui, elle, ne porte pas dans son texte de nom d’auteur.
Beaucoup, mais pas tous, considèrent que la 1ère lettre de Jean doit être lue à la suite et en complément de l’Evangile de Jean, et doit donc pour cela être considérée comme écrite par le même auteur, que l’on pense être l’Apôtre Jean, qui se déclare, dans l’Evangile, “le disciple que Jésus aimait”.
Indépendamment des obscurités qui demeurent concernant soit l’auteur unique, soit des auteurs multiples de l’Evangile et des 3 Lettres attribuées à Jean, ces 4 documents tirent leur origine d’une même école d’interprétation des paroles et des actions de Jésus, école que l’on nomme volontiers “la communauté du disciples que Jésus aimait”.
Quant aux dates de composition de ces 4 textes, la majorité des spécialistes les situent les uns par rapport aux autres selon un ordre de composition qui correspond à la place qu’ils occupent dans le Nouveau Testament : l’Evangile, puis la 1ère Lettre , puis la 2ème Lettre, et finalement, la 3ème Lettre de Jean.
Autre constatation : dans ces 3 Lettres, surtout dans la 1ère, il est question de divisions dans la communauté, où l’on doit se séparer de ceux qui “nient que Jésus est venu dans la chair”, et sont, pour cette raison, appelés “anti-christs” (1 Jean, 2, 18 - 19 et 4, 2 - 3; 2 Jean, 4, 9).
Si la 2ème et la 3ème Lettre de Jean sont, à l’évidence, des “Lettres” adressées à un ou plusieurs destinataires, la 1ère Lettre ressemble plutôt à une “homélie”, difficile à structurer, mais qui se présente comme porteuse d’une message d’exhortation et d’assurance.
On peut toutefois trouver un “fil directeur” de cette 1ère Lettre en l’unifiant autour du thème de notre “communion avec Dieu”, dont 3 séries de critères nous sont proposés : - nous sommes en communion avec Dieu en participant à la lumière de Dieu (dans laquelle il nous faut marcher, libérés du péché, dans l’amour et dans la foi : 1, 5 - 2, 28), - nous sommes en communion avec Dieu dans la mesure où nous sommes enfants de Dieu (par la pratique de la justice, en ne péchant pas, puis de la charité, à l’exemple du Fils de Dieu, et du discernement dans la foi : 2, 29 - 4, 6), - nous sommes en communion avec Dieu dans la réception de son amour (amour qui vient de Dieu, lui-même défini comme “Amour”, et qui s’enracine dans la foi, laquelle est bien la racine de la charité : 4, 7 - 5, 12)
2. Message
Avec cette page se termine cette 1ère Lettre de Jean sur la communion avec Dieu réalisée par la vie et la mission de Jésus, dont nous ont fait part ses premiers disciples, et qui nous est communiquée dans l’Esprit Saint.
Cette communion avec Dieu vient uniquemet de l’initative de Dieu qui nous aime, et dans laquelle nous avons toujours à nous situer. Dans ce cas, notre prière et nos comportements sont alignés sur sa volonté et la réalisation de tout son projet. Notre prière s’en trouve donc éxaucée, nos péchés pardonnés, et nous marchons, entre frères, sur le même chemin, en nous aidant et nous stimulant les uns les autres.
Cette communion avec Dieu dans l’accueil de son Royaume inauguré par Jésus Christ, nous fait appartenir à Dieu, et non plus au monde. Et cette appartenance est liée à la connaissance que le Christ Jésus nous donne de Dieu, comme Vérité, Lumère et Amour.
Si bien que le regard final de cette Lettre rejoint celui des tout premiers versets du chapitre 1 : Jésus, est le Christ, le Verbe de Dieu venu parmi nous, et donc, en définitive, Dieu lui-même et la Vie éternelle.
3. Decouvertes
A regarder ce texte de très près, on a l’impression que le verset 5, 13, est une conclusion de cette Lettre, et que nos versets 5, 14 - 21 en constituent une sorte d’appendice. Mais il ne s’agit là que d’une hypothèse que rien ne vérifie.
Il est question, au verset 16, d’une prière d’intercession spécifique pour des frères qui commettent certains péchés. D’autre part, une distinction est introduite ici entre le “péché qui conduit à la mort”, et les autres péchés, alors que, précédemment, dans la Lettre, le péché était abordé comme une réalité (1, 7 - 2, 2), et une impossibilité pour les croyants authentiques (3, 6. 9. 14).
Le “péché qui conduit à la mort” consiste, semble-t-il, à la fois dans le séparation de la communauté et le rejet de la foi qui conduit à la vie (5, 12).
Notons le ton solennel des 3 affirmations aux versets 18 - 20 de notre passage, qui commencent toutes par l’expression “Nous savons”.
L’affirmation que Jésus est Dieu, au verset 20, considérée comme grammaticalement la plus correcte, est contestée par ailleurs parce qu’unique dans cette Lettre. Elle correspond cependant à celles de Jean, 1,18; 17, 3 et 20, 28, sans oublier que le verset 1, 2 de cette Lettre relie étroitement Jésus au don de la vie éternelle.
4. Prolongement
Toute cette 1ère Lettre de Jean peut être considérée comme le développement et l’élargissement théologiques de ces quelques versets du Prologue de l’Evangile de Jean :
12 Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom,
13 eux qui ne sont pas engendrés ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.
14 Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. …
16 Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce
17 Car la Loi fut donnée par Moïse ; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
18 Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l’a fait connaître. Le témoignage de Jean.
Prière
*Seigneur Jésus, au terme de ton parcours humain, tu as osé nous dire avec force : “qui me voit, a vu le Père”, précisant que tu es dans le Père, et que le Père est en toi, et tu nous as ouvert les yeux au mystère de ta réalité profonde de fils unique du Père, verbe existant depuis toujours dans le sein du Père, et désormais, pour nous, fait chair, homme parmi nous, et, en même temps, révélateur de Dieu qui, en toi et par toi, est venu nous rencontrer, afin de nous prendre avec toi dans le partage de sa vie divine : fais que mes yeux demeurent toujours ouverts à ton mystère, et continuent de s’ouvrir jusqu’au cœur de mon être et de ma vie, pour que je me laisse transformer sans cesse à ton image. AMEN.
11.01.2003.*
Évangile : Jean 3, 22-30
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
22 Après cela, Jésus, accompagné de ses disciples, se rendit dans la terre de Judée; et là il demeurait avec eux, et il baptisait.
23 Jean aussi baptisait à Énon, près de Salim, parce qu’il y avait là beaucoup d’eau; et on y venait pour être baptisé.
24 Car Jean n’avait pas encore été mis en prison.
25 Or, il s’éleva de la part des disciples de Jean une dispute avec un Juif touchant la purification.
26 Ils vinrent trouver Jean, et lui dirent: Rabbi, celui qui était avec toi au delà du Jourdain, et à qui tu as rendu témoignage, voici, il baptise, et tous vont à lui.
27 Jean répondit: Un homme ne peut recevoir que ce qui lui a été donné du ciel.
28 Vous-mêmes m’êtes témoins que j’ai dit: Je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui.
29 Celui à qui appartient l’épouse, c’est l’époux; mais l’ami de l’époux, qui se tient là et qui l’entend, éprouve une grande joie à cause de la voix de l’époux: aussi cette joie, qui est la mienne, est parfaite.
30 Il faut qu’il croisse, et que je diminue.
Commentaire
1. Situation
Dans l’Evangile de Jean, suite au Prologue (1, 1 - 18), commence le “Livre des Signes” (1, 19
- 12, 50), dans lequel sont regroupés tous les actes et toutes les paroles de Jésus au cours de son ministère public. Ce “Livre des Signes” sera suivi du “Livre de la GIoire” (13, 1 - 20, 31), consacré uniquement au dernier repas et aux derniers entretiens de Jésus, ainsi qu’à sa passion, sa mort et sa résurrection.
Après les tout premiers jours de son ministère, caractérisés par le témoignage de Jean Baptiste et l’appel des premiers disciples (1, 19 - 51), nous sommes ici dans l’intervalle qui sépare les 2 premiers “signes”de Jésus, effectués l’un et l’autre à Cana : le changement de l’eau des ablutions en vin de la fête du Royaume (2, 1 - 12), et la guérison du fils d’un fonctionnaire royal, réalisée à distance (4, 43 - 54).
Pendant cet intervalle de temps, Jésus se rend à Jérusalem, où il purifie le Temple (2, 1 - 25), et rencontre de nuit le Pharisien Nicodème (3, 1 - 21).
Mais avant de remonter en Galilée, en passant par la Samarie, où il aura un entretien avec une Femme de Samarie au puits de Jacob ( 4, 4 - 42), il demeure quelque temps encore en Judée, et c’est là notre texte.
2. Message
Voici une scène dans laquelle sont insérés 2 commentaires de l’auteur de l’Evangile concernant Jean Baptiste, dont il avait déjà rapporté le témoignage (Prologue et, surtout, 1, 19 - 36).
Dès ses premières lignes, ce passage nous pose question si nous cherchons à l’interpréter.
D’abord, les autres Evangélistes ne nous donnent aucune indication sur cette mission de Jésus en Judée au commencement de son ministère. Ensuite, la localisation de l’endroit “Aïnôn, non loin de Salim” est très incertaine. Enfin, cette mention, au verset 23, que Jésus baptisait, est contredite au chapitre 4, 1 - 2, où il nous est précisé qu’à “vrai dire, Jésus ne baptisait pas, mais ses disciples”.
Il nous est, en outre, difficile de savoir au juste quel genre de discussion les disciples de Jean Baptisrte ont pu avoir avec un ou des Juifs, au sujet de la purification. Les Juifs se seraient- ils déjà interrogés sur la valeur respective du baptême de Jean, et du baptême de Jésus ?
Toujours est-il que nous constatons que Jean Baptiste n’a pas encore été emprisonné et que ses disciples viennent lui parler du baptême de Jésus et du succès qu’il rencontre.
D’où le renouvellement du témoignage de Jean Baptiste: ” J’ai été chargé d’une mission, je n’ai pas à la dépasser, je ne suis pas le “Christ”, je n’ai été que celui qui est envoyé devant lui. Je ne suis que l’ami de l’époux, et je suis très herureux de tout ce que réussit l’époux. Ma mission est terminée, tandis que la sienne commence. II faut qu’il croisse et que je diminue”.
Attitude remarquable de ce “Serviteur” de Dieu, attitude pleine de fidélité, d’obéissance et d’humilité.
3. Decouvertes
L’épouse (citée au verset 29) c’est le peuple de Dieu (voir à ce sujet, aussi bien dans l’ Ancien que dans le Nouveau Testaments : Osée, 2, 21; Ezéchiel, 16, 8; Isaïe, 62, 4 - 5; 2 Corinthiens, 11, 2; Ephésiens, 5, 25 - 31, Apocalypse, 21, 2 et 22, 17). Le peuple est ainsi considéré comme “l’épouse de Dieu”. Jean, dans son témoignage, définit donc Jésus comme le “Seigneur”, “l’époux”, à la façon de Dieu.
En Marc, 2, 18 - 19, Jésus explique que ses disciples ne jeûnent pas, parce que l’époux est avec eux. Encore une fois, l’époux, c’est lui.
4. Prolongement
Après la résurrection de Jésus, nous sommes à la fois appelés à être, dans l’Esprit, “images” du Christ et la visibilité de son “visage”, ainsi que chargés de faire découvrir le Christ à tous les hommes.
Dès que nous avons conduit quelqu’un à Jésus Christ, d’une manière ou d’une autre, nous avons à nous tenir dans l’attitude de Jean Baptiste, pleins de joie qu’un frère ou une soeur ait rencontré le Seigneur Jésus, et dans l’humilité du serviteur.
Paul n’hésite pas à se situer ainsi dans son ministère :
5 Qu’est-ce donc qu’Apollos ? Et qu’est-ce que Paul ? Des serviteurs par qui vous avez embrassé la foi, et chacun d’eux selon ce que le Seigneur lui a donné.
6 Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé; mais c’est Dieu qui donnait la croissance.
7 Ainsi donc, ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance : Dieu.
8 Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire selon son propre labeur.
9 Car nous sommes les coopérateurs de Dieu; vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu.
Mais cela n’engage pas moins Paul à se faire “tout à tous” avec passion, dans le but d’en sauver quelques uns :
19 Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre.
20 Je me suis fait Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs; sujet de la Loi avec les sujets de la Loi - moi, qui ne suis pas sujet de la Loi - afin de gagner les sujets de la Loi.
21 Je me suis fait un sans-loi avec les sans-loi - moi qui ne suis pas sans une loi de Dieu, étant sous la loi du Christ - afin de gagner les sans-loi.
22 Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns.
23 Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, afin d’en avoir ma part.
Prière
*Seigneur Jésus, tu attends de nous, maintenant que tu es ressuscité d’entre les morts et que tu nous as donné ton Esprit Saint, que nous te prêtions notre humanité pour que tu puisses t’y exprimer le mieux possible devant les hommes et femmes de notre temps, pour lesquels tu es mort une fois pour toutes, en achevant l’oeuvre du salut de Dieu, et notre mission consiste ainsi, à notre tour, à te laisser prendre toute la place en notre vie, en mettant humblement nos paroles et nos gestes à ta disposition : donne-moi cette disponibilité du disciple, pour lequel tu es devenu la valeur suprême devant laquelle tout le reste doit s’effacer ou reculer d’un cran, afin que tu aies priorité en tous domaines dans le parcours de mon histoire. AMEN.
10.01.2004.*